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La maison Koenig de Sarre-Union

Strasbourg, St-Guillaume, l'orgue Koenig
        (1987/2012).Strasbourg, St-Guillaume, l'orgue Koenig (1987/2012).

Fondée en 1948, la maison de Sarre-Union est aujourd'hui une des plus anciennes manufacture d'orgues d'Alsace. Au cours de la seconde moitié du 20 ème siècle, la facture connut une véritable révolution. Plusieurs, même, si l'on tient compte du fait que les changements n'affectèrent pas seulement l'esthétique sonore ou la technique, mais aussi la destination des orgues (la façon de les utiliser, mais aussi l'apparition d'instruments destinés à l'Asie). L'orgue se fit véhicule culturel ,et l'histoire de la maison Koenig est donc un voyage initiatique à travers ces mutations. Il commence dans un monde où l'on devait reconstruire des orgues abîmés ou détruits par la guerre, avant tout destinés à l'accompagnement. Loin d'être terminé, il passe aujourd'hui dans un paysage totalement différent, où les instruments neufs se font certes plus rares, mais où le plus humble relevage est comme l'ouverture d'une bibliothèque, et restera un témoignage pour l'avenir. On ira de l'Orgue "pragmatique", "à tout jouer", qu'il fallait construire en moins d'un an, vers des projets mûris pendant des années, destinés à plusieurs usages (accompagnement certes, mais aussi concerts ciblant un style particulier, pédagogie, enseignement, conservation du patrimoine). L'Histoire a déjà connu quelques périodes plus ou moins analogue, où l'Orgue, sachant rester un instrument de musique, devint de fait un acte politique : 1810-1830, 1870-1890... A chaque fois, on croyait la page définitivement tournée. On se trompait : elle permirent au contraire de "repenser" les instruments, la façon de les jouer, et le rôle de l'instrument dans le tissus associatif et social. Et Sarre-Union, certes située en Alsace, est aussi à deux pas de la Moselle, donc au coeur "géographique" d'une région qui connaît probablement la plus forte densité d'orgues au monde. C'est aussi une région qui connut, pour l'Orgue, les influences musicales et techniques françaises, germaniques, suisses, flamandes... Et cette diversité n'est pas une vue de l'esprit : en quelques kilomètres, on peut effectivement approcher Dom Bédos, Gottfried Silbermann, Scherrer, Dalstein-Haerpfer, Verschneider, Link ou Aloys Mooser.

Jean-Georges Koenig est né le 16/05/1920 à Strasbourg. Il apprit la facture d'orgues de 1934 à 1938. Une fois son brevet de Compagnon acquis (24/06/1939), il alla rejoindre la maison Roethinger à Strasbourg, et ce jusqu'à son incorporation (1943). Le conflit terminé, il retourna brièvement travailler pour la célèbre maison strasbourgeoise, puis, le 31/10/1945, il s'associa à Mme veuve Vondrasek pour reprendre l'entreprise de Sarre-Union, créée en 1930 par Henri Vondrasek à la fin de son association avec Eugène Eberhard (Diemeringen).

Vondrasek bénéficiait d'une bonne réputation en Moselle, où il était soutenu par l'abbé Freund. Il était surtout le pionnier du retour à la traction mécanique : Moussey, Lindre-Basse ou Martille lui devaient des orgues très en avance pour leur temps. En Alsace, il y eut Graufthal (mécanique en 1936).

Jean-Georges Koenig obtint son brevet de maîtrise le 08/11/1948, et s'installa à son propre compte. L'abbé Freund le reconnut comme successeur, l'encouragea, et lui fournit les indispensables recommandations. Ses premiers travaux sont évidemment à replacer dans le contexte de l'après-guerre, où l'urgence de la reconstruction dictait les priorités. Mais, dès ces premières années, et ensuite de façon toujours plus marquée, on constatera deux spécificités : la première, c'est une préférence marquée pour l'usage de la traction mécanique, à chaque fois que possible (même quand ce n'était encore pas du tout dans les usages). La seconde, c'est un respect pour les instruments du 19 ème siècle (respect qui n'était à l'époque que très peu partagé dans le monde de l'Orgue). Quelque part, si la formation "officielle" a bien été celle de Roethinger, on peut se dire que les "gènes" d'organier de Jean-Georges Koenig viennent aussi des Wetzel, et, beaucoup, des Verschneider.

Sites  La fin de l'époque néo-classique (1958-1967)

Dommages de guerre

De fait, à l'époque, l'urgence était de rendre leur voix aux lieux de culte. Dans un contexte fort peu propice : les matériaux étaient rares et chers, et les collectivités n'avaient que peu de moyens à allouer à la reconstruction de leur orgue, généralement endommagé durant le conflit mondial. Il fallait donc compter sur les "dommages de guerre", mais leur montant dépendait de la taille de l'instrument endommagé et du "pourcentage" de destruction. Les dégâts "directs" n'étaient souvent pas très importants, mais ceux infligés à l'édifice finissaient par dégrader l'orgue (infiltrations d'eau, gel...) Or, le temps jouait contre les orgues : un tel instrument démonté (même pour être "mis à l'abri") n'a qu'une espérance de vie très courte : il est très vite pillé ou dispersé. Plus on attendait (par manque de moyens, par indécision), plus l'instrument ancien se dégradait, et cela sans indemnité. Les années 1950-1970 furent donc marquées par la nécessité impérieuse de reconstruire des orgues qui jouaient, et les aspirations esthétiques passaient souvent au second plan. On optait pour la solution "standard" : un instrument à traction électro-pneumatique sur sommiers à cônes, sans buffet, qui pouvait être disposé de façon "souple" dans l'édifice reconstruit, et permettant d'aborder un très large répertoire. Mais là où les commanditaires avaient un projet précis, il surent échapper à la "norme", et la réussite de projets originaux était possible même dans ces années difficiles.

Miniature 1948 : Audun le Tiche (57)
C'est sur les conseils de l'abbé Freund que cet instrument vint remplacer un orgue endommagé lors du conflit (il venait de Metz). Il ne faut donc pas s'étonner de ce grand Cornet décomposé, et complété d'un Bourdon 16', qui structure le récit expressif. Ce dernier est aussi muni, à la fois, d'une Voix céleste, d'une Trompette harmonique, et d'un Cromorne. C'était bien l'époque de l'orgue "à tout jouer", mais Freund voulait jouer autre chose ! Même les romantiques allemands : la Mixture du grand-orgue dispose donc d'un rang de Tierce. On y trouve des sommiers à gravures, mais une transmission électro-pneumatique (II/P 23+1j). Pas de buffet, mais la façade sait jouer d'une ligne de bouche particulièrement élaborée.
[IOLMO:A-Gp100-4]

Miniature 1950 : Eincheville (57)
Construit pour remplacer un orgue Mürkens complètement détruit lors du conflit, cet instrument a été doté d'une composition due à l'abbé Freund. Celui-ci avait des idées neuves en matière d'orgues, et - chose plus rare - des idées qu'il savait faire évoluer. C'est bien de savoir échapper aux idées préconçues, mais c'est moins bien de changer d'avis continuellement : les édiles d'Eincheville avaient à l'époque ce dernier défaut. En cours d'élaboration, le projet fut maintes fois changé par les commanditaires, qui avaient d'ailleurs vu trop grand par rapport aux "dommages de guerre" qu'ils pouvaient espérer, et qui correspondaient à un instrument de 8 jeux seulement. Le dessin de l'architecte et la réalisation n'ont d'ailleurs pas grand chose à voir, ce qui indique que même le plan de façade avait été retouché. De la tribune, l'orgue passa, d'un bon, au sol. Cela représente quelques traits de plume sur un plan ; beaucoup plus en atelier. Le second clavier est un récit, mais c'est tout l'orgue qui est expressif (sauf la Montre), la transmission est mécanique, les sommiers à gravures (de 68 notes !), et le buffet est limité à un soubassement, comme c'était alors l'usage. [IOLMO:A-Gp470-3]

Miniature 1953 : Phalsbourg (57), collège St-Antoine
C'est le premier orgue de l'édifice. Les Pères avaient vraisemblablement préparé cette construction depuis longtemps, en faisant l'acquisition de jeux de Rivinach. Il n'y a pas de buffet, mais le "thème" du positif de dos est traité de façon originale, avec un tableau sculpté représentant Saint-François-d'Assise en musicien, encadré de deux groupes de 7 tuyaux. Ceci figurera par la suite sur le logo de la maison de Sarre-Union. Sommiers à gravures et transmission mécanique pour les manuels. A noter que le grand-orgue est muni d'une machine Barker. Au récit, on trouve ce fameux Cornet décomposé, accompagné d'un Bourdon 16', une disposition chère à l'orgue mosellan. Plein-jeu et Trompette au grand-orgue. [IOLMO:Mo-Sap1629-31]

Miniature 1954 : Rosteig (région de la Petite-Pierre), Notre-Dame de la Nativité
Instrument actuel.
Il s'agit pratiquement d'un orgue neuf (il n'y a qu'une partie de la tuyauterie qui est plus ancienne : Jean-Frédéric I Verschneider, 1826 - l'instrument venait d'Oermingen). Sommiers à gravures et disposition comme un orgue de salon "alla Cavaillé-Coll" (console retournée). Ce qui est assez extraordinaire, c'est que cette mécanique (comme celle du collège de Phalsbourg) fut dotée d'une machine Barker, comme les plus prestigieux des orgues romantiques : déjà à cette époque, "mécanique" ne rimait pas avec "100% classique".

C'est à l'occasion de ce travail que Jean-Georges Koenig rencontra Robert Pfrimmer (alors dans la classe d'orgue de Fernand Rich au conservatoire de Strasbourg et étudiant bien sûr sur des instruments pneumatiques). Bien entendu, le jeune Robert Pfrimmer s'étonna que l'on puisse "encore" construire des orgues à traction mécanique. C'est alors que Jean-Georges Koenig lui répondit : "Pfrimmer, l'avenir est à l'orgue mécanique !"

De 1955 date aussi l'installation de l'entreprise au N.6 de la rue de la Gendarmerie. Et, c'est aussi en 1955 que fut nommé professeur d'orgue au conservatoire de Strasbourg le "redécouvreur" de la musique d'orgue classique française : Michel Chapuis.

