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Les orgues de la région de Geispolsheim
Plobsheim, église protestante
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Plobsheim, église protestante.L'orgue Roethinger
        (1898) / Brayé (2012), le 04/05/2013.Plobsheim, église protestante.
L'orgue Roethinger (1898) / Brayé (2012), le 04/05/2013.

L'opus 19 de la maison Roethinger, construit en 1898, n'avait pas été épargné par l'histoire. Pendant longtemps, cet instrument était resté abandonné, hors service. Mais l'essentiel de l'esprit Roethinger avait été préservé : buffet, volumes, la console et l'essentiel de la tuyauterie. Il y a quelques années, une dynamique association locale, "Le Giessen", dont le but est de promouvoir le patrimoine, a attiré l'attention sur l'instrument, et la communauté paroissiale se mobilisa (avec le soutien de la commune) pour réussir un projet très ambitieux : la re-création d'un orgue respectant l'esprit de la fin 19ème, tout en étant adapté à l'usage du 21ème. Retour sur une histoire peu commune, et fort enthousiasmante.

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L'orgue Edmond-Alexandre Roethinger,
1898
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Historique

C'est en 1898 qu'Edmond-Alexandre Roethinger posa son opus 19 à Plobsheim. [IHOA]

C'était le premier orgue de l'édifice (d'une architecture remarquable, achevé en 1897). L'orgue Roethinger, contemporain de celui de Woerth (classé Monument historique) était donc conçu tout spécialement pour ce lieu. La maison Strasbourgeoise était alors jeune, et s'efforçait de satisfaire la demande de nouveautés (la transmission pneumatique par exemple) dont la fin du 19ème siècle était si friande.

Il s'agissait bien sûr d'un orgue de style romantique allemand, caractérisé par des palettes de jeux de fonds très riches (Flûtes, Gambes) et un "Schwellwerk" (récit) composé et harmonisé avec retenue. En 1898, la Réforme alsacienne de l'orgue, dont Roethinger sera par la suite le porte-drapeau, n'avait pas encore marqué la facture (ces idées-là étaient en gestation) Albert Schweitzer, Emile Rupp réfléchissaient, visitaient, comparaient et échangeaient des informations avec les facteurs et interprètes européens. Outre le répertoire caractéristique de l'époque, on avait une attirance de plus en plus marquée pour la polyphonie, les fugues, attirance évidemment magnifiée par la pratique du Choral. Dans un lieu disposant ce cette acoustique très "lisible", il est fort probable qu'on ait encouragé Roethinger pour qu'il s'intègre pleinement (et probablement avec bonne grâce) dans le sens cette évolution. Voici la composition de l'opus 19 (reprise sur la console en 2003) :

La plaque d'adresse Roethinger (aujourd'hui
                    déposée) et les anciens tirants de registre, le 21/09/2003.La plaque d'adresse Roethinger (aujourd'hui déposée) et les anciens tirants de registre, le 21/09/2003.

La console était indépendante, frontale, tournée vers la nef. La transmission était pneumatique tubulaire : Edmond-Alexandre Roethinger venait de passer à cette technique, après avoir construit des orgues à traction mécanique. Il y avait de petits tirants de jeux de section ronde avec pommeaux à pastilles, tous disposés en ligne au-dessus du second clavier. Le nom des jeux était écrit en lettres gothiques, sur fond bleu pour la pédale, blanc pour le grand-orgue, et rose pour le récit. Il y avait (sur la base de 4 trous ronds garnis de feutrine rouge, correspondant aux pistons) 3 combinaisons fixes (probablement : Piano, Forte, Tutti). Deux petites porcelaines blanches indiquent, à gauche, le numéro d'opus ("Opus 19"), et à droite, la date ("1898"). L'instrument, avec sa conception originelle, n'avait qu'un gros défaut : le récit était placé très bas, et était littéralement entouré de tuyaux de pédale, qu'il fallait donc déposer pour pouvoir accéder à la tuyauterie du second clavier... [Visite]

En 1917, les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités. Ils n'ont probablement été remplacés qu'en 1948, en étain, mais de qualité probablement insuffisante, et dans un style visuel n'ayant rien à voir avec la fin du 19ème (avec des aplatissages triangulaires, et non avec des écussons). [IHOA] [Visite]

