> Accueil du site

Joseph Rinckenbach, de 1918 à 1931

Joseph Rinckenbach (22/05/1876 - 04/09/1949).Joseph Rinckenbach (22/05/1876 - 04/09/1949).

Juste avant la première Guerre mondiale, l'entreprise de Martin et Joseph Rinckenbach avait connu une époque particulièrement féconde. Mais Joseph fut incorporé en 1915. A la fin du conflit, Martin n'était plus de ce monde, et le prix de la folie des hommes s'étalait en un paysage effrayant : les tombes, les ruines, les terres labourées d'obus, et des localités dont certaines avaient été totalement ravagées.

Les orgues faisaient partie des choses à reconstruire (on essayera de voir pourquoi plus bas). Mais bien sûr pas exactement comme avant ; d'abord parce que, on peut l'imaginer, rien n'allait plus être comme avant. Ce qui est extraordinaire, c'est l'attitude positive adoptée par ceux qui allaient se mettre à la tâche. Comme une bonne (mais longue) oeuvre musicale, ils allaient devoir y mettre quelques "surprises", dispersées dans un cadre d'éléments "prévisibles". Un savant dosage de neuf et de connu.

Le "prévisible" c'était les Fonds romantiques, les Voix célestes, les récits expressifs, avec un Hautbois. La Trompette, on ne savait jamais trop s'il fallait la mettre au grand-orgue ou au récit... On aimait bien les Mixtures progressives, aussi, souvent avec une Tierce dedans, et on ne les tirait qu'en dernier, après avoir appelé toutes les anches, pour couronner le tutti.

La "surprise" venait des orgues "anciens" ; pas deux ou trois "légendes" louées par des experts-hagiographes, mais tout simplement ceux qu'on était chargé d'agrandir ou de revendre. Il y avait un dessus de Cornet au grand-orgue, et c'était quand même une très bonne idée. Bien sûr, avec la "Mixture" romantique, il faisait quand même un peu doublon. Alors, on eut une idée : pourquoi ne pas mettre la Mixture "traditionnelle" au récit (où elle bénéficiera de l'expression), et placer un de ces Cornets au grand-orgue ? On imagine que, dans cette configuration, la nécessité d'une Doublette au grand-orgue dépourvu de Mixture se fit nettement sentir. Mais c'était tout : le "neuf" allait être la Mixture au récit, une Doublette au grand-orgue, et un Cornet. Certains éléments "connus" allaient se stabiliser : la Trompette, elle est clairement destinée au récit, qui sera de plus systématiquement doté de cette Flûte harmonique 2' qu'on appelle Octavin.

Reprenons donc l'évocation chronologique des orgues construits par la maison d'Ammerschwihr. C'est en Lorraine que nous allons trouver les premiers instruments de l'immédiat après-guerre.

Sites  Période 'Doublette et Cornet' (1918 - 1925)

L'histoire du magnifique orgue de Nousseviller-Saint-Nabor (57), Opus 147 de la maison d'Ammerschwhir (II/P 24j), commence bel et bien avant la guerre. Juste après avoir terminé l'orgue de Muespach, donc fin Juillet 1914, Joseph entreprit la construction de cet instrument, qu'il parvint même à livrer partiellement. Mais ce fut rapidement le blocus. Joseph acheva le travail en 1919 par la pose des deux jeux qui manquaient... et d'une façade, en remplacement de celle qui avait été réquisitionnée en 1917. L'orgue est resté absolument authentique et a été très bien entretenu. Achevé en 1919, il a donc sa place ici, "après guerre", mais c'est encore un orgue de la période précédente : en effet la Mixture-tierce (2'2/3) est au grand-orgue, il n'y a donc pas de Cornet, ni de Doublette. Trompette et Hautbois au récit, avec l'Octavin, et le 4' est une Flûte octaviante. [IOLMO:Mo-Sap1549-1552]

Miniature 1919 : Heidwiller (région d'Altkirch), Sts-Pierre-et-Paul
Remplacé par Hubert Brayé (2005).
On ne reviendra pas ici sur ce qui s'est passé de 1994 à 2005.

L'opus 149 avait été construit pour Bermering (57), en 1920 (devis du 31/03/1919), dans un buffet ancien (Joseph Géant). D'après ce devis, il s'agissait d'un instrument de taille moyenne (II/P 18j), avec le "Carré d'or" en 8' (Montre, Bourdon, Flûte et jeu gambé, ici un Salicional), un Bourdon 16' et un Prestant au grand-orgue, un récit fondé sur un Quintaton 16', avec une Flûte octaviante en 4', les quatre 8' (Principal, Flûte harmonique, Gambe et Voix céleste), l'Octavin, la Mixture-tierce progressive (2'2/3 et 1'3/5 sur toute l'étendue, 4' à partir de la deuxième octave) et les deux anches (Hautbois et Trompette). La Mixture au récit est donc caractéristique des compositions d'après 1918. Deux 16' à pédale (un ouvert, un bouché). L'orgue fut déclaré sinistré à 40% par Frédéric Haerpfer en 1951. Il était encore là en 1961, quand il fut finalement démantelé. [IOLMO:A-Gp174-176]

Dans sa magnifique boiserie due à Jean-Frédéric I Verschneider, l'opus 150 de la maison d'Ammerschwihr (1920), celui de Diebling (57), est resté absolument authentique, et fut visiblement entretenu avec soin. C'est un des orgues les plus intéressants de Moselle, qui en compte pourtant beaucoup. L'instrument est doté de la composition "d'après 1918" (II/P 29j), caractérisée par la Mixture au récit, avec le Cornet et la Doublette au grand-orgue. Ce dernier dispose de cinq 8 pieds et d'un Basson. Trompette "solo" au récit, avec le Hautbois, la Voix humaine et l'incontournable Octavin, et donc la Mixture-tierce (ici non progressive et à 4 rangs). Console du même type que Scherwiller (avec la combinaison libre). [IOLMO:A-Gp428-433]

Miniature 1920 : Ingersheim (région de Kaysersberg), St-Barthélemy
Instrument actuel.
L'église a été bombardée le 22/08/1914. Avant son incorporation dans l'armée, Joseph Rinckenbach avait été appelé pour évaluer les dégâts et procéder au démontage de l'instrument du 18ème dont il était jusqu'ici responsable de l'accord. Le positif de dos semble avoir été épargné par la destruction. Mais comme rien ne fut possible avant 5 ans, c'est évidemment un orgue neuf qui fut placé à Ingersheim. Le nouvel instrument que proposait Joseph dans son devis était inspiré de celui de Niederhaslach : en deux parties pour dégager une baie, et de taille plutôt importante pour 2 manuels (II/P 32j). Dès l'immédiat après-guerre, les compositions ont fortement évolué, avec des tendances précises qui ne feront que se confirmer : Flûte à cheminée 4', Doublette et Cornet au grand-orgue. Mixture au récit, cotoyant par l'incontournable Octavin. Deux Trompettes, et Voix humaine au récit. Relevé en 1994 de façon exemplaire (et secondé depuis 2001 par un orgue de choeur), cet instrument est resté authentique, et assurément l'un des plus attachants des environs de Colmar.