Miniature 1955 : Vallerange (57)
Les 15 et 16 juin 1944, cet orgue avait été endommagé par faits de guerre, mais pas totalement détruit, comme l'affirme un questionnaire de 1944 : les sommiers, des éléments du buffet et de la tuyauterie purent finalement être sauvés, et ainsi reprendre du service dans la reconstruction de 1955. Du coup, ce n'est pas un orgue sans buffet, mais un instrument logé derrière une façade typiquement lorraine qui fut reconstruit, avec des jeux Verschneider, dont un Cor anglais. Mécanique à équerres, avec console indépendante face à la nef. [IOLMO:Sc-Zp2198-202]

Miniature 1957 : Gondrexange (57)
C'est un orgue de Jean-Nicolas Jeanpierre, gravement altéré en 1939 par un facteur local, de plus endommagé lors du conflit. Il fut reconstruit en conservant l'esprit et le buffet, ce qui permit de redonner leur voix à environ 11 jeux d'origine. Sommiers à gravures (1957) et mécanique à équerres. Le buffet actuel est donc celui Jeanpierre (1862 ; avec cartouche l'attestant) : il a la même structure que celui de Russ. [IOLMO:A-Gp646-9]

En 1957, il y eut aussi le sauvetage de l'orgue Dalstein-Haerpfer, 1884 de Bettbronn (57). La tuyauterie avait été attaquée par le ver à bois. L'instrument a conservé son authenticité, et on peut ici parler de restauration dans l'état de 1884 (ce qui est assez remarquable pour un travail de 1957).

Miniature 1959 : Gambsheim (région de Brumath), Sts-Nazaire-et-Celse
Instrument actuel.
Ce premier instrument alsacien est évidemment encore néo-classique, avec sa transmission électrique, sa batterie d'anches au récit, ses accouplements à l'octave, et son absence du buffet. On ne peut s'empêcher de penser que ce n'était pas ce que Jean-Georges Koenig rêvait de faire... Mais en 1958, les interprètes exigeaient des jeux en emprunt ou extension, et réaliser ces compositions (II/P 21j+4) en mécanique n'était possible qu'avec un surcoût conséquent. Les sommiers sont à cônes. Beaucoup de choses vont vite changer... Comme Schwenkedel, comme Muhleisen, Jean-Georges Koenig a plutôt comme modèle les maîtres du 18 ème que les "capitaines d'industrie" comme Roethinger. Il reste à cette génération d'organiers à convaincre les organistes, formés au "legato absolu", et les conseils de fabrique, peu enclins à renoncer aux "jeux gratuits". [IHOA:p63b] [ITOA:3p191] [ArchSilb:p428-9,497]

Miniature 1959 : Bitche ste-Catherine (57)
Un orgue Dalstein-Haerpfer, qui était lui-même la reconstruction d'un instrument plus ancien, avait été endommagé lors des bombardements de 1939-1945. Il fut décidé de ne pas refaire de positif de dos (le récit, expressif, est déjà très néo-classique) et de faire usage d'une transmission électro-pneumatique (II/P 26j). [IOLMO:A-Gp221-30]

Miniature 1961 : Brouderdorff (57)
La paroisse avait perdu un orgue lors de chaque conflit mondial, le dernier en juin 1940. L'orgue de 1961 (II/P 11j), sans buffet, joue à fond l'asymétrie, alors esthétiquement fort appréciée. Le récit expressif est à peine caché par une mitre de tuyaux en bois (basses du Bourdon du grand-orgue), en façade. Sommiers à gravures et transmission mécanique (non suspendue). L'expert auquel on doit cet instrument original était A. Petitot (Nancy), qui demanda une composition très néo-classique, où les récit expressif est constitué d'un Cornet décomposé et d'une Trompette, un peu comme un écho classique. [IOLMO:A-Gp302-4]

Miniature 1961 : Schoeneck (57)
C'est déjà un orgue de Sarre-Union qu'abritait l'église endommagée dans le conflit, puisqu'il avait été construite par Henri Vondrasek. Le projet de reconstruction avait été initié en 1949 par le curé Freund. L'orgue de 1961 est logé dans - et devant - une niche en ogive (intérieur du clocher), en hauteur. La transmission est donc électrique, avec des sommiers à cônes. [IOLMO:Sc-Zp1978-82]

Miniature 1961 : Bourgaltroff (57)
Après le conflit mondial, quand Jean-Georges Koenig fut appelé pour fournir un devis, il ne trouva plus que quelques tuyaux et un sommier très dégradé par les infiltrations d'eau. On ne savait de toutes façons pas grand-chose de l'orgue endommagé. Là aussi, c'est un instrument neuf (II/P 14+2j), sans buffet, qui fut construit. La composition n'a presque plus rien de la composante "romantique" du néo-classicisme, à part une Gambe et une Trompette harmonique au récit expressif. Sommiers à pistons et transmission électrique. [IOLMO:A-Gp264-6]

Miniature 1963 : Offendorf (région de Bischwiller), Ste-Brigitte et Sts-Pierre-et-Paul
Instrument actuel.
Après plusieurs décennies de "néo-classissisme" (où on reprenait des compositions inspirées du 18 ème, mélangées à des parties plus romantiques pour élargir le répertoire, le tout en faisant usage de techniques du 20 ème siècle), ce fut un retour assumé aux techniques du 18 ème. L'orgue Offendorf (II/P 20j+2) est une étape sur ce chemin : il a encore des sommiers à cônes pour la pédale (car des extensions étaient nécessaires pour l'anche), et n'a pas de buffet, mais les manuels ont bel et bien des sommiers à gravures. Les soupapes sont tirées par des électro-aimants, mais on peut déjà bénéficier des gravures pour effectuer un travail d'harmonisation réellement inspiré du 18 ème.

Miniature 1962 : Léning (57)
Toute idée de reconstruction de l'orgue ancien après le conflit avait dû être abandonnée en raison de la dispersion des éléments (une caisse est plus facilement transportable qu'un orgue entier). C'est logiquement un orgue neuf que proposa l'expert Emile Motheré. On se décida pour des sommiers à gravures et transmission mécanique. La tribune ayant été fortement réduite en taille, il en fut de même pour l'orgue : de II/P 18j on faillit passer à... I/P 7j. Heureusement, l'instrument fut finalement construit de façon à donner accès à un répertoire beaucoup plus large (II/P 8j). La composition ne manque pas d'astuce: [IOLMO:H-Mip1024-6]
Composition, 1962
Grand-orgue, 56 n. (C-g''')
II/I
Récit expressif, 56 n. (C-g''')
Ouverte
Conventionnelle: 2'2/3 + 1'3/5
Pédale, 30 n. (C-f')
I/P
II/P
[IOLMO:H-Mip1026]

Miniature 1962 : Vittersbourg (57)
L'église avait été incendiée le 13 juillet 1940, et l'orgue conçu pour le nouvel édifice était néo-classique dans sa structure (récit expressif, encoches d'accord, traction électrique), mais déjà plus en avance du point de vue de l'harmonisation, puisque les "bruits de bouche" et les anches brillantes étaient prévus dès le devis. Dans ce devis initial, le Jeu de tierce était au grand-orgue (Larigot au récit). Une version plus conforme avec les habitudes mosellanes du moment fut réalisée, avec le Jeu de tierce au récit. C'est une Flûte conique 4', promise à un bel avenir, qui trouva place au grand-orgue. [IOLMO:Sc-Zp2283-6]

Miniature 1962 : Béning (57)
Un premier projet de réparation des dégâts liés au conflit, daté de 1947, n'ayant pas abouti, c'est là encore la construction d'un orgue neuf (II/P 15+2j) que décida le curé de Béning-lès-St-Avold. L'instrument est disposé en angle : tuyaux de façade du grand-orgue d'un côté, et jalousies de la boîte du récit de l'autre. Vu son architecture, une mécanique était difficilement réalisable : l'orgue est électro-pneumatique avec des sommiers à cônes. Le second clavier n'a d'ailleurs de récit que le nom (Principal, Cor de nuit, Flûtes 4' et 2', Sesquialtera, Cymbale et Cromorne). C'est une étape sur le chemin du néo-baroque, d'autant plus que le grand-orgue n'a pas de 16', et conserve la Trompette et la Fourniture (de 4 rangs). [IOLMO:A-Gp163-5]

Miniature 1962 : Bermering (57)
L'orgue Joseph Rinckenbach du lieu (1920, opus 149, II/P 18j) n'avait pourtant été déclaré sinistré qu'à 40% en 1951. Malheureusement, les choses tardèrent, et l'instrument sorti des ateliers d'Ammerschwihr fut bel et bien remplacé en 1961, même si de nombreux de ses robustes tuyaux furent ré-employés (vu leur qualité) dans l'orgue neuf (II/P 14j). Pas de buffet, transmission électro-pneumatique, sommiers à pistons : on avait perdu trop de temps... [IOLMO:A-Gp174-6]

Miniature 1962 : Chambrey (57)
Là aussi, chaque conflit mondial coûta un orgue à la localité. mais ne lui coûta pas son courage. L'instrument neuf (II/P 10j) a été logé en nid d'hirondelle, avec la console au sol (transmission électro-pneumatique, qui, tant qu'à faire, produit donc sa valeur). Pas de buffet, mais cela sied plutôt bien à l'édifice "contemporain". De façon peu visible mais très significative, la facture continue d'évoluer vers le retour aux pratiques de l'âge classique : les biseaux des principaux n'ont pas de dents. Du point de vue de la tuyauterie, l'étape d'après sera de la couper au ton et de souder les calottes des bourdons. [IOLMO:A-Gp324-6]

Miniature 1962 : Lhor (57)
L'instrument précédent (dont on ne sait finalement pas grand-chose) avait été là aussi endommagé durant la guerre. En 1949, on se servait d'un harmonium. Jean-Georges Koenig proposa un petit orgue à traction mécanique, de 6 jeux (on a vu à Léning que ses "petites compositions" ne manquaient pas d'allure), mais les commanditaires voulurent un instrument plus grand et électro-pneumatique (II/P 11+1j). [IOLMO:H-Mip1033-5]

Miniature 1963 : St-Nabor (région de Rosheim), St-Nabor
Instrument actuel.
Il s'agit d'un tout petit instrument (I/0P 5j), mais il était déjà mécanique (balanciers) à une époque où les transmission électriques étaient encore courantes. [IHOA:p161b] [ITOA:4p568]

Miniature 1963 : Neudorf (région de Strasbourg), Couvent des Soeurs de la Croix
Instrument actuel.
Avec ses sommiers à cônes et sa transmission électrique, cet instrument est bel et bien néo-classique. Il était logé en tribune (il n'a été transféré dans le choeur qu'en 1972). La composition et les jeux appelables sur les deux manuel et la pédale en font un instrument plein de possibilités. Au moins, l'électricité a-t-elle apporté des avantages. L'instrument est pourvu d'un buffet. [IHOA:p194a] [ITOA:4p722]

Miniature 1963 : Herny (57)
L'orgue d'Antoine Sauvage du lieu avait été endommagé durant la guerre. Après une réparation provisoire, menée par Frédéric Haerpfer, on décida finalement de le remplacer. 8 jeux purent toutefois être réutilisés. [IOLMO:H-Mip829-32]

Miniature 1963 : Landroff (57)
Comme à Herny, il y avait là un petit orgue romantique d'Antoine Sauvage (I/0P 9j). C'est bien une réparation qui avait été envisagée, mais, ici aussi, les choses traînèrent (on comprend qu'il y avait d'autres priorités) ; en 1961, l'instrument (démonté depuis 1948) ne put plus être sauvé. Après cela, évidemment, il fallait aller vite, et c'est en électro-pneumatique et sans buffet que fut reconstruit l'orgue de Landroff (II/P 11j). Comme à Herny, l'orgue reconstruit a été inauguré par le chanoine Frankum. [IOLMO:H-Mip995-7]

