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Les orgues de la région de Strasbourg
Strasbourg, St-Pierre-le-Vieux (cath.)
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Strasbourg, St-Pierre le Vieux, l'orgue Roethinger.
        Photo de Roland Lopes, 03/12/2005.Strasbourg, St-Pierre le Vieux, l'orgue Roethinger.
Photo de Roland Lopes, 03/12/2005.

Ce grand instrument néo-classique a été construit en 1960 par la maison Roethinger. Il a été conçu pour exécuter un très large répertoire, allant de la musique classique française aux pièces contemporaines. Il était donc - à l'origine - doté à la fois de jeux "classiques" et "romantiques", mais aussi d'anches que l'on trouve plutôt dans les instruments de l'Allemagne du nord (Ranquette, Chalumeau). Comme beaucoup d'orgues issus de l'esthétique néo-classique (dits "à tout jouer"), l'ensemble manquait probablement un peu de cohérence, mais l'idée directrice était de s'inspirer du célèbre orgue de St-Maximin (Jean Esprit Isnard, 1772-1775). Des modifications ultérieures se sont efforcées de le rapprocher de son objectif premier, en privilégiant donc le répertoire classique français.

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L'orgue de facteur inconnu (1723)
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Historique

L'édifice actuel date de 1860 (Jean-Geoffroy Conrath en est l'architecte), mais l'histoire des orgues de St-Pierre-le-Vieux commence dans le choeur de l'église "historique", construite fin 17 ème, qui fut utilisé par les catholiques suite à l'intervention du Louis XIV (1683). La présence d'un instrument "en 2 pieds" y est attestée en 1723. [IHOA]

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L'orgue Georg Friederich Merckel,
1723
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Historique

C'est Georg Friederich Merckel qui, en 1723, qui fournit un orgue neuf, dont le destin fut, on va le voir, peu commun. [IHOA] [IOLMO] [ArchSilb]

L'instrument n'était pas destiné à St-Pierre-le-Vieux, mais à l'église protestante de Bischwiller. Il y avait été "commandé" sans preuve écrite, et lorsque finalement Bischwiller préféra André Silbermann, Merckel se retrouva avec un petit orgue sur les bras. Il trouva à le placer à Strasbourg. On raconte que pour faciliter la réception, menée par Léonce Honauer (Strasbourg, St-Pierre-le-Vieux) et Joseph Michael Rauch (Strasbourg, Cathédrale), Merckel offrit une épinette. Du coup, ils ne trouvèrent à redire qu'au sujet des étiquettes des jeux. [IOLMO] [ArchSilb]

Composition, 1723
Manuel, 48 n. (CD-c''')
C-H en 8'
C-h en bois
Mélange (y-compris le corps)
Mélange
Echo
Pédale
I/P
Accrochée
[IOLMO] [ArchSilb]

Dès 1736, Johann-Georg Rohrer recommanda le remplacement du sommier, mais c'est finalement un itinérant, du nom de François Adam, qui fit un entretien au mois d'août, et remplaça la Viole de gambe par une Flûte 4'. [IOLMO] [ArchSilb]

Evidemment, comme les autres orgues Merckel, l'instrument constituait probablement ce que Silbermann qualifiait de travail de "bricoleur" ("Pfuscher"). Jean-André préférait généralement rester à l'écart (voir St-Louis à la Citadelle), mais il s'agissait d'une des principales paroisses de la ville...

