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Les orgues de la région de Strasbourg
Strasbourg, couvent des Dominicains
L'orgue Georges Schwenkedel des Dominicains de Strasbourg, le 20/05/2004.L'orgue Georges Schwenkedel des Dominicains de Strasbourg, le 20/05/2004.

L'histoire des Dominicains à Strasbourg commença à l'emplacement de l'actuel Temple Neuf. L'église "historique" des Dominicains passa à la Réforme en 1550 (les Dominicains avaient quitté Strasbourg dès 1531) ; sa nef devint le Temple-Neuf, et son immense choeur (église conventuelle oblige) hébergea la grande bibliothèque de la ville. Edifice et livres brûlèrent en août 1870, par faits de guerre, au cours d'un des épisodes les plus tristes de l'histoire de Strasbourg.

L'histoire "moderne" de l'ordre des Prêcheurs à Strasbourg reprit en 1927, et on construisit le couvent situé au 41, boulevard de la Victoire. En tribune de son église néo-romane (1929), se trouve un orgue construit en 1934 par Georges Schwenkedel. Il partage son numéro d'opus (53), avec son contemporain de Steinbach.

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L'orgue de facteur inconnu (1292)
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Historique

Il y avait déjà un orgue dans l'ancienne église (ou plus exactement celle qui avait précédé celle-ci) en 1292. [IHOA]

L'édifice, reconstruit de 1308 à 1345, était muni de deux rangées de neuf "pots acoustiques" ("Schallgefässe"), c'est-à-dire de résonateurs destiné à aider le chant en amplifiant certaines fréquences. [Vogeleis]

On ne sait pas grand-chose de l'instrument, pas même s'il fut déménagé dans le nouvel édifice, mais en 1292, Gunzelin de Francfort travaillait à la cathédrale Notre-Dame.

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L'orgue de facteur inconnu (1450)
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Historique

Il y eut un orgue neuf en 1450. Et il y avait bien un orgue (celui de 1450 ou un de ses successeurs) en 1520, puisqu'on connaît le nom de son organiste : Nikolaus Fuller, de Haguenau. [Vogeleis] [IHOA]

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Historique

En 1934, Georges Schwenkedel dota l'église néo-romane d'un orgue neuf, l'opus 53 de la maison, disposé autour des trois baies éclairant la tribune. [IHOA] [ITOA]

Le 19/10/1933, Georges Schwenkedel adressa au père Courtois, prieur des Dominicains, un devis typographié, décrivant un orgue de 15 jeux, complétés à la plume par un 16ème, une Flûte pastorale 8 (les jeux étant renumérotés à partir de 6). [ASchwenkedel]

On note que le sommier du récit devait avoir 68 notes (pour rendre les octaves aiguës "réelles", c'est-à-dire fonctionner même dans la dernier octave du clavier. Les 16 jeux sont aussi déclarés "réels" (pas d'emprunt ou extension), ce qui implique que la Flûte 8' de pédale devait être un vrai rang de tuyaux. [ASchwenkedel]

Mais le plus remarquable était la Flûte conique 8' disposée en "Fernregister", c'est-à-dire dans le choeur. C'était rendu possible, bien sur, par l'utilisation d'une transmission électrique (en fait, électro-pneumatique, puisqu'il était précisé que les sommiers seront à "membranes verticales garnies de peaux spéciales, construction spéciale de la maison, très solides et précises", et que les relais et la traction seront purement électriques, système "Elmagnestat"). Le jeu ajouté à la plume l'a été à coté de cette Flûte conique, et désignée par "u. Fl. Pastorale 8", pour "und", ce qui doit signifier qu'il s'agissait d'un second jeu de Fernwerk. [ASchwenkedel]

Dans les devis des années 30, il était d'usage d'indiquer le nombre de tuyaux - il ne s'agissait pas seulement d'édifier le profane, mais le nombre permet de détecter des emprunts, extensions, ou jeux incomplets. Ici, la version à 15 jeux est indiquée à 780 tuyaux, ce qui semble indiquer que deux jeux du récit n'avaient que les 56 tuyaux habituels. (5 rangs de 56 notes, 7 de 68 notes et 2 de 30 notes, moins 12 tuyaux graves de Voix céleste donnent 804).
En fait, ce n'est pas une Flûte conique 8' qui fut le premier jeu du choeur, mais une Flûte harmonique. On déduit cela d'un devis ultérieur. [ASchwenkedel]

