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~ Les orgues de la région de Neuf-Brisach ~

Neuf-Brisach, Eglise protestante
Heinrich KOULEN, 1878


KOULEN Après...

Composition, 1986
Manuel
56 notes
Pédale
27 notes
Bourdon 8' Bourdon 16'
Montre 4' Flûte 4'
Flûte à cheminée 4' I/P
Doublette 2'  
Mixture 3 rgs  

     Après 1870, lorsque l'Alsace était devenue allemande, de nombreux marchés allèrent à des facteurs d'outre-Rhin (E.F. WALCKER bien sûr, mais aussi les Maisons Gebrüder LINK, WEIGLE et VOIT), et certains vinrent même s'établir à Strasbourg. C'est le cas de Heinrich KOULEN, qui, outre son penchant pour les "systèmes" compliqués et éphémères, eut un impact déterminant sur la facture d'orgues alsacienne.

Doute Koulen n'a jamais construit d'orgue à Neuf-Brisach. On pense que cet instrument provient Kunheim, mais ce n'est pas sûr, et on ne sait pas comment il est arrivé ici. A-t-il été reconstruit à partir de l'instrument de 1778, éventuellement endommagé durant la guerre, ou s'agit-il d'un tout autre orgue, construit dans les années 1880 ? En tous cas, l'orgue de Kunheim était à 2 claviers :
Le Buffet était en Sapin. Il ressemblait donc beaucoup, du point de vue de la Composition, à l'orgue de l'église protestante de Masevaux.

Le Tuba 16' (parfois 32') de Pédale, à Anches libres, était une spécialité de Koulen. Il en construisit plusieurs, mais le seul qui soit conservé en Alsace est aujourd'hui à l'église protestante de Mittelhausen.

     Suite aux dommages de guerre, l'orgue Koulen a été réparé en 1954.

Christian GUERRIER procéda à des réparations en 1982 : la Flûte 4', la Mixture et la façade de la Montrent datent de cette époque.
La Doublette est sûrement d'origine : on en trouve une à Melsheim (où elle s'appelle "Octav 2").

Mécanique : à Balanciers. Sommiers à Gravures pour le Manuel. La Pédale dispose d'un Sommier à Cônes : on retrouvera la même solution sur les autres orgues Koulen à traction mécanique qui suivront : Melsheim, Andlau, Erstein, Fessenheim-le-Bas, Ingenheim et Lampertheim. A partir de Mittelhausen (1890), Koulen mettra des Sommiers à Cônes aux claviers aussi.

Heinrich (Johann) KOULEN (Waldfeucht, 23/06/1845 - Augsbourg 14/03/1919)

     Les orgues Koulen ne semblent pas avoir été construits pour durer, et l'image de ce facteur est ternie par la destruction de plusieurs instruments historiques. Ses orgues pêchaient surtout par leur transmission, qui s'avérait extrêmement fragile, et pratiquement tous ses grands instruments ont très vite dû être reconstruits : ce sont les petits qu'il nous reste aujourd'hui. L'histoire des travaux de Koulen rejoint celle de la facture d'orgues de la fin du 19 ème siècle, en proie au "progrès" et aux "systèmes" promus par des Experts pas toujours très objectifs.

Heinrich Koulen s'installa à Strasbourg en 1871. Il venait d'Heinsberg en Allemagne, et son père Wilhelm était facteur d'orgues. Après un passage à Aachen, il fut l'élève de Joseph MERKLIN à Paris. Il semble que son premier travail en Alsace se situe à Artzenheim en 1872, lorsqu'il répara l'orgue Claude-Ignace CALLINET de 1853 (cet instrument a été détruit en 1945).

En 1874, Koulen construisit à l'église protestante de Westhoffen un orgue neuf, à traction mécanique, en reprenant pas mal d'éléments de l'instrument de Xavery MOCKERS construit 1828, qui était considéré comme un chef d'oeuvre de la Maison STIEHR-MOCKERS. DALSTEIN-HAERPFER refit le tout en 1912.
La même année, il construisit un très grand orgue de 56 Jeux à Mackenheim. Cet instrument demanda beaucoup de réparations, et finit par être remplacé en 1950 par la Maison ROETHINGER, qui conserva toutefois le Buffet.

