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Les orgues de la région de Bischheim
Bischheim, St-Laurent
Bischheim, St-Laurent, l'orgue Roethinger, le
        14/08/2015.Bischheim, St-Laurent, l'orgue Roethinger, le 14/08/2015.

Entre les deux guerres mondiales, l'influence de la Réforme alsacienne de l'orgue, la grande oeuvre d'Emile Rupp au tout début du 20ème siècle, était encore très active. Cela explique que style "néo-classique" alsacien soit très spécifique ; l'orgue Roethinger de Bischheim en est un parfait exemple. Avant tout, ce sont des instruments dit "symphoniques" (une évolution du romantisme visant à une registration "orchestrale"), qui sont également munis de Plein-jeux et de Mutations hérités de l'orgue classique, ce qui leur confère un caractère particulièrement brillant.

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L'orgue de facteur inconnu (1917)
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Historique

L'édifice date de 1910, et il fut doté d'un premier orgue provisoire par Edmond-Alexandre Roethinger. L'instrument avait 18 jeux et deux manuels, et on connaît sa présence car ses tuyaux de façade furent réquisitionnés en 1917. [IHOA]

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Historique

En 1933, Edmond-Alexandre Roethinger posa ici l'un de ses plus grands instruments, reçu par Th. Douvier, et inauguré le 25/03/1933. [IHOA] [Barth]

L'influence de la Réforme alsacienne de l'orgue, animée par Emile Rupp au tout début du 20ème siècle et appuyée par Albert Schweitzer, était encore très active. Elle avait défini un style néo-classique alsacien, qui, en 1930, avait déjà une trentaine d'années de maturité.

Il s'agit de l'un des trop rares instruments alsaciens capables, avec sa pléthore de Gambes et de jeux flûtés, de jouer réellement de la musique symphonique. Disposant de 48 jeux sur 4 claviers et pédale, il présente deux originalités marquantes : des Mutations gambées au récit, et un Fernwerk (ou "clavier éloigné") pour effets d'écho. Ce plan sonore est logé dans le transept sud, et il est muni d'un jeu à percussion (une sorte de carillon à lames) appelé "Harpe céleste", un nom dans lequel on retrouve bien les années 30. Ce jeu est toutefois joué depuis le troisième clavier (correspondant pour le reste au récit). On a donc, en quelque sorte, un Fernwerk à deux claviers !

Le grand-orgue est le plus marqué par le néo-classicisme, avec son Cornet décomposé. Mais le Cornet 3-4 rangs est plutôt un Carillon (Mixture à Tierce) d'influence germanique, et il joue sur toute l'étendue du clavier. Le positif intérieur (le "positif" en balustrade qui encadre la statue de Ste-Cécile est bien sûr postiche) est expressif, et fondé sur une Gambe. Il possède un Cromorne (et non une Clarinette) en jeu de détail, et un Clairon (anche "à la Française") pour répondre à la Trompette du grand-orgue. Bien sûr, la composition est conçue pour bénéficier des nombreux accouplements, et le "vrai" son néo-classique vient des octaves aiguës. On trouve, à la pédale, en plus de la Grosse quinte 10'2/3 (harmonique de 32', destinée à générer un 32 pieds "virtuel" lorsqu'on l'associe à un 16 pieds), quatre 16 pieds, un de chaque famille (un Principal, une Gambe, un Bourdon et une Bombarde). Il n'y a pas de Trompette, car la pédale peut jouer à l'octave aiguë, et que ce n'est de toute façon pas une habitude dans l'orgue post-romantique, qui lui préfère une seule anche de 16'.

Une vue d'ensemble, incluant une moitié du
                    Fernwerk, permettant de situer la disposition des éléments dans la nef.Une vue d'ensemble, incluant une moitié du Fernwerk, permettant de situer la disposition des éléments dans la nef.

Il y a une autre particularité rarissime : ces Mutation gambées au récit. Normalement, les Quintes et les Tierces, permettant de colorer le son de l'orgue en y ajoutant explicitement des harmoniques, sont des jeux réalisés avec des tuyaux de Flûtes. Lorsqu'elles tombèrent en désuétude, au 19ème siècle, ces Mutations ont été remplacées par des Gambes, au timbre naturellement plus chargé en harmoniques. Réaliser des Mutations avec des Gambes était donc à la fois paradoxal et novateur.

