Ungersheim, le 12/07/2001Il y eut, entre 1905 et 1990, un orgue exceptionnel à Ungersheim. Il était issu des ateliers de Martin et Joseph Rinckenbach et datait de la période la plus florissante et enthousiasmante de l'histoire de l'orgue alsacien. Malheureusement, cet instrument ne fut pas conservé. Pour comprendre pourquoi, il faut s'intéresser à un étrange phénomène, consistant pour les historiens, à promouvoir un inconnu pour en être plus tard le "découvreur". S'intéresser à l'insolite, à l’exception, au saugrenu peut être divertissant. Mais le piège est de passer à côté du "trop évident", pour le déclasser en "commun". Ce n'est pas parce qu'il y a beaucoup d'abeilles qu'elles sont moins utiles que les éléphants roses. Et détruire une ruche pour la remplacer par un abri à Rhódeopachydermes n'est pas une bonne idée ; surtout quand, en fait, les abeilles sont menacées. Revenons à l'histoire des orgues d'Ungersheim, qui est lourde d'enseignements.
Historique
L'histoire commence au 18ème, puisqu'il y avait déjà un orgue en 1736. On en ignore la provenance : sa présence n'est attestée que par la rétribution de l'instituteur comme organiste. [IHOA] [PMSRHW]
Il n'y a jamais eu d'orgue Jean-Baptiste Waltrin de 4 jeux, la donnée étant issue d'une mauvaise interprétation.
Historique
En 1768, Ungersheim reçut un instrument de Jacque Besançon. [IHOA] [PMSRHW]
Ce facteur a réalisé de fort beaux buffets, et quelques éléments instrumentaux construits par lui nous sont parvenus. Ses orgues ont souvent été agrandis par la suite. C'est ce qui semble s'être passé à Ungersheim : après avoir été gravement endommagé au cours de la Révolution, son orgue a vraisemblablement été complété par François Callinet (1811), et son fameux compère Rabiny. Il firent un devis, mais on ne sait pas s'il vint à exécution. [IHOA] [PMSCALL]
Cet orgue n'était doté que d'un manuel, et prévu pour recevoir un positif de dos. En 1810, son état était déplorable, à la limite du jouable, les jeux ayant été "ruinés", lors de la "dévastation générale de l'église en l'an 2 par l'armée révolutionnaire". L'orgue avait été mis "hors d'usage", et une grande partie des tuyaux en étain ont été pillés. [PMSRHW] [PMSCALL]
Il est clair qu'il a eu une réparation d'envergure, car l'instrument fonctionnait en 1825, puisqu'on on connaît le nom de son organiste : Joseph Ruhlman, ainsi que de son successeur en 1826 : Xavier Knoll. [IHOA]
Historique
C'est en 1844 qu'Ungersheim fit confiance à un étrange facteur nommé François Ignace Hérisé, d'Aspache-le-Bas, pour construire un orgue neuf. [IHOA]
A la fin du 20ème siècle, les historiens de l'orgue étaient à la recherche de quelque "génie méconnu et oublié", censé étoffer un paysage historique pourtant déjà bien riche. Bien sûr, un tel personnage ne pouvait être issu que des 18ème ou des deux premiers tiers du 19ème, car, à l'époque, tout le monde était convaincu d'une chose : "L'Orgue, en Alsace, est mort en 1870".
Certains ont voulu voir des prodiges sous-estimés en Rohrer, ou Alfermann. D'autres ont carrément fait dans l'exotique (Ronzoni). Mais l'exemple le plus marquant de l'obscur-promu-génie est celui de François Ignace Herisé, repéré par Pie Meyer-Siat, qui lui offrit la notoriété par un long chapitre dans l'un de ses ouvrages, intitulé "Rinkenbach, Hérisé, Wetzel". Voici Hérisé mis au même niveau que Valentin Rinckenbach ou les frères Wetzel...
