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Les orgues de la région de Strasbourg
Strasbourg, St-Pierre-le-Vieux (cath.)
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Strasbourg, St-Pierre le Vieux, l'orgue Roethinger.
Photo de Roland Lopes, 03/12/2005.Strasbourg, St-Pierre le Vieux, l'orgue Roethinger.
Photo de Roland Lopes, 03/12/2005.

Ce grand instrument néo-classique a été construit en 1964 par la maison Roethinger. Il a été conçu pour exécuter un très large répertoire, allant de la musique classique française aux pièces contemporaines. Il était - à l'origine - doté à la fois de jeux "classiques" et "romantiques", mais aussi d'anches que l'on trouve plutôt dans les instruments de l'Allemagne du nord (Ranquette, Chalumeau). L'ensemble manquait probablement un peu de cohérence, mais l'idée directrice était de s'inspirer du célèbre orgue de St-Maximin (Jean Esprit Isnard, 1772-1775). Des modifications ultérieures se sont efforcées de le rapprocher de cette esthétique, en privilégiant donc le répertoire classique français. L'instrument a bénéficié d'un relevage et de travaux en 2017.

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L'orgue de facteur inconnu (avant 1723)
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Historique

L'édifice actuel date des années 1860 (Jean-Geoffroy Conrath en est l'architecte), mais l'histoire des orgues de St-Pierre-le-Vieux commence dans l'église "historique", dont le chœur fut utilisé par les catholiques suite à l'intervention du Louis XIV (1683). La présence d'un instrument "en 2 pieds" y est attestée avant 1723. [IHOA]

Avant cela, mais dans la partie constituant aujourd'hui l'église protestante St-Pierre-le-Vieux, un orgue est attesté dès 1383, et Anton Meutting plaça un instrument neuf en 1590. Le "petit 2'" présent en 1723 peut donc être considéré comme le premier orgue de l'église catholique St-Pierre-le-Vieux, bien qu'il ne soit pas le premier de la paroisse. [IHOA]

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L'orgue Georg Friederich Merckel,
1723
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Historique

C'est Georg Friederich Merckel qui, en 1723, qui fournit un orgue neuf, dont le destin fut, on va le voir, peu commun. [IHOA] [IOLMO] [ArchSilb]

L'instrument n'était pas destiné à St-Pierre-le-Vieux, mais à l'église protestante de Bischwiller. Il y avait été "commandé" sans preuve écrite, et lorsque finalement Bischwiller préféra André Silbermann, Merckel se retrouva avec un petit orgue sur les bras. Il trouva à le placer à Strasbourg. On raconte que pour faciliter la réception, menée par Léonce Honauer (Strasbourg, St-Pierre-le-Vieux) et Joseph Michael Rauch (Strasbourg, Cathédrale), Merckel offrit une épinette. Du coup, ils ne trouvèrent à redire qu'au sujet des étiquettes des jeux. [IOLMO] [ArchSilb]

Composition, 1723
Manuel, 48 n. (CD-c''')
C-H en 8'
C-h en bois
Mélange (y-compris le corps)
Mélange
Echo
Pédale
I/P
Accrochée
[IOLMO] [ArchSilb]

Dès 1736, Johann-Georg Rohrer recommanda le remplacement du sommier, mais c'est finalement un itinérant, du nom de François Adam, qui fit un entretien au mois d'août, et remplaça la Viole de gambe par une Flûte 4'. [IOLMO] [ArchSilb]

Comme les autres orgues Merckel, l'instrument constituait probablement ce que Silbermann qualifiait de travail de "bricoleur" ("Pfüscher"). Quand on lui demandait d'intervenir sur ce genre d'instruments, Jean-André préférait décliner (voir St-Louis à la Citadelle). Mais ici, il s'agissait d'une des principales paroisses de la ville...

En même temps qu'il proposait un orgue neuf (1739), Jean-André Silbermann accepta de faire une réparation. Il découvrit que certains jeux avaient des tailles bien trop petites, et qu'il avait été fait usage de "mélange" (alliage plomb+étain) là où l'étain était d'usage. L'instrument était tellement mal conçu que pour permettre l'accès, il fallut déposer le Bourdon 16' (sic, sur un orgue en 4' du 18 ème), la Trompette et le Cornet d'écho. Ces jeux ne semblent pas avoir été remontés, et une fois la réparation "provisoire" effectuée, le projet de Silbermann resta sans suite. Il en fit un nouveau en 1744, sans plus de succès. [IOLMO] [ArchSilb]

Après 1745, Georg Friederich Merckel fut à nouveau chargé de l'entretien. En 1751, après avoir protesté au sujet des jeux disparus, il flaira toutefois une opportunité, et posa un Cromorne neuf sur la chape de la Trompette. [IOLMO] [ArchSilb]

En 1775, nouvelle réparation, menée par Johann Peter Toussaint, fut plutôt conséquente puisqu'il transporta l'orgue dans son atelier de Westhoffen. Bien que le compte-rendu de Silbermann s'arrête là, l'histoire du Merckel était loin d'être finie. [IOLMO] [ArchSilb]

L'instrument fut réparé en 1791 (!), par Conrad Sauer. [IOLMO]

Au moins cet orgue aura-t-il eu l'utilité de donner un peu de travail aux facteurs, et ce jusqu'au dernier moment avant les heures les plus noires de la tourmente révolutionnaire...