En même temps qu'il proposait un orgue neuf (1739), Jean-André Silbermann accepta de faire une réparation. Il découvrit que certains jeux avaient des tailles étaient trop petites, ou qu'il avait été fait usage de "mélange" (alliage plomb+étain) là où l'étain était indispensable. L'instrument était tellement mal conçu qu'il fallut déposer le Bourdon 16' (sic, sur un orgue en 4' du 18 ème), la Trompette et le Cornet d'écho juste pour permettre l'accès. Les jeux ne semblent pas avoir été remontés, et une fois la réparation "provisoire" effectuée, le projet de Silbermann resta sans suite. Il en fit un nouveau en 1744, sans plus de succès. [IOLMO] [ArchSilb]

Après 1745, Georg Friederich Merckel fut à nouveau chargé de l'entretien. En 1751, après avoir protesté au sujet de ses jeux disparus, il flaira toutefois une opportunité, et posa un Cromorne neuf sur la chape de la Trompette. [IOLMO] [ArchSilb]

En 1775, nouvelle réparation, par Johann Peter Toussaint, plutôt conséquente puisqu'il amena l'orgue dans son atelier à Westhoffen. Mais, bien que le compte-rendu de Silbermann s'arrête là, ce n'était pas fini... [IOLMO] [ArchSilb]

L'instrument fut réparé en 1791 (!), par Conrad Sauer. [IOLMO]

Au moins cet orgue aura-t-il eu l'utilité de donner un peu de travail aux facteurs, et ce jusqu'au dernier moment rendu possible par la tourmente révolutionnaire...

C'est probablement vers 1810 que Sébastien Krämer fut appelé au chevet de ce qui restait de l'instrument après la révolution. Il affirma avoir remplacé la pédale, le tremblant, et deux jeux en bois par des tuyaux métalliques. Mais les marguillers nièrent simplement qu'il avait fait quoi que ce soit, ce qui permit de ne pas le payer ! [IOLMO]

En 1825 et 1832, ce fut au tour de Conrad Sauer de devoir s'occuper de l'orgue de St-Pierre-le-Vieux, cette paroisse de Strasbourg qui faisait usage depuis 1723 d'un petit instrument arrivé par hasard, puis entretenu depuis selon la loi de la dépense minimale... [IOLMO]

En 1832, ce fut probablement Zeus qui eut pitié des paroissiens de St-Pierre-le-Vieux et des facteurs strasbourgeois : sa foudre endommagea l'instrument, qui cessa de fonctionner. A priori, cela aurait dû être suffisant pour autoriser enfin la construction d'un instrument neuf, mais George Wegmann fut appelé... pour le réparer ! [IOLMO]

En 1833, George Wegmann répara donc l'instrument et y ajouta un jeu. Il y avait alors 14 jeux. [IOLMO]

Finalement, l'orgue "aubaine" de 1723 resta en place 120 ans... Ce n'est qu'en 1844, à l'occasion de son remplacement par Martin Wetzel, que l'on consentit à s'en séparer. On pouvait imaginer qu'il a été cédé au facteur lors de remplacement (au moins en compensation de l'effort de démontage), mais il fut bel et bien vendu à Wetzel, pour 400 Francs ! Tant qu'à l'avoir payé, Wetzel le remonta en 1846 à Berling (54). [IOLMO]

Là-bas, le petit orgue fut encore ajusté, modifié et réparé (Charles Wetzel y mit sa plaque !). Adrian Spamann (1898) dans un rapport un rien désabusé, le qualifie de "lamentable" et le déclare impossible à réparer. Ce fut pourtant fait, par Frédéric Haerpfer en 1938. Ensuite, l'entretien fut effectué par la maison Koenig. Avec succès, puisqu'en 1988, lors de l'inventaire, le petit orgue fut - pour la première fois en 260 ans - qualifié de "pas trop mauvais". C'est même, malgré les péripéties de cet incroyable historique, le mieux conservé des orgues traditionnellement attribués à Merckel.