Miniature 1963 : Waldweistroff (57)
C'est un orgue d'Adrian Spamann qui fut ici reconstruit (le buffet néo-roman a été conservé). La plaque d'adresse de l'époque figure Saint-François-d'Assise charmant les oiseaux. L'origine de ce logo remonte à Phalsboug (1953). [IOLMO:Sc-Zp2305-08]

Miniature 1964 : Ittlenheim (région de Truchtersheim), St-Philippe et Jacques
Instrument actuel.
Les orgues de Neugartheim-Ittlenheim et de St-Nabor sont très voisins. Celui-ci a deux manuels et une Soubasse (II/P 9j). Mécanique à balanciers, sommiers à gravures, Sesquialtera, Cromorne, buffet à plafond. Ce n'est assurément pas un orgue "de prestige" bien en vue dans une métropole, mais il est significatif de noter que les progrès de la facture s'opéraient aussi (et même parfois d'abord) dans les campagnes. L'orgue a toujours été le vecteur d'une culture qui ne s'occupe pas du nombre d'habitants, mais avant tout du projet musical local. [IHOA:p86b] [ITOA:3p417]

Miniature 1964 : Puttelange-aux-Lacs (57)
En juin 1940, Puttelange-lès-Farschviller, située sur la ligne de front, connut un véritable martyre. On dit que plus de 1000 canons étaient pointés sur la localité et les troupes qui la défendaient. L'église, avec son orgue et ses célèbres boiseries, fut détruite dès le 5 juin, et Puttelange brûla le 14 juin lors de l'offensive. Le soir même, l'état-major décida d'abandonner la zone, qui avait donc été anéantie, avec des centaines de vies de ses défenseurs... pour rien. La localité reçut la croix de guerre avec étoile vermeille. Dans l'église reconstruite, on voulut placer un orgue de 24 jeux, mais l'expert Emile Mothéré préféra se contenter de 20. L'orgue est accroché au mur "en nid d'hirondelle", et sa transmission est donc forcément électrique (en partie électro-pneumatique). Cela permit de doter l'instrument d'accouplements à l'octave. Trompette et Clairon au récit, et plein-jeu partagé : le grand-orgue a la Fourniture, le récit la Cymbale (comme un positif classique). Le 26 mars 1971, Puttelange-lès-Farschviller devint, par referendum, Puttelange-aux-Lacs. Bien sûr, pour les amateurs d'orgue, Puttelange, c'est la patrie des Verschneider. [IOLMO:Mo-Sap1662-9]

Miniature 1964 : Schorbach (57)
Durant la seconde guerre mondiale, le village avait été évacué, et l'orgue démonté fut déménagé au château Utzchneider (Sarreguemines), probablement pour y être mis à l'abri. Il y fut victime d'un bombardement, et exposé aux intempéries... En 1946, il était encore question de le réparer et le remonter (son buffet Jean-Frédéric I Verschneider, était magnifique ; il était conçu pour un orgue de 18 jeux, avec 1 manuel). Mais le scénario rencontré en de nombreux endroits se reproduisit, et l'affaire traîna jusqu'en 1962. Quand une décision fut enfin prise, ce fut bien sûr celle de construire un orgue 100% neuf, à traction électro-pneumatique. Fourniture de 5 rangs au grand-orgue, Cymbale de 3 au récit expressif (qui abrite aussi le Jeu de tierce et la Trompette). A nouveau, l'avis de la commission diocésaine en dit long sur le contexte : elle trouvait qu'il y avait trop de rangs de Mixtures (avis 24/05/1962). De fait, le plein-jeu est assez impressionnant, même pour l'époque : la Fourniture (1') a 5 reprises, et la Cymbale (1/2') pas moins de 6. Le tout sans aucune résultante de 16' (les manuels n'ont pas de jeu de 16'). [IOLMO:Sc-Zp1983-7]

Miniature 1965 : Hartzviller (57)
Il ne restait déjà pratiquement plus rien de l'orgue Wetzel du lieu avant guerre. L'instrument neuf devait être réparti en deux corps, pour pouvoir laisser plus de place à la chorale. Du coup, c'est une transmission électro-pneumatique qui fut retenue, avec des sommiers à cônes. La composition est toute néo-classique (Voix céleste, Gambe, mais aussi Tierce et Cymbale, au récit) mais la disposition (II/P 18j) ne fait usage d'aucun artifice : ni emprunt, ni extension. [IOLMO:H-Mip753-5]

Miniature 1965 : Willerwald (57)
L'église St-Nicolas de Willerwald avait été dotée juste avant le conflit mondial d'un orgue de Martin et Joseph Rinckenbach (l'opus 143, II/P 23j). Il fut malheureusement entièrement détruit, avec l'édifice, en 1940. Pour remplacer cet instrument dont la perte est fort regrettable, on pensa tout d'abord à un projet équivalent à celui de Puttelange-aux-Lacs (II/P 24j réduit à 20 jeux). Mais il fallut encore restreindre la composition : pas de Bourdon 16' manuel, pas de Cromorne au grand-orgue, Nasard et Tierce du récit réunis en une Sesquialtera, pas de Clairon, ni de Bombarde à la pédale. Fourniture et Cymbale furent du coup logiquement réduites d'un rang. Après les 23 jeux du prestigieux orgue d'Ammerschwihr, Willerwald se contenta donc d'un instrument fort limité en taille (II/P 15j). L'originalité est dans la disposition, sur deux étages, avec le grand-orgue en bas. La console est dans la nef. [IOLMO:Sc-Zp2326-8]

Miniature 1966 : Neudorf (région de Strasbourg), St-Aloyse
Instrument actuel.
La reconstruction du grand Koulen (qui avait déjà été reconstruit par Roethinger et avait été endommagé en 1943) était assurément un travail plus "en vue" que celui d'Ittlenheim. Rappelons qu'à ce moment, l'instrument n'avait pas de positif (II/P 37j). La traction était déjà électrique depuis 1951. [IHOA:p192b-3a] [ITOA:4p717]

La fin du néo-classicisme

L'orgue de St-Aloyse à Neudorf a été complété par un positif de dos en 1980. Ceci acheva son destin, qui fut donc de faire tout le chemin du romantisme allemand au néo-classique. C'est quelque part la dernière page d'un livre qui se referme. Car, quelque part, cette logique de "l'orgue à tout jouer" était dans une impasse. L'époque néo-classique (1930-1960, 1910-1960 en Alsace) a produit certains instruments exceptionnels. Elle a aussi contribué à éliminer de nombreux orgues historiques, classiques ou romantiques. Bien sûr, mélanger récit et positif de dos, Larigot et Voix céleste pour en faire un tout cohérent n'est pas facile. Si l'Orgue romantique est un instrument de luxe, le néo-classique est un instrument d'utopie. Son idéal n'est d'ailleurs concevable que dans de (très) grands instruments, et ne s'accommode que fort mal des concessions. Les artifices (emprunts et extensions) généralement utilisés pour ne pas trop alourdir la facture, avaient aussi un coup artistique (un "mensonge" reste un mensonge, et une Bombarde, une Trompette et un Clairon issus du même rang de tuyaux ne constitueront jamais une vraie batterie d'anches. Surtout si on le sait...)

Pour continuer sur un chemin qui avait finalement été initié par Albert Schweitzer 70 ans plus tôt, il restait à assumer la logique jusqu'au bout. Concevoir et réaliser (à part l'outillage) les orgues d'une façon qui n'auraient pas surpris Thierry ou Clicquot. Le compromis était le suivant : l'organiste allait renoncer au confort d'une console "moderne" (combinaisons, crescendo, accouplements à l'octave), mais bénéficier de la mécanique pour magnifier les phrasés "baroques" (un "clavecin à tuyaux" comme on dit). Il allait retrouver une "ambiance" authentique, qui n'était alors connue que face aux instrument historiques. L'organier allait retrouver les gravures pour harmoniser des jeux taillés pour la polyphonie. Il allait aussi, grâce à cet usage de techniques plus artisanales, pouvoir échapper à la sous-traitance imposée ; tout était de nouveau faisable à la main, en atelier. Le sommier à gravures, avant même d'amener du vent au tuyau, offre au facteur un élément non négligeable : l'indépendance. Bien sûr, tout ceci n'était possible qu'en repensant totalement l'instrument, depuis sa composition à la façon de l'harmoniser. Autour du couple transmission mécanique / sommier à gravures, il fallait aussi repenser la façon dont le vent était distribué, sa pression, la transmission, le tirage des jeux, les systèmes d'accord de la tuyauterie, mais aussi les matériaux, et l'organisation de l'atelier. Sans oublier le buffet, dont le rôle acoustique était à redécouvrir, et, pour cela, dont la structure extérieure se doit d'être le reflet de l'organisation interne ("Werkprincip"). Un buffet qui allait à nouveau mériter des sculptures.

C'est exactement ce que voulait faire Jean-Georges Koenig lorsqu'il avait repris les ateliers de Sarre-Union. Il se tenait fin prêt pour le passage du train qu'il ne fallait pas louper.

Ceux qui aiment l'Orgue prennent le train

A l'époque, un jeune professeur d'orgue du conservatoire de Strasbourg se faisait justement remarquer dans le train, parce qu'il emportait un livre fort volumineux, que tout le monde prenait pour un grimoire de magie. Ce professeur était bien sûr Michel Chapuis, et l'ouvrage n'était autre que le traité de Dom Bédos, écrit au 18 ème (1766-1770) par un moine organier aussi enthousiasmé par le fait de bien travailler que de partager ses connaissances. Une immense majorité du Monde de l'Orgue des années 1950-1960 ne le considérait qu'avec condescendance, "par intérêt historique". La chose ne paraissait donc plus devoir sortir d'une bibliothèque poussiéreuse. En 1967, après cet épisode ferroviaire, probablement un passage en gare, ainsi que de nombreuses autres péripéties qu'on imagine à peine, le livre devint un orgue. Bien sûr, c'était vraiment un grimoire de magie.

