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Les orgues de la région de Wasselonne
Romanswiller, église protestante
1917 degr > Dégâts
Romanswiller, l'orgue Stiehr de l'église protestante.
Photo de Nicolas Haslé, le 06/07/2003.Romanswiller, l'orgue Stiehr de l'église protestante.
Photo de Nicolas Haslé, le 06/07/2003.

Cet orgue, dans son buffet aux tourelles plates, bien dans le style de la maison Stiehr-Mockers, a été placé au printemps 1843. C'est le fameux architecte Louis Martin Zégowitz qui s'attribua le dessin de ce buffet, mais, on va le voir, l'histoire est un peu plus complexe que cela. Et l'histoire des orgues de Romanswiller commence au milieu du 18ème siècle : cet édifice fut en effet l'église "mixte" (catholique et protestante) de Romanswiller jusqu'en septembre 1897, date à laquelle elle fut entièrement consacrée au culte protestant.

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L'orgue Georg Friederich Merckel,
1747
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Historique

En 1747 (donc du temps où l'église était utilisée par les deux confessions), Georg Friederich Merckel construisit un petit orgue neuf pour les communautés protestantes de Romanswiller et Cosswiller. [Gottenhouse2000]

Ce n'est *pas* l'orgue Joseph Waltrin, 1735, qui était venu de Wasselonne, et n'était utilisé que par la communauté catholique de Romanswiller. Marc Schaefer a tiré au clair l'histoire des orgues de Romanswiller et de Gottenhouse lors de la restauration de cet instrument en 2000. [Gottenhouse2000]

En 1823, l'orgue Merckel (I/P 8j) fut relevé par Joseph Stiehr, et muni de trois soufflets cunéiformes Silbermann récupérés à Wasselonne. [Gottenhouse2000] [PMSSTIEHR]

On est sûr que les travaux Stiehr ont bien porté sur l'orgue Merckel, car l'instituteur de Romanswiller a laissé une inscription dans l'orgue : "August instituteur à Romanswiller le 20 8bre 1823". Cette inscription a été découverte en 2000, lors du démontage de l'orgue à Gottenhouse. [Gottenhouse2000]

En 1842, l'instrument fut déménagé à Notre-Dame de Monswiller par la maison Stiehr-Mockers qui l'avait racheté. De Monswiller, l'instrument partit pour Gottenhouse en 1867. On peut le voir là-bas, où c'est l'orgue actuel. Il a été rénové en 2000. [Gottenhouse2000]

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Historique

Des travaux d'agrandissement de l'édifice avaient eu lieu en 1840, et les 8 jeux de l'orgue Merckel n'auraient plus été suffisants. En 1843, la maison Stiehr-Mockers fournit un instrument neuf. [Barth] [PMSSTIEHR]

De toutes façons, l'orgue de 1747 était dans un état tellement vétuste que "toute réparation était exclue". Dans les comptes-rendus de l'époque (de Zégowitz), il est fait référence à l'orgue précédent sans qu'il ne soit précisé s'il s'agissait de l'orgue protestant (le Merckel) ou de l'orgue catholique (le Waltrin). Mais comme on apprend qu'il était doté de 8 registres, et on peut en déduire qu'il s'agissait bien du Merckel. [PMSSTIEHR]

Le 20/09/1840, Zégovitz soumit un projet et un dessin de buffet à l'approbation de G. Klotz (alors architecte du département). L'instrument fut achevé au printemps 1843, et reçu le 30/05/1843. Zégovitz signa le même jour son mémoire d'honoraires, incluant deux voyages de "5,40 myriamètres de parcours pour aller et venir" et facturant le dessin et le projet... qui avaient été fournis par la maison Stiehr. Or, la municipalité le savait ! Une fois la confiance perdue, on indiqua aussi n'avoir jamais vu Zégowitz à Romanswiller, jetant ainsi un doute sur la véracité des "myriamètres". [PMSSTIEHR]

L'orgue Stiehr a ensuite été régulièrement réparé et entretenu : dès le printemps 1870, les frères Wetzel nettoyèrent l'instrument. [IHOA] [PMS_RHW] [PMSSTIEHR]