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L'orgue Martin Wetzel,
1844
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Historique

C'est à Martin Wetzel, en 1844, que l'on demanda de construire un orgue neuf. [IHOA]

La nouvelle église (l'édifice actuel) fut achevée en 1869, et ce sont les fils Wetzel, qui y remontèrent l'orgue de leur père. [IHOA]

En 1877, Charles Wetzel fit un devis pour une réparation et l'ajout d'un positif (et la transformation de deux jeux de pédale). [EFabre]

Le buffet

On dispose d'une photo du buffet de cet instrument, prise vers 1930 dans les ateliers Roethinger, où il sert d'arrière-plan pour une photo du personnel de la maison. Il est constitué de trois tourelles "classiques" à entablements, la plus grande au centre, et de deux plates-faces "retombantes". L'ornementation, néo-classique, était très développée, avec une double frise rinceaux/claire-voies aux plates faces, des jouées, et de grands couronnements, celui de la tourelle centrale figurant les armes de Saint-Pierre (clés croisées).

L'inventaire historique des orgues d'Alsace fait remarquer les similitudes d'ornementation entre les buffets Wetzel de St-Pierre-le-Vieux et celui "des Bois". Il s'agit de l'orgue des Bois en Suisse (Jura / Franches-Montagnes) (1868). Les buffets sont pratiquement identiques, sauf que celui de Strasbourg était peint en blanc. A tel point qu'on peut se demander s'il ne s'agit pas du même buffet. [IHOA] [PMSRHW]

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Historique

C'est finalement Heinrich Koulen qui plaça un nouvel orgue (dans l'ancien buffet), en 1883. [EFabre]

Cet instrument était fortement inspiré des orgues Merklin (donc romantiques français), une esthétique que Wilhelm Sering, directeur de la musique à Strasbourg, appréciait beaucoup. Bien que faisant probablement partie d'un dispositif de "germanisation" culturelle envoyé par l'Allemagne, Sering fit preuve d'une grande ouverture d'esprit. Comme Théophile Stern (Temple-Neuf), et grâce au succès de l'orgue du Temple Neuf (1877) il était l'infatigable (et courageux, dans sa position !) défenseur des Flûtes harmoniques, des Basson/Hautbois et des récits expressifs sonores et fournis. (Mais il tolérait aussi une Trompette au grand-orgue.)

Pour donner vie à ses idées éclectiques sans "faire entrer" des facteurs français dans le Reichsland, Sering disposait de deux atouts majeurs : Martin Rinckenbach et Heinrich Koulen, ce dernier établi à Strasbourg. Koulen avait appris son métier chez Merklin, qui, comme lui était d'origine allemande : on pouvait concilier esthétique romantique française et politique sans prendre trop de risques avec d'éventuels supérieurs trop zélés (ou à l'esprit moins ouvert).

L'orgue Koulen était doté d'un positif postiche, d'une console indépendante mécanique, d'une machine Barker, et de l'emblématique Tuba de pédale ("modèle déposé") de Koulen. Il fut reçu le 08/07/1883 par Wilhelm Sering et Marie-Joseph Erb :

Composition, 1883
Grand-orgue, 54 n. (C-f')
Wetzel
1883, sur demande de Sering
Wetzel
Wetzel
1883
1883
Wetzel
Wetzel
Wetzel
Sur base Wetzel
Wetzel
Récit expressif, 54 n. (C-f')
1883
Wetzel
Wetzel
Wetzel
1883
1883
Sur base Wetzel
1883, sur demande de Sering
1883
1883
Pédale, 27 n. (C-d)
1883, sur demande de Sering
Wetzel
1883
Wetzel
1883
Tuba 16'
1883
I/P
I/P
Appel 'jeux de combinaisons'
[EFabre]

Les 35 tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités en juillet 1917. [IHOA]

De 1910 à 1923 c'est donc cet orgue Koulen qui fut témoin des travaux de la "grande percée" de Strasbourg, consistant à construire la "Neue-Strasse" (renommée par la suite avec un rien de chauvinisme "rue du 22 Novembre", soit la date de l'entrée des troupes françaises à Strasbourg, le 22/11/1918). Une partie de la nef de St-Pierre-le-Vieux se trouvant sur le chemin de la nouvel avenue, il fallut... l'amputer de deux travées. Et donc de la doter d'un nouveau porche. Pour l'orgue, la Ville fit des promesses. Assez précises, d'ailleurs, tant que l'argent était disponible : un 3-claviers dans un buffet neuf. Lorsque les subsides vinrent à manquer, on suggéra quelques approches "pragmatiques" : le buffet neuf pourrait être très simple, le vieux buffet revendu, et tous les éléments récupérables du "vieil" orgue devraient être récupérés. [IHOA] [EFabre]

