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Les orgues de la région de Wintzenheim
Voegtlinshoffen, St-Nicolas
1917 degr > Dégâts
Buffet classé Monument Historique, 30/12/1998.
Orgue restauré en l'état de 1789 par la maison Guerrier / Bucher, et Bertrand Cattiaux en 2009-2010.
Voegtlingshoffen, l'orgue Besançon, le 09/09/2012.Voegtlingshoffen, l'orgue Besançon, le 09/09/2012.

Le petit frère de l'orgue de St-Ursanne a été construit en 1768 par Jaque Besançon. Ce joli petit instrument a été déménagé dans la nouvelle église en 1789 par Joseph Rabiny, le "précurseur" des Callinet. Heureusement qu'il n'a pas été remplacé à cette occasion, comme cela a trop souvent été le cas. C'est donc l'un des témoins précieux de l'orgue de l'ancien régime qui a été récemment restauré.

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Historique

C'est en 1768 que Jacque Besançon construisit son orgue pour Voegtlingshoffen. L'instrument ne fut probablement achevé qu'en 1769, car c'est en février de cette année que l'on trouve la première référence à un souffleur. [ITOA] [IHOA] [HOIE]

L'instrument était placé à fleur de tribune, et était dépourvu de pédale. [JCGuerrier]

En 1789, Joseph Rabiny installa l'instrument dans la nouvelle église (achevée en 1787), en le transformant pour le poser en tribune et non pas en balustrade (console frontale, laye s'ouvrant à l'avant, construction d'un soubassement et d'une pédale). [ITOA] [HOIE] [PMSCALL] [Visite]

A l'origine, la console était située à l'arrière, puisque l'instrument étant placé à fleur de tribune. Le buffet n'était constitué que de l'actuelle partie supérieure, et c'était donc, en quelque sorte, un grand positif de dos. Sauf que l'organiste était bien sûr tourné face à la nef, derrière l'instrument. Le "côté do" (C) était logiquement du côté des graves du claver, c'est à dire à droite lorsqu'on regarde l'instrument depuis la nef. L'orgue est "à l'envers" depuis 1789 : il est muni d'une console frontale, l'organiste tourne le dos à la nef, et c'est le "côté Do#" (Cis) qui se trouve à gauche. [JCGuerrier]

En 1800, l'orgue a été accordé par Weinbert Bussy". [HOIE]

En 1818, François Callinet effectua une réparation. [ITOA] [IHOA] [HOIE]

En 1899, c'est Basile Borger qui fit des travaux : ajout d'un Salicional 4', d'un Principal 4', et complément de l'octave grave de la Montre ; on sait qu'à ce moment, l'instrument comptait 12 jeux, toujours avec un seul manuel. Borger remplaça sûrement le clavier, puisque les naturelles étaient blanches en 1986 (mais cela a aussi pu se faire en 1925). [ITOA] [IHOA] [HOIE] [PMSCALL]

Il y a une page sur Voegtlingshoffen dans le "Callinet" de Pie Meyer-Siat, car il voulait trouver "du Rabiny". Il s'agissait d'étayer une thèse selon laquelle Rabiny était un génie, puisqu'il était le précurseur des Callinet de Rouffach. Et on peut lire "Il y a du Rabiny en cet orgue, auquel il serait possible de rendre, à peu de frais, son ancienne noblesse". Mais l'auteur se plaint d'une traction mécanique lourde... or c'est justement là le travail de Rabiny. La supposée noblesse était antérieure, et, si elle est due à quelqu'un, c'est à Besançon.

Voici la composition relevée par l'inventaire de 1986 (qui est aussi celle relevée en 1961 - sauf : 17 notes à la pédale au lieu de 15).

[ITOA] [HOIE] [PMSCALL]

Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités en 1917. [CP3C]

la façade a été remplacée en vers 1925 par Alfred Berger. [CP3C]

De façon peu conforme à l'original, puisque les tuyaux des plates-faces étaient écussonnés. Il n'est pas exclu que Berger fit d'autres modifications.

En 2010, l'orgue a été restauré dans sa configuration de 1789 par les maisons Guerrier/Bücher de Willer et Bertrand Cattiaux (Liourdes), sous une maîtrise d'oeuvre de Christian Lutz. [Visite]

Il s'agissait de renforcer le buffet (qui était devenu très fragile), de sauvegarder le sommier de Besançon (d'origine mais en mauvais état), et de restituer la composition d'origine. Avant l'opération, l'instrument était plaqué contre le mur du fond, dans une position défavorable d'un point de vue acoustique et visuel. Le buffet a donc été avancé ; la pédale a pu être logée dans le soubassement, et la soufflerie a pu être installée entre le buffet et le mur du fond, dans une configuration standard.