En 1920, Théophile Rinckenbach, cousin de Joseph, quitta la maison d'Ammerschwihr. Il mourut 5 ans plus tard. Il n'y avait alors plus "d'héritier naturel".

Miniature 1921 : Scherwiller (région de Sélestat), Sts-Pierre-et-Paul
Instrument actuel.
Orgue entièrement authentique.
Voici une batterie d'anches complète au récit (Bombarde, Trompette et Clairon). Du coup, c'est un Basson qu'il y a au grand-orgue. Pas de Flûte 4' au grand-orgue, mais un 4 pieds de pédale. A noter qu'on ne trouve toujours pas de Trompette de pédale quand il y a une Bombarde. Mais ici, la pédale est munie d'octaves aiguës (P/P 4'). L'opus 153 est entièrement authentique. [ITOA:p]

Miniature 1921 : Bernolsheim (région de Brumath), St-Pancrace
Remplacé par Gaston Kern (1995).
On ne sait pas grand chose de l'orgue d'avant 1921 : il venait de Niederschaeffolsheim, et était peut-être l'oeuvre de Georg Hladky, qui fut un temps élève de Rohrer. Le buffet a été conservé. L'orgue Rinckenbach (II/P 14j) était encore bien là en 1986 lors de l'inventaire, avec Trompette "solo", Octavin et Mixture au récit. Le grand-orgue avait 4 jeux (trois du "carré d'or" romantique - sans Gambe puisqu'il y en avait une au récit - et le Prestant). Probablement parce que cet instrument occupait un buffet "ancien", dans les années 1990, on a décidé qu'il fallait le remplacer par un orgue "standard", bien "comme il faut". Ce fut fait (un seul manuel), et radicalement : Bernolsheim (qui n'a jamais su qu'elle en avait un) n'a plus d'orgue historique.

Miniature 1922 : Steinbourg (région de Saverne), Sts-Pierre-et-Paul
Remplacé par Gaston Kern (1994).
La parenté avec l'orgue de Scherwiller est évidente : même composition (sauf la pédale en octaves aigües qui reste spécifique à Scherwiller), et les buffets sont analogues (Scherwiller a toutefois une tourelle centrale de 10 tuyaux prismatique). Pour parvenir à la même composition, Joseph Rinckenbach ajouta à ses frais la Voix humaine. Marie-Joseph Erb déclare, à la réception : "un instrument puissant, majestueux et brillant... le grand orgue est d'une sonorité fondamentale ; le positif, qui forme seul un bel orgue est d'une noblesse et, dans ses anches, d'une puissance brillante... les anches et le plein-jeu sont parfaits. [Joseph Rinckenbach est l'un] des meilleurs facteurs d'orgues de notre temps." "Cet orgue de Steinbourg est un des instruments les mieux réussis des ateliers Rinckenbach." Mais... incroyable et toujours inexplicable : cet instrument jusque là préservé, comparable (II/P 34j) à ses contemporains d'Hindisheim ou de Schwerwiller (qui donnent toute satisfaction avec leur transmission d'origine) a été reconstruit... en mécanique dans les années 1990. Et avec la destruction des sommiers à membranes, fondamentaux pour parvenir à l'harmonisation de Rinckenbach, c'est toute l'âme de l'orgue qui fut perdue ! On a pu lire à son sujet que l'orgue "a été restauré en 1994"... comme quoi il reste beaucoup de chemin à faire, ne serait-ce que pour que l'on cesse d'utiliser les mots à tort et à travers : une "restauration" consiste à remettre une oeuvre dans un état antérieur.

Miniature 1922 : Weiterswiller (région de la Petite-Pierre), St-Michel
Remplacé par Gaston Kern (2002).
Il s'agissait de la reconstruction de l'orgue Johann-Georg Rohrer, 1712 (celui qu'il avait construit pour les Franciscains de Haguenau). Après un passage à Weyersheim, l'orgue était arrivé à Weiterswiller en 1878. L'affaire finit... en procès, sous prétexte que Joseph Rinckenbach avait supprimé trop de tuyaux... "Silbermann". Les commanditaires, accumulant les erreurs historiques et de jugement, ne savaient donc absolument pas ce qu'ils voulaient. La reconstruction fut fort mal accueillie. Fidèle aux caractéristiques établies après la guerre, l'orgue Rinckenbach avait un Octavin au récit, qui portait aussi la Mixture, pour que celle-ci puisse bénéficier de l'expression. C'était une "Mixture-tierce" comme les appréciait l'esthétique romantique allemande. Mais la Trompette était bien au récit, avec deux Flûtes harmoniques : Cavaillé-Coll n'était jamais très loin. De toutes façon, la partie instrumentale a été remplacée par Gaston Kern en 2002, et le buffet - comme l'affaire - classé.

Miniature 1922 : Hirsingue, St-Jean-Baptiste
Remplacé par Christian Guerrier (1983).
L'orgue Callinet du lieu avait été sinistré pendant la guerre (infiltrations d'eau). Mais le buffet put être sauvé, et servit à abriter l'opus 156 (II/P 25j). Doublette et Cornet au grand-orgue, Octavin au récit (avec Trompette et Hautbois) qui porte aussi la Mixture. Comme la plupart des orgues romantiques logés dans des buffets "anciens", on décida son élimination sans même prendre une seconde pour réfléchir, et ce dès 1983 : positif de dos doté d'un Larigot et d'une Cymbale (heureusement pas de récit dans ces conditions), et un écho sans octave grave dans le soubassement.

Miniature 1922 : Hindisheim (région d'Erstein), Sts-Pierre-et-Paul
Instrument actuel.
Orgue authentique
Le buffet est décliné dans une version avec tourelles latérales prismatiques. La composition (II/P 32j) est caractéristique de l'après-guerre, conforme à la profession de foi faite à Ingersheim : Doublette et Cornet au grand-orgue, Mixture transférée au récit, qui dispose d'un Octavin, d'un Hautbois, de la Trompette solo, et de la Voix humaine (à laquelle Joseph Rinckenbach tenait particulièrement). Le grand-orgue garde une Trompette. Seule différence par rapport à la "pointure au-dessus" (Scherwiller) : pas de batterie d'anche complète au récit, et pas de combinaison libre (en 1922, c'était une option "haut de gamme"). L'orgue d'Hindisheim, resté absolument authentique, a été fort bien entretenu. C'est tout simplement l'un des 2 ou 3 plus beaux orgues d'Alsace.