En fait, cela signifia la fin de l'orgue Koulen (démonté et entreposé en attendant de remplacement par un neuf, on sait ce que cela veut dire) Mais du coup, on comprend pourquoi le buffet Wetzel de cet instrument se trouvait à nouveau chez Roethinger vers 1930 !

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Historique

Le plus emblématique et le plus attachant des orgues de St-Pierre-le-Vieux est sûrement le bel instrument post-romantique construit par Edmond-Alexandre Roethinger en 1925. Il fut béni le 22 novembre (!). [IHOA] [EFabre]

Dessin de la maison Roethinger du projet de
                    buffet.Dessin de la maison Roethinger du projet de buffet.

L'orgue Roethinger disposait de 37 jeux sur trois manuels, muni d'une console indépendante face à la nef (pneumatique) et d'un buffet constitué de trois groupes de trois plates-faces en ogives (le plus grand au centre). On connait les compositions "agrandies" à 47 jeux après 1934, et celle de 1925 peut être déduite avec vraisemblance en retirant ce que l'on sait être des adjonctions. L'essentiel des jeux Wetzel (1844) et Koulen (1882) furent repris. [EFabre]

Voici l'hypothèse de composition initiale (proposée par Emmanuel Fabre) sur cette base, complétée par des correspondances de l'époque :

Composition, Hypothèse_1925
Grand-Orgue, 56 n. (C-g''')
1844
Probablement 1925 (buffet neuf)
1882
1844
1882
1844
1925
1844
1844
1844 et 1882
Réelles (récit de 68 notes)
Positif expressif, 56 n. (C-g''')
1925
1925
1882
1844
1925
1882
Cymbale-Cornet de 1883
Récit expressif, 56 n. (C-g'''')
1882
1925
1925
1925
1882
1925
1925 ?
1925
1925
1882
1882
Pédale, 27 n. (C-d')
1882
1844
1844
1882
1882
I/P
[EFabre]

Le positif était donc fondé sur un Bourdon 16', disposait de son propre ondulant (Unda maris) et d'une Clarinette. Dès 1932, Huber, l'organiste du lieu, demanda des transformations dans le sens "néo-classique" (Bourdon 16' du positif -> Gemshorn, Clarinette -> Cromorne, Clairon au récit) et des modifications à la console. [EFabre]

En 1934, l'orgue fut agrandi par Edmond-Alexandre Roethinger. [IHOA] [EFabre]

La traction fut électrifiée (électro-pneumatique) et la composition passa à 48 jeux : 4 plans sonores manuels, grâce à un écho/Fernwerk. Ce Fernwerk était doté de 8 jeux, dont une Harpe céleste à percussion. Cette fois, c'est Fernand Rich qui avait fait ses propositions (au grand-orgue, Dulciane -> Fourniture 3 rgs, Trompette de pédale et remplacement du Tuba 16' de Koulen par une Bombarde neuve. Le "Fernwerk" était joué depuis le troisième manuel, et logé dans la tour-porche, au-dessus de la voûte de la nef, un emplacement absolument idéal pour produire une musique "céleste". L'expression du Fernwerk pouvait être contrôlée indépendamment du récit, et il y avait donc 4 pédales basculantes (une pour chaque plan sonore expressif, plus de crescendo). L'instrument reçut une console du type de celle de Bischheim (mais à 3 claviers). Elle était placée orthogonalement au buffet, sur le côté gauche, tournée vers le centre. Le reste de la composition est très "Elsässische Orgelreform" (Emile Rupp aurait servi de conseiller, selon les dires de Fernand Rich) : une Septième 1'1/7 s'y fait remarquer, à côté de 3 autres jeux de Mutations. Inauguré le 26/11/1933 par Fernand Rich, cet orgue fut joué en concerte par Marcel Dupré le 05/03/1934 (le "Chemin de Croix"). [EFabre]

