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Les orgues de la région de Bouxwiller
Neuwiller-lès-Saverne, Sts-Pierre-et-Paul
1917 degr > Dégâts
Partie instrumentale classée Monument Historique, 21/02/1973.
Buffet classé Monument Historique, 06/12/1972.
Neuwiller, l'orgue Koulen dans son buffet du 18 ème, le 26/07/2006.
Photo d'Eric Cordé.Neuwiller, l'orgue Koulen dans son buffet du 18 ème, le 26/07/2006.
Photo d'Eric Cordé.

les orgues de Neuwiller ont fait l'objet d'une documentation fort abondante. Il n'est donc pas question, ici, de répéter les mêmes histoires, les mêmes commentaires, qui finissent invariablement par des soupirs et des "Ah si..." regrettant un hypothétique chef d'œuvre perdu du 18ème siècle. Il n'est surtout pas question d'attribuer l'orgue actuel à Nicolas Dupont. Ce serait un non-sens avec les critères actuels. Car, même s'il contient des tuyaux dont le bois ou le métal ont appartenu à l'instrument du 18ème, ils font partie d'un orgue résolument inscrit dans la tradition de la fin du 19ème. Un orgue dont on n'a jusqu'ici ni su ni voulu évaluer l'intérêt. Il est donc temps de procéder à une interprétation plus "neutre" de l'histoire de cet instrument.

D'abord, et avant tout, il y a l'édifice. Exceptionnel, c'est le produit d'une longue et subtile alliance de styles. Il y a des éléments romans, gothiques, renaissance et classiques. Le mobilier s'illustre par la présence de statues et du fameux Saint-Sépulcre du 15ème. Le buffet de l'orgue et sa tribune constituent un ensemble remarquable, et sont probablement l'œuvre du sculpteur Jean-Etienne Malade.

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L'orgue de facteur inconnu (1769)
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Historique

La présence d'un premier orgue est attestée à Neuwiller en 1769 par le projet de son remplacement par Jean-André Silbermann. L'instrument était probablement placé dans le transept, à l'endroit portant la trace d'une porte d'accès. [IHOA]

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L'orgue Nicolas Dupont,
1778
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Historique

En 1778, le facteur lorrain Nicolas Dupont fournit un orgue neuf. [IHOA] [ITOA] [ITOA]

Passions et préjugés

Dans son ouvrage intitulé "Historische Orgeln im Elsass", Pie Meyer-Siat consacre une page à Neuwiller. Sa savoureuse introduction est la suivante : "Das ist wohl die elsässische Orgel, die am meisten Geld gekostet und am meisten Schreibereien verursacht hat ; sie ist deshalb nicht besser gewesen und geworden." ("C'est sûrement l'orgue d'Alsace qui a coûté le plus cher et qui a fait coulé le plus d'encre ; il n'en est pas meilleur pour autant.") [HOIE]

Evidemment, un instrument du 18ème aussi grand ne pouvait que déclencher les passions et fantasmes de l'organologie "baroque" de la fin du 20ème siècle. On répéta, émerveillé, qu'il s'agissait d'un "quaaatre claviers !". En passant sous silence que deux d'entre eux étaient de simples dessus de Cornets, et que la pédale (de 12 notes) était limitée à une Flûte 4' et quelques emprunts ! On postula qu'il s'agissait d'un "chef d'œuvre", sans bien sûr l'avoir entendu, puisqu'il a de fait été remplacé en 1888, et que même les tuyaux conservés ont été complètement ré-harmonisés. En fait, dans un total aveuglement, on se permit de balayer du revers de la main la reconstruction de 1888 - forcément mauvaise puisqu'issue de la "période allemande". Et on continua comme si elle n'avait jamais existé. Or, ce n'est pas parce que l'on ferme très fort les yeux qu'une réalité disparaît.