Miniature 1923 : Thann, St-Thiébaut
Remplacé par Max Roethinger (1955).
Au nombre des instruments victimes de la guerre figurait le chef d'oeuvre de Martin, le père de Joseph (le légendaire Opus 16, de 1888). Un obus avait traversé la nef et percuté l'orgue en pleine console. Joseph Rinckenbach construisit alors pour Thann l'un de ses rares 3-claviers alsaciens (un autre est à Altkirch ; rappelons que Cernay n'avait que 2 manuels à l'origine). C'était un "16 pieds ouvert", avec Basson 16' et Trompette au grand-orgue, batterie complète (Trompette harmonique) au récit (qui comportait aussi les Mixtures, le Hautbois et l'incontournable Octavin), Voix humaine, mais aussi Basson et Clarinette au positif expressif ; pédale avec Bombarde et Trompette (ce qui est rare chez Rinckenbach : il n'y en a pas à Altkirch, qui a pourtant une composition fort voisine), sans 32'. L'instrument fut endommagé en 1944, et reconstruit en néo-classique en 1955.

Miniature 1923 : Sondersdorf (région de Ferrette), St-Martin
Instrument actuel.
Joseph Rinckenbach avait donné un numéro d'opus à sa reconstruction de l'orgue de Sondersdorf (dont l'origine était alors inconnue). Trompette au récit (avec Octavin, le 4 pieds étant une Flûte octaviante) et pas de Mixture (II/P 12j). Le petit orgue Franz (facteurs originaires de Suisse et installés un moment à Sondersdorf) va prochainement, et logiquement, être reconstruit.

Miniature 1923 : Saales, St-Barthélémy Tribune
Instrument actuel.

Miniature 1923 : Benfeld, St-Laurent
Remplacé par Georges Schwenkedel (1954).
C'était une version spécifique (II/P 30j) de la composition d'Ingersheim enrichie à Scherwiller. Pas de Doublette au grand-orgue, mais un Cornet et une Trompette. Le récit reçoit la Mixture, un couple Trompette/Clairon, ici complétés par une anche douce (Basson 16'). L'orgue fut gravement endommagé en 1945. Schwenkedel effectua un relevé en 1950 : les sommiers avaient été détruits, et une partie de la tuyauterie avait disparu.

Miniature 1924 : Altkirch, Notre-Dame de l'Assomption
Instrument actuel.
Orgue authentique.
Dans son buffet néo-classique inspiré de celui du Silbermann des Catherinettes de Colmar (1793), cet instrument post-symphonique (III/P 43j) a fait date, par son esthétique sonore très "romantique française" (batterie d'anches complète au récit, avec Trompette et Clairon harmoniques) et une transmission (ainsi que la console) fournie par Walcker. C'est donc bien une transmission électro-pneumatique que l'on vit en 1924 à Altkirch (et non plus un système tubulaire à dépression, dont Joseph Rinckenbach était coutumier). Le positif et le récit, tous deux expressifs, sont en quelque sorte un gros récit coupé en deux. Le positif est doté de la Voix humaine, de la Clarinette et du Basson, mais aussi du second ondulant (Unda-maris). Fondé sur son propre 16' (un Bourdon et non pas un Quintaton), il est même doté de sa Mixture (un Carillon progressif). Le récit est caractéristique de son époque, avec cette fameuse batterie d'anches, le Hautbois, et l'Octavin. Il reçoit les deux 4 pieds : la Fugara et une Flûte octaviante (la plupart des récits de Rinckenbach avaient donné lieu à un choix entre les deux, la version à Flûte étant devenue plus courante avec le temps). Plus néo-classique est la Mixture : un grand Plein-jeu de 5 rangs, sur 2'. Le buffet n'est qu'un "8 pieds en montre", mais le grand-orgue est bien doté d'une Montre 16' ; conformément à la disposition d'après-guerre, son grand-orgue est muni d'une Doublette et d'un Cornet. Il y a deux 16' ouverts et une Tuba majeure à la pédale, mais on est pas allé jusqu'au 32'. Resté authentique (même si à un moment le Carillon avait été altéré pour donner un second Cornet, la maison Guerrier a pu le restaurer en 1994), c'est l'une des pièces majeures du patrimoine organistique du sud de l'Alsace.

Miniature 1924 : Altkirch, St-Morand
Instrument actuel.
Contemporain de celui de Notre-Dame de l'Assomption, l'opus 164, placé dans l'église du pèlerinage (qui est aussi la chapelle de l'hôpital), n'eut pas la même chance. En 1958, une tentative un peu ambitieuse pour lui apporter les réparations qu'il nécessitait eut de bien tristes conséquences : la bonne volonté ne suffisant pas, elle échoua, et laissa l'orgue complètement injouable, car dépourvu de console (qui finit par disparaître). La tuyauterie et l'intérieur de l'orgue, par contre, sont en bon état, ce qui laisse espérer que cet instrument puisse être prochainement remis en état. L'église St-Morand mérite un orgue en rapport avec ce cadre exceptionnel, et l'orgue Rinckenbach, serait son instrument idéal.

Miniature 1924 : Magstatt-le-Haut (région de Sierentz), St-Laurent
Instrument actuel.
L'opus 165 était en fait la reconstruction d'un autre orgue de la maison d'Ammerschwihr, construit en 1851 par Valentin Rinkenbach. Pour réaliser une composition à 11 jeux, avec une seule Soubasse à la pédale, le grand-orgue a été réduit à seulement 3 jeux, tous appartenant au "carré d'or romantique" (un Principal, un Bourdon, un Salicional - la Flûte étant écartée), il n'y avait donc pas de Prestant. Le récit, fondé sur un Quintaton et un Cor de nuit, outre l'inévitable couple Gambe / Voix céleste, portait la Mixture et la Trompette, et le 4 pieds était une Flûte octaviante. L'instrument a été complètement chamboulé en 1949.

Miniature 1924 : Mertzen (région de Hirsingue), St-Maurice
Instrument actuel.
Dans son fameux buffet constitué d'éléments glanés par Stephan Flum, l'opus 166 ne trahit sa conception "après-guerre" que par sa Mixture au récit.

Miniature 1925 : Wuenheim (région de Soultz-Haut-Rhin), St-Gilles
Instrument actuel.
Orgue entièrement authentique.
Le bel orgue de Wuenheim, qui a fait l'objet d'un relevage récent par Hubert Brayé, et un peu spécifique dans sa composition, car il ne dispose pas de Cornet ni de Doublette au grand-orgue. Au lieu de cela, un cinquième 8 pieds, et un Nasard. En cela, on pourrait le prendre pour un instrument de la période 1899-1914. Mais la Mixture est bel et bien au récit. Celui-ci, fondé sur un Quintaton 16', est plus habituel : il porte Hautbois, Trompette et Clairon, mais aussi la Voix humaine et l'Octavin. Son 4 pieds est une Flûte octaviante. Console de type Hindisheim, portant le numéro d'opus 168. L'orgue est authentique.