C'est probablement vers 1810 que Sébastien Krämer fut appelé au chevet de ce qui restait de l'instrument après la révolution. Il affirma avoir remplacé la pédale, le tremblant, et deux jeux en bois par des tuyaux métalliques. Mais les marguilliers nièrent simplement qu'il avait fait quoi que ce soit, ce qui permit de ne pas le payer ! [IOLMO]

En 1825 et 1832, ce fut au tour de Conrad Sauer de devoir s'occuper de l'orgue de St-Pierre-le-Vieux, cette paroisse de Strasbourg qui faisait usage depuis 1723 d'un petit instrument arrivé un peu par hasard, puis entretenu selon le principe de la dépense minimale... [IOLMO]

En 1832, ce fut probablement Zeus qui eut pitié des paroissiens de St-Pierre-le-Vieux et des facteurs strasbourgeois : sa foudre endommagea l'instrument, qui cessa de fonctionner. A priori, cela aurait dû être suffisant pour autoriser enfin la construction d'un instrument neuf. Mais George Wegmann fut appelé... pour le réparer ! [IOLMO]

En 1833, George Wegmann répara donc l'instrument et y ajouta un jeu. Il y avait alors 14 jeux. [IOLMO]

Finalement, l'orgue "aubaine" de 1723 resta en place 120 ans... Ce n'est qu'en 1844, à l'occasion de son remplacement par Martin Wetzel, que l'on consentit à s'en séparer. On pouvait imaginer qu'il a été cédé au facteur lors de remplacement (au moins en compensation de l'effort de démontage), mais il fut bel et bien vendu à Wetzel, pour 400 Francs ! Tant qu'à l'avoir payé, Wetzel le remonta en 1846 à Berling (54). [IOLMO]

Là-bas, le petit orgue fut encore ajusté, modifié et réparé (Charles Wetzel y mit sa plaque !). Adrian Spamann (1898), dans un rapport un rien désabusé, le qualifie de "lamentable" et le déclare impossible à réparer. Ce fut pourtant fait, par Frédéric Haerpfer en 1938. Ensuite, l'entretien fut effectué par la maison Koenig. Avec succès, puisqu'en 1988, lors de l'inventaire, le petit orgue fut - pour la première fois en 260 ans - qualifié de "pas trop mauvais". C'est même, malgré les péripéties de cet incroyable historique, le mieux conservé des orgues traditionnellement attribués à Merckel.

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Historique

C'est Martin Wetzel, en 1844, qui construisit finalement un orgue neuf pour St-Pierre-le-Vieux. [IHOA]

Le devis est daté du 15/04/1843.

Composition, Devis1843
Grand-orgue, 54 n. (C-f''')
(C-f''')
20 en bois, puis étoffe
Etain
C-c en bois, puis étoffe
Etain
Etoffe
Etain
Pédale, 25 n. (C-c)
Bois
Bois
[PMSAVS75]

Toutefois, aux archives paroissiales fut retrouvé un autre devis, qui précise que l'orgue doit être posé contre le mur séparant l'église catholique de l'église protestante ; la composition y est un peu plus étoffée, dans un style encore plus "classique" (Cymbale, Clairons, renoncement au Violoncelle ; l'absence de Montre 8' est peut-être un oubli) :

La nouvelle église (l'édifice actuel) fut achevée en 1869, et en 1873, Charles Wetzel, y remonta l'orgue de son père. Démonté en 1868, l'instrument avait été entreposé aux Abattoirs et avait été endommagé lors du conflit de 1870. [IHOA] [PMSAVS75]

En 1877, Charles Wetzel fit un devis pour une réparation et l'ajout d'un positif de 6 jeux, ainsi que et la transformation de deux jeux de pédale. [EFabre] [PMSAVS75]

Le buffet

On dispose d'une photo du buffet de cet instrument, prise vers 1930 dans les ateliers Roethinger, où il sert d'arrière-plan pour une photo du personnel de la maison. Il est constitué de trois tourelles "classiques" à entablements, la plus grande au centre, et de deux plates-faces "retombantes". L'ornementation, néo-classique, était très développée, avec une double frise rinceaux/claire-voies aux plates faces, des jouées, et de grands couronnements, celui de la tourelle centrale figurant les armes de Saint-Pierre (clés croisées).

