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Les orgues de la région de Strasbourg
Strasbourg, Temple maçonnique Frédéric Piton (rue du maréchal Joffre)
Orgue entièrement authentique. Relevage prévu (2013).
L'orgue Koulen de la salle de musique du Temple Frédéric
        Piton,le 10/05/2013.L'orgue Koulen de la salle de musique du Temple Frédéric Piton,
le 10/05/2013.

Cet instrument a été construit par Heinrich Koulen en 1889. La musique tient une grande place lors des réunions maçonniques. Aussi, dans cet édifice, voulu par Guillaume II, il n'est pas si surprenant que cela de trouver un orgue. C'est tout de même un fait rarissime. L'instrument, romantique jusqu'au bout des tuyaux, bien que construit par un facteur d'origine allemande, est d'une esthétique résolument romantique française. Koulen est resté fidèle à ce qu'il avait appris, à Paris, chez Joseph Merklin.
L'instrument a longtemps été abandonné, mais à présent, un projet de relevage complet a vu le jour, et, bientôt, c'est un orgue Koulen totalement authentique qui rejoindra le patrimoine alsacien, et en constituera une pièce de référence.

L'édifice a été construit entre 1883 et 1886. Le Temple proprement dit est une grande salle, haute de deux étages. Il est appelé "Temple Frédéric Piton" (en l'honneur de l'historien, illustrateur, bibliothécaire et libraire strasbourgeois (1800-1871), auteur du fameux "Strasbourg illustré"). Au niveau du 1er se situe une "salle de musique", qui communique avec le Temple quand on ouvre des panneaux coulissants. C'est là que se cache l'orgue.

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Historique

C'est en 1889 que Heinrich Koulen construisit cet orgue. [ITOA]

Les archives de la maison Wetzel ont conservé un projet proposé à la Loge "Zum treuen Herzen" (fondée en 1876 depuis celle de Bayreuth). Ce devis est daté du 31/08/1885, et prévoit une livraison "quand les murs seront secs", c'est-à-dire pour février 1886. Le temple a donc été conçu *avec* son orgue. Il s'agissait d'un instrument de petite taille fermé par des jalousies, avec une console latérale, et 6 jeux seulement : 4 au grand-orgue, et 2 au récit. Le pédalier, de 18 notes seulement, ne fonctionnant qu'en tirasse, sans jeu propre. [PMSRHW]

Ce premier projet était peut-être un peu prématuré. Et c'est donc finalement Heinrich Koulen qui fut chargé de réaliser un orgue de plus grande ampleur : s'il est toujours fermé par des jalousies, il dispose d'une console indépendante frontale, de 7 jeux manuels (3 au grand-orgue - 4 possibles, 4 au récit), et une pédale indépendante et complète avec 2 jeux. [Visite]

Schéma donnant la disposition de
                    l'ensemble. La salle de musique n'est pas accessible depuis le Temple. Elle
                    communique avec ce dernier (en bleu) sur son côté Est, par des panneaux
                    coulissants, qui permettent de l'isoler ou de constituer un "balcon de musique"
                    (il y a évidemment une balustrade). L'orgue est placé contre le mur du fond,
                    orthogonal à la cloison. La soufflerie est dans un local adjacent, non
                    représenté ici.Schéma donnant la disposition de l'ensemble. La salle de musique n'est pas accessible depuis le Temple. Elle communique avec ce dernier (en bleu) sur son côté Est, par des panneaux coulissants, qui permettent de l'isoler ou de constituer un "balcon de musique" (il y a évidemment une balustrade). L'orgue est placé contre le mur du fond, orthogonal à la cloison. La soufflerie est dans un local adjacent, non représenté ici.