En 1948, Ernest Muhleisen fit une réparation (et remplaça la façade si ce n'avait pas été fait avant). [Visite]

En 1962, il y eut une transformation : au grand-orgue, le rang de 2'2/3 a été physiquement extrait de la Mixture (probablement reconfigurée pour être plus aigüe) et placé à la place de la Gambe (qui a disparu). Au récit, la Voix céleste a été recoupée en un 2'. [IHOA]

Puis, vers 1990 débuta une période d'abandon, et l'orgue fut abîmé, puis se dégrada, en raison de l'arrivée d'une chose électronique, posée... à la place de la console qui fut arrachée pour cela. [Visite]

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L'orgue Hubert Brayé,
2013 (instrument actuel)
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Historique

Rares sont les endroits où l'on assiste à la renaissance d'un orgue à tuyaux une fois que l'électronique a fait ses ravages. Plobsheim fait désormais exception. L'instrument fut reconstruit, en 2013, par Hubert Brayé et son équipe. [Visite]

Le projet, initié au milieu des années 2000, consistait à reconstruire l'orgue en mécanique (rappelons que les tubulures avaient été arrachées, que les sommiers étaient hors-service, et que Roethinger avait construit des orgues à traction mécanique jusqu'en 1895 environ). Il était aussi possible de l'agrandir un peu (avec des anches), tout en conservant au maximum l'esprit de l'orgue alsacien de la fin du 19ème. De fait, l'essentiel de la tuyauterie avait été conservée (il n'y a finalement que la Montre et la Gambe qui manquaient, et la pauvre Voix céleste qui avait été recoupée).

Le démontage a eu lieu du 6 au 8/12/2011. La paroisse a assuré la maîtrise d'ouvrage, et la commune participé au financement. [BulletinPlobsheim]

L'architecture générale pouvait aussi être respectée : ce buffet est idéalement placé dans l'édifice, et il est bien dégagé sur les flancs, ce qui permet au son de s'épanouir. Après étude, il fut décidé de placer le récit en hauteur (dans une position plus habituelle, plus favorable du point de vue acoustique, et surtout plus accessible). La console allait retrouver sa place devant l'orgue, le seul problème technique majeur étant de trouver la place pour passer la mécanique de tirage des jeux (et les grands tirants). Il a été décidé de disposer ces tirants en gradins (façon Cavaillé-Coll, mais bien sûr plus rapprochés en raison du manque de place). Pour laisser la place à la mécanique (plus encombrante que les tubulures), la console a dû être haussée de quelques centimètres.

Même le système de pompage à pied a pu être
                    conservé (il est fonctionnel).Même le système de pompage à pied a pu être conservé (il est fonctionnel).

Le "fond" sonore de l'orgue Roethinger a pu être intégralement repris : Flûtes, Gambes. La Montre de 1948 n'étant pas du tout dans l'esprit romantique, il a été nécessaire de la reconstruire, écussonnée (en étain). Sa réalisation a été confiée aux ateliers Klein (Woerth), et elle a été harmonisée en rapport avec les autres fonds.

La façade écussonnée, respectant le caractère
                    romantique de l'orgue.La façade écussonnée, respectant le caractère romantique de l'orgue.

La Quinte extraite de la Mixture donnait de bons résultats. Aussi, comme la Mixture avait de toutes façons été reconfigurée, elle resta en l'état. Pour ce qui est de la Mixture elle-même, c'est une solution tout à fait originale et innovante qui a été imaginée : lorsque l'on reconstruit un orgue romantique allemand, une bonne authenticité sonore ne peut être obtenue qu'avec une Mixture-tierce (une sorte de Cornet à 4 rangs, principalisant, et conçu pour être le couronnement sonore de l'instrument, juste pour le Tutti). Mais se priver d'une Mixture "à reprises" (plus "fournie") est souvent problématique, car elle manque pour interpréter la musique polyphonique du 18ème. Ici, un système mécanique permet d'offrir deux Mixtures en une : tiré à mi-chemin (il y a un cran), le jeu est une Mixture romantique allemande (pas de reprise dans les aigus, sans rang de 1' ou au-delà). Tiré à fond, la Mixture se reconfigure, plus aigüe et avec toutes les reprises nécessaires au plein-jeu polyphonique.

