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Les orgues de la région de Cernay
Wattwiller, St-Jean-Baptiste
avant 1743 atte > Orgue attesté
Orgue entièrement authentique.
Wattwiller, l'orgue Rinckenbach.Toutes les photos de la page sont de Martin Foisset, 31/10/2016.Wattwiller, l'orgue Rinckenbach.
Toutes les photos de la page sont de Martin Foisset, 31/10/2016.

L'église romane de Wattwiller fut reconstruite après les graves dégâts subis en 1915. Mais elle garde de nombreux éléments du 12ème, et certains même probablement antérieurs (un pan de l'abside semi-circulaire du choeur de l'église mérovingienne primitive). Sur la tribune se trouve l'opus 190 de Joseph Rinckenbach : un instrument symphonique, doté de jeux qui expriment une version toute alsacienne de ce que l'on appellera plus tard le style néo-classique. L'édifice étant très ancien, on ne s'étonnera pas que l'histoire des orgues y commence sous l'ancien régime.

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L'orgue de facteur inconnu (avant 1743)
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Historique

Il y avait déjà un orgue avant 1743. Il était joué par le maître d'école, nommé Gutschenritter. [IHOA]

C'est probablement parce que l'église était fréquentée par les dignitaires de l'abbaye de Murbach qu'on y installa un orgue dès la première moitié du 18ème. [Wattwiller1995]

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L'orgue Christian Langes,
vers 1766
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Historique

Le deuxième orgue de Wattwiller a été construit vers 1766 par Christian Langes. [IHOA] [Barth] [Wattwiller1995]

Cet instrument fut réparé en 1790 par Stephan Flum. [IHOA]

Une nouvelle réparation eut lieu en novembre 1820 par Joseph Callinet. On connaît le nom de l'organiste en 1825 : Jacques Dreyer, natif de Uffholtz. [IHOA]

Le "Compte-rendu" de Mathias précisait qu'on se souvenait que l'instrument de Langes était "misérable". [PMSCALL] [Barth]

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L'orgue Claude-Ignace Callinet,
1846
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Historique

En 1846, Claude-Ignace Callinet remplaça l'instrument de Langes. [IHOA] [PMSCALL] [Wattwiller1995]

On ne dispose pas d'informations techniques sur cet instrument, dont le devis du 29/05/1845 a été perdu. Le prix de l'instrument nous indique qu'il devait être de taille comparable ou légèrement inférieure à celui de Mollau. Hamel le note à 2 claviers et 30 registres (II/P 30r). L'affaire fut conclue avec Callinet "cadet" (donc Claude-Ignace) le 28/09/1845 et l'instrument reçu le 16/07/1846. [PMSCALL] [Barth]

La première Guerre mondiale fit des ravages dans les environs du tristement célèbre Hartmannswillerkopf. A Wattwiller, il ne resta que trois maisons réparables. L'église fut fortement endommagée en 1915, et l'orgue détruit, probablement suite à la perte du toit du clocher. L'édifice a été reconstruit entre 1923 et 1926. Il a été classé Monument historique en 1920. [IHOA] [Barth] [Wattwiller1995]

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Historique

L'opus 190 de Joseph Rinckenbach a été posé en 1929. Il est logé dans un buffet en chêne construit par la maison Klem, daté du 21/01/1928. [IHOA] [ITOA] [Barth] [Wattwiller1995]

L'orgue a été reçu par Marie-Joseph Erb, qui fut extrêmement enthousiaste. (Il aimait les orgues Rinckenbach et ne se privait pas pour le dire !) [IHOA]

En 1990, l'instrument bénéficia d'un relevage exemplaire, mené par la maison Muhleisen (pas de modifications). [IHOA] [Muhleisen]

L'opération constitue une sorte de tournant, à la fin du 20ème, résultant de la prise de conscience qu''il n'y a pas eu que le 18ème pour construire des orgues de qualité. Le rapport de la maison Muhleisen est un des premiers à souligner que [après 1899 et sous la pression des acteurs de l'Orgue de l'époque] "Martin Rinckenbach se met à la traction pneumatique, mais sans s'écarter de son idéal sonore." C'est une des premières fois que l'on lit que le mode de transmission, finalement, n'est pas si important que cela. En tous cas moins que la vision claire de architecture sonore souhaitée, ou le souci d'adapter l'instrument à son édifice et à son public.