Après avoir modifié l'orgue de Bischoffsheim en 1876, il construisit pour Ostwald en 1878 un instrument qui était déjà hors d'usage en 1911. Il fut refait par ROETHINGER en 1917. De 1878 date aussi un orgue construit pour Kunheim. Il a été détruit en 1940, à moins que ce ne soit lui que l'on retrouve à Neuf-Brisach. Toujours en 1878, il construisit l'orgue de Melsheim.

Koulen semble avoir assuré sa réputation en 1879 à Saales, où il construisit un trois-claviers de 26 Jeux, dans un Buffet de la Maison KLEM qu'on peut encore voir aujourd'hui (il contient l'Opus 160 de Joseph RINCKENBACH). 5 experts (dont les très influents STERN et ERB) trouvèrent cet instrument particulièrement réussi. En 1880, il y eut Andlau.

Vers 1881, il construisit un petit orgue à la Chapelle protestante de l'hôpital civil de Strasbourg (remplacé en 1910) et "améliora" le Silbermann de Strasbourg, St-Guillaume en y plaçant un Récit et une Bombarde 32' d'un effet, dit-on, particulièrement grandiose.

En 1882, il y eut l'orgue du collège de Matzenheim, qui existe encore, tout comme celui de l'église protestante d'Erstein (1883).

En 1884, Koulen a profondément modifié les orgues d'Altkirch, Notre-Dame de l'Assomption (que Jean-André Silbermann avait construit en 1772 pour le couvent des Catherinettes de Colmar) et de Strasbourg, St-Nicolas (André et Gottfried Silbermann, 1707). La même année, et encore à Altkirch, il posa un petit orgue de 12 Jeux (mécanique) au Temple réformé.
Toujours en 1884, il fit transformer l'orgue Joseph Callinet, 1828, de l'église protestante de Guebwiller par Edmond-Alexandre Roethinger, qui travaillait alors pour lui.

Koulen posa en 1885 à l'église protestante de Zinswiller un instrument qui est considéré comme le premier orgue pneumatique d'Alsace (il a été détruit en Décembre 1944). Il modifia aussi légèrement l'orgue Joseph GEANT d'Eywiller

Il attira l'attention de WEIGLE à Stuttgart, qui se livra à un plagiat du système pneumatique de Zinswiller au point que Koulen lui intenta un procès qui fut sans succès, mais sûrement légitime. En 1887, Koulen acheta la licence SCHMOELE-MOLS mais construisit un orgue (mécanique) à Fessenheim-le-Bas.

Koulen transforma en 1888 l'orgue DUPONT, 1778, de Neuwiller-lès-Saverne, répara le Ferdinand STIEFFELL, 1777 de Reichshoffen, et construisit la même année un grand instrument à Strasbourg, St-Aloyse (électro-pneumatique Schmoele-Mols), qui dut être refait par Roethinger en 1923 après plusieurs réparations de fortune. C'est le premier orgue électro-pneumatique d'Alsace.
De 1888 datent aussi ses orgues d'Ingenheim et Lampertheim.

Pionier des Sommiers pneumatiques à membranes dont il fut l'un des principaux développeurs, il fut en conflit avec WEIGLE, qu'il accusa de vol de propriété intellectuelle. Mais Koulen perdit son procès.

L'orgue de Bourgheim, 1890, fut remplacé en 1963. Il en reste quelques éléments du Buffet. De la même année datait celui de Bischholtz, qui fut détruit en 1945. La renommée de Koulen étant grandissante, il fournit un autre instrument à traction électro-pneumatique au conservatoire de Strasbourg en 1890, sur lequel il travailla, dit-on, pas moins de trois ans ! La partie instrumentale de son orgue de Dauendorf, 1891 a été entièrement refaite seulement 13 ans plus tard. Il reste de Koulen les deux Buffets. Des années 1889-1991 datent aussi ses orgues de la Loge maçonnique et de la clinique Ste-Barbe de Strasbourg, et des églises protestantes de Mittelhausen, Ensisheim et Printzheim.

En 1892, Koulen revint à Altkirch, mais cette fois à St-Morand pour y placer un orgue neuf de 13 Jeux. Koulen adopta alors à nouveau la transmission pneumatique à Buhl (1892), mais toujours pas définitivement : en 1893, il apposa sa plaque sur l'orgue Pierre RIVINACH, 1865 de Preuschdorf où il changea les Sommiers (mécaniques à cônes), la Console, et 6 Jeux sur 17. Ses orgues suivants (par exemple Bosselshausen, 1893, Opus 80, conservé bien qu'artistiquement défiguré) sont pneumatiques, mais aux églises protestantes de Lichtenberg (1893) et Masevaux (1894) on retrouve des tractions mécaniques et de solides Sommiers à Gravures.