Composition, 1934
Grand-Orgue, 56 n. (C-g''')
1844
Probablement 1925 (buffet neuf)
1882
1844
1882
1844
1925
1844
1933
1844
1933
1844 et 1882
Réelles (récit de 68 notes)
I/I
Appel I
Positif expressif, 56 n. (C-g''')
1925
1925
1882
1844
Flûte traversière 1882 modifiée ?
1933
1933
Cymbale-Cornet de 1883
Annulateur II
Réelles (récit de 68 notes)
Récit expressif, 56 n. (C-g'''')
1882
1925
1925
1925
1882
1925
1925 ?
1925
1925
1882
1933
Annulateur III
Ferwerk expressif (joué sur III), 56 n. (C-g''')
1933
1933
1925
1933
1933
1933
1882
Harpe céleste
Jeu à percussion, 1933
Pédale, 27 n. (C-d')
1844
1844
1882
1933
Neuve (1933)
1933
I/P
[EFabre]

Fort logiquement pour l'époque, la Voix humaine du récit passa au nouveau Fernwerk et fut remplacée par un Clairon. L'Unda-maris du positif alla aussi au Fernwerk (qui fut donc doté de 6 jeux neufs). Le positif fut doté de deux Mutations (une Quinte, et une Septième, probablement destinée à compléter le Carillon). Le grand-orgue fut doté de deux Mutations et d'une Fourniture.

En 1944, l'instrument subit des dégâts dus à la guerre. [IHOA]

Après des années d'atermoiements, de tractations et de projets divers, l'orgue a été déménagé à Caen, St-Julien, en 1962 par la maison Max Roethinger. Il y a été remonté "simplifié" et sans buffet (les tuyaux disposés sur un soubassement). Muni cette fois d'une console électrique "de série", il était aux dernières nouvelles déclaré "en mauvais état" ("un grand orgue malade..."). Son dernier relevage date de 1978 (Koenig / Sarre-Union), mais en 2011, un concert était organisé au profit de sa restauration. Evidemment, les modifications de 1936 et ultérieures n'ont dû laisser qu'une pâle image de la merveille qu'il avait dû être en 1925, quand il était intègre, pneumatique et cohérent. [OrguesNormandie] [OCalvados]

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Historique

Si le premier orgue Roethinger a été revendu à Caen, c'est que St-Pierre-le-Vieux décida d'acquérir un "vrai" néo-classique, qui fut livré en 1960 par Max Roethinger. L'instrument disposait de 49 jeux (quatre manuels), soit à peine plus que la version d'avant-guerre, mais cette fois avec des sommiers électriques à gravures, et avec un positif de dos. [IHOA] [IHOA]

Fortement inspiré de l'orgue de St-Maximin-du-Var (Jean-Esprit Isnard), ce projet, soutenu par Michel Chapuis, est devenu l'un des derniers "néo-classiques" d'Alsace (avant l'arrivée du néo-baroque, où le retour aux techniques du 18 ème s'impose, tout comme le renoncement à tout compromis). Fidèle à l'esprit néo-classique, l'instrument intégrait une (faible) part de jeux romantiques (Quintaton, Gemshorn, Unda-maris), et même des anches "germaniques" alors à la mode (un peu comme un "plus produit", et sans que la cohérence ne soit un objectif en soi : il était encore permis de "juxtaposer" des jeux de différentes esthétiques, non conçus pour s'intégrer à un "plenum"). On trouvait au clavier de solo la déclinaison en 16/8/4 : Ranquette 16', Chalumeau 8', Musette 4'.