François Ignace Herisé fait partie des "originaux" de la facture d'orgues. Sûrement habile de ses mains, probablement bricoleur enthousiaste, il était un grand inventeur de mécanismes novateurs mais assurément complexes, trop ambitieux, à la "jouabilité" douteuse. Et surtout impossibles à entretenir. Son histoire est belle, mais ne justifie en rien qu'on essaye de "reconstituer" ses tâtonnements de semi-amateur.
Un premier accord a été conclu avec Ignace Hérisé le 28/12/1838 (devis du 30/08/1938). Mais la commune eut des difficultés faire approuver la dépense. Après un traité supplémentaire, l'orgue fut reçu le 11/06/1844 par Carl Kientzl (Guebwiller) et Thibault Zimmermann. (Sûrement Jean-Thiébaut Zimmermann (1772-1869), industriel, organiste et mécène à Issenheim.) [PMSRHW] [PMSCALL]
Bien qu'il s'était engagé à effectuer l'entretien de routine deux fois par an, Herisé, rapidement en faillite, en s'est pas manifesté en 2 ans. Si bien que la commune versa le solde du payement à un courtier en créances. Déjà, l'instrument nécessitait des réparations. [PMSRHW]
Il est probable que de petites réparations ont été menées, et en 1886, c'est la soufflerie que Joseph Antoine Berger eut à remplacer. [PMSRHW]
De pari risqué, le choix de Hérisé en 1844 prit peu à peu le statut de décision calamiteuse. Arrangé par Berger, l'instrument parvint encore à tenir une vingtaine d'années.
Historique
En 1905, Martin et Joseph Rinckenbach dotèrent Ungersheim d'un de leur magnifiques instruments post-romantiques, malheureusement - on verra pourquoi - logé dans le vieux buffet. C'était l'opus 89 de la maison d'Ammerschwihr. [IHOA]
La composition se distingue par une superbe dotation en fonds : cinq 8' au grand-orgue. C'est le "carré d'or romantique : un Principal, une Flûte ouverte, un Bourdon et une Gambe", ici complété par un Dolce, un jeu idéal pour doser l'intensité des accompagnements. Il y a également un "carré d'or" au récit, avec un Principal gambé, la Flûte de concert, le Bourdon 8' et le Salicional. Les 11 autres jeux (pour arriver à 20) sont choisis logiquement, dans un esprit totalement symphonique.
C'était avant tout un orgue alsacien, avec son Violoncelle de pédale, sa Voix céleste, la Trompette au grand-orgue (plutôt façon outre-Rhin) et son Basson/Hautbois au récit. A 20 jeux, il n'y a pas d'anche de pédale (elle aurait forcément été en 16'), mais les deux Violoncelles (16' et 8') jouent ce rôle.
Une Flûte octaviante 4', au récit, complète ce tableau idyllique.
L'instrument était pratiquement contemporain du petit bijou du Hohwald (1905) ou de la merveille de Waldighoffen (1907). Celui de Romanswiller, très attachent, peut aussi donner une bonne idée de ce que fut l'orgue d'Ungerhseim.
L'orgue d'Ungersheim était un précieux témoin de l'une des plus belles périodes de la facture alsacienne, la Belle Epoque. Car malheureusement, beaucoup de ses contemporains ont disparu. Le chef-d'œuvre de Strasbourg, St-Jean (1902), tout comme ceux de Friesen (1902), de l'abbaye de l'Oelenberg (1904) ou Stosswihr-Ampfersbach (1906) ont été victimes des guerres. Mais ce patrimoine eut a payer le plus lourd tribut à la tragédie "néo-baroque" et l'absurde combat mené contre le pneumatique par les experts. Ainsi disparurent les orgues de Folgensbourg, Muttersholtz, Gildwiller, Allenwiller... et surtout Ribeauvillé, qui fut le pire de ces désastres.
Ceux qui ont survécu, parmi ses contemporains, permettent d'imaginer la qualité et la possibilités qu'avaient l'orgue Rinckenbach d'Ungersheim.
Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités le 27/03/1917. [IHOA]
L'orgue a été examiné en le 23/09/1941 par Georges Schwenkedel. Seulement un nettoyage était nécessaire, ainsi que le remplacement de 2 poches et le réglage des relais. A la console, il n'y avait rien à faire. [AMS189Z95]
En 1959, c'est Curt Schwenkedel qui fut appelé. L'orgue était extrêmement bien conservé : après 54 ans, l'effort d'entretien était minimal : il fallait juste faire un nettoyage, remplacer les soufflets de tirage des notes et des jeux (qui sont des pièces d'usure), ainsi que 9 tuyaux parmi les plus aigus. En tout, il n'y en avait que pour 450 heures de travail. D'ailleurs, Schwenkedel date l'instrument de 1920, l'estimant donc 15 ans plus jeune qu'en réalité ! [SchwenkedelDO]
L'instrument n'a plus bénéficié d'aucun entretien d'envergure pendant 40 ans... puis fut déclaré comment "donnant des signes de faiblesse". Tu m'étonnes.
Les faits sont là, avérés, et pourtant, certains continuent à seriner que les orgues pneumatiques ne sont pas fiables, ou "ne valent rien". Parfois, les preuves sont impuissantes devant la mauvaise foi et les clichés.
Caractéristiques instrumentales
La console était indépendante ; il ne semble pas que des photos en aient été publiées. L'inventaire technique de 1986 précise toutefois qu'il y a des tirants de jeux, "à boutons de porcelaine de couleur noire à point blanc". L'information est précieuse, car à l'époque, il y eut une transition entre les tirants et lmes dominos. La console était donc fort probablement du même modèle qu'à Dauendorf, Urschenheim, Biltzheim, Stotzheim (1904), mais aussi Kogenheim (1905). L'orgue d'Undergsheim paraît avoir été le dernier Rinckenbach doté de tirants, avant une période "dominos". Les tirants ont fait leur retour vers 1912.
Historique
En 1990, Rémy Mahler construisit un orgue neuf dans le buffet de 1844. [IHOA]
En matière de patrimoine, un principe devrait pourtant être évident : il ne faut pas détruire ce qu'on ne sait pas reconstruire. Autant les orgues à sommiers à gravures peuvent être facilement remplacés quasiment à l'identique, autant refaire des sommiers Wittig et la magnifique console de 1920 est hors de portée des facteurs actuels. Ce l'était évidemment encore plus en 1990, une époque où la "reconstruction" en mécanique - lire "la destruction systématique des orgues pneumatiques pour pouvoir faire du mécanique" - constituait finalement leur gagne-pain.
On peut argumenter que ces marchés ont eu le mérite d'entretenir la "filière" pendant longtemps. Mais à quel coût patrimonial ! Bien sûr, pour garder une facture d'orgues vivante, il faut construire des orgues neufs : ce sont eux qui génèrent la dynamique, et la motivation des facteurs. Du neuf, d'accord, mais pourquoi en détruisant ce que le passé de l'orgue nous a laissé de plus beau ? Le plus désespérant dans tout cela, est que l'orgue de 1905 devait être entièrement authentique à sa démolition (puisque les tuyaux de façade réquisitionnés devaient correspondre au buffet).
Notons en passant qu'en 1986, il était envisagé de confier cette destruction à Gaston Kern. Une fois de plus, il faut rappeler que ce ne sont pas les facteurs qui sont à blâmer : quand l'un refuse une mise à mort, un autre s'empare de la hache. [ITOA]
Caractéristiques instrumentales
Console en fenêtre frontale de 1991. (Dire qu'il y avait avant cela une magnifique et 100 fois plus pratique console indépendante...) Les claviers sont blancs ; c'est sûrement parce qu'à un moment, Herisé était censé (pour certains) être l'inventeur des claviers blancs...