Au sujet de Neuwiller, les historiens se sont beaucoup intéressés aux rapports entre Dupont, le chapitre, et... Jean-André Silbermann. D'abord parce que Silbermann servait de source primaire (il avait noté son interprétation des faits dans ses archives), mais aussi parce qu'en Alsace, quand on parlait d'orgue, il fallait toujours tout ramener à Silbermann. Sinon, on avait aucune chance d'être lu. Une question obsédait le monde de l'orgue alsacien : mais, pourquoi n'ont-ils donc pas choisi Silbermann ? Pourquoi ce Dupont ? [PMSCS63]

Toujours dans le même article, Meyer-Siat explique avec une évidente d'ironie : "6 Jahre laborierte Meister Dupont an dieser Orgel ; so lang hat Silbermann nie gebraucht" ("Maître Dupont a trimé à cet orgue pendant 6 ans ; plus qu'il n'en a jamais fallu à Silbermann"). [HOIE]

En Alsace, on ne badine pas avec la suprématie Silbermanienne ! Voici le pauvre Dupont dépeint comme un besogneux, un lent à la tâche, un opiniâtre, qui s'échina péniblement à décanter un orgue que son génial concurrent aurait expédié avec brio en quelques mois...

L'histoire de cet instrument disparu a donc été fortement bruitée par les passions et l'excitation des organologues de la vieille école face à "un rarissime ensemble monumental du 18 ème". Toujours dans le même article, Meyer-Siat met le doigt sur le problème : "Man wollte eine französische Orgel ; man bekam sie (siehe Pedal !)." ("On a voulu un orgue français, on l'a eu. Voyez la pédale...") [HOIE]

C'est révélateur de la pensée alsacienne : tout ce qui est allemand est fondamentalement mauvais. Mais ce qui est français est pire.

L'histoire contemporaine de l'orgue de Neuwiller est un peu analogue à celle du Dubois de Wissembourg à la fin du 20 ème : on nous promet que, quand il sera restauré, ce sera le retour de l'Age d'Or. Sauf qu'à Wissembourg, l'orgue du 18ème, certes abandonné, était toujours là. Et aujourd'hui, justement, on dispose de l'expérience liée à la "résurrection" du Dubois de Wissembourg. Un orgue du 18 ème n'est pas adapté partout, et, si certains ont été abandonnés ou remplacés, c'est peut être parce qu'ils ne donnaient pas satisfaction. Certes, on sait que des erreurs on pu être commises, mais il n'est pas sage de prendre tous nos prédécesseurs pour des incompétents sans goût.

Tout reprendre au début

Les clichés, les querelles de chapelle et la mauvaise foi s'étant infiltrés de partout, il faut reprendre au début. En commençant par répondre à la vraie question que tout le monde se pose : ici, "Dupont" s'écrit avec un "T".

Ceci étant fait, que sait-on réellement de l'orgue Dupont de Neuwiller ? Finalement, pas grand chose en regard des efforts considérables qui ont été déployés ! Et l'essentiel de ce qu'on en sait a été déduit, non constaté. Cela commença par une analyse méticuleuse des sources les plus ténues, mais surtout par celle des fameuses étiquettes conservées dans l'ancienne console en fenêtre. On dispose donc la composition, même si les experts se querellent encore pour savoir si elle est de Dupont ou de Clicquot...

Un orgue parisien

Une chose est sûre : il s'agissait d'un orgue classique français. Pur sucre. Parisien, même. Et une autre l'est tout autant : ce n'était pas un orgue paroissial. L'église était une collégiale avant la Révolution. Il s'agissait donc, de fait, d'un orgue "d'élite", commandé par une élite à destination d'une élite. (Sans que cela ne soit en rien un jugement de valeur. Il en résulte juste que le "cahier des charges" était radicalement différent de celui qu'aurait produit une paroisse.)

Voici cette fameuse composition. Bien entendu, il convient de la trouver "formidable" en société. Mais il faut bien reconnaître, entre nous, qu'à moins d'être un fan exclusif de l'orgue parisien du 18 ème qui a fait vœu de ne jouer que ça, il y a vraiment de quoi être refroidi :

La Flûte 8' limitée au dessus, c'est était vraiment le genre de choses qui avaient le don d'irriter Jean-André Silbermann, qui considérait cela comme une aberration, tout comme l'absence do Do# grave, et... les deux Trompettes !