Entre le projet de Wetzel et la réalisation de Koulen, on a donc préféré une pédale complète et indépendante. Ceci tend à faire croire que les futurs utilisateurs de l'orgue n'étaient pas des "pianistes reconvertis", mais désiraient avoir accès à un répertoire très étendu. L'importance finalement donnée à cette pédale (en 16' et 8') paraît indiquer qu'il s'agissait d'accompagner de petites formations musicales.
La composition est assez spécifique, car elle évite tous les jeux "brillants" : pas d'anche, ni de Mixture. A part cela, elle reste très fidèle aux canons de l'esthétique romantique : autour du "carré d'or" de jeux de fonds en 8' (un Principal - même s'il est ici Gambé -, une Gambe, un Bourdon et une Flûte ouverte), on trouve simplement deux 4' (un Principal, et une Flûte) et bien sûr l'irremplaçable Voix céleste. Un accouplement des claviers à l'octave grave (on aurait pu s'attendre à le voir dans l'autre sens, en octaves aiguës) accentue encore le côté "profond" de l'ambiance recherchée. Il permet aussi de réaliser une registration toute spécifique, qui est le choeur de Voix célestes (pas de jeu au grand-orgue, Gambe et Voix céleste, II/I, II/I 16', joué sur le grand-orgue). Tout cela, bien sûr, sera à confirmer une fois que l'orgue aura retrouvé sa voix !

Après une période d'abandon (depuis les années 1960), l'association "Le Cercle Philosophique Goethe" a décidé de faire revivre cet instrument, exceptionnellement préservé. Il s'agit sûrement d'un des mieux conservés des orgues construis en Alsace par Heinrich Koulen, qui, il faut le rappeler, est à l'origine de toute l'école de facture d'orgues alsacienne du 20 ème siècle, puisqu'il forma Edmond-Alexandre Roethinger.

Le buffet

Le buffet est constitué d'une cloison séparant l'orgue du reste de la pièce, peinte en vert, et munie de deux fois 8 jalousies sur sa moitié supérieure.

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2013
Grand-orgue, 54 n. (C-f''')
Entailles de timbre ; applatissages triangulaires.
Tout en bois, légèrement rectangulaire, bavettes d'accord.
Entailles d'accord, sauf f''-f'''.
Récit, 54 n. (C-f''')
Tampons à manchon
Entailles de timbre.
Entailles de timbre.
Tout ouverte, et en bois.
Pédale, 27 n. (C-d')
Tampons à manchon
Tampons à manchon
I/P
Transitive
Console:
La console indépendante.La console indépendante.

Console indépendante retournée (dos à l'orgue), fermée par un couvercle basculant, disposée selon l'école romantique française. Tirants de jeux de section ronde à porcelaines de couleur blanche pour le grand-orgue, rose pour le récit, et bleue pour la pédale. Nom des jeux écrits en gothique. Un tirant pour un jeu supplémentaire a été prévu (porcelaine blanche, notée ".").

Deux tirants : le "supplémentaire" et un jeu
                    de pédale.Deux tirants : le "supplémentaire" et un jeu de pédale.

Commande des accouplements par pédales à accrocher, en fer forgé. Commande de l'expression générale par pédale à accrocher (un peu plus grande que les autres, tout à droite). Il n'y a donc que deux positions (ouvert ou fermé). Plaque d'adresse en porcelaine blanche, située au-dessus et au centre du second clavier, ronde, écrite en gothique :

H. Koulen Orgelbaumeister Strasburg.
La plaque d'adresse ronde.La plaque d'adresse ronde.
Transmission: mécanique à équerres. Il n'y a pas d'abrégé visible : les vergettes horizontales de chaque clavier sont disposées en éventail. Un renvoi d'équerre agit, note à note, sur les barres des pistons.
Sommiers:
Le sommier des manuels vu par dessous. La
                    photo est prise depuis l'ouverture, en bas à gauche, visible sur la première
                    photo de la page. Les vergettes (verticales après le dernier renvoi d'équerre)
                    tirent les barres commandant les pistons (certaines sont lestées pour faciliter
                    le décrochage et rendre le toucher plus homogène). Pour chaque note, la barre
                    avant correspond au grand-orgue, la deuxième, plus à gauche, est celle du récit
                    (commandée par une autre vergette). On ne voit pas ici la mécanique de la
                    pédale. Il y a un piston par tuyau (donc un par jeu et par note). Tout à l'avant
                    (en haut à droite de l'image), on distingue le bas des jalousies, et le
                    mécanisme qui les fait pivoter. On peut aussi voir quelques tuyaux du
                    Prestant.Le sommier des manuels vu par dessous. La photo est prise depuis l'ouverture, en bas à gauche, visible sur la première photo de la page. Les vergettes (verticales après le dernier renvoi d'équerre) tirent les barres commandant les pistons (certaines sont lestées pour faciliter le décrochage et rendre le toucher plus homogène). Pour chaque note, la barre avant correspond au grand-orgue, la deuxième, plus à gauche, est celle du récit (commandée par une autre vergette). On ne voit pas ici la mécanique de la pédale. Il y a un piston par tuyau (donc un par jeu et par note). Tout à l'avant (en haut à droite de l'image), on distingue le bas des jalousies, et le mécanisme qui les fait pivoter. On peut aussi voir quelques tuyaux du Prestant.