De plus - probablement pour que la pédale puisse être disposée contre le mur du fond, en V autour de la baie - un seul rang a été réalisé pour les deux jeux : la Flûte n'a donc finalement pas été construite en jeu "réel", mais comme une extension de la Soubasse. Outre le gain de place, cette extension a dû coûter moins cher qu'une Flûte 8' réelle. Cela ne s'entend qu'en cas de pédale double (octaves), et représente une concession fort raisonnable pour un orgue qui n'est pas vraiment destiné au concert. Les combinaisons fixes n'étaient pas désignées par des "nuances musicales" mais numérotées. Finalement, à la console, elles furent tout de même désignées de façon conventionnelle par "P.", "MF.", "F." et "Tutti". [Visite]

L'instrument fait beaucoup penser à l'ancien orgue (Roethinger, 1945) de Strasbourg, St-Pierre-le-Jeune cath., certes en (beaucoup) plus petit : même style de buffet, même disposition en tribune de part et d'autre d'une baie, et une rangée de tuyaux de pédale parcourant le mur du fond. Schwenkedel était plutôt en avance sur son temps sur les sujets techniques et archtecturaux. Du point de vue musical, il résistait à la mode "néo-classique" qui consistait à partir sur des bases romantiques, puis à ajouter des Mutations et Mixtures, pour obtenir un orgue "à tout jouer". En 1934, cette résitance était devenue bien difficile : déjà l'année d'avant, Roethinger avait construit le grand-orgue de Bischheim, St-Laurent, qui est un témoin majeur du néo-classique alsacien. Les orgues des années 30 ont eu, on le sait, beaucoup eu à souffrir des errements de la "pensée unique" de la fin du 20ème siècle. De nombreux ont été remplacés sans même que ne se soit posée la question de leur valeur musicale. (Steinbach a été complètement dénaturé en 1964, Elsenheim détruit au cours de la seconde Guerre mondiale, celui de chapelle protestante de l'hôpital civil de Strasbourg a été remplacé en 1974 par du "moderne", et le joli petit orgue de Schoenbourg a été impitoyablement éliminé en 1987. Celui de Pfaffenheim devrait subir le même sort en 2016 au nom d'u hypothétique "retour à Callinet". Le malheureux orgue de Courtavon est muet (ou quasiment) depuis des années. Les contemporains (1933-34) survivants de cet instrument ne donc sont pas nombreux : il y a Luemschwiller (1933) et Burnhaupt-le-Bas (1934) qui sont restés authentiques. Reste une bonne nouvelle : l'orgue de Hirtzbach (1934), longtemps muet, devrait bientôt retrouver sa voix.

Le 16/02/1937, un nouveau devis porte sur l'installation d'une console supplémentaire, disposée dans le choeur, et propose de remplacer la Flûte harmonique 8' du choeur par une Flûte douce 8'. La modification semble avoir été faite en 1947. [ASchwenkedel] [ITOA]

Cette (petite) console, en chêne à un seul manuel (56 notes), était destinée à jouer le grand-orgue de l'orgue de tribune et les deux jeux du choeur. Une option du devis permettait de la doter d'un pédalier (et d'une tirasse). [ASchwenkedel]

L'inventaire des orgues du Bas-Rhin situe en 1947 l'ajout des deux jeux du choeur, mais le devis de 1937 indique qu'ils s'y trouvaient déjà. La date de 1947 correspond probablement aux seconds travaux de Schwenkedel. En 1986, il n'y avait pas de Fourniture au grand-orgue, et le Quintaton y était toujours. [ITOA]

Malheureusement, en 1962, les jeux disposés en Fernwerk dans le choeur ont été débranchés (et la console spécifique, si tant est qu'elle a un jour existé, aussi). [ITOA]

L'Orgue alsacien perdit un des seulement cinq Fernwerks qu'il connut au cours de son histoire. Les deux survivants sont à Dornach, St-Barthélémy (Roethinger, 1932) et à Bischheim (Roethinger, 1933). Il y en avait un à Strasbourg, St-Pierre-le-Vieux (1934), mais il a été démonté en 1962. Celui de la collégiale St-Martin à Colmar a été détruit avec le somptueux orgue Rinckenbach dont il faisait partie, en 1976, en pleine période noire de la facture d'orgues en Alsace.

