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~ Les orgues de la région de St-Amarin ~

Mollau, St Jean Baptiste
Joseph CALLINET, 1833
Orgue authentique, sauf 3 jeux.
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CALLINET
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L'orgue de Mollau est l'un des plus célèbres d'Alsace, et certainement l'un des plus chargés d'Histoire.
Son histoire à lui est cependant assez courte, et c'est tant mieux : il est resté assez authentique. |
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Sur la N66, à environ 3 km de Mollau, un panneau indicateur marron (du genre "Centre d'intérêts touristiques") invite le promeneur à faire un détour (de 6 km) pour aller voir les "Orgues Historiques Callinet de Mollau".
Seulement voilà, quand on fait ce détour, on se retrouve...
devant une porte close.
Lorsque j'y suis passé, il y avait, encastrée dans la porte, une "vitrine" montant une cassette VHS décolorée par le soleil, et un mot invitant le touriste à acheter la chose par correspondance !
Ne serait-il pas temps, si l'église est fermée en pleine saison, de supprimer ce stupide panneau indicateur ?
Ne serait-il pas temps, aussi, plus largement, de se demander à quoi sert une église fermée ? A quoi sert le patrimoine si on ne peut même pas le voir ?
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Construit en 1833 par Joseph CALLINET, cet instrument est une bonne illustration du génie de son auteur.
Callinet impose ici définitivement son style, qui a laissé une trace déterminante dans la facture d'orgues française.
Ses concurrents vont devoir bien vite l'imiter, ou même le plagier.
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Car en 1833, les idées de Joseph sont bien arrêtées et forment un tout cohérent.
Il va les décliner en quatre devis imprimés (une révolution, pour l'époque).
Ces quatre formats de devis donnent un canevas pour chaque taille d'instrument (grand, moyen supérieur, moyen inférieur, petit) en laissant toutefois une grande lattitude afin de donner à chaque orgue un caractère unique.
A cause de (ou grâce à) ces fameux devis imprimés, beaucoup de communes vont demander à d'autres facteurs des orgues "à la façon Callinet" : ces devis ont fait référence, et ont été souvent copiés.
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A cette époque, Joseph Callinet avait un avantage certain même sur les meilleurs de ses concurrents (STIEHR en particulier), surtout en raison de la qualité de ses Anches.
 Mollau.
Photo de Gilles RITZ. |
A Mollau, Callinet construisit un Buffet qui s'imposera comme un modèle : on parle du "style" Mollau.
Déjà esquissé dans certains orgues de RIEPP, dont les Callinet sont les héritiers, ce dessin comporte les caractéristiques suivantes :
- 4 Tourelles, les deux grandes aux extrémités, pour le Grand Buffet
- 3 Tourelles, les deux grandes aux extrémités, pour le Buffet de Positif
- le haut des Places-faces est recourbé "en ailes de papillon", et la courbe est finie par une petite ligne droite
- l'ornementation est florale : guirlandes des roses ou de marguerites en Rinceaux.
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Par contre, le Buffet de Mollau n'a pas de Jouées, et les Culots ne sont pas encore ornés d'angelots (contribution de Claude-Ignace Callinet).
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Ce Buffet avait en fait été imaginé pour Ste-Croix-aux-Mines.
Mais des retards dus à des problèmes architecturaux à Ste-Croix ont conduit Callinet à réaliser ce magnifique Buffet pour le première fois à Mollau.
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Il n'y a pas que le Buffet qui ait été une étape décisive dans la facture de Joseph Callinet : il a aussi établi à Mollau sa doctrine en matière de Composition.
Il reproduira la composition de Mollau presque à l'identique, par exemple à Sermersheim (dans un Buffet fondamentalement différent).
Pour les orgues plus petits, on y retranchera des choses.
Pour les plus grands, elle sera complétée.
Cette façon "modulaire" de concevoir les Compositions mènera Callinet aux fameux Devis Imprimés.
Le devis pour Mollau date du 17/05/1832.
L'accord fut conclu le 23/08/1932.
L'instrument fut reçu le 02/09/1933 par Ferdinand LIEB de Thann et Charles KIENTZL de Guebwiller.
Voici la composition originale :
Les points marquants sont les suivants :
- pas de Mixture au Positif.
Ce rôle est laissé à la seule Doublette, harmonisée en conséquence.
En ce sens, c'était une erreur d'ajouter une Cymbale en 1961.
- la fameuse Flûte traverse (1)
- le Grand-orgue monte les harmoniques de Principaux sur un Bourdon de 16 pieds.
Il y a la Montre 8', le Prestant, la Doublette, un Sifflet et 5 rangs de Fourniture.
Le Sifflet est vraiment conçu comme un rang séparable du Plein-jeu.
- le Cornet est une composante incontournable du Grand-orgue.
Il y a deux Nasards, mais à priori pas de Tierce indépendante.
- ce Cornet permet à l'orgue, tout à fait comme le préconise l'école classique française, de "fondre" un Grand-jeu important (Trompette et Clairon au Grand-orgue et à la Pédale) auquel peut répondre le Cromorne du Positif de dos.
- Ces Anches sont complétés par un Basson/Hautbois plus "récitant".
