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Les orgues de la région de Sélestat
Selestat, église protestante
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Sélestat, église protestante. L'opus 3 de Martin Rinckenbach.
Toutes les photos sont du 06/09/2014 (avant le nettoyage de 2016).Sélestat, église protestante. L'opus 3 de Martin Rinckenbach.
Toutes les photos sont du 06/09/2014 (avant le nettoyage de 2016).

L'édifice date pour partie du 13 ème siècle : c'est l'ancienne église des Récollets, ou couvent de Franciscains. Le clocher, de style gothique flamboyant, date de 1430. C'est l'église protestante de Sélestat depuis 1878. L'orgue est l'un des tous premiers ouvrages de Martin Rinckenbach, datant de 1881 : il s'agit de son opus 3. Pour se faire une idée des prestations fournies par cet instrument à son origine, il faut aller à Ste-Marie-aux-Mines, St-Louis, où se trouve l'incroyable opus 6 de Martin Rinckenbach (1882). Il témoigne de l'exceptionnel potentiel de l'orgue de Sélestat, lequel présente en plus l'avantage d'avoir un second manuel doté de sommiers à cônes, à la mécanique bien plus légère.

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L'orgue de facteur inconnu (1866)
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Historique

L'oratoire de 1862 (utilisé avant l'édifice actuel) fut doté d'un orgue le 25/03/1866, comme en attestent les délibérations du conseil presbytéral. On ne connaît pas l'origine de cet instrument (qui était bien un orgue et non un harmonium puisqu'il y avait un souffleur). [IHOA]

On ne sait pas non plus ce qu'il est devenu : il a disparu entre 1878 et 1881. [IHOA]

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Historique

L'opus 3 de Martin Rinckenbach fut reçu en 1881. Le devis date du 10/04/1880. La facture Rinckenbach date du 19/04/1881. L'édifice restructuré fut inauguré avec son orgue, le 26/06/1881. Le buffet a été réalisé par la maison Klem, comme en atteste une lettre de Martin Rinckenbach au pasteur ("Monsieur le curé" dans la salutation...), datée du 18/05/1880, et donnant des précisions sur le plan. La réception a été assurée par Friedrich Wilhelm Sering. [LR1907] [JDolle] [RLopes] [DevisMR10_04_1880] [LettreMR18_05_1880] [FactureMR19_04_1881] [MemoireSering20_04_1881]

Le récit n'est pas noté expressif au devis, et, effectivement, l'installation de l'expression a été proposée plus tard. Cette composition est restituée à partir du devis et des événements ultérieurs. Alors qu'elle se trouve au devis, il semble bien qu'il n'y ait pas eu de Voix céleste en 1881 : il y avait à la fois un Salicional et une Aeoline, et on en est sûr, car ces jeux ont été entendus lors de la réception. La Voix céleste aurait remplacé l'Aeoline plus tard (1894), mais ce dernier jeu était encore présent en 1925, puisque Schwenkedel proposa de le ré-harmoniser.

La dénomination du "deux pieds" au grand-orgue est ici "Flautino". Dans le contexte "Picolo" et "Flautino" sont pratiquement synonymes. Par "Flûte majeure 8", l'orgue alsacien de l'époque entend généralement une grande Flûte ouverte, toute en bois, non harmonique. Par "Dolce 4'" il fallait entendre "Dolce 8' sans octave grave" (donc techniquement effectivement un 4 pieds, mais placé sur c-f''' pour sonner en 8').

L'instrument possède une autre particularité : les sommiers du récit sont à cônes. C'est exceptionnel dans la production des facteurs alsaciens, qui sont généralement passés directement des sommiers à gravures aux sommiers à membranes, à la fin du 19ème. Ce fut une totale réussite : la qualité de la transmission (donc le confort de jeu) est étonnante. [Visite]

Le journal "L'Alsace" du 10/06/1881 consacre un article à l'orgue Rinckenbach. On y confirme que le buffet est de Klem. Il est précisé que, lors de la réception, Friedrich Wilhelm Sering (Strasbourg, école normale) a été secondé par Georges Kern (Colmar) et M. Eberlin, organiste à Sélestat. Quand il fut temps de passer à la musique, c'est Eberlin qui commença, par une sonate de Mendelssohn et une fugue de Bach. Georges Kern "a fait valoir la bonne sonorité des jeux de fond, en jouant le Floeten-Konzert de Rinck, morceau de longue haleine, hérissé d'arpèges, de trille, de gammes chromatiques [...]" Ce fut ensuite le choral "Ein' feste Burg ist unser Gott" ("harmonisé par Meyerbeer", donc, on imagine, celui des "Huguenots"), joué sur le Tutti. Puis W. Sering se livra à une improvisation. Comme souvent dans ces comptes-rendus, quelques jeux sont cités. On est ainsi sûr qu'il y avait, en 1881, une Clarinette, une Gambe, un "Solicional", une "Eoline" et une Flûte harmonique. Si une Voix céleste avait été présente, on voit mal l'auteur de l'article, à l'époque, la passer sous silence... On apprend aussi que le "maître-ouvrier" de Rinckenbach était Louis Sattler. [LAlsace10_06_1881]