L'instrument a été inauguré le 24/09/1995 par Thierry Mechler (Thierenbach, et Musikhochschule de Cologne). Le récital avait pour programme : J.S. Bach (partita sur "Sei gegrüsset"), C.M. Widor (Allegro de la 8ème), Tournemire (Choral-poême "Consummatum est"), L. Vierne (Andantino, et Carillon de Westminster), Duruflé (Toccata de la suite op. 5) et T. Mechler (improvisation). [Wattwiller1995]

Le buffet

Le buffet, construit par la maison Klem, porte sa date d'achèvement sur un montant intérieur. Il est donc de la même maison que le maître-autel, et malgré l'évidente différence de traitement (l'autel néo-classique est rutilant de virtuosité, l'orgue est constitué de sages rectangles), il forme une unité de style avec lui. Il y a deux petites plates-faces, et une centrale, très large. Ces trois plates-faces occupent toute la largeur du buffet, et dessinent un rectangle environ deux fois plus long que haut.

Les quatre montants (encadrant le buffet et séparant les plates-faces) sont constitués d'une frise de feuilles, ondulant de bas en haut. Sous le porte-à-faux leur répondent quatre consoles, elles aussi ornées de feuilles. La partie supérieure, sous une corniche moulurée, est constituée d'une frise de fleurs géométriques, inscrites dans ces cercles intriqués, et présentant alternativement 8 pétales droites ou torsadées.

Installer un orgue de 24 jeux sur la petite tribune de l'église de Wattwiller ne coulait pas de source. (Si l'on peut dire.) L'espace est très compté, ce qui a eu pour avantage de préserver les volumes de l'édifice, mais imposait d'importantes contraintes au facteur d'orgues. Comme souvent en matière artistique, les créations les plus réussies sont issues de la confrontation avec des contraintes.

La principale mesure ayant permis cette prouesse est la disposition en encorbellement au-dessus de la tribune. Cavaillé-Coll (chez qui Martin, le père de Joseph Rinckenbach, a travaillé) théorisait que pour qu'un orgue sonne, "il faut pouvoir faire le tour de tous les tuyaux". Il est ici démontré qu'on peut aussi le faire sonner en disposant chaque élément de façon très réfléchie. De fait, comme l'a noté la maison Muhleisen lors du relevage de 1995, on peut admirer la disposition, respectant les "contraintes jusque dans le détail des jeux de chaque clavier. Il serait impossible d'ajouter des jeux, tout l'espace disponible est utilisé jusque dans les dernières limites." [Muhleisen]

Car Joseph Rinckenbach savait utiliser l'espace "contraint" : il l'avait déjà prouvé à Murbach, où l'espace est fortement limité en profondeur. Quand on imagine le travail nécessaire à l'élaboration de tels plans sans les outils de CAO auxquels nous sommes habitués, on ne peut que s'enthousiasmer en admirant les solutions retenues.

Les 21 tuyaux de façade qui parlent (issus de la Montre 8') tout tous disposés dans l'élément central du buffet, accompagnés de 20 chanoines (tuyaux muets). Les plates-faces latérales, constituées de 9 tuyaux chacune, sont muettes. Cette façade, en zinc, est d'origine. Tous les tuyaux de façade sont munis d'écussons rapportés.

Quatre panneaux de la balustrade de la tribune sont ornés de sculptures polychromes figurant les symboles des quatre évangélistes (mais pas dans leur ordre habituel).