Même les jeux "supprimés" en 1899 contiennent des tuyaux d'origine, car ils avait été répartis différemment dans l'orgue (en particulier dans le Cornet, qui, avant la restauration "abritait" des tuyaux de longueur idoine qui étaient venus remplacer des tuyaux du Cornet abîmés). Ces précieux témoins, en plus des tailles relevées sur les faux-sommiers conservés, ont permis de restituer les jeux dans leur conformation d'origine. Les "rallonges" correspondent au fait qu'au cours de son histoire, l'orgue a été rendu plus aigu (diapason standard ; le 18ème aimait les orgues sonnant plutôt grave, souvent 1 ton en-dessous des standards modernes). Pour retrouver la sonorité originale, il a donc fallu ressouder des longueurs équivalentes à celles qui avaient été coupées.

L'orgue a été béni, et inauguré le 04 et le 05/12/2010 par Stéphane Schweitzer et Laurent Ringenthaler, avec une présentation de Christian Lutz.

L'instrument est à présent l'un des meilleurs témoins de la facture de Jacque Besançon (avec Sierentz et St-Ursanne (CH)). Le "goût français" y est prédominant, et l'instrument est "construit autour" de son Jeu de Tierce, ses anches et son Cornet. Le plein-jeu, fort bien desservi par une excellente acoustique, a aussi les qualités requises pour détailler la polyphonie. Respectant la tradition locale, la Fourniture de 3 rangs est "cymbalisante". Cet orgue peut donc adresser un répertoire plus large que ce que l'on peut croire "sur le papier".

Le buffet

C'est un magnifique petit buffet rococo, avec des tourelles à entablements et de places-faces cintrées. Ce cintrement des plates-faces, les claires-voies très développées, et la finesse des jouées sont la signature des buffets Besançon. Ce n'est que la partie supérieure qui est d'origine. Le soubassement (de Rabiny) n'est pas plus étroit que la partie supérieure (comme le voulait les canons esthétiques du 18ème) ; ceci donne à l'ensemble un air "18ème tardif". Après 1789, l'ensemble n'était probablement pas très stable, et il a fallu renforcer le tout au moyen de deux barres en fer. Par un curieux effet d'optique, la tribune et l'orgue ne semblent pas être à angle droit, et le buffet paraît légèrement incliné. Le buffet a été revêtu de vernis à plusieurs reprises, ceux du 19ème étant, comme souvent, très sombres. Le buffet n'a jamais été peint ; il est possible que les ornements aient été dorés, mais aucune trace ne permet de le prouver. Il y a un cloisonnement arrière à l'étage du manuel, mais pas au niveau du soubassement.

La partie supérieure (Besançon) est de grande qualité ; le soubassement (Rabiny 1789), par contre, laissait à désirer : la ceinture à l'avant de l'orgue avait été ouverte afin d'accéder à la laye (placée devant). L'ensemble avait été fragilisé par l'opération de 1789, et la plupart des assemblages étaient cassés.

Il y a des couronnements sur les trois tourelles, celle du milieu (la petite) étant munie d'un pot à fleurs. Celle de droite est plus foncée, car son état (avant 2010) rendait périlleux un nouveau décapage/vernissage. La disposition de la façade (qui avait été réquisitionnée en 1917) est à nouveau identique à St-Ursanne (tuyaux de tourelles écussonnés, lignes de bouches), et la nouvelle façade (2010) a été construite sur ce modèle.

Pendant longtemps, ce buffet était plaqué contre le mur du fond de la tribune (la corniche avait été rognée sur toute sa longueur et deux barres en fer destinées à étayer le buffet était plus courtes que l'espace actuel). Cela devait nuire autant sur le plan acoustique que visuel. Le buffet est à présent plus avancé sur la tribune, dans une position bien plus avantageuse pour la vue et le son.

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2010
Manuel, 51 n. (C-d''')
Ouverte
Bouché sauf dernière octave, ouverte.
(c-d''')
Posté
(C-h)
(c'-d''')
Pédale, 15 n. (C-d)
Ouverte
Pour le Tutti ; éviter de le tirer quand l'orgue ne joue pas !
[Visite] [RLopes]
Console:
Quelques unes des étiquettes. Après 1899, les
                    étiquettes étaient rédigées en allemand, et celle du clavier comportaient la
                    mention "M" pour "manual". Celles-ci, rédigées à la plume, sont de plusieurs
                    époques différentes.Quelques unes des étiquettes. Après 1899, les étiquettes étaient rédigées en allemand, et celle du clavier comportaient la mention "M" pour "manual". Celles-ci, rédigées à la plume, sont de plusieurs époques différentes.