Dans une lettre au pasteur, datée du 25/07/1892, Martin Rinckenbach propose de procéder à un nettoyage complet l'année suivante, car à cette occasion ses ouvriers seront à Sélestat pour poser l'orgue de Ste-Foy, ce qui permet de réduire les frais de déplacement. L'orgue de Ste-Foy fut placé dès 1892. [LettreMR1892_07_25]

Dès 1894, il y eut des travaux de Martin Rinckenbach. Ceux-ci nous sont connus grâce à une facture non datée, des quittances, des courriers faisant état de "réparations", ainsi la copie d'un devis. Cela laisse penser que l'orgue a subi quelques dégâts, et que ce fut l'occasion d'y apporter quelques changements. La Clarinette a été remplacée par un Geigenprincipal, un autre jeu du récit par une Voix céleste (l'Aeoline était prévue, mais elle y était encore en 1925), et le "Picolo 2'" par un Dolce 8'. Le faits sont connus par une copie de son devis, que Martin Rinckenbach joint à la facture comme "mémoire" (l'original ayant été perdu). [RLopes] [CopieDevisMR1895]

Ce sont d'importants choix esthétiques, allant dans le sens du post-romantisme. Le remplacement de la Clarinette par un Geigenprincipal (probablement richement harmonisé, sonnant presque comme une anche) s'explique peut-être par le fait que la Clarinette nécessitait des accords trop fréquents. Mais on a pu, aussi, souhaiter enrichir le chœur de fonds en donnant au récit un caractère plus gambé. L'arrivée de la Voix céleste est logique, ce jeu étant considéré comme indispensable à l'époque. Mais on aurait pu penser qu'elle allait prendre la place du Salicional, et pas de l'Aeoline. C'est probablement ce qui fut réalisé, pour laisser à l'instrument son incontournable couple Voix céleste/Aeoline. Enfin, le 2' du grand-orgue (cette fois appelé "Picolo") a cédé sa place à un Dolce, probablement pour doter le grand-orgue d'un soliste. L'orgue avait alors 5 fonds de 8' au grand-orgue (sur 10 jeux, en plus du Bourdon 16'), et on pouvait y accoupler le récit amenant un Geigenprincipal, la Flûte à cheminée et le Salicional. Ce fond d'orgue manuel prenait assise sur une Soubasse 16', un 8' flûté et un 8' gambé.

Il était prévu d'installer une boîte expressive ("Echo expressif"). Bien que la commande (cuiller à accrocher) fait plus penser aux années 1880 qu'à 1894 (ce n'est pas une pédale basculante), le récit n'a donc pas été expressif dès l'origine. C'est donc ainsi que se présentait l'orgue Rinckenbach "tout terminé" :

Composition, 1894
Grand-orgue, 54 n. (C-f''')
1894
C c c'
2'2/3 4' 5'1/3
2' 2'2/3 4'
1'1/3 2' 2'2/3
Récit expressif, 54 n. (C-f''')
1894
1894
(c-f''')
Pédale, 27 n. (C-d')
I/P
[RLopes] [CopieDevisMR1895]

Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités en 1917. [IHOA] [AccordGS24_02_1925]

En 1925, Georges Schwenkedel, appelé pour remplacer les tuyaux de façade (C-F et Ais-ais, soit 19 pour le Principal 8', C-F, soit 6 pour le Principal 4', et des chanoines), procéda à un nettoyage, et posa également un ventilateur électrique. [AccordGS24_02_1925]

Le devis Schwenkedel, daté du 26/11/1924, propose ces deux prestations, mais aussi un remplacement de la Bombarde par un "Violonbass 16'", ainsi qu'une ré-harmonisation de la Gambe, de la Flûte, du Dolce, de la Trompette, de la Voix céleste, de l'Aeoline et de la Flûte 8' de pédale. La Bombarde fut effectivement remplacée par un 16' métallique (encore présent actuellement à Sélestat, mais déposé), mais la porcelaine correspondante ne fut pas changée à la console. [DevisGS26_11_1924] [AccordGS24_02_1925]