Et le résultat est vraiment bon. Il faut dire que ces jeux ne sont pas trop "Gambés". Avant les années 20 (et depuis la fin de l'époque classique), on ne construisait plus de Mutations. Après la seconde Guerre mondiale, il était hors de question de les réaliser autrement "qu'à la Silbermann" (classique français). Ce qui a laissé seulement 15 ans de liberté aux facteurs pour faire preuve d'imagination.

Jean-Georges Koenig procéda à des relevages en 1964 et 1984. Au cours du second, une console neuve fournie par Laukhuff fut posée (avec l'aide de la chorale). La console Roethinger d'origine prit place dans le narthex pour pouvoir être admirée par les visiteurs. [IHOA]

L'association des amis de l'orgue Roethinger de Bischheim a été créée en 1997. Elle organise depuis de nombreuses manifestations autour de l'orgue, et contribue à son entretien et rayonnement. Il y eut un autre relevage, en 1997, par Yves Koenig, assisté par des bénévoles. Il s'agissait de renouveler les soufflets commandant les cônes dans les sommiers (ce sont des pièces d'usure). Et, fin 1996, le jeu de Harpe Céleste était tombé en panne (électrique), et une remise en état s'imposait. L'orgue a été inauguré le 19/10/1997 par Thierry Mechler, qui interpréta la 8ème symphonie de Charles-Marie Widor. [IBajcsa]

Il y eut un autre relevage, en 2002, par Yves Koenig. [IHOA]

Cette extraordinaire machine est superbement entretenue. Si l'on oubliait la console moderne (ce fut probablement le prix à payer pour atteindre le niveau actuel de fiabilité) on pourrait croire que cet orgue est sorti hier des ateliers Roethinger. Il est très rare de trouver un instrument d'une pareille ampleur où *tout* fonctionne. Du coup, les possibilités sont innombrables. La dynamique (du Salicional II boîte fermée au Tutti avec tous les accouplements à l'octave) est étonnante.

Le buffet

La boiserie est "modern-style" (art-déco) : le soubassement est mouluré, et une discrète ceinture de bois est disposée au deux tiers de la hauteur, laissant voir le haut des tuyaux.

Les tractions pneumatiques ou électriques permettent de disposer le orgues de part et d'autre d'une rosace, ou même, comme ici, de l'entourer. La disposition rappelle l'ancien orgue de Strasbourg, St-Pierre-le-Jeune cath. (celui de 1945) ou celui de Morschwiller-le-Bas (Roethinger, 1924) : les deux corps de buffet sont réunis par une rangée de tuyaux décrivant une courbe (ceux de Strasbourg étaient parlants : c'était le Choralbass).

Le buffet est doté d'un positif, évidemment postiche, destiné à cacher la console, mais qui a ici un réel rôle esthétique, et sert d'écrin à une statue de Sainte-Cécile tenant un positif, oeuvre des frères Buckenmeyer de Bischheim (donc peut-être d'Ernest Buckenmeyer).

Sur la partie gauche du buffet se trouve une scuplure figurant deux têtes d'angelots, ailés et nimbés. Leur style paraît antérieur aux années 30.

Caractéristiques instrumentales

Console:
La console actuelle, photo de Martin Foisset,
                    10/08/2015.La console actuelle, photo de Martin Foisset, 10/08/2015.

Console indépendante dos à la nef, fermée par un rideau coulissant, et disposée derrière le positif postiche. L'actuelle est de Laukhuff. Son relevé complet figure dans ce document, rédigé par Martin Foisset. (08/2015)

La console Roethinger d'origine.La console Roethinger d'origine.

La console d'origine a non seulement été conservée, mais se trouve exposée dans le narthex. Elle constitue une des trop rares opportunités, pour le public, de pouvoir admirer une console d'orgue.