Le mécanisme original de commande du registre
                    de la Mixture.Le mécanisme original de commande du registre de la Mixture.

Enfin, l'orgue originel était (comme souvent à l'époque) dépourvu d'anche. Il fut décidé d'en ajouter trois. Sur la base d'une étude des compositions Roethinger (sur des orgues plus grands), un Basson/Hautbois (très particulier chez Roethinger) s'imposa au récit (Emile Rupp avait milité en faveur de cette vue très "romantique française" en Alsace), et une Posaune 16' à la pédale était la "suite logique" (voir Woerth). Pour la troisième anche, plusieurs pistes étaient possibles : une très germanique Trompette de grand-orgue, une Voix-humaine pour le récit, ou une Trompette de récit. C'est cette troisième solution qui fut adoptée, et qui constitue une des plus belles réussites de cet instrument, par l'effet qu'elle donne boîte fermée.

Les commandes des tirasses et accouplement se font par pédales à accrocher (en fer forgé, sur le modèle des premiers orgues Roethinger, à traction mécanique). Il n'a pas été décidé de reconduire un accouplement des claviers à l'octave grave, mais une tirasse du récit en 4' a été installée.

Les travaux ont eu lieu en 2012, le montage achevé au troisième trimestre. L'orgue a été officiellement reçu le 19/01/2013, par une équipe regroupant Hubert Brayé, Francine et Albert Schreiber (respectivement pour le conseil presbytéral et la Commission orgue ; Wasselonne), Daniel Priss (pasteur de la paroisse), Marc Schaefer (Strasbourg, St-Pierre-le-Jeune), Gaston Kern, Mathieu Freyburger (Cernay), René Deiber (pour l'association du Giessen de Plobsheim). [BPPlobsheim]

L'orgue sera inauguré le dimanche 8 septembre 2013 à 15 h, avec un récital de Mathieu Freyburger. [BPPlobsheim]

Caractéristiques instrumentales

Console:
La belle console de 1898 a retrouvé vie
                    !La belle console de 1898 a retrouvé vie !

Console indépendante (1898), face au centre de l'édifice, fermée par un couvercle basculant. Tirants de jeux de section ronde, à pommeaux tournés noirs, liseré doré et porcelaines (toutes blanches, nom des jeux écrit en gothique et en noir), disposés en 3 gradins (2012). Les jeux du grand-orgue sont en bas, ceux du récit au milieu, ceux de la pédale et le tremblant en haut. Commande des tirasses et accouplements par pédales à accrocher en fer forgé (2012) ; repérage par porcelaines au-dessus du second clavier. Commande de l'expression du récit par une large pédale basculante, à droite. Claviers blancs (2012). Pédalier droit et plat (1898), banc d'origine. La plaque d'adresse et les tirants d'origine ont été conservés et seront exposés. Plaque d'adresse en lasure translucide :

E.A. Roethinger - 1898
Hubert Brayé - 2012
Ces tirants sont le symbole de cette
            reconstruction.Ces tirants sont le symbole de cette reconstruction.

L'orgue n'est pas encore inauguré, mais on peut difficilement résister au plaisir de commenter "un peu à l'avance" cette réalisation absolument enthousiasmante. La qualité de la facture se remarque au premier coup d'oeil, et l'agencement très particulier a nécessité une planification rigoureuse, qui a à l'évidence été respectée dans ses moindres détails. L'harmonisation a été idéalement adaptée au lieu et au style Roethinger (Flûtes, Gambes, Hautbois son totalement "Roethinger première façon"). Le tout s'accompagne de belles surprises comme cette Trompette de récit exceptionnelle et la Mixture à deux positions (qu'on espère retrouver ailleurs). L'instrument mérite vraiment sa plaque d'adresse à deux noms et deux dates. C'est un orgue qu'il faut absolument venir découvrir, qui incarne ce que ce début de 21ème siècle fait de mieux : respecter l'héritage ancien et délivrer un instrument de musique utile, résolument tourné vers son usage et sa fonction, qui honore à la fois Herr Roethinger et les artistes d'aujourd'hui. Et ceux qui les soutiennent.

Culture Activités culturelles :

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670378002P02
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