En 1938, Georges Schwenkedel proposa de remplacer la Trompette par un Basson 8', la Mixture par une Mixture/Cornet, compléter les basses (C-H) du Dolce (du récit) et poser un nouveau pédalier. Seules les deux premières modifications semblent avoir été réalisées. [IHOA] [ITOA] [RLopes]

Avec la Trompette, la dernière anche d'origine s'en allait. Depuis la disparition de la Bombarde, l'anche "française" (bien que placée au grand-orgue) devait se sentir bien seule dans le contexte. Son remplacement par un Basson correspond à une volonté de l'orienter vers un style plus "germanique", démarche déjà engagée avec le remplacement de l'anche 16' par un jeu à bouche. La recomposition de la Mixture s'inscrit dans la même logique. Ces trois modifications cumulées ont déjà considérablement éloigné l'instrument de son esthétique d'origine, mais le pire était à venir.

En 1949, Ernest Muhleisen transforma profondément l'instrument, dans le sens d'une esthétique "néo-classique". [ITOA] [RLopes] [FactureEM05_10_1949]

- Au grand-orgue, la Gambe 8', le Dolce 8' et la Flûte majeure 8' ont été "transformés" respectivement en une Doublette 2', une Tierce 1'3/5 et une Quinte 2'2/3. La Mixture (qui contenait une Tierce et une Septième, donc de Schwenkedel) a été recomposée par une Fourniture constituée de tuyaux divers, sonnant une octave trop haut (1'1/3). En fait, les trois "nouveaux jeux", sont probablement des rangs issus de la Mixture. L'opération a donc en fait consisté à assembler une Fourniture, et "éclater" l'existante en 3 petits jeux, puis à supprimer trois beaux jeux romantiques ! [FactureEM05_10_1949]

- Au récit, le Geigenprincipal (1894) a été "transformé" en Flageolet 2', la Voix céleste (1894) en un "Nasard" 2'2/3 et l'Aeoline (1881, qu'on avait déjà crue remplacée) en une (autre) Tierce 1'3/5. [FactureEM05_10_1949]

- Il est également probable, bien que cela ne figure pas au devis, que le Violoncelle de pédale ait été "découpé" en 4' à cette occasion. Car l'étiquette du 4' de pédale est analogue à celles des altérations de 1949. [Visite]

Cela explique la présence des mutations (ainsi que le 4 pieds de pédale) que Pie Meyer-Siat nota en 1973 lorsque qu'il visita l'orgue. Il n'a pas noté la Bombarde comme disparue, ou transformée en Principal... car la porcelaine n'avait pas été remplacée (elle y est d'ailleurs encore). Est-il possible que ce relevé se soit fait simplement en lisant les étiquettes, et sans même tirer les jeux ?

En 1976, la maison Muhleisen fit un relevage accompagné de réparations (qu'on ne doit assurément pas qualifier de "restauration"), probablement assorti d'une ré-harmonisation du grand-orgue. [ITOA] [RLopes]

De toutes façons, après les altérations demandées en 1949, l'orgue n'avait vraisemblablement plus grand chose à perdre... Rappelons que ces mutations sont totalement aberrantes dans un instrument de 1881. Si un 2' (spécifiquement harmonisé), ou, plus tard, même un 2'2/3 sont à la rigueur concevables, ce n'est évidemment pas dans cet esprit "cornet décomposé" qui "force" les harmoniques explicites. Trouver ces jeux dans un orgue d'une pareille qualité - sachant de plus qu'ils résultent souvent du "recyclage" de beaux jeux romantiques - est vraiment très triste. Il est à espérer que prochainement les 10 jeux dénaturés soient restaurés.

Il y eut un nettoyage en 1984 par la maison Muhleisen. [RLopes]

En 1986, l'inventaire technique trouva le triste tableau suivant :

Composition, 1986
Grand-orgue, 54 n. (C-f''')
(F-f''')
Rinckenbach, en bois jusqu'à f''
Rinckenbach, sauf façade
Rinckenbach, C-H en bois, sans cheminées
Rinckenbach, sauf façade
Rinckenbach
(c-f''')
Rinckenbach, rang sorti de la Mixture
Rinckenbach, rang sorti de la Mixture ?
Tuyaux anciens, rang sorti de la Mixture ?
Tuyaux divers
En fait Basson de Schwenkedel
Récit expressif, 54 n. (C-f''')
Rinckenbach, C-H en bois, sans cheminées
Rinckenbach, C-H en bois, puis étain, freins harmoniques
Rinckenbach
(c-f''')
Voix céleste découpée (!)
Pas d'origine ; chape de l'anche
(c-f''')
Pas d'origine ; chape du Dolce
Pédale, 27 n. (C-d')
Rinckenbach, sapin
Rinckenbach, sapin
Violoncelle 8' de Rinckenbach découpé en 4'
Chape vide
Chape d'une Bombarde
I/P
[ITOA]