Une construction laborieuse

Au sujet de la genèse de cet orgue, les témoignages sont formels : elle fut laborieuse. Elle commença en 1772. En mai 1777, seul le positif était en place, et encore sa mécanique était trop dure. Les chanoines "désespéraient". En octobre, un témoignage de Frédéric Grosch déplore que l'outillage de Dupont est insuffisant, qu'il travaille sans plans et "sans ordre". Dupont se serait fâché avec son neveu (Nicolas Tollay) qui serait parti en le laissant seul avec un jeune apprenti. Les soufflets ne fonctionnaient pas bien, et il n'y avait pas d'anches - un comble pour un orgue "parisien" ! En mai 1877, Joseph Koehl ayant vu la façade de Neuwiller, puis ensuite celle du nouvel orgue (Silbermann) de Bouxwiller, trouva cette dernière de bien meilleure qualité. C'est sûrement le même Koehl qui rapporta que Dupont utilisait du vieux bois de pressoirs et de palissades. [PMSCS63]

Notons que Jean-André Silbermann rapporte à peu de choses près la même histoire (bois de palissades ou récupéré sur des chantiers de démolition) au sujet de Toussaint de Westhoffen.

Le 02/07/1788, Jean-André Silbermann alla visiter l'orgue de Neuwiller, et releva une longue liste de défauts, tant liés à l'esthétique (deux Trompettes !) qu'à la conception (pas de Cis, métal trop fin pour les tuyaux, Voix humaine mal proportionnée...) mais aussi à la réalisation ou l'harmonisation (Cromorne trop fort). L'établissement de la liste de défauts fut interrompu par l'arrivée opportune de l'heure du déjeuner. Par la suite, quand le prévôt demanda à Silbermann si, parmi ces défauts, il y en avait un majeur, la réponse fut évasive : Silbermann n'avait aucune envie de faire plus de commentaires, et surtout refusait d'être considéré comme l'auteur d'une expertise : il avait flairé le piège ! [PMSCS63]

Bouxwiller n'est pas loin de Neuwiller, et au fur et à mesure que les comparaisons entre les deux instruments devenaient possibles, l'orgue Dupont était évalué de plus en plus bas. Dom Grégoire, pour "sauver" Dupont, incrimina le constructeur du buffet : "L'orgue créé par Dupont à Nancy est impeccable. Seul [l'architecte de l'édifice, Jean Baptiste] Pertois qui a proposé ce buffet, est responsable de tout"." En fait, il y aurait eu deux dessins du buffet, l'un de Dupont et l'autre de l'architecte, et c'est ce dernier qui a été choisi. Mais là, Silbermann se lâche : Pretois lui aurait dit que c'est François-Henri Clicquot lui-même qui a préféré son dessin, et ajoute que Clicquot aurait commenté que la composition de Dupont a été conçue à son avantage propre. Il en avait fourni une qui lui semblait meilleure. [PMSCS63]

En conclusion

Que ressort-il de cet amoncellement de confidences rapportées ? Evidemment, on a beaucoup souligné que la plupart des informations viennent de Silbermann, concurrent - évincé - de Dupont. Pas forcément un gage de neutralité. Mais, s'il est possible que Silbermann ait choisi de taire certains faits qui auraient pu être favorables à Dupont, et de consigner avec délectation les autres, il ne faut pas oublier qu'il n'avait aucune raison de mentir : ses archives étaient personnelles, et non destinées à être publiées.

On peut donc croire Silbermann quand il dépeint un Dupont vieillissant, utilisant un outillage déficient, sans méthode, puis souffrant d'un grand manque de motivation. Fatigué par les querelles avec le chapitre, il préférait parfois se promener pendant des jours, son orgue inachevé, comme en atteste le doyen Lantz : cela ne s'invente pas. Bref, il s'agissait d'un projet mal planifié, mal engagé, probablement trop ambitieux, décevant pour toutes les parties et très mal mené. L'orgue de 1788 était fort décevant. En 1885, Wetzel confirma que les tuyaux de Montre étaient de tellement mauvaise qualité qu'ils ne pouvaient même plus être nettoyés... [PMSCS63] [HOIE]

Il y eut une réparation en 1813. [HOIE] [PMSSTIEHR] [ITOA]

En 1843, la maison Stiehr retira les Tierces pour placer un Salicional et une Gambe. On note aussi une réparation en 1866. [HOIE] [ITOA] [PMSSTIEHR]

Le biseau de la Montre 16'

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'orgue de Dupont n'eut pas un impact significatif en Alsace. Son neveu Nicolas Tollay ne parvint, bien qu'il fut quelque part son successeur, à poser qu'un seul instrument en Alsace, à Wingersheim. En 1887, on avait complètement oublié qui était l'auteur de l'orgue de Neuwiller. En effet, c'est lors de la dépose des tuyaux de façade (notons bien : pour les refondre), le 25/07, que fut retrouvée une inscription sur un biseau :

Dupont de Nancy
1776
G[o] 16 pedum
Factum per Dominum Dupont
Organarium Nancycnscm
Anno Domini
MDCCLXXVI
F.