Koulen construisit en 1895 un orgue à Rothbach (pneumatique), numéroté Opus 75. Il disparut pendant la seconde Guerre Mondiale.

L'un des orgues les plus célèbres de Koulen fut celui construit en 1894 pour Strasbourg, St-Pierre-le-Jeune catholique : qualifié de "chef d'oeuvre impérissable" par les experts. Il fut toutefois refait par Roethinger dès 1910 (ajout d'un clavier). De 1896 date l'orgue (aujourd'hui disparu) de l'église protestante de Drulingen.

En 1897, Koulen atteint le sommet de sa carrière alsacienne, puisqu'il remplaça le grand orgue Silbermann de la Cathédrale de Strasbourg. Cet instrument, très vite muet, fut démonté en 1908, et en 1917, lors de la réquisition du métal par les autorités allemandes, ce sont tous les tuyaux métalliques qui disparurent! Dans cette affaire, Koulen perdit définitivement sa réputation en Alsace.

Koulen vendit alors ses ateliers de Strasbourg et partit pour Oppenau (1895), puis Augsbourg (1903), ou il fit une brillante seconde carrière, et transmit son entreprise à son fils Max en 1910. C'est en Allemagne que Koulen plaça la majorité de ses 200 orgues, dont Augsbourg, Sts-Ulrich-et-Afre (V/73) en 1903, Landshut, St-Martin (III/70) en 1914, basilique d'Altötting (III/61) en 1915.

Heinrich Koulen s'est éteint le 14/03/1919 à Augsbourg.

L'entreprise continua jusqu'en 1922, lorsque Max fit fusion avec Welte-Mignon, de Freiburg.

Si les orgues Koulen entre 1885 et 1895 souffraient probablement de problèmes de transmission, ils furent par la suite surtout un symbole cuturel de l'Alsace annexée, et de la perte de l'orgue Silbermann de la cathédrale de Strasbourg (perte un peu vite imputée à Koulen, car le fait déterminant était que la Réquisition des tuyaux métalliques par les autorités allemandes en 1917 concerna l'ensemble des tuyaux de l'orgue Silberman (sauf la façade, exactement le contraire que dans la majorité des cas), car celui-ci était démonté en 1917 ; Koulen avait quitté l'Alsace depuis 22 ans !). Il devenaient vite injouables... car décriés, et donc peu entretenus. Et pourtant, la partie sonore devait être d'une grande qualité musicale : les instruments neufs de Koulen étaient très appréciés, et il était un harmoniste de grand talent, surtout en ce qui concerne les Jeux de détail. L'instrument de Melsheim (1879), avec lequel on peut continuer la visite chronologique des orgues Koulen restants, en est le témoin. Sur les 17 orgues Koulen d'Alsace conservés à ce jour... 15 sont mécaniques.

En 2010 a été restauré l'orgue de Lampertheim, confirmant que le mal-aimé des historiens de l'orgue d'Alsace était effectivement un "grand" de la facture d'orgues.

Il est aujourd'hui (2011) question de restaurer le chef d'oeuvre alsacien de Koulen, à Buhl (1892, 27 Jeux).

Enfin, il faut souligner que Koulen apprit le métier, entre 1881 et 1889 à un facteur déterminant dans l'orgue alsacien : Edmond-Alexandre ROETHINGER (1866-1953). Au début, l'élève connut, comme le "maître", pas mal de déboires avec les transmissions pneumatiques. Mais à Erstein, Roethinger, l'élève de Koulen, devint le porte-drapeau de la Réforme Alsacienne de l'orgue. Pratiquement tous les facteurs d'orgues alsaciens du 20 ème siècle ont été formés chez Roethinger (Georges SCHWENKEDEL, Ernest MUHLEISEN, Jean-Georges KOENIG, Alfred KERN) ou par ceux qui y ont travaillé, et sont donc, quelque part, des héritiers de Koulen.

Sources :

  • M. BARTH, "Elsass, 'Das Land der Orgeln' im 19. Jahrhundert", AEA XV (1965-66)

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Dernière mise à jour : 23/10/2011 18:04:16

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