En 2003 Richard Dott répara quelques dégâts dûs à la sécheresse de l'été. [RLopes]

Il y eut un nettoyage en 2016 par la maison Muhleisen. [RLopes]

Le buffet

La magnifique boiserie néo-gothique est de Théophile Klem. La façade est en chêne. Le dessin, très élancé, met en valeur deux tourelles très hautes qui encadrent une plate-face triple, le tout étant jouxté de deux plates-faces doubles. Des pilastres ornent tous les angles entrants ou saillants de la ligne supérieure. [Palissy]

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2017
Grand-orgue, 54 n. (C-f''')
(F-f''')
Rinckenbach, en bois jusqu'à f''
Rinckenbach, sauf 19 en façade
Rinckenbach, C-H en bois, sans cheminées
Rinckenbach, sauf 6 en façade
Rinckenbach ; coupée au ton
(c-f''')
Rinckenbach, rang sorti de la Mixture
Rinckenbach, rang sorti de la Mixture ?
Tuyaux anciens, rang sorti de la Mixture ?
Tuyaux divers ; entailles d'accord
Schwenkedel
Récit expressif, 54 n. (C-f''')
Rinckenbach, C-H en bois, sans cheminées
Rinckenbach, C-H en bois, puis étain, freins harmoniques
Rinckenbach
(c-f''')
Voix céleste découpée (!)
Pas d'origine ; chape de la Clarinette
(c-f''')
Pas d'origine ; chape du Dolce
Pédale, 27 n. (C-d')
Rinckenbach, sapin
Rinckenbach, sapin
Violoncelle 8' de Rinckenbach découpé en 4'
Chape vide
Chape d'une Bombarde
I/P
[ITOA] [Visite]
Console:
La console indépendante, d'un modèle probablement unique.La console indépendante, d'un modèle probablement unique.

Console indépendante face à la nef, fermée par un couvercle basculant horizontal. Joues rectangulaires. Tirants de jeux de section carrée, à pommeaux tournés munis de porcelaines, disposés en deux gradins de part et d'autre des claviers (deux tirants sont placés juste au-dessus des joues du second clavier). Les porcelaines d'origine sont à fond blanc, les caractères sont bleus pour la pédale, noirs pour le grand-orgue et rouge pour le récit. Les tirants affectés par les "baroquisations" ont été munis de pastilles en plastique sérigraphiées. Claviers blancs.

L'accouplement des claviers se fait par tirant (au-dessus de la joue gauche du second clavier), et la tirasse grand-orgue (I/P) par pédale-cuiller à accrocher, à gauche, au-dessus du Cis du pédalier. La commande d'expression du récit est également une cuiller à accrocher, à droite, au-dessus du cis' (il n'y a donc que deux positions : ouvert ou fermé).

La plaque d'adresse est du même type que celle de Ste-Marie-aux-Mines (opus 6, 1882) : entièrement métallique et vissée en haut et au centre de la console.

Transmission: mécanique non suspendue, à balanciers et équerres.
Sommiers: à gravures pour le grand-orgue, et (très curieusement et spécifiquement) à cônes pour le récit et la pédale.
Tuyauterie:

Les ajouts "néo-baroques" sont particulièrement douloureux à voir, car il s'agit souvent de beaux tuyaux de 1881 ou 1894 pragmatiquement "transformés" : coupures au ton, suppression des freins Gavioli (il reste des trous dans certaines oreilles où étaient fixés les rouleaux).

Le grand-orgue. L'image montre la disposition "diatonique", avec les aigus au centre.
Ordre des chapes de la passerelle à la façade :
Basson, Fourniture, Doublette, Quinte, Flûte harmonique 4',
Tierce, Bourdon 8', Bourdon 16', Principal 4', Principal 8'.Le grand-orgue. L'image montre la disposition "diatonique", avec les aigus au centre.
Ordre des chapes de la passerelle à la façade :
Basson, Fourniture, Doublette, Quinte, Flûte harmonique 4',
Tierce, Bourdon 8', Bourdon 16', Principal 4', Principal 8'.

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670462007P02
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