L'orgue a été inauguré par Roger Seiter le 19/04/1964. [EFabre]

L'instrument a été relevé en 1974 par Albin Unfer (un "ancien" de chez Roethinger qui s'est établi à Leutenheim en 1968). [EFabre]

En 1995, il fallut effectuer des réparations à la transmission, et, évidemment, adoucir un peu l'instrument pour atténuer les excès souvent pratiqués par les harmonisations des années 60. Les travaux furent confiés à la maison Muhleisen. Les jeux d'anches, en particulier, ont été totalement réharmonisés. Les Mutations, aussi, puisqu'elle semblent avoir été tonitruantes à l'origine. La nouvelle harmonisation a été faite par André Schaerer et Jean-Christophe Debely. [IHOA] [Muhleisen] [Caecilia]

L' "add-on germanique" (Ranquette, Chalumeau, Musette) étant reconnu pour ce qu'il était (une fausse bonne idée), il fut remplacé par des anches plus conventionnelles dans cette esthétique. Malheureusement, le Quintaton et l'Unda-maris du récit disparurent aussi (mais il faut dire qu'ils devaient se sentir bien seuls). Le récit étant dépourvu de Hautbois et de Voix humaine, il fut décidé d'ajouter ces deux jeux. Ils ont été placés sur les chapes de la Trompette et du Clairon, ce qui a provoqué le déplacement ces deux derniers jeux au solo. Ils ont donc du coup perdu le bénéfice de la boîte expressive.

La traction a nécessité de nombreux efforts : câblage, contacts, à la fois pour le tirage des notes et des jeux. Un sommier a été ajouté pour les notes graves de la Soubasse, car en 1960, les sommiers à gravures n'étaient pas totalement maîtrisés, et avant cette adjonction, les grands tuyaux de la Soubasse étaient insuffisamment alimentés, et perturbaient les anches par effets dynamiques dans la gravure. Les pressions ont été revues :

[Muhleisen]

L'instrument rénové a été béni le 28 septembre 1996 par Mgr Elchinger, et inauguré par Pascal Reber le 19/10/1996. [EFabre]

En 2002 (suite à des travaux de peinture) et 2015, l'orgue a fait l'objet de travaux par la maison Muhleisen. Une opération de plus grande envergure sera probablement rapidement nécessaire, en raison de l'empoussièrement et de la baisse de fiabilité de la traction. [VWeller] [EFabre]

Le buffet

L'orgue se situe dans le transept gauche. Il y a bien un buffet, bien qu'il ne soit pas visible d'en-bas et qu'on lui ait refusé tout rôle esthétique.

De fait, certains architectes des années 1950-1970 avaient décidé que les buffets d'orgue n'avaient plus leur place dans les églises...

Le buffet est bien présent, quoique interne, et masqué par un alignement de tuyaux constitué de deux "mitres". Mais elles sont agrémentées de deux "tourelles", qui, si elles ne sont pas encadrées de bois, sont disposées en tiers-point conformément à une tradition établie. Un ensemble uniquement constitué de tuyaux métalliques étant vraiment trop "minéral", on a dote le positif de dos de quelques tuyaux en acajou. Mais, là aussi, il est fermé par des panneaux de bois sur les quatre autres faces. Les parties intérieures sont dotées de plafonds (en Isorel).

Vu plongeante sur la façade et la console
                (depuis le récit).Photo de Victor Weller, 16/06/2015.Vu plongeante sur la façade et la console (depuis le récit).
Photo de Victor Weller, 16/06/2015.

Comme on le voit sur la photo ci-dessus, (la boîte expressive est à gauche) seule la façade est située hors buffet. Plus bas, on distingue la console, et le buffet du positif de dos, complètement fermé.

Caractéristiques instrumentales

Console:
La console. Photo de Franck Lechêne,
                    09/05/2012.La console. Photo de Franck Lechêne, 09/05/2012.