Ce n'était d'ailleurs pas le biseau d'un un Sol (G), mais d'un Fa (F ; de la Montre 16' du grand-orgue). La façade est en 12'.

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Historique

En 1888, Heinrich Koulen construisit un orgue neuf dans le buffet Pretois/Malade, en utilisant des tuyaux du 18 ème pour créer de nouveaux jeux. [IHOA] [ITOA]

On sait que Charles Wetzel était également en lisse, car il a fourni deux ou trois devis, datés du 27/04/1884 et du 19/08/1885. [PMSCS73]

De son côté, Martin Rinckenbach avait aussi rédigé un devis, le 01/05/1884, consistant à doter l'orgue existant d'une vraie pédale (Soubasse, Flûte 8', Violoncelle 8', Quinte 5'1/3, Bombarde et Trompette).

Mais c'est une opération de plus grande envergure qui fut retenue, et confiée à Koulen :

D'abord, le plus évident : cette composition est... très intéressante, et riche en possibilités. Elle est symphonique, ce qui cadre bien avec l'évolution musicale de l'Alsace à la fin du 19ème. Cette composante romantique, post-romantique même, dans un buffet du 18ème est parfaitement dans l'esprit de la "synthèse de styles" qui illustre l'ensemble de l'édifice. Mais en fait, ce n'est pas une synthèse, c'est un style en soi.

L'histoire officielle raconte que l'orgue Koulen était "rapidement devenu injouable" (après 4 ans de service, en 1892), qu'il y eut un procès à Saverne, et que l'instrument fut réparé en 1895 par Martin Rinckenbach. [IHOA] [ITOA]

On veut bien le croire, mais il faut être prudent, car le même scénario nous a été plusieurs fois raconté alors qu'il était inexact : par exemple pour Heiteren (1875) ou Fessenheim (1899). Quand on appelait Rinckenbach pour "faire marcher" un orgue mal fini, il pouvait réaliser de très importants travaux (de quasi-reconstructions) sans en revendiquer l'attribution. Mais ici, vu l'absence de matériel Rinckenbach dans l'orgue actuel, cela semble être exact : une simple réparation a suffi. Sauf que cela ne cadre pas avec l'image d'une "grosse machine inutilisable" qu'on nous présente généralement pour l'orgue Koulen.

L'orgue Koulen était-il vraiment 'fragile' ?

Rinckenbach a donc "remis l'orgue en marche" sans travaux d'envergure : est-il possible que l'instrument ne nécessitait que quelques réglages par un facteur compétent ? Après tout, il y avait une Machine Barker, et peu de facteurs alsaciens étaient à l'aise avec ce type d'équipement, dans les années 1890. Rinckenbach l'était, puisqu'il en construisait (Geispolsheim, Mulhouse). Il y avait aussi une Barker à Wisches (1873), mais celle-ci a été posée par le lorrain Théodore Jacquot. Et, depuis 1888, il y avait la Barker d'Obernai... construite par le parisien Joseph Merklin. La seule maison bas-rhinoise qui pourrait avoir été compétente à l'époque était peut-être celle de Charles et Edgard Wetzel. D'ailleurs, ils construisirent effectivement une Machine Barker, à Strasbourg, St-Louis. Mais seulement en 1896.

Il n'est donc pas du tout exclu que la soit-disante "fragilité" de l'orgue Koulen, assénée comme un dogme par l'organologie alsacienne, n'ait été en fait qu'une difficulté de maintenance. Et que sa source ne se trouvait pas dans l'orgue lui-même (qui, en 1888, était finalement plutôt bien inscrit dans son temps) mais dans les graves lacunes de la plupart des facteurs alsaciens des années 1880-1900, confrontés à un vrai problème de compétences.