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2016
Grand-orgue, 56 n. (C-g''')
C-f' en bois, puis étain
C-F intérieurs, en zinc, puis 21 tuyuax (G-dis) en façade
C-H en bois, puis étain
Entièrement en bois et ouverte
C-H en bois (ouverts), puis étain
Basses en zinc, puis alliage d'étain
Etain 25%, ouvert
Etain
Etain
Réelles
Récit expressif, 56(68) n. (C-g'''')
Basses en bois, postées, puis étain
Basses en zinc, puis étain
C-H en bois, puis étain
Basses en zinc, puis étain
(c-g''')
Etain
Etain
Etain
Etain ; reprises sur f et f'
Basses en zinc, puis étain ; étroite
(C-g''')
Basses en zinc
Basses en zinc
Pédale, 30 n. (C-f')
Bois
Etroite
Bois, ouverte
Zinc ; étroit
I/P
Pédale basculante et cadran circulaire
[ITOA] [Muhleisen] [Visite]
Console:

Console indépendante face à la nef, placée au centre de la tribune et fermée par un rideau coulissant. Tirage des jeux pneumatique par tirants de section ronde munis de pommeaux à porcelaines, disposés en ligne au-dessus du second clavier. De gauche à droite : les jeux de pédale (porcelaines à fond orange), puis ceux du grand-orgue (fond blanc), puis ceux du récit (fond rose). Claviers blancs. (Mais alors, vraiment très blancs !) Commandes des accouplements et tirasses par pédales-cuillers à accrocher. Expression du récit par pédale basculante. Crescendo par pédale basculante, avec indicateur circulaire type "horizon artificiel"), en position centrale, à hauteur des tirants. Programmation de la combinaison libre par mini-tirants blancs, disposés au-dessus de chaque tirant principal.

Plaque d'adresse en laiton incrusté dans le bois, placée sur le montant incliné à gauche des claviers, et disant :

JOSEPH RINCKENBACH
Manufacture de Grandes orgues
Opus 190

Le nom "Ammerschwihr" ne figure donc plus sur la plaque.

Transmission: pneumatique tubulaire.
Sommiers:

Sommiers à membranes, en chêne. Les "petits jeux" du grand-orgue (Prestant, Doublette et les deux Mutations) sont disposés sur un sommier spécifique, au centre. [PArmand]

Le récit comporte 68 notes (C-g''''), pour permettre les octaves aiguës réelles (sauf pour le Hautbois).

!

Sur place, l'instrument tient ses promesses. Une première visite, en 2001, avait laissé un excellent souvenir d'audition depuis la nef, mais un rendu acoustique nettement moins bon depuis la console. (Ce qui est souvent le cas, les orgues étant après tout harmonisés pour leur public, par leur organiste...) Le fait que la console se trouve sous l'encorbellement du buffet n'est évidemment pas idéal. En 2016, une ouverture située au-dessus de la console avait été laissée ouverte, et la perception depuis la console est bien meilleure (sans atteindre, évidemment, la poésie dont l'instrument fait preuve depuis la nef). Ce "toit ouvrant" est une bonne idée !

Cet instrument, entièrement authentique, témoigne une fois de plus des exceptionnelles qualités d'harmoniste de Joseph Rinckenbach, et sa faculté à adapter chacune de ses prestations au lieu. Chaque orgue Rinckenbach est unique. Ici, ce sont les anches qui sont spécifiques par leur traitement : les tailles ont été réduites et l'harmonisation très distinguée. La disposition "alla Cavaillé-Coll" (Trompette harmonique, Clairon et Basson/Hautbois au récit, accompagnés d'une Flûte octaviante rééquilibrant les aigus) s'en trouve magnifiée et atteint une rare finesse. La grande Gambe de pédale aussi est très spécifique, et superbement harmonisée. On retrouve bien sûr les "stars" des compositions de Joseph Rinckenbach : le très polyvalent Octavin du récit, la grande Flûte ouverte toute en bois du grand-orgue, et cette Tierce en étain, néo-classique avant même que le mot ne fut inventé ! Le Plein-jeu est au récit (donc expressif), mais à 4 rangs, avec deux reprises seulement, et peut être démultiplié avec l'accouplement à l'octave (II/I 4', réel).
C'est l'un des trésors de l'orgue alsacien.

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F680359001P04
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