Console indépendante fermée par un rideau coulissant, placée devant et face à l'orgue, en position centrale, et légèrement plus bas (l'orgue est en encorbellement sur la tribune). Tirage des jeux par dominos numérotés de couleur crème, placés sur les panneaux latéraux inclinés, en 5 rangées, de bas en haut : pédale, positif, grand-orgue, récit et solo. Les fonds sont à gauche, les anches et la mutations à droite. Les accouplements peuvent être commandés par des dominos analogues à ceux des jeux, situés en ligne au-dessus des claviers. Voltmètre (panneau gauche, à droite des dominos du solo). Les boutons "incrémentaux" (flèches '+' et '-') du combinateur sont aussi situés sur le panneau gauche. Double commande des accouplements par champignons (avec voyant lumineux).

La plaque d'adresse est constituée des lettres "E.A. Roethinger", cursives, sans fond. Elle est placée au-dessus de l'octave aiguë du 4ème clavier.

Transmission: électrique. (Électropneumatique pour les jeux.)
Sommiers: à gravures avec des coulisses graphitées en plastique (Armodur). Chapes en bois exotique. Le grand-orgue est encadré par la pédale (à gauche) et le solo (à droite). Le récit se situe au dessus. Pour accéder au Solo, il faut monter au Récit, puis redescendre. Disposition chromatique pour le positif, le solo et la pédale, diatonique pour le grand-orgue et en mitre pour le récit. Porte-vents en Westaflex. [VWeller]
Tuyauterie:
La (moitié de la) tuyauterie du grand-orgue
                    (coté Cis). Photo de Victor Weller, 16/06/2015.L'essentiel de la tuyauterie
                    est logée dans un buffet.On distingue au premier plan les soufflets du
                    tirage des jeux.Certains tuyaux de la Trompette sont coudés par manque de
                    place.En haut, le grand Cornet posté (plus étendu que d'habitude, puisqu'il
                    descend au Fa (f)).La (moitié de la) tuyauterie du grand-orgue (coté Cis). Photo de Victor Weller, 16/06/2015.
L'essentiel de la tuyauterie est logée dans un buffet.
On distingue au premier plan les soufflets du tirage des jeux.
Certains tuyaux de la Trompette sont coudés par manque de place.
En haut, le grand Cornet posté (plus étendu que d'habitude, puisqu'il descend au Fa (f)).
La tuyauterie du positif. Photo de Victor
                    Weller, 16/06/2015.Au premier plan, la Cymbale à deux rangs (qu'on a
                    sagement décidé de mettre au fond de la classe).Vient ensuite la Voix
                    humaine (1996),puis le Cromorne, auquel des manchons sombres confèrent un
                    look "tenue de soirée".Noter, au fond, les Bourdons à calottes mobiles, ce
                    qui facilite leur accord (on monte ou on descend la calotte).Certaines
                    techniques employées ici sont encore apparentés à l'ère romantique :c'est
                    bien un orgue "néo-classique", et non "néo-baroque",pour lequel les
                    Bourdons seraient à calottes soudées ; l'accord y est obtenu par la négociation
                    (autrement dit par le travail sur les oreilles).La tuyauterie du positif. Photo de Victor Weller, 16/06/2015.
Au premier plan, la Cymbale à deux rangs (qu'on a sagement décidé de mettre au fond de la classe).
Vient ensuite la Voix humaine (1996),
puis le Cromorne, auquel des manchons sombres confèrent un look "tenue de soirée".
Noter, au fond, les Bourdons à calottes mobiles, ce qui facilite leur accord (on monte ou on descend la calotte).
Certaines techniques employées ici sont encore apparentés à l'ère romantique :
c'est bien un orgue "néo-classique", et non "néo-baroque",
pour lequel les Bourdons seraient à calottes soudées ; l'accord y est obtenu par la négociation (autrement dit par le travail sur les oreilles).
A la tribune. Photo de Victor Weller,
            16/06/2015.C'est une très belle ambiance ; il s'agit d'une des tribunes les plus
            marquantes de Strasbourg.Les orgues néo-classiques, qui ont eu leur heure de gloire
            il y a une cinquantaine d'années,sont souvent injustement méconnus de nos
            jours. Compliqués à entretenir, et ayant eu à souffrir, comme les orgues
            romantiques,des excès du "tout-baroque" ils ont toutefois généralement une très
            forte personnalité et des capacités souvent insoupçonnées.Cette esthétique est,
            rappelons-le, directement à l'origine de certaines des plus belles pages du
            répertoire.A la tribune. Photo de Victor Weller, 16/06/2015.
C'est une très belle ambiance ; il s'agit d'une des tribunes les plus marquantes de Strasbourg.
Les orgues néo-classiques, qui ont eu leur heure de gloire il y a une cinquantaine d'années,
sont souvent injustement méconnus de nos jours.
Compliqués à entretenir, et ayant eu à souffrir, comme les orgues romantiques,
des excès du "tout-baroque" ils ont toutefois généralement une très forte personnalité et des capacités souvent insoupçonnées.
Cette esthétique est, rappelons-le, directement à l'origine de certaines des plus belles pages du répertoire.

