L'orgue Martin et Joseph Rinckenbach de Uhrwiller. (Illustration.)Martin et Joseph Rinckenbach posèrent en 1901 à l'église catholique d'Uhrwiller leur opus 73, premier orgue du lieu, et le premier orgue qu'ils construisirent ensemble à n'avoir qu'un seul clavier. Malheureusement, l'instrument a été gravement altéré en 1982, quand sa Gambe a été détruite pour être remplacée par une absurde Doublette 2' et son beau et coûteux Principal 8' par une Fourniture sur-aiguë.
Historique
L'orgue a été posé en 1901 par Martin et Joseph Rinckenbach. [IHOA]
L'instrument est contemporain de la merveille de Dessenheim, et du regretté orgue de Folgensbourg (détruit en 1979).
Uhrwiller devait vraiment avoir envie d'acquérir un orgue Rinckenbach. L'église catholique St-Martin a été achevée en 1874. Pour avoir un tel instrument, il allait falloir attendre, et faire des concessions. Un incendie, en 1887, n'arrangea pas les choses. En 1892, on se servait toujours d'un harmonium. [Barth]
La concession la plus marquante est bien sûr de n'avoir qu'un clavier manuel. La maison d'Ammerschwihr ne faisait pas ça, d'habitude : en 1901 également, elle fournit un petit orgue d'étude pour l'école normale de Phalsbourg, qui, malgré ses 3 jeux seulement, avait 2 claviers et pédale (donc un jeu par plan sonore) ! Plus tard, il y eut d'autres "1-clavier" : Kiffis (I/P 5j, 1912), Wackenbach (II/P 6j, 1912), Tagolsheim (I/P 10j, 1907). Martin Rinckenbach "seul" avait déjà réalisé des orgues à 1 clavier : Balgau (I/P 14j, 1874), Wolfgantzen (I/P 14j, 1888), Dalhunden (I/P 12j, 1892), mais là aussi, ils font clairement exception.
Tenir à ce point aux deux claviers s'explique sûrement par un refus de continuer à pratiquer "l'orgue pour instituteurs" comme défini avant 1870 : des instruments aux capacités trop limitées, à un seul manuel, et souvent pénalisés par un pédalier incomplet (18 notes, ou parfois même moins), privant l'instrument de son répertoire. Après 1870, grâce à l'enseignement de très haute qualité dispensé par les Ecoles Normales, le niveau des instituteurs était devenu bien plus élevé. Ils connaissaient donc (et voulait donc jouer) des pièces de répertoire : un pédalier complet était devenu totalement indispensable, et se limiter à un seul manuel ne devait être accepté qu'après de très longues négociations. Car, quand même... en 1900, Uhrwiller comptait 850 habitants, et il y avait deux communautés, et déjà un orgue dans l'église "mixte" (aujourd'hui protestante) depuis 1860.
Pas de Sonates en trio, donc, mais à part le manuel unique, il n'y a pas eu de concession notable : le pédalier complet donne accès au répertoire, et la composition de 7 jeux "seulement" en fait bien plus qu'un orgue d'accompagnement. En fait, on trouve l'essentiel : les quatre jeux de fonds 8' du "carré d'or" romantique : un Principal, une Flûte ouverte (ici, une Flauto Dolce ; pas un Dolce), un Bourdon et une Gambe. Le Bourdon 16' à la pédale est indispensable, mais on peut ne mettre qu'un jeu à la pédale, car il y a une tirasse. Il restait donc 2 jeux à choisir pour faire 7 : logiquement l'Octave 4', et pour le dernier, la meilleure option était une Flûte à cheminée 4', polyvalente et permettant de colorer n'importe quel autre jeu.
Bien sûr, des jeux plus aigus, et en particulier le 2', n'ont pas leur place dans un instrument romantique de cette taille : ils "écraseraient" le fragile et subtil équilibre harmonique.