Sites  De Dom Bédos à Gottfried Silbermann (1967-1987)

Miniature 1967 : Sarre-Union, St-Georges
Instrument actuel.
C'est une profession de foi : il s'agit de la reconstruction, d'après le traité de Dom Bedos (1766) d'un orgue classique français, oeuvre du frère Pierre Delorme. Le buffet de 1717 donna un cadre prestigieux à cette première mondiale : outre la composition spécifique des Mixtures, et la composition faisant la part belle aux Mutations, c'est bien l'ensemble des techniques (matériaux, façon) décrites par Dom Bédos qui furent redécouvertes. Il s'agit bien d'une rupture totale avec l'âge néo-classique. [IHOA:p163a] [ITOA:4p573-4]

Si le monde de la musique était en révolution, c'est que la musique alors dite "ancienne" était redécouverte. Son texte, mais surtout son interprétation. C'est grâce à la persévérance de musiciens et de musicologues comme Antoine Geoffroy-Dechaume ("Ils essayaient d'écrire ce qu'ils jouaient, et nous, nous essayons maintenant de jouer ce qu'ils écrivaient..."). L'Alsace était aussi influencée par Helmut Walcha, et bien sûr Michel Chapuis. Jouer des notes inégales, adopter des césures pour ciseler le phrasé, c'était encore une nouveauté : l'essentiel de l' "école d'orgue française" n'adhérait pas du tout ! Mais cela dépassait le cadre de la musique du 16ème-17ème : grâce aux annotations d'interprétation faites par Bach dans ses cantates et sa musique orchestrale (beaucoup plus nombreuses que sur les pages pour orgue), on allait revoir totalement la façon de le jouer à l'orgue, et donc, la façon de construire les orgues. C'est la fin du legato absolu, et aussi une accélération conséquente de la vitesse d'exécution (tempo). La traction mécanique allait s'imposer, ce qui nous ramène aux sommiers de Sarre-Union, et aux pièces qui les relient aux touches du clavier.

Miniature 1967 : Strasbourg, St-Bernard
Instrument actuel.
Sommiers à gravures, mécanique suspendue (les touches sont axées en queue), tuyauterie coupée au ton. Pour accentuer la "signature 18 ème", les claviers sont noirs. Le style échappe à un "classique français" trop marqué (il n'était pas question de faire de l'imitation) : on trouve en particulier une Régale en chamade, et les anches de pédale sont des Douçaines. Plus Buxtehude que Grigny, donc ! [IHOA:p183a] [ITOA:4p659]

Miniature 1967 : Strasbourg, Ste-Bernadette
Instrument actuel.
Construit dans la foulée du précédent, inauguré par Michel Chapuis le 01/10/1967, cet instrument est caractéristique de la seconde façon de Jean-Georges Koenig, quand il put réaliser les orgues comme il les voulait. [IHOA:p183a-b] [ITOA:4p658-9] [Caecilia:1998-4p31]

Miniature 1969 : Hatten (région de Soultz-sous-Forêts), St-Michel
Instrument actuel.
L'orgue de Hatten est très voisin de celui de Strasbourg, St-Bernard, mais ici, c'est une version à Brustwerk qui est proposée. On retrouve la Régale en chamade, et le côté "nordique" est encore accentué par la Sesquialtera au grand-orgue (et non pas un grand dessus de Cornet posté comme l'aurait conçu la tradition classique française). [IHOA:p74a-b] [ITOA:3p244] [Caecilia:1998-5p31] [PMSSTIEHR:p192-6]

Miniature 1969 : Sarrebourg, St-Barthélémy
Il s'agit de la reconstruction du fameux orgue de Sarrebourg, qui avait déjà un historique bien rempli : le grand buffet date de 1741 (c'est celui qui a abrité l'orgue Franz Joseph Beyer des Cordeliers). La partie instrumentale a été reconstruite en 1860, puis, fait assez extraordinaire, la maison Verschneider ajouta un positif de dos (en 1872 !). En 1911, Franz Staudt en fit un instrument post-romantique, logé en partie dans un second buffet, construit en imitation de l'ancien. [OanEncyclopedia:p293] [IOLMO:Mo-Sap1889-98]

Miniature 1970 : Colmar, St-Antoine
Instrument actuel.
Cette fois, même le buffet (à 3 tourelles et symétrique) renoue avec la tradition. Pas du tout dans son ornementation, mais dans sa structure générale : en particulier, le soubassement plus étroit que la superstructure était la "signature visuelle" des orgues du 18 ème. Pas de Cornet, mais le grand-orgue est bien un Jeu de Tierce bâti, dont les octaves sont des Principaux (et complété par la Fourniture). La seule anche est une Trompette... au positif. Le "petit-plein-jeu" (celui du second clavier) est constitué d'un seul Larigot (ses prédécesseurs avaient une Cymbale). [IHOA:p47a] [ITOA:2p78]

Miniature 1970 : Diemeringen (région de Drulingen), Eglise protestante
Instrument actuel.
Voici le premier orgue neuf avec positif de dos. Et l'anche de ce dernier est bien un Cromorne, invitant à l'exécution de pièces de Couperin. Jeu de tierce décomposé au grand-orgue. Le buffet lui aussi prend de l'épaisseur ; seul clin d'oeil à l'Allemagne du nord pour cet orgue très "classique français" : un dessin de tourelles en tiers-point. [IHOA:p51b] [ITOA:3p119] [PMSLINK:p214-6]

Miniature 1970 : Epinal, couvent franciscain
Ce joli petit orgue néo-baroque sans prétention (II/P 7j), logé dans un buffet à caisson caractéristique des années 1970 avait été construit pour les Franciscains d'Epinal avec des moyens limités. Ce sont les tuyaux originellement prévus pour le positif de dos de Bitche qui ont été utilisés pour cet orgue. A la fermeture du couvent, il fut déménagé par son auteur à Danne-et-quatre-vents (57), Notre-Dame de Bonne-Fontaine. Sommiers à gravures, mécanique suspendue, console frontale. [IOLVO:p75] [IOLMO:A-Gp414-5]

Miniature 1970 : Marsal (57), St-Léger, OdC
Conçu dans l'esprit des "cabinets d'orgue" d'André Silbermann, cet orgue de choeur (I/0P 5j) mono corps est bien entendu totalement mécanique (suspendue directe). Le sommier à gravures est chromatique avec des ravalements, et la composition tombe sous le sens (Bourdon, Prestant, Flûte à cheminé 4', Doublette, Cymbale 2-3 rgs). Pour faire oublier qu'il n'y a qu'un manuel, la Flûte est coupée en basse et dessus (dessus conique). Un fait est révélateur de l' "écosystème" organistique des années 60-70 : la commission diocésaine voulait une Montre 8' sur un tel instrument... [IOLMO:H-Mip1147-8]

A cette époque, Yves, le fils de Jean-Georges, lui aussi né un 16 mai (1950), commença à seconder son père. Il est entré dans l'entreprise dès octobre 1968 pour son apprentissage, jusqu'en octobre 70, puis, après une année de service militaire, prit ses fonctions en octobre 71. Sa première harmonisation fut le positif de dos de Diemeringen. A peu près à la même époque arrivèrent les premiers projets pour l'étranger (Hollande).

Miniature 1971 : Sarre-Union, Eglise protestante
Instrument actuel.
Un instrument du début du 18ème, construit par Augustin Hartung et reconstruit par Huberti (Bavière) avait été entièrement reconstruit en 1901. Il s'agissait, en 1971, de redonner à l'instrument une composition classique. La console étant latérale, la mécanique est restée axée en queue, mais munie d'équerres. Dessus de Sesquialtera au grand-orgue, régale au positif, dont le petit plein-jeu est un Larigot appuyé par un très Gottfried-Silbermannien Sifflet 1' ! [IHOA:p163a] [ITOA:4p575]

Miniature 1971 : Hesse (57)
En Moselle, à Hesse, il y a un orgue construit en 1862 par le facteur local Jean Nicolas Hesse. Ce dernier était en effet établi non loin de là, à Niedwiller. Il s'agissait de restaurer l'instrument en son état d'origine (réparation, et retour en arrière suite à quelques légères modifications). Dans son joli buffet néo-renaissance ("Troubadour"), l'instrument est le meilleur témoin disponible de la facture de Hesse. [IOLMO:H-Mip833-5]

Miniature 1971 : Paris, temple d'Auteuil
C'est un orgue neuf, parfaitement inscrit dans son temps, avec une anche douce à la pédale pour compléter le plein-jeu "à la nordique". [OanEncyclopedia:p293] [TemplesFree]
Composition, 1971
Grand-orgue, 56 n. (C-g''')
II/I
Positif, 56 n. (C-g''')
Pédale, 30 n. (C-f')
Douçaine 16'
I/P
II/P
Tremblant
[TemplesFree]

Dans les années 70, un projet attirait l'attention de tous les acteurs de l'Orgue alsacien : la reconstruction du grand orgue de la cathédrale de Strasbourg, dans son buffet authentiquement médiéval. Le projet de la maison Koenig fut pour le moins audacieux : un Blockwerk (un orgue sur des sommiers sans registres, tels qu'on les construisait à la Renaissance, de façon à accorder totalement l'esthétique sonore à 'esthétique visuelle, il est vrai pratiquement unique au monde). Evidemment, juste après la toute-puissance de "l'orgue à tout jouer", il s'agissait surtout de présenter un "concept".

Miniature 1972 : Angers, Bon pasteur
Cet instrument a été retenu par André Isoir pour enregistrer son Livre de l'orgue français. [OanEncyclopedia:p293]

Miniature 1973 : Danne-et-quatre-vents (57), St-Etienne
Il s'agissait de reconstruire un orgue que l'on suppose dater de 1913 (Mamert Hock, avec une tuyauterie fournie par Laukhuff) (II/P 12j 13chapes). Les sommiers à pistons ont été munis d'une transmission électro-pneumatique, et il a fallu revoir l'alimentation. Le buffet "modern-style" et la console indépendante ont donc pu être conservés. Du coup, c'est un instrument doté d'une très forte personnalité que l'on trouve ici. [IOLMO:A-Gp412-3]

Miniature 1973 : Amsterdam (NL) Vrije Universiteit
Orgue neuf, d'esthétique classique française, réalisé en collaboration avec Fonteyn & Gaal. [ONordHolland]

Miniature 1974 : Strasbourg, St-Etienne Choeur
Instrument actuel.
St-Etienne a été le centre, dans les années 1980, d'une activité musicale cultuelle intense, dont se souvient toute une génération d'organistes strasbourgeois. Le déclencheur avait été ce petit instrument, sans anche. [IHOA:p186b-7a] [ITOA:4p690]

Miniature 1974 : Lorris
Il n'avait pas encore 500 ans, mais les a depuis ! L'orgue de Lorris (I/0P 11j) est en effet daté de 1501. Victime d'une rixe au couteau en 1893, il était resté à l'abandon pendant 80 ans. Restauré en 1974, il a été inauguré le 23/11/1975 par Marie-Claire Alain et Michel Chapuis. [OLorris]

Miniature 1976 : Thionville (57), St-Pierre
Ce petit orgue néo-baroque est prévu pour disposer de 7 jeux. Il n'en a que 4 de posés (Flûte allemande, Prestant et Plein-jeu 3 rangs au premier clavier, le second clavier n'étant du coup doté que d'un seul Bourdon 8'). Sommiers à gravures, mécanique suspendue, tuyauterie coupée au ton. Le buffet présente des claires-voies, constituées de motifs géométriques. [IOLMO:Sc-Zp2129-30]

Miniature 1977 : Vabres L’Abbaye
Il s'agit de la restauration de l'orgue Jean Baptiste Micot, 1761, dont la partie instrumentale avait été classée dès le 19/10/1948.