En 1888, l'orgue a été transformé par Franz Xaver Kriess. Il avait alors 24 jeux (II/P 24 j). La réception des travaux fut effectuée par Friedrich Wilhelm Sering, directeur de la musique à Strasbourg. [Barth] [IHOA] [ITOA]

Ces travaux - apparaissant sur la liste Kriess - sont attestés également par une plaque à la console, disant "Renovatum est anno Domini 1888 F. Kriess Molsheim". Le 16' manuel actuel est de Kriess, et c'est probablement lui qui remplaça des jeux du positif, et compléta la pédale à 27 notes (elle n'en n'avait que 18 à l'origine). De plus, les claviers ont été inversés (pour avoir le grand-orgue en-bas, alors qu'il est d'usage, lorsqu'il y a un positif de dos, que le clavier principal soit au-dessus. Il faut croire que l'organiste de l'époque souhaitait avoir la disposition d'un orgue avec récit (car il avait probablement été formé sur ce type d'instrument). La transmission resta mécanique, mais le grand-orgue, au lieu de disposer d'une mécanique suspendue directe, nécessitait un système à base de double balanciers. [ITOA]

Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités en 1917. [ITOA]

En août 1920, c'est à Robert Weibel que fut confié l'instrument et le remplacement de la façade. [IHOA] [ITOA]

Cette fois, c'est une marque à la craie, dans la laye du grand-orgue, qui relate l'intervention : "l'orgue a été réparé et régulé. Les tuyaux de façade ont été posés à la même époque par le facteur d'orgues Robert Weibel à Odratzheim, le 2. 8. au 13. 8. 1920" [ITOA]

Le pasteur Ernest Muller initia un projet de rénovation de l'instrument, qui fut concrétisé en 1966 par la maison Muhleisen. Ces travaux ont été désignés par "transformation néo-baroque" par l'inventaire technique. [IHOA] [VWeller] [ITOA]

Pie Meyer-Siat, lors de sa visite en 1967, fut bien sévère avec l'instrument (dans l'inventaire historique) : "plusieurs fois "amélioré" et sans grand intérêt".

Un relevage, à nouveau par la maison Muhleisen, a été réalisé en 1977. [IHOA]

En 2000, ce fut au tour de Gaston Kern d'assurer un entretien. [IHOA]

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2016
Grand-orgue, 54 n. (C-f''')
(Fis-f''')
Partie en façade de 1966
partie en façade de 1966
(c-f''')
Posté ; rang de Tierce pas d'origine
4 rangs à l'origine
Sic ; le grand-orgue est le premier clavier
Positif de dos, 54 n. (C-f''')
partie en façade de 1966
1966
1966
1966
1966
(f-d''' f-c''' de Stiehr)
Pédale, 27 n. (C-d')
Ancienne Flûte 8' de Stiehr, bouchée
Tuyaux de 1920 transformés en 1966
Tuyaux de 1920 transformés en 1966
I/P
Fourniture, Cornet et Trompette
[ITOA] [VWeller]
Console:
La console en fenêtre. Photo de Victor Weller, 16/06/2016.La console en fenêtre. Photo de Victor Weller, 16/06/2016.

Console en fenêtre frontale, fermée par des portes en chêne. Tirants de jeux de section carrée munis de pommeaux tournés à porcelaines (donc pas d'origine). Certains jeux étant écrits en gothique, on peut dater les pommeaux, ainsi que ces porcelaines "germaniques", de 1888 (Kriess). D'autres porcelaines, plus tardives, présentent une fonte latine. Elles datent probablement de 1966. Les porcelaines sont blanches pour le grand-orgue, roses pour le positif, et vertes pour la pédale. Claviers blancs ; le premier clavier a des frontons droits, mais le second (qui est, de façon surprenante, le positif) a des frontons biseautés, comme s'il s'agissait d'un récit. Pédalier récent. De part et d'autre du pupitre se trouvent 2 bougeoirs en laiton qui pourraient êtres d’origine. Commande des accouplements par pédales-cuillers à accrocher (en laiton ; Weibel ?), très écartées (une au centre, et les deux autres presque au-dessus des extrémités du pédalier). Elles sont repérées par des porcelaines placées au-dessus du second clavier. Dans l'ordre : I/P ("Pedal coppel"), "II/P", II/I ("Manual coppel"). [VWeller]