A Bourges en 1924, Joseph Rinckenbach ajouta 17 jeux à l'orgue Pierre-François Dallery / MMK de la cathédrale, le passant à III/P 52j. En 1954, l'instrument fut néo-classisé par Robert Boisseau, qui travaillait alors pour Roethinger. Puis néo-néo-classisé en 1985. C'était l'ordre des choses.

Miniature 1926 : Hilsenheim (région de Marckolsheim), St-Martin
Remplacé par Curt Schwenkedel (1962).
Cet orgue (II/P 30j) fut détruit en janvier 1945.

Miniature 1925 : Rosheim, St-Etienne
Instrument actuel.
La maison Stiehr-Mockers n'a construit que très peu de 3-claviers (et aucun 4-claviers). Pour qui a déjà joué ceux de Bischoffsheim ou Barr, il est aisé d'imaginer les défauts de cet orgue de 1860 (III/P 42j) : spécialisée dans les instruments "de campagne" de grande qualité mais de taille réduite (un peu comme les Verschneider), la maison de Seltz avait du mal avec les transmissions et les souffleries des grands instruments. Joseph reconstruisit l'orgue Stiehr avec une traction électro-pneumatique, 12 sommiers, et un positif intérieur à la place de l'Oberwerk. Du point de vue des jeux, 6 furent ajoutés, alors que 29 restaient de Stiehr. Parmi les jeux de Rinckenbach, on trouve... une Tierce 1'3/5 (au positif). L'instrument a été modifié, et plus ou moins restauré en l'état de 1925.

Miniature 1925 : Niederlauterbach (région de Lauterbourg), Ste-Marguerite
Remplacé par Gaston Kern (2000).
Comme il occupait un buffet "ancien" (Stiehr ou Stieffell, on n'a jamais bien su), cet instrument (II/P 19j) a été éliminé dans les années 1990-2000.

En 1925, Joseph Rinckenbach ajouta une pédale indépendante de deux jeux (Soubasse et Bourdon 8') à l'orgue Bartholomaei&Blési de Lutzelbourg, St-Michel.

Sites  Travaux de 1926 à 1931

L'entête du devis en 1926, d'une sobriété
        extrême,en totale rupture avec la somptueuse version précédente.A noter "Maison
        fondée en 1750". C'est plus tôt que l'installation de Martin Bergäntzel à
        Ammerschwihr.L'entête du devis en 1926, d'une sobriété extrême,
en totale rupture avec la somptueuse version précédente.
A noter "Maison fondée en 1750". C'est plus tôt que l'installation de Martin Bergäntzel à Ammerschwihr.

En 1926 se tourna une autre page déterminante de l'histoire de l'orgue alsacien : à Seltz, la maison Stiehr (Mockers) ferma définitivement ses portes.

Miniature 1926 : Kintzheim (région de Sélestat), St-Martin
Remplacé (2011).
Cet orgue, construit lui aussi sur la base (et dans le buffet) d'un Stiehr, pouvait être considéré comme authentique jusqu'en 2009... mais il avait été tellement mal entretenu qu'il était muet. L'instrument a été reconstruit par Michel Gaillard en 2010-2011 (II/P 32j)->(III/P 42j) et muni d'un positif de dos. Il aurait été inauguré en juin 2011.

Miniature 1926 : Saverne, Chapelle St-Florent
Instrument actuel.
Orgue authentique.
Dans son buffet "modern style", cet instrument (II/P 14j) dispose de la composition "canonique" pour sa taille : grand-orgue de 5 jeux (trois des quatre 8 pieds du "carré d'or" romantique, la Gambe étant écartée car présente au récit, plus le Bourdon 16' et le Prestant), récit fondé sur un Bourdon doux 8', avec une Flûte octaviante en 4 pieds, et muni d'une Quinte et de l'incontournable Octavin. Le récit porte aussi la Trompette, et il n'y a pas de Mixture (et donc pas non plus de Doublette au grand-orgue). L'orgue de la Communauté des Pères du Saint-Esprit, qui était le premier dans son édifice, est resté authentique. [IHOA:p164b-5a] [ITOA:4p587] [Barth:p331] [IOLMO:Mo-Sap1518-21]

Miniature 1926 : Rossfeld (région de Benfeld), St-Wendelin
Remplacé par Max et André Roethinger (1952).
Il s'agissait de la reconstruction en pneumatique de l'orgue Stiehr-Mockers, 1845, du lieu. L'instrument (II/P 25j) fut détruit par faits de guerre en décembre 1944.

Miniature 1926 : Witternheim (région de Benfeld), St-Sébastien
Remplacé par Schwenkedel (1957).
On ne sait pas grand chose de cet instrument, qui semble même avoir été oublié dans les listes d'opus. Sa composition (II/P 13j) devait être voisine de celle de son contemporain de Saverne, chapelle St-Florent (probablement sans la Quinte 2'2/3). Il a été détruit, avec l'édifice, en 1945.

Miniature 1926 : Brunstatt (région de Mulhouse), St-Georges
Instrument actuel.
Quel dommage que cet instrument ait été altéré dans les années 1950 ! Il est signé "J.Rinckenbach & Cie". L'opus 179 semble être l'un des premiers orgues "neufs" disposant d'une Tierce 1'3/5, donc l'un des premiers qu'on puisse vraiment qualifier de "néo-classique". Un instrument remarquable à l'origine : 30 jeux (II/P 30j), buffet en chêne avec façade en étain, anches de 16', 8', 4' au récit (Basson 16' ; la Trompette est harmonique). L'instrument avait une Gambe au grand-orgue, où il n'y avait évidemment pas de Fourniture, mais donc, probablement, une Tierce. Ce témoin précieux de l'articulation entre les styles post-symphonique et néo-classique a malheureusement été affublé d'une Fourniture (1'1/3 !) et une Cymbale au grand-orgue, ainsi que d'une Sesquialtera au récit... (pour laquelle la Voix humaine d'origine a été sacrifiée !) De la vinaigrette sur un chateaubriand.

Miniature 1926 : Saessolsheim (région de Hochfelden), St-Jean-Baptiste
Remplacé par Bernard Aubertin (1995).
L'orgue Rinckenbach de Saessolsheim a été déménagé à Montbron (Charente) par Bernard Boulay. Sa composition était néo-classique : le récit était muni d'un Nasard 2'2/3 et (avec la Trompette et bien sûr l'Octavin). Une Tierce a été ajoutée ultérieurement (ainsi que des octaves aigues réelles pour le récit). Pas de Mixture. A Montbron, l'instrument est utilisé en concert, puisque c'est une étape du festival d'orgue en Charente.