Console frontale (disposition de 1789). Clavier saillant à naturelles noires (2010 ; il ne semble pas exister de clavier ou de pédalier original de Besançon). Tirants de registre de section carrée et pommeaux tournés, placés en colonnes de part et d'autre du clavier. Petit pédalier avec feintes à bec. Porte-partitions accroché. Commande du moteur sur la balustrade (mais on peut aussi pomper !)

Les étiquettes devraient provenir de Rabiny, mais il existe des similitudes avec les deux étiquettes restantes de Besançon à l'arrière de l'orgue. L'étiquette de la fourniture est plus fine. [JCGuerrier]

Ordre et orthographe des étiquettes (note : la présence du dessus du Cromorne à gauche (donc côté graves du clavier) est surprenante, mais c'est une conséquence du "retournement" de la console, qui était à l'arrière avant 1789).

Montre
Cornete
Bordon
Tierce
Cromorne deßus
Tremblant fort
Trompette de 8. pi
Flutte de 4. pi
Doublette
Flutte de 4.pieds
Nazard
Fourniture _
Cromorne basse
Tremblant doux
Clairon de 4. pi
Flutte de 8. pi
Transmission:

Mécanique suspendue. Abrégé neuf, sur le modèle de Hunawihr (l'ancien a été conservé mais ne peut pas être opérationnel). Les rouleaux sont en épicéa et les bras en fer. Des vergettes anciennes ont été retrouvées, qui ont servi de modèle pour les neuves.

Sommiers:

A gravures. Sommier du manuel de Besançon, restauré en 2010. Il est diatonique (26+25 notes), basses sur les côtés. Ordre des chapes (depuis l'accès, à l'arrière, vers la façade) : Cromorne, Fourniture, Tierce, Doublette, Bourdon, Nasard, Flûte 4', Montre. Les basses du Bourdon sont postées sur les côtés.

Comme l'orgue a été "retourné" (la laye s'ouvre à l'avant), et que le Cromorne est logiquement toujours à l'arrière, il se trouve "en fond de gravure" (depuis 1789).

La pédale (l'orgue Besançon en était dépourvu) est logée dans le soubassement (à droite et à gauche), perpendiculairement au buffet, graves à l'arrière.

Cette photo de Roland Lopes, 09/04/2014 montre
                    la tuyauterie et un "souvenir" de l'ancienne disposition de l'orgue (à fleur de
                    tribune avant le déménagement par Rabiny dans la nouvelle église) : on voit les
                    trous qui correspondaient aux pilotes de la traction. La transmission
                    fonctionnait un peu comme celle d'un positif de dos (le pilote pousse la
                    soupape, alors que pour un "grand-orgue", une vergette tire la soupape vers le
                    bas).Cette photo de Roland Lopes, 09/04/2014 montre la tuyauterie et un "souvenir" de l'ancienne disposition de l'orgue (à fleur de tribune avant le déménagement par Rabiny dans la nouvelle église) : on voit les trous qui correspondaient aux pilotes de la traction. La transmission fonctionnait un peu comme celle d'un positif de dos (le pilote pousse la soupape, alors que pour un "grand-orgue", une vergette tire la soupape vers le bas).

Besançon a utilisé, pour l'étanchéité, du papier "recyclé" d'un livre de chants (neumes grégoriens). L'encre a "décalqué" ces neumes sur le bois du sommier. (En bas et à gauche de la photo précédente.)

Soufflerie:

Deux cunéiformes superposés, à l'arrière du buffet. En mode "moteur", le ventilateur gonfle le soufflet cunéiforme inférieur, qui sert de réservoir. En mode "manuel" les soufflets sont aussi des pompes, et il faut alternativement descendre chaque bras, qui remonte au fur et à mesure que l'air alimente les tuyaux. L'alimentation manuelle est donc discrète et directe (ni poulie, ni autre mécanisme).

Tuyauterie:

Entièrement coupée au ton ; bourdons à calottes soudées, aucune cheminée. La tuyauterie est de belle facture, aujourd'hui très homogène, et la part de Besançon est fort conséquente.
Diapason : La 392 Hz (comme il était à l'origine, puisque 3 tuyaux avaient gardé leur longueur originelle et ont permis de retrouver le diapason).

L'harmonisation a été réalisée par Bertrand Cattiaux et Marianne Bucher. Elle est bien entendu directement inspirée de l'école Française du 18ième siècle.

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Références Sources et bibliographie :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F680350001P01
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