La console indépendante d'origine est fermée par un rideau coulissant. Appel des jeux par dominos douleur caramel, disposés en trois gradins de part et d'autre des claviers. Claviers blancs. Commande des combinaisons par pistons blancs (sauf l'annulateur, noir) disposés sous le premier clavier. De gauche à droite : "P.", "MF.", "F", "PL.JEU", "Grd.JEU", "A.", "COMB.LIBRE", "APPEL ANCHES", "Appel V. MIXTES", "AN. REG. 16", [porcelaine disparue], "AN. ACC. PED.DYN", "AN. PED. DYN.", "P. PED.".

Il y avait donc une pédale piano automatique (ici appelée "pédale dynamique"), ce dispositif permettant d'alléger la registration de la pédale quand on quitte le clavier de grand-orgue. Elle avait l'air plutôt évoluée ici, puis qu'elle mobilisait trois pistons. Celui appelé "P. PED." était probablement une commande manuelle de l'effet. Le nombre de jeux de pédale restants était fixé par une pédale basculante, qui peut donc aussi être considérée comme un crescendo pour les jeux de pédale.

Les accouplements sont commandés au pied par des pédales-cuillers à accrocher, disposées en deux lignes et en quinconce, les accouplements "à l'octave" étant en bas. De gauche à droite, et en description fonctionnelle (sans respecter l'orthographe exacte) : II/III 16', III/P, III/I 16', II/P, II/I 16', I/P, III/II 4', III/II, III/I 4', III/I, II/I 4', II/I, P.P 4'. Suivent les 4 pédales basculantes (dont les deux de droite ont disparu) : "PEDALE DYNAMIQUE", "EXPRESSION POSITIF", "EXPRESSION RECIT", "EXPRESSION ORGUE d'ECHO". Deux pédales-cuiller se situent plus à droite : "UNISSON", et "ANNULATEUR DES JEUX 1er CLAVIER" (annulateur grand-orgue, ce qui, vu le nombre d'accouplements à l'octave, était une bonne idée).

Au-dessus du quatrième clavier, il y a, de gauche à droite : un voltmètre, un interrupteur électrique à bascule, deux voyants, la plaque d'adresse, 5 indicateurs visuels qui paraissent correspondre aux combinaisons fixes, et une plaque "Système breveté S.G.D.G".

On retrouve une référence à ce brevet à la chapelle des Soeurs de la Providence à Portieux (88) (1932) et sur la console de l'orgue construit pour l'institut St-Joseph de Neufgrange (1936), qui se trouve actuellement à Wasselonne, St-Jean Bosco. Le brevet en question est probablement "FR719767 (A) - Perfectionnements aux grandes orgues" du 10/02/1932. La présence de sa référence sur une console de 1933 n'est pas étonnante à une époque où on était encore fier des innovations. Rappelons que "S.G.D.G" signifie "Sans Garantie Du Gouvernement", précisant que, même si la puissance publique enregistre et protège la propriété intellectuelle du système, elle n'est en aucun cas responsable de son bon ou mauvais fonctionnement !

Il y a les mêmes voyants, ainsi que des dominos couleur caramel analogues, à Wasselonne.

Plaque d'adresse en position centrale, disant :

E.A. Roethinger
Strasbourg
La plaque d'adresse de la console
                    d'origine.La plaque d'adresse de la console d'origine.
Transmission: électro-pneumatique.
Sommiers: à cônes (Kegelladen).

Le grand-orgue et le positif sont à gauche, le récit à droite, la pédale des deux côtés. Le Fernwerk... est ailleurs.