Mécanique suspendue. En fait d'orgue "Herisé", l'intérieur ressemble à un Valentin Rinkenbach neuf.
L'instrument de 1990 n'est certes pas mauvais du tout. Il a quand même un grave défaut : il prétend être apparenté à Hérisé... un facteur dont on ne sait pratiquement rien. L'orgue Hérisé - qui n'a, rappelons-le, probablement jamais fonctionné correctement - était un total échec. Pourquoi servir au public un "néo-quelque-chose" finalement très standard, en le faisant passer pour ce qu'il n'est pas, à savoir la reconstruction d'un orgue historique ? Cet instrument de 1990 n'a absolument rien d'historique : il est au contraire parfaitement standard, son "Arigot" n'abusant personne, et il est clairement issu de la "cuisine internationale" (hyper-consensuelle) de l'époque (l'expression en est contemporaine et vient d'un harmoniste de renom qui avait, lui, compris les dégâts).
Il y avait bien un orgue historique à Ungersheim. Mais il a été démoli en 1990.
Sources et bibliographie :
Photos du 14.09.2011
Seulement pour Besançon, la seule ligne concernant Ungersheim renvoyant simplement à 'Rinkenbach, Hérisé, Wetzel'
349. Ungersheim {S B I}, Waltrin fils, construit un positif de 4 jeux 1750; Besançon le répare en 1768.; Rinckenbach, 20 Jeux.
UNGERSHEIM, Kt. Soultz. - Neubau der Ki. 1748-49. Waltrin, fils, construit un positif de 4 jeux 1750. Besançon le répare en 1768. Rinckenbach 20 jeux. MATHIAS 71. - Nach Bericht vom 3. VI. 1768 stand in U. eine O. LEYV, in : RCA 1929, 274. - Nach dem Visit.-Bericht von 1892 soll die O. aus d. 18. Jh. stammen. - Das Rechnungsbuch der Marianischen Bruderschaft enthält von 1747 an Einträge über Zahlungen an den Schulmeister (ludimoderator)wegen der Bruderschaftsämter. In Kirchenrechnungen von 1792-1793 u. von 1805 an ist die Jahresbesoldung des Organisten ausdrücklich vermerkt (24 livr.) Eine grössere Rep. der O. 1809. Stimmung der O. 1825 durch den Orgelmacher Franz (10 Fr.) u. Rep. durch den Orgelmacher Aloyse 1828 (250 Fr.). Sitzung des Ki.-Rates, 3. VII. 1836, worin erwähnt der Devis von Callinet, facteur d'orgues ä Rouffach für Instandsetzung der O., mit Kostenpreis 5.275 Fr. Der « Accord » mit Callinet kam zustande 1839. Gde (wohl 3.275 Fr.) u. Ki.-Fabrik (mit 2.000 Fr.) teilten sich in die Kosten. Der Ausführende war jedoch Herisse von Niederaspach, und nicht Callinet selber 1845 (Compte de 1845). Die 4. Rate, je 500 Fr., zahlte die Ki.- 1847. Callinet (?)-Pfeifen, die jetzt noch vorhanden, sind immer noch die besten. Für Einsetzen von Blasbälgen an A. Berger in Rufach 500 M. bezahlt, 1886. Umbau u. Modernisierung der O. durch Rinckenbach 1905, mit 20 Reg. Gde u. Ki. zahlten zus. 5.200 M. Expertise, 21. X. 1905, Wiltberger in Colmar. Chronik der Pfarrei. - Siehe auch Liste WILTBERGER, Nr. 87, u. Liste Rinckenbach, mit je 20 Reg. - Für die Auszüge aus dem Pf.-Archiv von U. stehen wir bei unserem Freund Pf. Ferd. Holder (t 1964) in Feldkirch in grosser Schuld. - MEYER-SIAT 112 führt den Vertrag mit Ign. Herisse 28. XII. 1838 an. Preis 9.067 Fr. Demnach fällt Callinet für 1839 weg.
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