Miniature 1927 : Stosswihr-Ampfersbach (région de Munster), Ste-Marie Auxiliatrice
Instrument actuel.
En 1906, Joseph Rinckenbach avait déjà placé un orgue à Ampfersbach (voir la page sur Martin et Joseph Rinckenbach). Il avait deux claviers et 13 jeux, et était fort apprécié. En 1915, l'église, située juste sur la ligne de front, fut entièrement détruite. Mais lorsque Joseph construisit son deuxième orgue pour Ampfersbach, la réception, effectuée par François Xavier Mathias le 06/08/1927, fut particulièrement calamiteuse : "Orgue brutal, criard, grossier, insupportable ; effet de cinéma", lança Mathias. Alors, Joseph Rinckenbach fit faire une contre-expertise, par Auguste Schmidlin. Fort probablement, Mathias n'aimait pas la nouvelle façon d'harmoniser, plus "néo-classique". Cela ne se voit pas sur la composition : la version 1927 de cet orgue, sans Mixture, avec la Trompette au récit, et sans Octavin (fait rarissime) aurait très bien pu être issue des années 1890. Il y avait un Nasard au récit. Malheureusement, cet instrument qui serait aujourd'hui passionnant à étudier en raison de son histoire peu commune, a été complètement dénaturé dans les années 1970 (suppression du Bourdon 16', de la Voix céleste et du Nasard au profit d'une Fourniture, d'une Doublette et... d'une Sesquialtera). Si Mathias voyait ça !

Peu avant 1928 à Paris, St-Eustache, Joseph Rinckenbach fut chargé de l'électrification de l’instrument (nouvelle console), et de l'ajout de 11 jeux, pour le passer à 84. La revue "Le Ménestrel" rapporte ces travaux "en voie d'achèvement" le 21/9/1928, mais il est possible qu'ils n'aient pas été entièrement terminés. Cette intervention ne fit date ni dans l'histoire de St-Eustache, ni dans celle de la maison d'Ammerschwihr (pour ce frotter à ces clients-là, il faut probablement être meilleur commerçant qu'harmoniste), mais elle rappelle (et explique ?) l'amitié qui lia Rinckenbach à Joseph Bonnet.

Grâce à l'appui de Joseph Bonnet (Paris, Saint-Eustache), l'abbaye Bénédictine de Dourgne (Tarn) passa commande à Joseph Rinckenbach d'un orgue de 27 jeux. Cet orgue non-alsacien avait des spécificités, en particulier un Cromorne et une Mixture au grand-orgue, une Quinte 5'1/3 à la pédale, et une disposition à 3 claviers (tous expressifs ; 3 boîtes). Nasard et Tierce au Positif en faisaient un orgue très néo-classique. Il y avait une anche 8'16' ("tombant" d'une octave dans les dessus) au récit, complétant une batterie complète à ce clavier (avec Trompette et Clairon harmoniques). Le devis est daté de 1927, mais l'orgue ne put pas être totalement achevé avant la faillite de Joseph Rinckenbach. En 1933, Louis-Eugène Rochesson y posa une console "minimaliste" semblant flotter en l'air. En 1947, l'orgue fut vendu à la paroisse Ste-Jeanne-d'Arc de Clermont-Ferrand, puis reconstruit en 1951 par Maurice Gobin qui l'affubla d'un sommier de type "Unit". En 1981, Jean David baroquisa vigoureusement le plein-jeu (Cymbale, Larigot...) [OrguesAuvergne]

Miniature 1928 : Le Bonhomme (région de Lapoutroie), St-Nicolas
Instrument actuel.
Cet instrument venait remplacer un autre déjà construit par la maison d'Ammerschwihr, endommagé pendant la première guerre mondiale (et privé de tous ses tuyaux métalliques). "Le Bonhomme version 1928" est l'opus 177 (II/P 25j), déjà résolument néo-classique. Par rapport aux compositions d'avant 1925, le Cornet du grand-orgue est remplacé par un Nasard 2'2/3 et une Tierce 1'3/5, qui constitue une sorte de Cornet décomposé avec la Doublette et le Prestant (il n'y pas de Flûte 4'). Le récit à 12 jeux est composé de façon standard pour l'époque (sur un Quintaton 16', les anches étant le quatuor Trompette, Clairon, Hautbois, Voix humaine ; Octavin et Plein-jeu progressif. Le 4 pieds est une Flûte harmonique, et on dispose des quatre 8 pieds standards au récit (avec la Voix céleste). Ce superbe instrument est resté authentique.

Miniature 1928 : Cernay, St-Etienne
Instrument actuel.
L'orgue de Cernay est certainement le plus connu des instruments construits par Joseph Rinckenbach. Régulièrement mis en valeur par des enregistrements et récitals, c'est le témoin incontournable de l'art de Rinckenbach, mais aussi de ce changement esthétique entre le symphonique et le néo-classicisme. C'est le plus connu, mais de nombreux détails de son histoire restent à clarifier ou à publier. Cet instrument, par exemple, n'avait que deux claviers à l'origine. La fameuse console actuelle, avec sa plaque qui a suscité tant d'interrogations, n'est pas de Joseph Rinckenbach, mais de son "successeur", Lapresté. Avec son Cornet et sa Doublette au grand-orgue, et son Plein-jeu expressif, c'est un orgue d'après 1918. Avec sa Tierce 1'3/5, c'est un orgue d'après 1925. Avec son Octavin, sa Voix humaine et son harmonisation préservée, c'est certainement l'un des instruments les plus attachants qui soient, surtout après la campagne d'étude et de travaux menée en 1998.

Miniature 1928 : Schweighouse-près-Thann (région de Cernay), St-Nicolas
Instrument actuel.
Orgue authentique.
L'opus 183 (II/P 18j) confirme qu'une Tierce 1'3/5 est désormais nécessaire même sur les orgues de moins de 20 jeux. Le grand-orgue se passe de Gambe... pour accueillir une Flûte à cheminée 4'. Pas de Doublette, de Cornet, ni même de Mixture, mais le récit dispose d'une Trompette et d'un Clairon.

Miniature 1928 : Eglingen (région d'Altkirch), St-Léger
Instrument actuel.
L'opus 188, dans son buffet Rudmann et Guthmann, est réellement néo-classique, puisque l'on a préféré, au récit, un couple Nasard 2'2/3 / Tierce 1'3/5 "séparés" à la traditionnelle Mixture post-symphonique.