Sommiers: à gravures, d'origine (Stiehr) sauf pour le compléments de pédale (fis-d', à cônes, de Kriess, dans le soubassement, à droite).
Soufflerie:
La soufflerie. Photo de Victor Weller, 16/06/2016.Au premier plan, les pompes à pied (fonctionnelles). Puis le réservoir à plis parallèles.Le porte-vent principal part vers la droite.Derrière lui, on distingue le ventilateur (dans la boite métallique verte),et la tringlerie commandant le rideau régulateur en fonction de la hauteur de la table supérieure du soufflet.La soufflerie. Photo de Victor Weller, 16/06/2016.
Au premier plan, les pompes à pied (fonctionnelles). Puis le réservoir à plis parallèles.
Le porte-vent principal part vers la droite.
Derrière lui, on distingue le ventilateur (dans la boite métallique verte),
et la tringlerie commandant le rideau régulateur en fonction de la hauteur de la table supérieure du soufflet.
Tuyauterie:

L'orgue a certes été pas mal modifié, mais la partie de la tuyauterie Stiehr qui est restée en place se trouve dans un excellent état d'authenticité : les biseaux n'ont aucune dent. Les anches sont à becs avec noyaux en olive.

Divers

Cet instrument est l'un des orgues les plus célèbres du Net ! En effet, il a été "capturé" (enregistré note à note sur tous les jeux), et il est disponible en tant qu'orgue "virtuel", en de nombreux formats, dont certains utilisables par des logiciels libres. [JBasquin]

Un orgue virtuel n'est pas le n-ième avatar de l'orgue "électronique". L'instrument virtuel ne cherche pas à imiter l'orgue de façon générale, mais à réaliser une "photo" en instantané des performances sonores d'un instrument donné en y enregistrant chaque note de chaque jeu (indépendemment). On ne s'affranchit évidemment pas de l'étage critique d'une telle simulation (l'amplification), ni des inévitables traitements (boucles, atténuation du bruit...) qui font d'un enregistrement plutôt une interprétation qu'une réelle capture. Mais cette technologie a un intérêt évident, car elle permet de "conserver" un instrument de façon satisfaisante (pour référence) et de l'exploiter bien mieux qu'un enregistrement de pièces (qui ne font qu'enregistrer des registrations toutes faites). Vu le succès de cet "orgue virtuel", le Stiehr de l'église protestante est donc probablement aujourd'hui... un des plus joués au monde !

De nouvelles possibilités sont apparues, comme le changement de tempérament (ce qui permet d'un simuler un sans toucher à l'accord pour de vrai), ou l'évaluation du rendu sonore dans un autre contexte acoustique. A la limite, dans un proche avenir, il devrait être possible de "restituer" avec une fidélité satisfaisante des instruments disparus ou fortement modifiés, pour peu que l'on trouve des jeux équivalents et que l'on convolue avec la signature de réverbération de l'édifice (réponse impulsionnelle). Et ainsi, donner envie de retrouver les vrais orgues correspondants. Cette perspective enthousiasmante réconcilie enfin l'orgue à tuyau avec les technologies numériques, qui, jusqu'ici, n'ont fait que du mal.

!De plus, Romanswiller est un haut lieu de l'hymnologie pour les organistes protestants d'Alsace. En effet, le 1er dimanche de l'Avent 1963, fut solennellement inauguré ici le Recueil Alsacien de l'église Luthérienne (plus connu sous le nom de "Livre d'orgue de L'ECAAL"). Il reste encore aujourd'hui une référence pour un bon nombre d'organistes. [VWeller]

Sites Webographie :

Références Sources et bibliographie :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670408001P02
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