Sites St-Maximin-la-Sainte-Beaume

L'orgue Roethinger de 1960 a été inspiré par une "figure" de l'orgue classique français : l'instrument construit pour le couvent royal de St-Maximin-la-Sainte-Beaume, de 1772 à 1775 par Jean Esprit Isnard (22/01/1707 - 16/03/1781). Des travaux de Jean Esprit Isnard, qui était un Dominicain, Frère convers du couvent de Tarascon, seuls quatre ou cinq restent réellement témoins de sa facture :

Le trait marquant de la composition de "St-Max" est de fournir un clavier dit de "Raisonance" ('ai' et un seul 'n'). Il est à la fois clavier de Bombarde, avec sa batterie d'anches, clavier de récit, avec ses Flûtes et son Cornet, mais c'est avant tout un clavier d'accouplement, une "réserve de jeux" à affecter au grand-orgue ou à la pédale. On peut aussi le concevoir comme une pédale indépendante "étendue" vers l'aigu comme un manuel. Du coup, il n'y a pas de pédale indépendante à St-Maximin, mais une tirasse du le clavier de raisonance.

Un autre trait marquant est le nombre de Trompettes. A l'époque, on demande à l'orgue des grand-jeux éclatants. Depuis le 17 ème siècle, les facteurs avaient la maîtrise des pleins-jeux et des mutations. Les principes de synthèse sonore fondés sur des tuyaux à bouche n'avaient plus de secrets. Mais les anches, par contre, donnaient encore bien des soucis :

Isnard a proposé son fameux dessus de chamade : les tuyaux de cette Trompette dont sont disposés horizontalement, en saillie du buffet. Elle est donc très "audible", et a tenue de l'accord est censée être meilleure. Elle ne parle qu'en dessus, pour rééquilibrer l'instrument dont les anches parlent plus fort dans les graves. Il n'y a pas de Doublette au grand-orgue, et c'est voulu : c'est pour marquer le caractère "16 pieds" de l'instrument : le grand-orgue est conçu pour être joué avec ses 16 pieds (et les grandes mutations en 5'1/3 et 3'1/5 n'en souffriraient pas l'absence). C'est donc tout le contraire d'un orgue d'accompagnement : jamais il ne soutient le chant. Son rôle est de commenter la liturgie ou d'alterner des couplets avec le choeur.

Le terme "récit" est à prendre dans sa signification classique : c'est un demi-clavier, à vocation purement mélodique. Il sert à jouer une voix en la mettant en valeur. Cela n'a rien de commun avec un "récit romantique" destiné à compléter le grand-orgue.

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