Et surtout, ce qu'il y a de remarquable pour un aussi petit instrument, c'est la présence d'une Montre 8'. Le fondement sonore de l'instrument n'a souffert aucune concession.
On trouvera sur la page consacrée aux compositions des orgues Martin et Joseph Rinckenbach de 1899 à 1917 plus de détails sur cette esthétique.
Cet instrument est vraiment représentatif de l'orgue alsacien : une chose longtemps rêvée, merveilleuse et assurément dé-raisonnable, acquise avec beaucoup d'efforts et de sacrifices par une communauté mobilisée et engagée. D'abord parce qu'on voulait vraiment un orgue, ensuite parce qu'on en voulait un beau, puis, on le devine, parce que sa valeur vient aussi du projet en lui-même : réaliser quelque chose de difficile (presque impossible) est enrichissant en soi, et structurant pour la communauté.
Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités en 1917. Ils ont été remplacés plus tard (1926 ?), mais on ne sait pas par qui. [IHOA]
En 1947, l'orgue a été entretenu par Ernest Muhleisen. [IHOA]
Et en 1953, par la maison Roethinger. [IHOA]
Au début des années 80, l'orgue était encore authentique, à l'exception des tuyaux de façade. Il avait passé deux guerres sans dégâts. (Contrairement à celui de l'église protestante.) Il nous serait presque parvenu dans cet exceptionnel était d'authenticité. Presque.
Les années noires
Malheureusement, le bel instrument de 1901 a été altéré en 1982. On demanda en effet aux frères Steinmetz de supprimer deux jeux pour en placer d'autres, à l'époque à la mode, mais qui n'ont aucun rapport avec l'esthétique originelle de l'instrument. [IHOA]
Ce qui est frappant, c'est le choix des deux jeux à sacrifier : la Gambe (prouvant ainsi que les commanditaires n'avaient aucune idée de comment registrer un orgue de cette esthétique) et... la Montre (Principal) 8', qui était un des plus gros efforts en 1901 ! La façade actuelle est donc entièrement postiche. Le beau et coûteux Principal 8' par une Mixture sur-aiguë (1'), et la Gambe par une Doublette (!). [ITOA]
On pouvait difficilement imaginer un pire scénario pour mutiler ce joli petit instrument... Si encore on avait placé une Mixture romantique (2'2/3), ça aurait peut-être pu se justifier, mais là, une Fourniture "baroque" (1'), c'est juste du grand n'importe quoi.
L'inventaire technique des orgues d'Alsace, en 1986, note de façon fort désabusée que : "Les tuyaux en bois de la première octave du Principal traînent au grenier, avec quelques faux-sommiers. Des tuyaux en étain, il n'y a bien sûr plus trace." [ITOA]
L'instrument a subi, à une date indéterminée, une autre mutilation : les entailles de timbre de l'Octave 4' ont été soudées... Comment peut-on faire ça à d'aussi beaux instruments ? Il faut vraiment n'avoir aucun goût... [ITOA]
Caractéristiques instrumentales
Console latérale accolée du côté droit, fermée par un couvercle basculant. Tirants de jeux de section ronde à pommeaux munis de porcelaines, disposés sur deux niveaux de part et d'autre du clavier (un gradin et le fond), et au-dessus des extrémités du clavier, pour deux jeux. Clavier blanc. Plaque d'adresse noire, placée au centre au-dessus du clavier.
Banc caractéristique de la maison Rinckenbach, dont les flancs figurent une lyre.
Clavier à transmission mécanique (d'origine), pédale pneumatique.
Sommiers à cônes.
Sources et bibliographie :
UHRWILLER, Kt. Niederbronn. - 1840, Liste, ohne O. - Kathol. Ki. 1869. Nach Visit.-Bericht 1892 bloss ein Harm. - Die erste O. erstellt von Rinckenbach 1901, mit 7 Reg., 1 Clav. Vgl. Liste Rinckenbach.
Localisation :