Miniature 1978 : Mittelbronn (57)
Il s'agissait de reconstruire en mécanique un de ces orgues dit "de transition" (milieu du 18ème), probablement de Jean-Nicolas Hesse, qui avait été - comme de nombreux autres - fortement transformé, à deux reprises. L'instrument était à l'évidence une de ces passionnantes réalisations "à la lorraine", avec console latérale, et probablement de belles "trompes" de pédale, disparues. Une reconstruction d'ampleur, donc, qui ne pouvait pas être menée en une seule fois avec des moyens modestes. Cela avait pourtant très bien commencé : avec des sommiers à gravures neufs et une mécanique suspendue à renvois d'équerre (parce que la console est latérale), 6 jeux de l'orgue originel avaient déjà pu retrouver leur voix, et l'instrument avait une belle cohérence (I/P 8j) après cette "première tranche". L'orgue était déjà prévu pour deux claviers : le positif intérieur (et le 8' de pédale) avaient été laissés pour une deuxième tranche. La tuyauterie correspondante était bien sûr rangée dans le soubassement. [IOLMO:H-Mip1383-6]

Il était alors encore permis, aux amoureux de l'Orgue, de rêver au second clavier, et même, peut-être, aux trompes de pédale ! C'est ce que nous faisions. En tous cas, Mittelbronn avait alors tous les atouts pour se doter d'un orgue d'exception. Mais aujourd'hui, on ne rêve plus : de façon inexplicable, en 2012, cet orgue a été fortement transformé (évidemment pas par la maison Koenig), avec des façons de procéder que l'on espérait définitivement révolues (de façon un peu optimiste peut-être). Tout le monde ne partage à l'évidence pas le même point de vue sur la façon dont devrait être traité un orgue historique. C'est sûrement un des épisodes les plus attristants, désormais, de l'histoire récente de l'orgue mosellan.

Miniature 1978 : Mondelange (57)
Dans son buffet en chêne doté de moulures (mais pas encore de claire-voies), c'est résolument un orgue néo-baroque (sommiers à gravures, mécanique suspendue, tuyauterie coupée au ton et à calottes soudées). Le style s'accommode très bien aux petites compositions (I/0P 6j) (Bourdon, Prestant, Flûte, Doublette, Sesquialtera et Cymbale). Les deux derniers jeux n'ont été placés qu'en 1982. Comme à Marsal (où il n'y a aussi qu'un manuel) la Flûte 4' est coupée en basse et dessus. 56 notes au clavier, et 30 au pédalier, qui fonctionne en tirasse. [IOLMO:Mo-Sap1410-1]

Miniature 1978 : Walscheid (57)
Il s'agit de la restauration en l'état de 1864 d'un orgue des frères Wetzel comportant une grande part de matériel authentique. Ce joli petit orgue "de transition" (milieu du 19ème) est plein d'enseignements sur l'émergence de l'esthétique romantique, puisque son Cornet posté était dépourvu de tierce dès l'origine, et qu'il est doté d'une Gambe et d'une Flûte harmonique. En 1978, il fallu remplacer la façade (en copie d'une façade Wetzel, évidemment), restaurer la console, et remplacer quelques éléments de tuyauterie. [IOLMO:Sc-Zp2316-9]

Miniature 1978 : Pierrefonds (60), St-Sulpice
Il s'agit d'un orgue classique français (IV/P 33j) "pur sucre", issu de la droite lignée de celui de Sarre-Union. [OanEncyclopedia:p293]

Miniature 1979 : Oermingen (région de Sarre-Union), St-Rémy
Instrument actuel.
Sa disposition à fleur de tribune a permis de réaliser un buffet doté d'une seconde façade (muette), plutôt originale. Le grand-orgue est fondé sur une Flûte ouverte, et pas un Principal. [IHOA:p136a] [ITOA:4p471]

Miniature 1979 : Dabo/Schaefferhof (57)
C'est la reconstruction en mécanique d'un orgue de la maison Dalstein-Haerpfer qui avait été construit avec des sommiers sous-traités chez Walcker. Ce ne fut probablement pas un franc succès, puisque la maison de Boulay retourna immédiatement aux sommiers à cônes... C'était leur premier orgue pneumatique. En 1972, il fut toutefois décidé de passer à une transmission mécanique suspendue, avec une console frontale. Il fallut bien sûr reconstruire des sommiers à gravures neufs. L'harmonie de Dalstein-Haerpfer a été respectée, et la couleur des jeux n'a pas été "baroquisée" (il fallait oser, en 1979). L'instrument fut par la suite victime d'infiltrations d'eau (en 1985), ce qui nécessita à nouveau des travaux conséquents. [IOLMO:A-Gp405-7]

Miniature 1980 : Kriegsheim (région de Brumath), St-Ulrich
Instrument actuel.
Dans son buffet provenant de l'orgue Martin Wetzel (1861) du lieu (reconstruit par la maison Kriess en 1891 et 1925), cet instrument rend hommage à sa boiserie en proposant un Salicional (au grand-orgue). Ce "second 8' germanique" n'est pas si anodin que cela dans les composition des années 1980. On n'efface en effet pas d'un coup 150 ans d'histoire : le Salicional, amené par Stiehr et popularisé juste après la Révolution, est un "classique" de l'orgue alsacien. [IHOA:p94b] [ITOA:3p320]

Miniature 1981 : Buhl-Seltz (région de Seltz), St-Ulrich
Instrument actuel.
Premier orgue a être signé à la fois par Jean-Georges et Yves, cet instrument présente la particularité d'avoir une console arrière. La Sesquialtera est en fait un Cornet à 3 rangs. Le "typage" des claviers en clavier fort / positif n'est pas très affirmé : c'est une tendance générale, lorsque le second clavier n'a pas de position privilégiée (de dos ou en Brustwerk). [IHOA:p44b] [ITOA:3p92]

Miniature 1980 : Niederbronn-les-Bains, St-Martin Choeur
Instrument actuel.
L'instrument est caractéristique de son époque, la composition procédant d'un étagement rigoureux d'harmoniques, dans l'esprit du 18ème, mais sans une seule Tierce 1'3/5. L'orgue entier est un plein-jeu composé d'octaves et de quintes. [IHOA:p127b] [ITOA:3p432]

Miniature 1981 : Joinville (52)
La restauration du grand-orgue Louis Lèbe 1696 (qui venait du palais de Troyes) fut aussi un événement marquant des années 1980. [JoinvilleHortes]

Miniature 1981 : Saint-Malo
Cet instrument remplaçait un orgue construit par Louis Debierre en 1897 (III/P 40 j), qui a entièrement disparu (littéralement fondu !) lors des bombardements qui ravagèrent Saint-Malo en 1944. Il y eut beaucoup de projets successifs (Beuchet-Debierre, Yves Sévère, et même un instrument offert par le Canada (Casavant), ...), et c'est finalement celui de Sarre-Union qui fut retenu. La tribune actuelle reprend à peu près la même place que l'ancienne. L'instrument (IV/P 35j) est de style néo-baroque, avec une ouverture sur la musique romantique et contemporaine. C'est le seul orgue Koenig présentant des pressions différentes (elles sont différentes entre les basses et l'aigü, pour le grand orgue et le clavier de Bombarde). Il a été inauguré le 10 août 1980 par le Chanoine Aubeux. L'orgue est mis en valeur chaque été lors des concerts du Festival de Musique Sacrée, où les organistes de tous les pays font régulièrement part de leur satisfaction d'y jouer. La tribune a reçu les visites de Michel Chapuis, André Isoir, Marie-Claire Alain, Pierre Pincemaille, François-Henri Houbart, Thierry Escaich, ... Le grand-orgue de Saint-Malo aura bientôt la compagnie d'un orgue de choeur, lui aussi construit (en ce moment, 2012) par la maison Koenig. [ECorde]

Miniature 1982 : Reichstett (région de Mundolsheim), St-Michel
Instrument actuel.
Lors de la reconstruction de cet orgue, dont le buffet remonte à 1792 (il rappelle ce lui de Lauterbourg), certains éléments Stiehr étaient encore disponibles. Du coup, il y a un dessus de Cornet au grand-orgue. Le positif (intérieur) a son Jeu de tierce. [IHOA:p144a] [ITOA:4p518]

En 1982, Jean-Georges Koenig prit sa retraite. Il est décédé le 26/11/1992, après avoir été le témoin de 50 ans d'évolutions majeures dans la facture d'orgues. Celle-ci, en 1992, n'avait en effet plus grand-chose en commun avec ce qu'elle était en 1945. Ni dans ses techniques, ni dans son rapport aux instruments historiques. A partir de là, plus question de "systèmes novateurs" : le progrès allait être d'un autre ordre, en particulier lié à la volonté d'inscrire chaque projet dans le "socle" de l'existant (matériel préservé, histoire locale, usages locaux...) Du point de vue esthétique, la maison de Sarre-Union était dépositaire à la fois de compétences liées à la facture classique française (Dom Bédos) et saxonne (Gottfried Silbermann). Il ne saurait être question de "synthèse", mais plutôt, on le verra, d'utiliser ces deux sources de façon adaptée au projet musical local.

Miniature 1984 : Porcelette (57)
Il s'agissait de reconstruire un orgue (de fait pratiquement neuf) sur la base du Dalstein-Haerpfer, 1865, modifié en 1906, 1948 et 1973. C'était donc un des premiers orgues de la maison de Boulay (l'opus 3) : Jean Sadoul et Pierre Schontz avaient souhaité une reconstruction plus proche de l'esprit Dalstein-Haerpfer, mais le conseil de fabrique préféra une approche totalement conforme aux canons esthétiques des années 1970-80. Seuls le buffet et quelques tuyaux furent réutilisés. Les anches de l'instrument reconstruit (II/P 17+4j) sont plutôt germaniques (Posaune), et le petit plein jeu de l'Oberwerk est constitué d'une Doublette et d'un Larigot, ce qui permet de regrouper au grand-orgue un grand plein-jeu de 6 rangs (3 pour la Fourniture et 3 pour la Cymbale). [IOLMO:Mo-Sap1648-56]

Miniature 1985 : Strasbourg, Grand séminaire
Instrument actuel.
Cet instrument a aussi beaucoup servi pour l'enseignement (comme orgue d'étude). Larigot au positif, aucune Tierce. [IHOA:p199b] [ITOA:4p759]

Miniature 1985 : Rodez (cathédrale)
Il s'agit de la restauration, en l'état du 17 ème siècle, de l'orgue Antoine Vernholle, 1629 - Jean de Joyeuse 1676 - Isnard 1776 (- Anneessens 1902). C'est un grand instrument (IV/P 47j), avec Montre 16', logé dans un buffet de Raymond Gusmond. [OLogis] [Cicchero]

Miniature 1985 : Valence (cathédrale)
Reconstruction de l'orgue Samson (et non pas Louis) Scherrer, 1753 - François et Joseph Callinet 1813 et 1835 - Mutin Cavaillé-Coll, 1898 (IV/P 40j), avec Montre 16'. [Cicchero] [laTribuneDeLOrgue:63/2p7]