- La Pédale déploie des gros Principaux : en 16 pieds parfois (pas ici : un Bourdon prend la place), en 8 pieds et en 4 pieds.
Ces Principaux de forte taille sont appelés Flûtes et servent aussi de Résonateur au reste de l'orgue.
Comme il n'y a pas de Tirasse, ils sont harmonisés de façon à ne pas se fondre avec le reste, mais à forcir quand leurs harmoniques sont jouées par le reste de l'orgue.
C'est pour cela qu'ils ont un caractère "principalisant".
Cette doctrine de Composition sera appliquée à la lettre par les Frères Callinet jusqu'à leur séparation.
Parfois, ils ajoutèrent des Gambes, surtout pour favoriser l'Attaque.
Ensuite, Claude-Ignace préféra travailler ses Flûtes.
Il ne s'écarta de cette doctrine que vers la fin, avec assez peu de succès (emporté par les modes), en allant jusqu'à écarter le Grand Cornet de ses Compositions.
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Du côté de Joseph, la seule vraie évolution va concerner la composition du Plein-jeu (voir à ce sujet l'orgue d'Oltingue).
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L'orgue de Mollau servit 60 ans sans la nécessiter la moindre réparation (et encore, en 1893, Joseph-Antoine BERGER n'eut qu'à réparer la soufflerie et à changer le Pédalier).
En 1935, peu après le (-premier-, à n'en pas douter...) centenaire de l'instrument, on ne trouva qu'à lui ajouter un ventilateur électrique (Alfred BERGER).
En 1961, par un curieux phénomène de "réaction" (alors que pendant 80 ans, on s'était appliqué à supprimer les Tierces et les Cymbales), Alfred KERN ajouta une Tierce et une Cymbale...
mais malheureusement en supprimant un Salicional et un Basson/Hautbois au Positif.
Kern ajouta aussi une Bombarde, à la Pédale, et porta à 30 notes le pédalier (qui n'allait qu'au 2ème Fa à l'origine).
Situé dans la vallée de la Thur, qui était occupée à l'époque par les troupes Françaises, le Callinet de Mollau a gardé sa façade d'origine en 1917, lors de la grande réquisition de l'étain par les autorités allemandes.
Ceci a permis à Gaston KERN de reconstituer - en la copiant ici - une façade pour l'orgue Callinet d'Oltingue.
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Mollau est aussi un orgue marquant pour Pie MEYER-SIAT qui a passé une grande partie de sa jeunesse à Mollau, son père Georges MEYER y étant instituteur.
A l'époque, cet instrument à la sonorité exceptionnelle était d'auteur inconnu...
MEYER-SIAT s'est donc intéressé à son histoire, et cela fut, à n'en pas douter, à l'origine de sa vocation d'historien des orgues.
Il le confirme d'ailleurs : "l'Orgue de Mollau qui a déterminé non pas ma carrière, mais ma spécialisation, cet orgue qui a vu défiler tant et tant de générations et de révolutions, [...] toujours là, immuable, fidèle, louable, solide".
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L'orgue a été relevé en 2011 par Hubert BRAYE.
Mécanique : Suspendue.
Sommiers à Gravures.
Le tout d'origine (claviers en ébène), jusqu'aux Tirants de Registres et porcelaines.
Les Tailles des aigus dépassent la Normal Mensur.
Soupapes doubles pour les 8 basses de la Pédale.
Il y a un Tremblant doux.
(1) Flûte traverse : 4' dans la basse (où c'est un Bourdon), puis chute d'une octave, ce qui fait que le jeu se retrouve en 8' dans les aigus, où c'est une Flûte ouverte de taille étroite, en étain.
C'est en quelque sorte la "signature" des Callinet.
On retrouve cette Flûte traverse dans la plupart des orgues de Frères Callinet, qui l'ont probablement héritée de RIEPP à travers leur père François (qui l'a placée trois fois à Auxonne dès 1788).
Cette Flûte traverse est conçue comme un dessus de Principal solo, complété par la basse d'un jeu doux (Bourdon à Oltingue ou à Mollau, Salicional à Turckheim en 1840).
Sources :
- Remerciements à Catherine WEIBEL (Note : le Bourdon 8' du Grand-orgue manque dans la Composition de l'Inventaire technique des orgues du Haut-Rhin ; il y est dans "Historische Orgeln im Elsass", qui donne la Composition exacte).
- Remerciements à Gilles RITZ.
- P.
MEYER-SIAT, "Les Callinet, facteurs d'orgues à Rouffach, et leur oeuvre en Alsace"
- P.
MEYER-SIAT "Historische Orgeln im Elsass"
- "L'orgue en Alsace" - Coll.
"Images du patrimoine", édité par "La Maison d'Alsace" (p.47)
- Roland GALTIER "La facture d'orgues en France de 1800 à 1870", Presses universitaires du Septentrion.
- M.
BARTH, "Elsass, 'Das Land der Orgeln' im 19.
Jahrhundert", AEA XV (1965-66)
ISTRA, 1965
Bibliographie : Pie MEYER-SIAT, l'orgue Callinet de Mollau, 1963.
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