Miniature 1929 : Wattwiller (région de Cernay), St-Jean-Baptiste
Instrument actuel.
Cet instrument reçu par Marie-Joseph Erb, est directement inspiré de celui construit pour Le Bonhomme deux ans plus tôt (même composition mais sans Voix humaine ; la Tierce est bien installée : elle devint caractéristique de ce style néo-classique alsacien). Fort bien conservé, l'orgue a été relevé en 1995 par la maison Muhleisen.

Miniature 1929 : Vieux-Thann (région de Thann), St-Dominique
Instrument actuel.
Orgue authentique.
En 1929, Joseph Rinckenbach reconstruisit un orgue dans le buffet de l'opus 62 (qu'il avait construit avec son père) ruiné pendant la guerre. Le nouvel instrument porta le numéro d'opus 191 (II/P 20j), et fut reçu le 19/01/1929 par un Marie-Joseph Erb transporté de joie. Récemment relevé par Hubert Brayé et son équipe, c'est aujourd'hui une véritable invitation à la musique, dans un cadre chargé d'histoire. En tous cas, un orgue à découvrir absolument.

Miniature 1929 : Ammertzwiller (région de Dannemarie), St-Etienne
Instrument actuel.
En 1929 eut lieu la première faillite de Joseph Rinckenbach. En voyant ses orgues, on ne s'en douterait pas. Avec 16 jeux, la composition ne peut de toutes façons pas être trop néo-classique (le Nasard au grand-orgue en est le seul indice). Mais c'est bien une version sans Tierce 1'3/5, et s'il y avait eu quelques jeux de plus, elle n'aurait peut-être pas eu la priorité, et on aurait sans doute étoffé le récit (comme à Wolschwiller).

Miniature 1929 : Aspach-le-Bas (région de Cernay), St-Pierre
Instrument actuel.
Orgue authentique.
Ce bel instrument est le témoin de la robustesse des tractions pneumatiques de Joseph Rinckenbach : plus de 80 ans sans travaux majeurs. Soigneusement entretenu, doté d'une tuyauterie très étoffée, l'opus 198 est un orgue très intéressant, avec ses tirants de registres disposés en ligne et son ambiance feutrée.

Miniature 1930 : Lautenbach-Zell (région de Guebwiller), Sts-Pierre-et-Paul
Remplacé par Gaston Kern (1983).
Inutile de revenir sur ce qui a été commis en 1983. L'objet est ici de se souvenir de l'orgue Rinckenbach de Lautenbach-Zell, car il le mérite : ce devait évidemment être un instrument de la veine de ses superbes contemporains, comme en témoignent ceux qui ont été entretenus et conservés. Il était de taille comparable (II/P 19j) à celui de Vieux-Thann, et donc en partageait probablement le charme et la distinction. Les jeux Rinckenbach devaient être en parfaite harmonie avec l'édifice, ses éléments baroques, et sa statutaire assez exceptionnelle. L'orgue de 1930 était l'instrument idéal pour cet édifice : peut-être le restaurera-t-on un jour, mais sûrement pas avant de longues années. La grâce a disparu pour longtemps.

Miniature 1930 : Wolschwiller (région de Ferrette), St-Maurice
Instrument actuel.
L'opus 193 est logé dans un buffet assez exceptionnel. Sa partie centrale est de Jean Franz, 1809 ; il a été élargi en 1890 par Max Klingler (de Rorschach, CH). Le positif postiche, lui, a été construit spécialement par la maison Rudmann et Guthmann pour l'orgue Rinckenbach. Composition (II/P 19j) apparentée à celle d'Ammertzwiller, mais sans la Doublette, et avec un récit plus étoffé. Alors que le monde de l'orgue "fonce" vers le néo-classique, Rinckenbach retourne quelque peu vers les fondamentaux de l'époque romantique.

Miniature 1930 : Uffholtz (région de Cernay), St-Erasme
Instrument actuel.
Orgue entièrement authentique.
L'orgue d'Uffoltz va être prochainement relevé par la maison Aubertin. C'était, avant son mutisme dû aux sécheresses, un des "coup de coeur" de nombreux organistes l'ayant visité. La plaque porte le numéro d'opus 194 (le "4" raturé à la pointe en "5"). Nasard et Tierce au grand-orgue, avec la Doublette. Le récit est composé comme dans les années 1920-25. L'anche de pédale est un Basson 16', et le buffet un chef d'oeuvre de Paul Brutschi.

Miniature 1930 : Wittenheim, Ste-Barbe
Remplacé par Gonzalez (1965).
L'opus 196 (II/P 15j) a été détruit en 1945.

Miniature 1930 : La Broque (région de Schirmeck), Ste-Libaire
Instrument actuel.
Orgue entièrement authentique.
Le joli petit orgue de Labroque est logé dans un buffet ancien (Martin Wetzel, 1843, lui-même fortement influencé par François Callinet). L'opus 197 (II/P 18j) dispose d'une composition caractéristique de ces deux dernières années de la maison d'Ammerschwihr tenue par Joseph, une sorte de "néo-classique" prudent : grand-orgue à Nasard 2'2/3 (pas de Flûte 8' mais une Flûte 4'), grand-orgue sans 16', mais évidemment récit avec Octavin, Trompette et Hautbois.

Miniature 1930 : Carspach (région d'Altkirch), St-Georges
Instrument actuel.
Cet instrument caractérisé par le grand écusson sommital de son buffet (une oeuvre tardive de la maison Klem) est régulièrement joué en concert. Il a été inauguré le 23/11/1930, et il n'avait alors que deux manuels, et pas de positif de dos : c'eût été une étape bien plus radicale de la logique néo-classique.

A ce sujet, il faut avancer - car on ne le voit jamais écrit - qu'un positif de dos, généralement en 4 pieds, donc contenant surtout des petits jeux aigus, est complètement incompatible avec un vrai récit romantique. Les jeux aigus du positif de dos, proches de l'auditoire, "éclatent" avec une présence et une vigueur qui gâtent irrémédiablement les subtiles couleurs d'un récit expressif. Seuls quelques facteurs de l'époque néo-classique (ou les rares qui on pu réaliser un positif de dos en 8 pieds) on su composer et harmoniser des positifs de dos cohérents avec une architecture symphonique. Dans tous les autres cas, on a à faire à un orgue "composite" : ce n'est pas péjoratif, c'est juste qu'il faut admettre que le positif et le récit de doivent pas jouer en même temps, et ne font esthétiquement pas partie du même orgue.