En 1984, la manufacture Muhleisen fit un relevage. [IHOA]

C'est probablement tout juste après que le Quintaton du grand-orgue a été remplacé par une Fourniture.

Il y eut un nouveau relevage, en 1997, la manufacture à nouveau par la manufacture Muhleisen. [IHOA]

Caractéristiques instrumentales

Console:
La console indépendante, photo de Victor Weller, 14/02/2014.La console indépendante, photo de Victor Weller, 14/02/2014.

Console indépendante dos à la nef, fermée par un rideau coulissant. Placage intérieur en loupe de noyer. Tirage des jeux par dominos à porcelaines rondes, disposés au-dessus du second clavier, et regroupés par plans sonores : pédale à gauche (fond des porcelaines jaune), puis grand-orgue (fond blanc), puis deux dominos probablement destinés aux jeux dans le choeur (commandant aujourd'hui des accouplements à l'octave du grand-orgue), puis ceux du récit (fond rose, et, pour le Basson/Hautbois, lettres rouges, afin de signaler qu'il s'agit d'une anche). Les dominos sont numérotés par de petites porcelaines rondes disposées à leur base, et surmontés d'une languette permettant de programmer la combinaison libre. Claviers blancs, à joues galbées.
Commande des aides à la registration par pistons disposés sous le premier clavier, du côté gauche. Dans l'ordre : "Jeux à Comb." (i.e. appel "jeu à mains", permettant d'ajouter les dominos basculés aux combinaisons), "Comb. libre", "P.", "MF.", "F.", "Tutti". Un piston rouge sert d'annulateur.
Commande des accouplements par pédale-cuillers à accrocher, en bois recouvert de métal gaufré. De gauche à droite :"R.G.O" (II/I), "G.O. à Ped." (I/P), "Récit à Ped." (II/P), "R. à G.O. 16'" (II/I 16'), R. à G.O. 4'" (II/I 4'), "G.O. 16'" (I/I 16'). Suivent les deux pédales basculantes, identifiées par des porcelaines rectangulaires : "Expression récit" et "Crescendo général". A leur droite se trouve la pédale-cuiller commandant le trémolo du récit. Indicateur de crescendo par cadran linéaire à fond noir et lettres dorées, gradué "0, 1, 3, 5, 7, 9, 12", avec un picot rouge se déplaçant dessous, horizontalement. Une flèche rouge horizontale précise le sens de la progression. Ampèremètre (sic), situé à droite du second clavier (d'habitude, c'est un voltmètre que l'on utilise pour signaler une transmission électrique).
La plaque d'adresse est en trois éléments : au-dessus et un peu à gauche de la joue gauche des claviers, une première porcelaine, à lettres noires sur fond blanc, dit :

Georges Schwenkedel
Maître facteur d'Orgues
Strasbourg-Königshoffen
La plaque d'adresse principale, 19/09/2015.La plaque d'adresse principale, 19/09/2015.

Au-dessus de la dernière touche (g''') du second clavier : "Opus 53", et un peu à droite "1934".

Transmission: électro-pneumatique. Un aimant tire le pilote de la soupape déchargeant les membranes.
Sommiers:

Sommiers à membranes. Le grand-orgue est à gauche, le récit à droite (la boîte expressive, en mitre, dépasse du flanc du buffet), et la pédale contre le mur du fond.

Tuyauterie:

Entailles de timbre et d'accord, Gambes munies de rouleaux / freins harmoniques, Bourdons à calottes mobiles ; les lèvres des bouches sont droites.

Les tuyaux du Fernwerk existent toujours !Ils sont entreposés dans le soubassement gauche (sous le grand-orgue). 19/09/2015.Les tuyaux du Fernwerk existent toujours !
Ils sont entreposés dans le soubassement gauche (sous le grand-orgue). 19/09/2015.

Les jeux du Fernwerk étaient une Flûte solo 8' et une Flûte pastorale 4'. Le sommier devait encore exister en 1986, car l'inventaire technique précise qu'il n'est pas pneumatique : "Transmission pneumatique, sauf pour les jeux du choeur."

Culture Activités culturelles :

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670482022P03
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