Un intérêt en soi

Pendant longtemps, le monde de l'orgue n'a apporté d'intérêt qu'aux instruments dits "homogènes". Toute transformation apportée à un orgue du 18ème, même si elle était intelligente, était condamnée sans procès ; il était systématique de "vendre" une "restauration à l'identique". C'est à dire : systématiquement effacer les contributions ultérieures pour "retrouver la pureté originelle de l'instrument" (du 18ème). Mais cette "pureté originelle" est souvent un pur fantasme : rien ne prouve la valeur supposée de l'instrument à son origine, ni qu'il était adapté. Et encore moins qu'il sera adapté à un usage contemporain. Comme argument, on affirme que "une grande partie de la tuyauterie d'origine est encore là", en passant sous silence le fait que le tout à été complètement ré-harmonisé : oui, le métal ou le bois ont servi dans l'orgue "d'origine", mais le rendu sonore actuel n'a plus rien à voir. On nous affuble encore aujourd'hui d'orgues sans 16' (même à la pédale), sous prétexte que "l'Orgue Français n'en a pas besoin". Mais l'orgue d'aujourd'hui en a besoin.

Les instruments issus de grands projets de transformation (dit de "reconstruction") ont parfois, eux aussi, un intérêt historique. Souvent plus que de nombreuses "restaurations" qui sont venues les remplacer, et qui ne sont finalement que des orgues neufs "inspirés" de l'original, et dont l'authenticité se limite à la composition. Finalement, cet orgue Koulen, élaboré dans un somptueux buffet du 18ème en conservant une partie de l'existant a bien plus à raconter qu'un hypothétique instrument du 18ème ! Et infiniment plus qu'un futur orgue mécanique neuf, vendu comme une "restauration", ramenant d'absurdes limitations (gageons que des soufflets "cunéiformes" seraient de la partie) sans aucun respect pour l'orgue alsacien - le vrai, celui du 19ème et du début du 20ème". L'instrument "restauré" qui est sûrement dans les cartons depuis longtemps, et que, s'il y avait eu de l'argent, nous aurait déjà été imposé, avec destruction scrupuleuse de l'héritage Koulen.

L'entretien passa en 1905 à Edmond-Alxandre Roethinger. [IHOA]

La maison strasbourgeoise était assurément plus proche de Neuwiller que celle d'Ammerschwihr, et cela semble confirmer que Rinckenbach n'a pas fait de gros travaux en 1895. En 1905, une maison comme Roethinger était tout à fait compétente pour entretenir l'orgue Koulen. D'ailleurs, on ne rapporte plus de problèmes particuliers.

Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités en 1917. Rappelons qu'il s'agissait de la Montre de Koulen (1888), et non celle de Dupont, qui avait été re-fondue car de mauvaise qualité. [IHOA]

En 1926, la maison Roethinger fournit une façade neuve. [IHOA]

En 1953, Ernest Muhleisen transforma l'instrument. [IHOA]

Ce fut, comme beaucoup de ces modifications "néo-classiques", extrêmement préjudiciable à l'instrument, même si seulement 2 jeux semblent avoir été affectés : au positif, la Clarinette (assurément le jeu le plus logique, intéressant et nécessaire de sa composition) qui a été supprimée pour céder la place à une absurde Cymbale. Et à la pédale, pour placer un Clairon, c'est - évidemment - le jeu le plus emblématique de Koulen qui fut supprimé : le Tuba 32'. On peut lire que les résonateurs ont été conservés, et c'est heureux, car l'autre Tuba 32' de Koulen, qui était à Westhoffen, a été perdu. [ITOA]

Un orgue à découvrir

Si l'instrument précédent a fait couler beaucoup d'encre, celui-ci, par contre, a été soigneusement méprisé par l'organologie alsacienne. Forcément : la messe était dite : il fallait absolument "restaurer" l'orgue Dupont. Aucune contestation n'était possible, car il faut se souvenir que Koulen, facteur emblématique de la période "germanique" de l'Alsace était clairement un "mal aimé". La cible favorite de Pie Meyer-Siat, qui en faisait un des principaux acteurs de la "décadence" germanique de l'orgue alsacien, survenue après 1870, et qui a sévi jusqu'à un salutaire "renouveau" néo-baroque. Dans les années 1960-1980, encore proches du second conflit mondial, cela se "racontait bien". Sauf que Koulen - certes d'origine allemande - était issu de l'école Merklin ! Donc de l'école française... On lui reprochait de concevoir de grandes machines "éphémères", et, en bref, de privilégier l'innovation à la tradition. On l'accusait d'avoir "massacré" plusieurs beaux orgues historiques français...