Miniature 1986 : Hohatzenheim (région de Hochfelden), Sts-Pierre-et-Paul
Instrument actuel.
Il y avait ici un orgue Roethinger de 1916, issu d'un projet probablement trop ambitieux, et assurément trop fragile. Il fut construit un orgue neuf de 14 jeux, bien plus robuste et adapté à cet environnement prestigieux. Logé dans un buffet conçu avec l'accord de l'architecte Gaymard des Monuments Historiques, l'instrument est doté d'une composition très équilibrée (il dispose d'une anche à chaque manuel), avec grande Fourniture au grand-orgue. L'inauguration eut lieu le 29/06/1986. [IHOA:p80a] [ITOA:3p271] [PMSSTIEHR:p637-638] [Barth:p224]

Miniature 1986 : Mende (cathédrale)
Restauration de l'orgue des frères Eustache de 1653 - Isnard 1781 - Mutin 1902, (III/P 36j), dans son buffet dessiné par Jean Tiran et réalisé par Christophe Noiratte et Antoine Cabizel. [Cicchero]

Sites  De St-Guillaume à St-Pierre-le-Jeune (1987-2003)

Miniature 1987 : Strasbourg, St-Guillaume
Instrument actuel.
St-Guillaume, haut lieu de la culture depuis très longtemps, vit passer les facteurs les plus renommés : André Silbermann (on lui doit le buffet de l'instrument actuel), Heinrich Koulen, Eberhard Friedrich Walcker, Ernest Muhleisen. Finalement, en 1987 (il ne restait pas un tuyau d'origine dans l'instrument), Yves Koenig construisit un orgue dans l'esprit des Silbermann "de Saxe" (pas "Classique français" comme les orgues d'André et de Jean-André). L'orgue a bénéficié d'un relevage en 2012, avec l’aide précieuse de Kristian Wegscheider. Cette "nouvelle version" a permis d'aller encore plus loin dans l'esprit Gottfried Silbermann, en particulier dans l'harmonisation des fonds. C'est aujourd'hui un des orgues d'exception du paysage alsacien. C'est aussi, après l'orgue du Bouquenom, pour la maison Koenig, un jalon incontournable qui souligne un cheminement allant du style classique français à ce style de synthèse, Saxon dans la chair et Parisien dans les gènes. Si l'orgue "nordique" pourtant à la mode à l'époque, n'a finalement que peu influencé la maison, la "façon Gottfried", si. De fait, les idées élaborées par les deux frères Silbermann (et aussi par Jean-André, au retour de son voyage d'étude chez son oncle) n'ont pas fini de passionner facteurs, organistes et musicologues. [IHOA:p187b] [ITOA:4p692-3] [ArchSilb:p137-8,365-6,491-2] [MSchaeferSilb:p19-20,22,27,120,330-2] [Lobstein:p87] [Rupp:p332]

Miniature 1987 : Saint-Dié (88), foyer protestant
Il s'agit d'un instrument neuf, logé dans un buffet d'inspiration baroque d'outre Rhin, sur lequel on peut lire "Cet orgue est l'oeuvre de Yves Koenig, fait sur la demande du Pasteur Goertz pour l'académie d'Orgue de St-Dié et décoré par moi, Pierre Sibieude l'AN 1987." L'instrument (III/0P 14j), destiné donc au foyer protestant, mais aussi à l'enseignement, a été inauguré le 4 juillet 1987 par Louis Thiry. Fidèle à l' "esprit St-Maximin", le troisième clavier "résonnance" (deux "n"), sert de réserve de jeux à attribuer comme on veut. Il peut jouer en tant que clavier indépendant, mais aussi renforcer le grand-orgue et surtout la pédale (qui n'a pas de jeu propre, mais qui est dotée d'une tirasse à l'octave aiguë sur ce clavier). [IOLVO:p554-6/]

Miniature 1987 : Nemours
Restauration de l'orgue Desenclos et Jacques Lefebvre en 1654 (III/P 30j), fortement abîmé lors des travaux à la nef dans les années 1970. L'inauguration a eu lieu le 17 avril 1988, avec André Isoir aux claviers. François-Henri Houbart y a enregistré des oeuvres de Jean-François Dandrieu. [BOS77]

Miniature 1987 : Saint-Avold, St-Nabor, grand-orgue
Il s'agissait d'une reconstruction, visant à créer un instrument respectant les principes de Dom Bedos, dans un prestigieux buffet de 1772 ayant abrité l'orgue de Barthélemy Chevreux (et non Nicolas Dupont ; Chevreux a travaillé en Alsace, chez les Bénédictins de Munster en 1784). L'instrument avait été fort malmené par l'Histoire, et partiellement démonté en 1948. Il est resté à l'état de ruine pendant 40 ans. La reconstruction a été menée sous la maîtrise d'oeuvre de Marc Schaefer (qui inaugura l'instrument) en collaboration avec François Ménissier. L'inventaire des orgues de Lorraine signale l'instrument reconstruit (IV/P 39j) comme l'un des fleurons de la renaissance de l'orgue en Moselle. [IOLMO:Mo-Sap1774-96] [JLeidner]

Miniature 1987 : Gien
Il s'agit d'un instrument neuf (III/P 24j), construit sur la base d'un orgue Roethinger (néo-classique électrique) de 1956.

Miniature 1989 : La Roche sur Yon, St-Louis, grand-orgue
C'est un instrument neuf (III/P 40j), doté de chamades et de mutations en 16', influencé par l'héritage de l'Orgelbewegung alsacien (très "Rupp"), et doté d'un récit expressif (l'orgue de choeur du lieu est un Cavaillé-Coll, 1884). L'instrument a été inauguré en octobre 1989 par Jean Guillou. [OYonnais]

La restauration dans l'état de 1843 de l'orgue Verschneider (classé) de Sarrewerden, église protestante de Bischtroff-sur-Sarre date de 1989. Le système de tailles est spécifique : il s'agit d'un orgue "taille unique". Le rapport diamètre-hauteur est constant pour tous les tuyaux donnant la même note pour les jeux suivants : Montre 8', Prestant, Doublette, Plein-jeu et tuyaux ouverts du Cornet. Il s'agit donc, quelque part, d'une curiosité, et d'un témoin des recherches qui ont été faites dans ce domaine au 19 ème siècle. Evidemment, il n'est pas vraiment conforme à l'idée que l'on se fait des progressions des timbres aujourd'hui (ou même bien sûr à l'époque classique).

Miniature 1990 : Osaka (Japon) Isumi Hall
Il s'agit d'un grand instrument neuf (IV/P 46j), situé dans une salle de concert ; il présente la particularité d'avoir deux consoles (la principale en fenêtre).

Miniature 1991 : Hilbesheim (57)
C'est la restauration dans l'état de 1836 du grand orgue Jean-Frédéric I Verschneider de Puttelange. La composition était connue grâce aux étiquettes anciennes. Même si la géométrie des buffets avait été fortement modifiée en 1929, elle put être reconstituée. Avec ses "trompes" de pédale, situées à fleur de tribune, c'est à nouveau une des belles "figures" de l'Orgue lorrain. [IOLMO:H-Mip843-7]

Miniature 1992 : Obernai, Sts-Pierre-et-Paul Choeur
Instrument actuel.
Fort bien soutenu par l'acoustique de l'endroit et un buffet absolument superbe, l'orgue de choeur d'Obernai a été un "coup de coeur" pour beaucoup de gens qui sont venus le visiter (même ceux qui pensaient, juste avant, que le paradis organistique commence à 4 claviers et 60 jeux). C'est un instrument que l'on peut jouer 4 ou 5 fois par mois pendant 2 ans, tout en y faisant, à chaque fois, une découverte. L'illustration flagrante de la différence entre une composition notée sur un papier (ou un écran), et un instrument de musique joué ou écouté en vrai... Un orgue extrêmement attachant, qui n'est en rien "néo-quelquechose" : il est tout simplement lui-même. [IHOA:p134a-b] [ITOA:4p464,466]

Miniature 1992 : Sarreguemines
L'histoire des orgues de Sarreguemines (auxquelles pas moins de 14 pages de l'inventaire des orgues de Lorraine sont consacrées) ne peut être retracée ici. Une vue de la tribune actuelle permet toutefois d'admirer les "trompes" de pédale à fleur de tribune chères à l'orgue Lorrain : pour faire simple, on peut dire qu'en 1980, après des décennies d'errements, l'instrument reçut la visite de Michel Chapuis. Il donna une impulsion déterminante. La suite ne fut pas tout à fait exempte de péripéties (dont un début d'incendie en 1990 et de jolies "performances" d'experts - qui, on le sait, font parfois encore plus de dégâts). Mais la motivation gagna : l'élan lancé par Pierre Brossard, Norbert Pétry, le Dr Florsch et Michel Chapuis permit la réalisation d'un orgue (III/P 29j) complètement inscrit dans la tradition lorraine : console latérale, transmission mécanique, sommiers à gravures, trompes de pédale. [IOLMO:Mo-Sap1909-22]

Miniature 1994 : Albestroff, St-Adèlphe
Le buffet de cet instrument est l'une des plus célèbres boiseries de l'est de la France. C'est l'orgue de Joseph Géant (1844) et non celui de Franz Staudt (1895) qu'il fut décidé de restaurer, mais sans faire d' "historicisme" (pédalier moderne). L'instrument d'Eywiller a pu servir de modèle pour restituer les éléments manquants de Géant. L'orgue restauré (II/P 26j) a été inauguré en mai 1993 par Christian Ott et André Zimmermann.

Miniature 1995 : Sigmaringen (D), St Johanneskirche
C'est l'instrument (III/P 40j) sur lequel Jürgen Essl a enregistré son disque "Orgelmusik in der Sigmaringer Stadtpfarrkirche St. Johann".