Sommiers à cônes (Kegelladen), chromatiques, basses à droite (donc à gauche quand on est assis à la console). Sommier de pédale placé presque au niveau du sol, avec juste la place pour passer les vergettes et la barre d'équerres. L'orgue entier est logé dans une boîte expressive. Les jeux du grand-orgue sont situés en avant, puis viennent ceux du récit, la pédale étant au fond. Ordre des chapes (depuis l'avant vers le fond) :

  • - Praestant 4' (fidèle en cela à l'étymologie de son nom...)
  • - Flaut major 8'
  • - Geigen Principal 8'
  • - Gamba ou Vox celesta
  • - Vox celesta ou Gamba
  • - Floete 4'
  • - Bordun 8'
  • - Oktavbass 8' (pédale)
  • - Subbass 16' (pédale)

Tuyauterie:
(Le Prestant est hors-champ ; il est
                    légèrement plus bas.)Au premier plan, en bas de l'image, la magnifique
                    Flûte majeure, toute en bois : c'est la "star" de ce type de compositions
                    !Noter que les tuyaux de la dernière octave du Geigenprincipal sont à
                    l'envers (il regardent vers le fond)... sauf un ! Après une octave, ils sont
                    tous tournés vers l'avant.(Le Prestant est hors-champ ; il est légèrement plus bas.)
Au premier plan, en bas de l'image, la magnifique Flûte majeure, toute en bois : c'est la "star" de ce type de compositions !
Noter que les tuyaux de la dernière octave du Geigenprincipal sont à l'envers (il regardent vers le fond)... sauf un ! Après une octave, ils sont tous tournés vers l'avant.

La tuyauterie est de très belle facture, avec toutes les caractéristiques de l'époque romantique : entailles de timbre ou d'accord, Bourdons à tampons mobiles, freins harmoniques pour les Gambes mais aussi certaines basses. Basses à bouches arquées. Jeux métalliques très étoffés. Malgré l'espace limité, aucun tuyau n'est siphonné ou coudé.

Longtemps méconnu, discrédité à tort par de nombreux historiens jusqu'à une période très récente, le grand facteur que fut Heinrich Koulen est aujourd'hui re-découvert, et ses réalisations mises en valeur. A chaque fois, s'impose l'exceptionnelle qualité sonore de ces instruments de musique. A Lampertheim, la partie instrumentale de l'orgue Koulen a été classée Monument Historique (15/09/2003). L'instrument a été relevé en 2009 par Hubert Brayé, et ce fut une révélation pour le monde de l'Orgue : un article de Christian Lutz "réhabilite" définitivement ce facteur. D'autres projets ont été lancés suite à cela, comme le très attendu relevage de l'orgue Koulen de Buhl.

Le grand intérêt historique et l'état exceptionnel de conservation de l'orgue du Temple Frédéric Piton en font un témoin unique de la facture d'orgues alsacienne : son relevage est donc un projet d'une grande importance qui mérite d'être soutenu : on trouvera ci-dessous le lien vers le site de la Fondation du patrimoine, qui propose participer au projet.

Sites Webographie :

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670482038P01
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