En 1931, juste avant sa deuxième faillite, Joseph Rinckenbach fournit un orgue (II/P 7 ou 8j) à l'école normale d'institutrices de Metz. L'instrument a disparu. Tout ce qui en reste est une note de la main du facteur sur sa liste d'opus, avec la mention "en exécution". La transmission était mécanique. [IOLMO:Sc-Zp2467-8]

En 1931, Joseph Rinckenbach posa à Raon-l'étape (Vosges), St-Luc, son Opus 186. Avec ses 45 jeux, ce fut le dernier 3-claviers Rinckenbach. L'affaire s'était conclue dès le 17 mars 1927 : Rinckenbach avait été retenu devant Jacquot et Didier, car un conseiller municipal de Raon... avait entendu l'orgue de la collégiale de Thann. Cette attribution fit très peur aux facteurs vosgiens, en particulier parce que Rinckenbach démontrait sa maîtrise des tractions électro-pneumatiques ("Witzig"), qui étaient alors la technique d'avenir. Endommagé pendant la guerre, l'orgue fut réparé et muni d'une console neuve par la maison Roethinger en 1955 (qui s'empressa d'apposer sa plaque sur ce chef d'oeuvre), et relevé par Michel Gaillard en 1982 et 1991. Comme l'atteste l'inventaire des orgues des Vosges, il s'agit du meilleur témoin de la facture post-symphonique dans les Vosges. [IOVO:p490-5]

Miniature 1931 : Balschwiller (région de Dannemarie), St-Louis
Instrument actuel.
Entre l'A36 et Dannemarie, dans une région assez exceptionnelle à bien des égards, se trouve Balschwiller. La localité fut très affectée par la guerre de 1914-18. L'église avait disparu dans les flammes le 22 juin 1915. Reconstruite en 1926, elle put accueillir l'exceptionnel groupe de 4 statues du 15ème siècle, qui avaient été sauvées du bombardement : une Vierge de l'Immaculée Conception (déjà en version "classique", c'est-à-dire sur une terre bleutée, et non sur un croissant de lune), St-Etienne, St-Laurent et une quatrième, plus mystérieuse, tenant un livre (en plus de sa palme de martyr ; St-Valentin, St-Oswald de Northumbrie ?). Fut également sauvé un Mont des oliviers de 15ème. Pour remplacer l'orgue Callinet, 1859, il fallait un instrument certes neuf, mais ancré dans l'histoire de son pays. Ce fut le cas : ses 28 jeux sont le testament artistique de Joseph Rinckenbach, sa version de l'orgue issu de la tradition alsacienne remontant à 1756 (les débuts alsaciens de Dubois), mûrie par Albert Schweitzer et Emile Rupp. Un orgue "symphonique", avec cinq 8 pieds au grand-orgue, mais accompagnés d'un Nasard et d'une Tierce. La Mixture progressive est au récit, avec l'irremplaçable Octavin, et, bien-sûr, la marque de Cavaillé-Coll : la Trompette harmonique et son Clairon au récit. L'anche de pédale est douce (Basson 16'), et le 4 pieds du récit n'est pas une Fugara mais une Flûte octaviante.

La fin ?

Après la construction de cet orgue signé "Manufacture de grandes orgues, Société anonyme, anciennement Rinckenbach", Joseph, qui avait déjà déposé le bilan en 1929, fit faillite de façon définitive. L'entreprise d'Ammerschwihr fut reprise par Jean Lapresté (dont l'orgue de Colmar, Hôpital Pasteur comprend encore des tuyaux Rinckenbach) et dura péniblement jusqu'en 1939.

Même si la plupart des chiffres ne sont pas significatifs, s'agissant d'oeuvres d'art, certains restent révélateurs. Sur 47 instruments présentés ici (construits entre 1918 et 1931) :

En Alsace, après 1945, tous les facteurs demeurant en activité étaient issus de la tradition Roethinger (donc Heinrich Koulen). Le "lien" historique transmettant des compétences remontant au 18ème était rompu. A partir des années 1970, tous les intervenants du monde de l'orgue ne juraient que par les instruments composés autour de grands Cornet et d'une pyramide de Principaux, et mécaniques. Cela était facile à justifier : les instruments pneumatiques nécessitant presque tous un nettoyage et le remplacement des membranes, ils faisaient donc peine à voir et à entendre à cette époque. La poussière pénalisait la tenue de l'accord, et les peaux usées rendaient le fonctionnement aléatoire. De plus, comme les facteurs ne savaient plus les régler, ou avaient procédé à des modifications malheureuses (déplacements de consoles, changements de pression), certaines transmission présentaient une "latence" (décalage entre l'appui de la touche et l'attaque de la note) anormale (que certains sont allés jusqu'à présenter comme un défaut inhérent à la pneumatique). Quant aux écoles d'orgues, elle n'enseignaient plus le répertoire romantique pour se concentrer sur le "phrasé baroque". Tout débutant en orgue devait passer par des années d'approfondissement de Samuel Scheidt...

Renouveau

Mais, peu à peu certains facteurs, rompant avec la "pensée unique" s'intéressèrent à nouveau à ces orgues "pneumatiques". Il découvrirent des harmonies somptueuses, des couleurs oubliées, et en firent part. Le trésor, peu à peu, revenait à la lumière : il suffisait de changer des membranes ! Il ne devenait plus tabou de "relever" un orgue pneumatique, et on put avouer que c'était bien sûr incomparablement moins coûteux que de "mécaniser". Parmi les facteurs ayant oeuvré pour la connaissance des orgues issus de la Réforme alsacienne de l'orgue, on pense aussitôt à Michel Gaillard et Richard Dott. Des instruments des belles années 20 retrouvèrent de la voix : Saales (1983, Michel Gaillard), Wattwiller (1995, Muhleisen), Ingersheim (1996, Christian Guerrier, sous la maîtrise d'oeuvre Maurice Moerlen et René Kientzi), l'orgue de choeur de St-Thomas (2001, Quentin Blumenroeder), Hindisheim (2004, Richard Sturny, sous la maîtrise d'oeuvre de Robert Pfrimmer), et bien sûr Hubert Brayé qui a relevé bon nombre instruments de Martin et Joseph Rinckenbach.

Car ces orgues ont tant d'atouts : des "ambiances" de tribune exceptionnelles, où, sans faire de spiritisme, il faut bien avouer qu'une magie opère. Des sonorités et des consoles idéales pour l'improvisation. Une dynamique particulière de volume (boîte expressive, crescendos, tirage de jeux aisé) particulièrement adaptée à l'accompagnement. Une galerie de personnages, aussi : Schweitzer, Rupp, Erb. Les déboires de Koulen, le succès du jeune Roethinger. Et bien sûr Martin et Joseph Rinckenbach ; Joseph Bonnet. Car encore plus fondamental est leur répertoire : devant l'orgue de Cernay, même tous feux éteints, on peut entendre Saint-Saëns transcrit par Guilmant (essayez : ça marche). Et puis, ces instruments des années 1920-1930, c'est l'Orgue de celui qui fut certainement le plus novateur et le plus doué : Jehan Alain. Rythmes de danse, couleurs modales, accueil bienveillant d'une note qui corne : c'est tout cela, l'orgue du premier tiers du 20ème siècle. Et, bien sûr, d'autres bonnes surprises nous attendent.