La perception de l'œuvre de Koulen changea fondamentalement dans les années 2000, suite aux travaux d'Hubert Brayé à Lampertheim : lors de ce relevage exemplaire, on s'aperçut que la facture de Koulen n'avait rien à voir avec la catastrophe décrétée dans les années 60. La réhabilitation de Koulen continua à Buhl en 2015. Aujourd'hui (2020) on peut aller à Andlau découvrir un orgue Koulen remarquable, très bien construit, délicieusement harmonisé, mais dans un état pitoyable : on a tant discrédité Koulen que plus personne ne voulait entretenir ses instruments ! Oui, cette "pensée unique" qui sclérose l'orgue alsacien depuis 40 ans, a fait beaucoup de dégâts.

Il faut donc approcher cet orgue en se débarrassant de cette gangue de préjugés. Déjà, cet orgue n'est pas si "novateur" que ça : des claviers de 54 notes (au fa), une expression du récit "tout ou rien"... en 1888. Il passe assurément pour "révolutionnaire" face à la production des facteurs "historiques" alsaciens, dont certains ont construit des positifs de dos jusqu'en 1878 (et auraient sûrement bien continué...) Mais déjà sept ans plus tôt (1881), Joseph Merklin avait livré à Obernai un "vrai" orgue symphonique. En comparaison de la production du reste de l'Europe ou de celle de Rinckenbach à Ammerschwihr, l'orgue Koulen n'est pas si novateur. En fait, avec sa Machine Barker et ses jeux de combinaisons, c'est tout simplement un orgue "de son temps", parfaitement inscrit dans l'évolution musicale, ce qui n'est pas étonnant, si Sering a contribué.

L'orgue Koulen : une oeuvre originale

Mais il y a un autre point intéressant, de nature esthétique : Koulen a gardé les anches françaises. Ce fait fondamental n'a pourtant pas été relevé comme il le méritait par ceux qui accusaient Koulen d'être la cheville ouvrière de la "décadence germanique", manipulé par les méchants experts allemands dans de sombres desseins impérialistes... Lorsque, bien plus tard, la "Réforme alsacienne de l'orgue" a été théorisée, elle était interprétée comme l'affrontement entre ces instruments post-romantiques de la fin du 19ème avec une vue plus "historisante", volontiers plus française, théorisée par Rupp. Or, en gardant ces anches "françaises", Koulen démontre qu'il en a reconnu l'intérêt, et a réalisé un instrument original, faisant de valeur avec l'acquis, tout en remplaçant ce qui, vraiment, n'allait pas. De ce point de vue - non technique - Koulen était cette fois résolument novateur !

Le buffet

Le buffet de l'orgue et la tribune-portail sont généralement attribués à Jean-Etienne Malade (1738 à Mayence - 1818 à Strasbourg). On sait qu'il a travaillé à Neuwiller entre 1772 et 1777, et il est l'auteur de sculptures extérieures, des statues équestres et de plusieurs autres statuettes. Les musiciens de la façade seraient aussi de lui.

De part et d'autre de la porte, il y a les médaillons du Roi David et de Sainte Cécile, ainsi que des trophées d'instruments de musique.

Le grand buffet est très "parisien", à 5 tourelles rondes à entablements, dont la hauteur décroît en allant vers le côtés. L'ensemble est cintré, et les tourelles reposent sur des consoles-culots, les latérales figurant des têtes d'anges. Les plates-faces sont munies de rinceaux, mais pas vraiment de claires-voies. Il y a aussi des mini jouées, seulement dans la partie supérieure. Deux vases ornent les tourelles intermédiaires, et une horloge, jouxtée de deux angelots couronne la tourelle centrale ; elle est surmontée des armes de Saint-Pierre. La ceinture du buffet est cannelée.

Le buffet de positif (en bord de tribune) est à trois tourelles, la plus petit au centre, dont le couronnement est un vase. En pendentif, il y a une figure d'angelot et une guirlande finie par deux pommes de pin.

L'ensemble est également orné de guirlandes végétales.

Caractéristiques instrumentales

Console:

Console indépendante. Tirants de jeux de section ronde à pommeaux munis de porcelaines.

Transmission:

Mécanique à équerres. Machine Barker. Tirage des jeux pneumatique.

Sommiers:

A gravures (et à double laye) pour les manuels, à cônes pour la pédale.

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670322001P03
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