La Patronne des musiciens se tient au centre du
            positif postiche, et porte un positif ressemblant à celui de la Dame à la licorne.
            Notons qu'elle ne surveille pas l'organiste, mais le public. Avec clairvoyance, car
            c'est bien au public qu'incombe à présent la responsabilité de faire vivre ces
            prodigieux instruments, et d'en permettre l'entretien. Vu la démobilisation du "pouvoir
            central" (cf. le thème des "Journées du patrimoine 2015", cela ne s'invente pas...) Pour
            ce qui constitue les racines de notre culture et de notre civilisation, ce sera donc
            bien au public citoyen de résister, et de se mobiliser pour que ce fabuleux patrimoine
            puisse être transmis à nos descendants. L'orgue de Bischheim est dans un état
            impeccable, exemplaire. Que soient vivement remerciés tous ceux qui contribuent à cela !
            Il démontre que la culture "historique" est encore bien vivante. Espérons-le, pour
            longtemps. Pour contribuer, nous sommes chacun munis de ce que notre générosité peut
            s'offrir, en temps, en talent ou en argent ; et d'un bulletin de vote.La Patronne des musiciens se tient au centre du positif postiche, et porte un positif ressemblant à celui de la Dame à la licorne. Notons qu'elle ne surveille pas l'organiste, mais le public. Avec clairvoyance, car c'est bien au public qu'incombe à présent la responsabilité de faire vivre ces prodigieux instruments, et d'en permettre l'entretien. Vu la démobilisation du "pouvoir central" (cf. le thème des "Journées du patrimoine 2015", cela ne s'invente pas...) Pour ce qui constitue les racines de notre culture et de notre civilisation, ce sera donc bien au public citoyen de résister, et de se mobiliser pour que ce fabuleux patrimoine puisse être transmis à nos descendants. L'orgue de Bischheim est dans un état impeccable, exemplaire. Que soient vivement remerciés tous ceux qui contribuent à cela ! Il démontre que la culture "historique" est encore bien vivante. Espérons-le, pour longtemps. Pour contribuer, nous sommes chacun munis de ce que notre générosité peut s'offrir, en temps, en talent ou en argent ; et d'un bulletin de vote.

Sites Le Fernwerk

Le Fernwerk, dans le transept nord, en deux
            éléments.Le Fernwerk, dans le transept nord, en deux éléments.

Un Fernwerk (ou clavier distant) est un ensemble de jeux qui ont été installés loin du buffet principal d'un orgue, généralement en hauteur (sous les voûtes). Il produit un effet d'écho distant (mais il vaut mieux ne pas parler de clavier d'écho, car ce terme a une signification bien précise dans l'orgue classique français, et une telle dénomination prêterait à confusion). Il prend parfois aussi le nom d' "orgue d'écho".

Joué depuis la console principale, parfois avec un clavier dédié, le Fernwerk est doté d'une soufflerie spécifique (car on imagine mal un tube porte-vent acheminer l'air sous pression sur une telle distance). Sa transmission est forcément électro-pneumatique ou électrique, ce qui explique qu'on ne put commencer à construire de tels plans sonores qu'à partir de la fin du 19ème siècle. On imagine le succès de ces évocatrices "voix venues d'en haut" façonnées par les excellents improvisateurs du début du 20ème siècle !

A la fin du 20ème siècle, un snobisme malheureusement très actif parmi les musiciens a fait considérer tous les effets "populaires" (trémolo, Fernwerk, mais parfois carrément l'usage de la boîte expressive) comme "de mauvais goût". Les théoriciens du bon goût ont donc privé le public, pendant longtemps, de ces dynamiques, qui contribuent pourtant à rendre la musique plus accessible et plus réjouissante. Les accessoires "historiques" de l'orgue (Rossignol, Zimbelstern) ont retrouvé droit de cité à la fin du 20ème, et pour les Fernwerk, il est temps de militer pour qu'on en construise des neufs ! (Cela aidera peut-être notre époque à enfin se trouver un style propre.)

Un Fernwerk est vraiment un plan sonore enthousiasmant sous les doigts, et de grande valeur musicale. Il est extrêmement expressif, et son effet est impressionnant tant depuis la nef que depuis la console. (L'organiste étant souvent le grand oublié de l'acoustique d'un orgue !) Il n'y en a malheureusement que trop peu. En Alsace, on ne peut guère qu'en jouer qu'ici et à Dornach, St-Barthélémy (Roethinger, 1932). Il y en avait un (également dû à Roethinger) à Strasbourg St-Pierre-le-Vieux de 1934, mais il a été démonté en 1962. Celui de la collégiale St-Martin à Colmar a été détruit avec le somptueux orgue Rinckenbach dont il faisait partie, en 1976, en pleine période noire de la facture d'orgues en Alsace. Il existe un Fernwerk au couvent des Dominicains, Strasbourg, mais il est malheureusement démonté.

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670043002P02
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