Il nous reste donc une trentaine de ces orgues construit après la guerre de 1914-1918, après la première émergence de l'impensable. Dans ce bois et ce métal, il y a le souvenir de ce qui s'est passé en Europe. Ce sont... des instruments de musique... des ouvrages a priori futiles et extravagants, surtout quand on les amena au coeur de localités dont certaines avaient été totalement ravagées... Ces communes avaient perdu nombre de leurs enfants, perdu leurs maisons, leurs archives, leur histoire... Et voilà qu'arrivent des instruments de musique, élevés juste quand les canons se sont inclinés, donc évidemment avant de nombreuses choses utiles. Scandale ? Erreur sur les priorités ? Et d'abord, à la fin, pourquoi des instruments de musique ? Peut-être qu'il n'étaient ni futiles ni extravagants. Ni inutiles. Les survivants d'un enfer que nous autres ne pouvons même pas imaginer, ne s'étaient pas trompés en définissant leurs priorités : le son de ces tuyaux couvrait tout simplement les échos des obus qui continuaient à résonner dans leurs oreilles. Et leurs buffets, trônant sur les tribunes neuves, tout comme leur musique, portaient un message crucial : "Rien ne sera plus comme avant. Mais un peu quand même." Ce sont tous des instruments devant lesquels, une fois qu'on a compris cela, on s'écrie "Mais regardez comme c'est beau !" à son voisin perplexe. Des instruments - encore peu mis en valeur aujourd'hui - mais réussis, exceptionnellement réussis ! Des instruments qu'on a envie de faire connaître, et de protéger.

Sites 

Style et façon

Tierces, Octavins et Cornets

Il est "communément admis" de situer le commencement de l'époque néo-classique, à l'orgue, en 1932. Cette année là, Victor Gonzalez achevait son 3 claviers pour l'église abbatiale de Solesmes. Car, bien entendu, les évolutions déterminantes ne sauraient sortir que d'un "vrai" atelier français... Parler de néo-classicisme entre 1918 et 1931 reste donc un anachronisme pour bon nombre de puristes, certainement à raison. Toutefois, l'Alsace, marquée par l'"Orgelbewegung" et surtout la Réforme alsacienne de l'orgue connut ces tendances dès les années 20. L'influence d'Albert Schweitzer était si forte (Dortmund, St-Reinoldi, 1909) que, d'une certaine façon, l'orgue alsacien quitta le romantisme dès que l'Alsace fut redevenue française.

Si le "néo-classicisme" signifie le retour des Mutations (Tierces 1'3/5), alors bon nombre de ces instruments le sont. Pour désigner l'esthétique de ces orgues, on parle souvent de "post-symphonique". Comme toutes ces étiquettes, il s'agit de raccourcis forcément réducteurs. En fait, certains orgues issus de la maison d'Ammerschwihr entre 1918 et 1931 sont tout simplement des orgues romantiques d'un style spécifique. Dans une Alsace redevenue française, en 1920 à Scherwiller par exemple, placer une batterie d'anches complète au récit, pour quelqu'un d'aussi cultivé que Joseph Rinckenbach, ayant Cavaillé-Coll dans ses "gènes musicaux" n'est pas un acte anodin. C'est un pont jeté au-dessus de deux guerres : lui qui a été formé durant la période allemande, "signe" son retour à l'orgue français, qu'il conçoit romantique : Flûte harmoniques, Hautbois, Voix célestes, "Carré d'or" de 8 pieds : voilà le fondement de ses ouvrages. Le rendu de ses fameuses Tierces lui est tout à fait spécifique. Joseph Rinckenbach avait un "néo-classicisme" à lui, sans excès. On connaîtra une ou deux Cymbales, mais certainement pas de Sesquialtera. Peut-être un unique Larigot. Et pas de positif de dos !

Les compositions

Le "trait caractéristique" des orgues Rinckenbach entre 1918 et 1931, c'est le passage de la Mixture au récit, où elle intègre la boîte expressive. Au grand-orgue, elle peut être remplacée par une Doublette ou un grand Cornet à 5 rangs, dont c'est le grand retour, puisqu'il avait constitué l'âme de l'orgue alsacien "classique" (les Silbermann, Dubois, Rohrer) et "de transition" (Stiehr et Callinet) avant de disparaître en 1870. Le Cornet retrouve donc sa place dans les compositions de Joseph Rinckenbach quand l'Alsace redevient française.

Le grand-orgue "canonique" est donc constitué :

Le récit est constitué d'un fondement (Principal ou Quintaton), de l'incontournable couple Gambe / Voix céleste, d'un 4 pieds (parfois une Fugara, mais le plus souvent une Flûte harmonique) de l'Octavin (Flûte harmonique en 2') et d'une anche. Soit 6 jeux. Les récits plus conséquents sont (jusqu'à 35 jeux environ) en quelque sorte des récit+positif, fondus en un même plan sonore. L'indice significatif est la présence d'un second ondulant (l'Unda maris), qui fait normalement partie d'un positif intérieur. Un récit de 14 jeux, par exemple, peut être considéré comme la réunion :

S'il faut aller plus loin, on complète le récit par un Clairon et une anche en 16' (Bombarde mais souvent Basson 16'), puis le passage à trois claviers est obligé, et le positif expressif, cette fois "réel", s'enrichit d'un ou deux 8 pieds (voir d'un Bourdon 16'), d'anches "symphoniques" (Clarinette, Basson) et d'une Mixture spécifique.

La pédale est évidemment généreusement fournie en 16 pieds : une Gambe, une Flûte et un Bourdon. Deux fonds de 8 sont suffisants, et on n'y met presque jamais d'anche en 8' (reprenant en cela une tradition héritée d'avant-guerre). La Flûte 4', ouvrant la voie au "choralbass" plus tardif, est courante mais ne se rencontre qu'à partir d'une trentaine de jeux.

Références

Sources et bibliographie :

© 1999-2015. Tous droits réservés, textes et illustrations, qui restent la propriété des auteurs. Si vous recopiez des éléments ou des photos de cette page (pour des articles, plaquettes, sites internet, etc...) merci de bien vouloir demander l'autorisation et citer vos sources (y-compris cette page!). D'abord par simple honnêteté intellectuelle, mais aussi pour pouvoir pister d'éventuelles erreurs. Les données ici présentées peuvent contenir des erreurs. N'en faire aucune utilisation pouvant porter à conséquence.