Miniature 1996 : Schirrhein (région de Bischwiller), St-Nicolas
Instrument actuel.
Dans les années 1990, Schirrhein souhaita remplacer son orgue néo-classique par un véritable instrument d'esthétique française. Le projet, fort ambitieux puisque décliné sur 3 claviers et pédale, avec 8 pieds en Montre, a été mené par la commune, le Conseil de fabrique, avec l'appui de Conseil général du Bas-Rhin. Le tout avec les conseils d'Antoine Bender, Maître de Chapelle à Marienthal, et sous la maîtrise d'oeuvre de Robert Pfrimmer. Avec ses 4 Cornets (un décomposé au positif, le grand Jeu de Tierce au grand-orgue, le grand dessus de Cornet posté du grand-orgue et le Cornet d'écho), son couple Trompette+Clairon au grand-orgue et Bombarde+Trompette de pédale, appuyés par le Cromorne du positif pour les "dialogues sur les grands jeux", l'orgue souligne son appartenance affirmée à l'esthétique classique française. Mais le nombre de fonds et le traitement des plein-jeux lui confèrent aussi une ascendance germanique. Avec sa pédale séparée, c'est clairement un orgue alsacien. [Caecilia:1996/4p29-30] [IHOA:p167a-b] [ITOA:4p606]

Miniature 1996 : Charleville-Mézières (08)
La situation frontalière de Charleville a justifié un instrument (III/P 40j) issu de nombreuses influences (flamande, française, germanique), mais plus particulièrement destiné à la musique de J.S. Bach (pleins-jeux composés pour favoriser la polyphonie). [Charleville]

Miniature 1997 : Leudelange (L)
C'est un instrument neuf d'esthétique classique française, avec sommiers à gravures et transmission mécanique: [OrguesLuxembourg]

Miniature 1997 : Rollingergrund (L)
Cet instrument a été construit après la perte du précédent, victime d'un incendie survenu en 1991. Contrairement à son presque contemporain luxembourgeois de Soleuvre, c'est bien un instrument de style classique français qui fut construit : positif de dos et grand orgue en témoignent. L'originalité, c'est ce récit plus "germanique", avec son Unda maris et sa Sesquialtera. A la pédale, un Basson, plus doux qu'une Bombarde, complète le Plein-jeu "alla Buxtehude" (cette registration est d'ailleurs de plus en plus souvent utilisée aussi pour Bach). [OrguesLuxembourg] [AmisLuxembourg]

Miniature 1997 : Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle), St-Barthélemy
Il s'agissait de relever, et de déplacer dans le transept gauche un orgue fort original construit par la maison Roethiger en 1938. [IOLMM:p229-30] [LongwySaintMartin] [YKoenig]

Miniature 1998 : Soleuvre (L)
Malgré sa taille conséquente (III/P 34j), cet instrument est logé dans le choeur de l'édifice. D'esthétique radicalement inspirée par l'oeuvre de Gottfried Silbermann (Saxe, première moitié de 18ème), ses plans sonores sont répartis de bas en haut (Brustwerk, Hauptwerk, Oberwerk). La structure interne respecte intégralement les principes de Gottfried Silbermann. Le site "Kultur-und Geschichtshaus A Gadder" référencé ci-dessous publie un excellent PDF donnant une foule de détails sur cet instrument. [OrguesLuxembourg] [AGadder]

Miniature 1999 : Regensburg (D) Musikhochschule
Il s'agit d'un instrument neuf, de taille plutôt conséquente (III/P 26j). Son architecture générale fait penser à l'instrument du foyer protestant de Saint-Dié (1987).

En 1999, ce fut le relevage de l'orgue Silbermann d'Ebersmunster, en collaboration avec Richard Dott et Gaston Kern. Cette action "d'équipe" est l'occasion de réfléchir sur les chantiers ayant pour objet le relevage ou la restauration des instruments historiques classés : la "charge" administrative - pour qui s'y intéresse un tant soit peu - est vraiment conséquente (pour ne parler que de sa partie utile). Progressivement, le facteur d'orgue est aussi devenu un conservateur : travaux de relevés (géométriques), d'analyse (alliage, travail du bois) ou d'interprétation (reconstitution d'éléments disparus révélés par des indices restants). Cela dépasse de loin le mandat traditionnel (produire un orgue qui marche et de bonne qualité sonore), et, si le travail "de détective" parait passionnant, il s'agit évidemment surtout de classer, rédiger, et croiser un grand volume de données, pour produire des rapports... dont on ne sait pas trop par qui ils seront lus. Il n'est pas sûr que le public, au moment d'apprendre le coût lié à ces opérations, mesure la quantité de travail qu'impliquent les mots "traçabilité", "retour en arrière possible" ou "documentation".

Miniature 1999 : Lauterbourg, Ste-Trinité
Instrument actuel.
En 1999 eut aussi lieu la reconstruction de l'orgue (II/P 24j) qu'avait construit Ferdinand Stieffel (le précurseur des Stiehr) en 1771. Le trio Seebach / Reichshoffen / Lauterbourg constituera "l'acte fondateur" de l'Orgue bas-rhinois du 19 ème siècle : les ancêtres des orgues "post-classiques" de la maison Stiehr-Mockers. Comme Lauterbourg abritait une école normale, l'instrument était très "en vue" et fut donc régulièrement modifié : reconstruit par Franz Xaver Kriess en 1903, il a été électrifié par Max Roethinger en 1957, re-mécanisé par René Schwartz en 1975. L'inauguration de la reconstruction de 1999 (II/P 24j) eut lieu en avril, avec Jean-Luc Iffrig aux claviers.

Miniature 2001 : Wolfisheim (région de Mundolsheim), St-Pierre
Instrument actuel.
Cet orgue neuf (II/0P 7j) a été inauguré le 15/10/2000 par Dominique Debès.

Miniature 2000 : Königsfeld (D) St-Peter und Paul
Cet instrument neuf (II/P 18j) a été placée dans l'église catholique de Königsfeld.

Miniature 2001 : Fatima (Portugal) Órgão da Colunata da Basílica de Fátima
Il s'agit d'un instrument neuf, d'esthétique néo-classique française : [OrgaosPortugal]

Miniature 2001 : Altenstadt (région de Wissembourg), St-Ulrich
Instrument actuel.
Dans cet édifice assez exceptionnel et bénéficiant d'une ambiance toute particulière, l'orgue Baumann, 1764 a été reconstruit en 2001 (II/P 14j). Rappelons que la seconde Guerre mondiale et la dispersion du matériel qui suivit avaient laissé le buffet vide. Un travail de recherche, mené en particulier grâce aux modèles de Bad-Bergzabern, Böchingen, et de l'église protestante d'Ilbesheim, a permis de rendre à Altenstadt un instrument dans le style de Baumann.

Miniature 2001 : Siegelbach (D)
Reconstruction en mécanique d'un orgue de 1905. Le buffet, réduit à une façade libre a également retrouvé son décor d'origine. [Otterbach]

Miniature 2002 : Wiwersheim (région de Truchtersheim), St-Cyriaque et Notre-Dame
Instrument actuel.
Cet instrument comporte une caractéristique chère à l'orgue alsacien : l'anche manuelle coupée en basse+dessus. Il y a un grand Cornet posté. Un sommier ancien a pu être à nouveau réutilisé (il l'avait déjà été dans l'orgue Roethinger du lieu), pour donner une "âme historique" à l'orgue neuf. L'instrument a été inauguré le 18/05/2002 par Thibaut Kister (Wiwersheim) et Nicolas Loth (Mommenheim), avec une présentation de Robert Pfrimmer, puis au cours d'un récital donné le lendemain par Pascal Reber. [IHOA:p225a] [ITOA:4p880-1] [Caecilia:2002-4p26] [Barth:p392]

Miniature 2002 : Beinheim (région de Seltz), Ste-Croix
Instrument actuel.
Il s'agissait de reconstruire un orgue du fondateur de la maison Stiehr, Michel. L'instrument de 1815 avait été fortement modifié à deux reprises. Il fut reconstruit en 2002 dans l'esprit Stiehr (qui sont encore des orgues classiques, au tout début du pré-romantisme), mais sur deux manuels. [IHOA:p32b] [ITOA:3p28] [PMSSTIEHR:p123-6] [Barth:p148]

Sites  De St-Pierre-le-Jeune à nos jours (2003-)

Miniature 2003 : Strasbourg, St-Pierre-le-Jeune cath.
Instrument actuel.
Ce fut l'événement des années 2000. A l'aube du 21 ème siècle, un récit expressif avait été construit dans un orgue neuf. Ce n'est pas l'héritage néo-classique de l'ancien orgue Roethinger qui en est la cause, mais bien le projet musical local, porté par Emmanuel Fabre, et qui puise ses sources dans la Réforme alsacienne de l'Orgue. Il s'agissait de reprendre les idées de Schweitzer et de Rupp, mais cette fois sans n'avoir que Silbermann et Cavaillé-Coll en tête, et donc sans devoir faire des "assemblages" trop contrastés. Car entre temps, le monde de l'orgue avait redécouvert les Stiehr, les Callinet et les Rinckenbach : c'est une sorte de "Réforme alsacienne élargie" qu'on a vu émerger. L'héritage Roethinger et Koulen est encore là aussi (en particulier dans les Fonds). En fait, il n'y a pas un seul acteur historique de l'Orgue alsacien qu'on ne puisse évoquer à St-Pierre-le-Jeune. C'est l'instrument que choisit Yannick Merlin pour son disque "L'Orgue alsacien des XIXè et XXè siècles".

Miniature 2004 : Weisendorf (D)
Il s'agit d'un instrument neuf, logé dans un buffet ancien (II/P 26j). Le style musical s’inspire de l’esthétique classique française, à laquelle sont adjoints quelques fonds de 8 pieds doux dans l’esprit de l’Allemagne du Sud. Le site référencé ci-dessous propose un document PDF décrivant l'instrument (en donnant même un plan de console). [Weisendorf]

Miniature 2005 : Ohmbach (D) Eglise Protestante
Cet orgue baroque, attribué à la famille Stumm (vers 1780), a été restauré en 2005. [Ohmbach]

Miniature 2006 : Mittersheim (57)
Reconstruction de l’orgue Jean-Frédéric I Verschneider (1829) de l’église catholique de Mittersheim. Mittersheim est le village natal de Hubert (parfois "Herbert") Killian (06/04/1815 - 19/01/1897), ce facteur autodidacte (il était menuisier de formation) et fort imaginatif. On lui doit le fameux orgue de Belles-Forêts / Bisping (57). [IOLMO:H-Mip1387-90] [IOLMO:Sc-Zp2543-4]

Miniature 2007 : Avolsheim (région de Molsheim), St-Materne
Ce petit orgue construit par Joseph Stiehr de Seltz pour le Dompeter a été restauré en son état de 1865-7. L'étude ayant montré que le Violoncelle de pédale remplaçait une Trompette en bois, ce dernier jeu a été reconstruit en copie de Stiehr. Pour l'accord, le diapason originel a été recherché. L'inauguration a été menée par Clotilde Waegele, le 16 septembre 2007. [AvolsheimBI]

Miniature 2007 : Rottelsheim (région de Brumath), St-Martin
Les archives n'ont jamais révélé le nom de l'auteur de cet orgue, tout comme la date exacte de sa construction. Néanmoins, il est souvent attribué à George Wegmann, et, après démontage, examen et comparaison avec d’autres instruments, on peut à présent confirmer cette attribution. Le projet de restauration a consisté en un retour à la composition d’origine (vers 1840), sauf à la pédale où la soubasse installée par Rinckenbach a été conservée. L'orgue a été inauguré le 23 juin 2007. Le site référencé ci-dessous propose un article de Claude Wichtrey décrivant l'opération. [Rottelsheim]

Miniature 2007 : Vézelise (54)
Comme l'atteste la signature sur le plus grand tuyau, cet instrument a été construit de 1773 à 1775 par Georg Küttinger (originaire du Bouquenom - donc Sarre-Union - où il est né en 1733). C’est un "grand huit pieds" au sens de Dom Bedos, construit pour abbaye cistercienne de Beaupré. Il est doté d'un ravalement de pédale jusqu'au Fa 12', si bien qu'on le qualifia à la Révolution de "8 pieds renforcé". Il fut alors acheté par Vézelise. La restauration a été achevée en octobre et l'inauguration a eu lieu le 25 novembre 2007. C'est un instrument assez extraordinaire, idéal pour le répertoire classique français.
Composition, 2007
Positif de dos, 50 n. (CD-d''')
Bourdon 8'
Montre 4'
Flûte 4'
Nasard 2'2/3
Doublette 2'
Tierce 1'3/5
Larigot 1'1/3
Plein-jeu 4 rgs
Cromorne 8'
Clairon 4' (B)
Hautbois 8' (B)
Grand-orgue, 50 n. (CD-d''')
Bourdon 16'
Montre 8'
Bourdon 8'
Prestant 4'
Grosse tierce 3'1/5
Nasard 2'2/3
Doublette 2'
Quarte de nasard 2'
Tierce 1'3/5
Fourniture 3 rgs
Cymbale 3 rgs
Grand cornet 5 rgs (D)
Trompette 8'
Trompette de récit 8' (D)
Clairon 4'
Voix humaine 8' (B)
Voix humaine 8' (D)
I/II
Echo, 27 n. (c'-d''')
Cornet 5 rgs
Pédale, 32 n. (FF,GG,AA-d')
Flûte 12'
Flûte 6'
Bombarde 12'
Trompette 6'
II/P
[Vezelise] [RLopes]

Miniature 2007 : Abbaye de Royaumont (60)
Création d’un buffet de style néo-gothique à l'occasion de la restauration de la partie instrumentale de Cavaillé-Coll par Laurent Plet. [LPlet]

Miniature 2008 : Preuschdorf (région de Woerth), St-Adèlphe
Instrument actuel.
De l'instrument construit par Pierre Rivinach, il reste le buffet ainsi qu'une partie de la tuyauterie : il avait été profondément modifié par Heinrich Koulen. L'orgue a été restauré dans son état d'origine (1860). Les tuyaux de Rivinach ont retrouvé leurs tailles et emplacements d’origine, les tuyaux plus récents ont été adaptés. L'inauguration a eu lieu le 5 octobre 2008.

Miniature 2008 : Champigneulles (54)
En l'absence d'archives, ce sont les travaux de Jean-Louis Helleringer qui ont montré qu'il fallait attribuer l'orgue de Champigneulles à Joseph Géant, et que le buffet avait été réalisé par l’ébéniste Lorentz entre 1840 et 1845. On retrouve un décor similaire à celui de l'orgue d'Albestroff, avec des têtes d'oiseaux tout à fait caractéristiques. La restauration de l'instrument, qui avait été fortement modifié par Jean Blési vers 1885, a permis de reconstituer un ensemble cohérent correspondant au buffet. Le grand-orgue est disposé au niveau de la façade, le positif dans le soubassement, et la pédale est logée à l'arrière. L'instrument a été achevé le 4 décembre 2007, et l'inauguration a eu lieu le 26 janvier 2008. [Champigneulles]

Miniature 2008 : Markt Allhau (AU)
De l’instrument de 1795, il ne restait que les deux buffets, fortement transformés. A la console, on pouvait encore distinguer les cinq tirants de jeux et l’emplacement du pédalier à octave courte de 17 notes. Les deux petits buffets ont retrouvé leur emplacement d’origine. Ils sont à présent complétés par un buffet central, partiellement dissimulé par la chaire, ce qui a permis d’augmenter la palette sonore de l’instrument. L’instrument a été inauguré le 31 octobre 2008. Contexte oblige, sa tuyauterie fait la part belle au bois ! [MarktAllau]

Miniature 2009 : Siewiller (région de Drulingen), Ste-Dorothée
Instrument actuel.
Il s'agit de la reconstruction d'un orgue de provenance inconnue, qui avait déjà été reconstruit par les fameux frères Mürkens. L'instrument neuf de 2012 conserve le buffet et des éléments de tuyauterie anciens. Son esthétique est inspirée des orgues alsaciens du milieu de 19ème. [IHOA:p174a] [ITOA:4p637] [PMSSTIEHR:p727] [Caecilia:p17] [IOLMO:Sc-Zp2553]

Miniature 2010 : Macao (Chine)
Cet instrument a été conçu dans la lignée de celui de Strasbourg- St-Guillaume pour favoriser l’interprétation des oeuvres de maître de Leipzig. Son inauguration a eu lieu le 6 octobre 2010, sous les doigts de Philippe Charru.

Miniature 2010 : Momerstroff (57)
De la même année date le relevage du petit orgue Dalstein-Haerpfer de Momerstroff, datant des environs de 1912 et logé dans un buffet néo-gothique. Il est typiquement "lorrain", car placé à fleur de tribune et muni d'une console latérale. L'inauguration eut lieu le 16 mai 2010, avec Christophe Durant (Saint-Quirin) aux claviers. [YKoenig] [Momerstroff]

Miniature 2011 : Luz-Saint-Sauveur
Le nouvel orgue de l’église des Templiers a été construit pour magnifier l'interprétation de la musique d'Allemagne du nord des XVIIe et XVIIIe siècles. La console latérale a permis de limiter l’emprise de l’instrument dans la nef romane. Tuyauterie en mitre, dans la tradition germanique. Bourdons à calottes soudées et bombées. [BlogLuz]

2011 a aussi été l'année d'achèvement du relevage et de la reconstitution d'un positif de dos pour l’orgue de Monswiller. Construit par le facteur Rohrer en 1750-51, pour l’église St Georges de Haguenau. En 1840 Wegmann a construit un nouvel instrument et prévoyait de créer un buffet néo-gothique. Devant le refus de l’architecte, il fut contraint d’installer tant bien que mal son instrument dans le buffet de Rohrer. Vingt ans plus tard, l’orgue fut vendu à Monswiller et remonté par le facteur Stiehr. En 1895 Rinckenbach transforma profondément l’instrument. Le positif de dos fut remplacé par un récit expressif de neuf jeux. La restauration réalisée sous l’égide des Monuments historiques prévoyait un agrandissement de 40 à 49 jeux par l’adjonction d’un plan sonore. Ainsi le troisième clavier peut appeler le récit expressif ou/et le positif intérieur. Le positif de dos a été reconstitué à partir du buffet et de 13 tuyaux Rohrer. Une première en France pour un instrument classé. L’instrument a été inauguré par deux concerts magistraux, le premier le 2 octobre 2011 avec Marc Baumann, le deuxième le 9 octobre 2011 avec Jürgen Geiger.

En 2012 eut lieu le relevage de l’orgue Roethinger de Mackenheim. L'orgue a été inauguré le 21/10/2012 par Marc Baumann (Strasbourg, Cathédrale) et Françoise Jehl (Mackenheim), avec une présentation des jeux par Robert Pfrimmer, qui était intervenu en tant qu'expert pour ce relevage. La cérémonie a comporté des chants interprétés par les chorales réunies de Mackenheim, Bootzheim et Marckolsheim. Il est réjouissant de voir les orgues néo-classiques des années 1950 comme celui-ci bénéficier de la même attention et du même soin que les orgues plus "historiques".

Miniature 2012 : Tendon
De la même année date relevage du petit orgue Wetzel/Jaquot-Jeanpierre (1891) de Tendon (Vosges). Le buffet était à l'origine un positif de dos : celui de l'orgue Martin Wetzel, 1840, de Châlons-sur-Marne, St-Loup. Il s'agit même du seul positif de dos jamais construit par Wetzel. [OVosges]

Un des projets marquants pour 2013 sera le nouvel orgue pour le choeur de la cathédrale de Saint-Malo.

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Au coeur de l'histoire de l'Orgue alsacien

S'agissant d'une entreprise encore en activité, il est difficile de se livrer au traditionnel exercice définissant des spécificités. Puisque chaque orgue continue encore à en définir les orientations... Après deux générations de dirigeants (la relève est assurée), les aspects techniques et esthétiques de la production ont bien sûr radicalement changé. Tout comme l'intégralité de la facture d'orgue a changé. Si c'est bien l'orgue "selon Dom Bédos" du Bouquenom qui a donné à la maison de Sarre-Union son élan déterminant, l'influence "classique française" ne s'est absolument pas imposée comme un dogme. D'autres maisons ont bien plus recherché à construire des instruments répondant de façon "pure et dure" à certains canons historiques, en allant jusqu'à faire des copies (le mot n'étant toutefois absolument pas péjoratif dans ce contexte). Mais l' "historicisme" n'a jamais vraiment été une priorité à Sarre-Union. Les évolutions de la facture qui ont été retenues étaient toujours celles liées à la façon de jouer les orgues : mécanique pour le phrasé, tailles de Dom Bédos lorsque Michel Chapuis faisait redécouvrir la musique classique française, mais ensuite des pleins-jeu "polyphoniques" et compositions "Saxones" là où Bach était clairement préféré. Si les débuts "néo-classiques" ont été traités avec pas mal d'a-priori dans les années 1980-2000, on en re-découvre aujourd'hui les indéniables qualités, en les examinant plus objectivement. Les "valeurs" néo-classiques (polyvalence, retenue face aux excès de chaque style, ergonomie de la console) n'ont jamais disparu. L'orgue se Strasbourg, St-Pierre-le-Jeune est là pour en témoigner.

Dom Bédos, Nordique, Saxon

Le monde de l'Orgue adore les étiquettes (sans s'entendre sur leur signification, bien sûr). Alors, les orgues, il faut aller les écouter ou les jouer. Le "parcours" esthétique est intéressant, et l'audition est bien plus belle quand on se souvient des "étapes" :

Tous différents !

On a souvent utilisé le mot "synthèse" pour définir des styles. Mais le croisement de deux influences n'est que rarement une "synthèse" : on retient certains éléments de l'une, d'autres composantes de la seconde, et on décide ce qui est le plus approprié au projet en cours, en fonction du projet musical. Le tout se discute, s'argumente et se nourrit. Le résultat n'est pas une somme, mais la conséquence de décisions collectives. Comme ces projets musicaux n'ont pas d'étiquette et sont tous différents, il en résulte une incroyable diversité qui fait de chaque instrument - même le plus modeste - une pièce unique qui raconte son histoire. Pas seulement celle de ceux qui ont scié, raboté, et donné des coups d'accordoir pour lui donner vie, mais celle de leur rencontre avec d'autres gens, qui voulaient juste chanter ce qu'ils aiment, ou faire en sorte que ce ne soit pas un CD qui retentisse quand un visiteur entre dans le sanctuaire. C'est donc évidemment sur place qu'il faut aller les découvrir : faites donc ouvrir ces portes trop souvent closes, et animez les trésors qui sont derrière !

Strasbourg, St-Pierre-le-Jeune, cath.Strasbourg, St-Pierre-le-Jeune, cath.
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