L'inventaire historique des orgues d'Alsace fait remarquer les similitudes d'ornementation entre les buffets Wetzel de St-Pierre-le-Vieux et celui "des Bois". Il s'agit de l'orgue des Bois en Suisse (Jura / Franches-Montagnes). Les buffets sont pratiquement identiques, sauf que celui de Strasbourg était peint en blanc. A tel point qu'on peut se demander s'il ne s'agit pas du même buffet. [IHOA] [PMSRHW]

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Historique

Dès 1883, Heinrich Koulen plaça un nouvel orgue dans l'ancien buffet. [EFabre] [Stpievic2017]

L'instrument était fortement inspiré des orgues de Joseph Merklin (de style romantique français), une esthétique que Wilhelm Sering, directeur de la musique à Strasbourg, appréciait beaucoup. Bien qu'il soit "communément admis" qu'il faisait à l'origine partie d'un soit-disant dispositif de "germanisation" culturelle envoyé par l'Allemagne après 1870, Sering faisait preuve d'une grande ouverture d'esprit. Comme Théophile Stern (Temple-Neuf), et grâce au succès de l'orgue du Temple Neuf (1877), il était l'infatigable défenseur des Flûtes harmoniques, des Basson/Hautbois et des récits expressifs sonores et fournis. Mais il tolérait aussi une Trompette au grand-orgue.

Pour donner vie à ses idées éclectiques, Sering disposait de deux atouts majeurs : Martin Rinckenbach et Heinrich Koulen. Ce dernier, établi à Strasbourg, avait appris son métier chez Merklin, qui, comme lui, était d'origine allemande : on pouvait donc concilier esthétique romantique française et politique sans prendre trop de risques avec d'éventuels supérieurs trop zélés (ou à l'esprit moins ouvert).

L'orgue était doté de l'emblématique Tuba de pédale ("modèle déposé") de Koulen. La réception a été assurée par Wilhelm Sering et Marie-Joseph Erb : [EFabre] [Stpievic2017]

Composition, 1883
Grand-orgue, 54 n. (C-f''')
Wetzel
1883, sur demande de Sering
Wetzel
Wetzel
1883
1883
Wetzel
Wetzel
Wetzel
Sur base Wetzel
Wetzel
Récit expressif, 54 n. (C-f''')
1883
Wetzel
Wetzel
Wetzel
1883
1883
Sur base Wetzel
1883, sur demande de Sering
1883
1883
Pédale, 27 n. (C-d)
1883, sur demande de Sering
Wetzel
1883
Wetzel
1883
Tuba 16'
1883
I/P
[EFabre] [Stpievic2017]

La console était indépendante, et le buffet complété par un positif postiche. Les sommiers étaient à gravures (pour partie de Wetzel), et la transmission assistée d'une Machine Barker, ce qui permit de placer un accouplement des claviers en 16'. Les archives paroissiales (Conseil de fabrique du 08/07/1883) attestent que l'orgue était apprécié : "bien réussi [et] réunissant toutes les conditions de solidité et de durée voulues." [Stpievic2017]

Or, le 28/11/1910, la maison Dalstein-Haerpfer fournit un devis pour un instrument neuf de 35 jeux sur 3 manuels et pédale (10+6+13+6). Et le 04/10/1911, le curé E. Hirtz déclara que l'orgue était devenu inutilisable. Des réparations urgentes étaient nécessaires, mais le contexte ne s'y prêtait pas. [PMSAVS75]

Car de 1910 à 1923 eut lieu la "grande percée" de Strasbourg, consistant à construire la "Neue-Strasse" (renommée par la suite "rue du 22 Novembre", soit la date de l'entrée des troupes françaises à Strasbourg, le 22/11/1918). Une partie de la nef de St-Pierre-le-Vieux se trouvant sur le chemin de la nouvelle avenue, il fallut l'amputer de deux travées. Et donc de la doter d'un nouveau porche. Pour l'orgue, la Ville fit des promesses. Assez précises, d'ailleurs, tant que l'échéance était lointaine : un 3-claviers dans un buffet neuf. Mais quand il fallut concrétiser, on suggéra vite quelques approches "pragmatiques" : le buffet neuf pourrait par exemple être très simple, le vieux buffet revendu, et tous les éléments récupérables du "vieil" orgue devraient être récupérés. [IHOA] [EFabre]

Cela signifia la fin de l'orgue Koulen (démonté et entreposé en attendant de remplacement par un neuf, on sait ce que cela veut dire). Et on comprend pourquoi le buffet Wetzel de cet instrument se trouvait à nouveau chez Roethinger vers 1930 pour y être pris en photo !

Les 35 tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités en juillet 1917. [IHOA]

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Historique

Le plus emblématique et le plus attachant des orgues de St-Pierre-le-Vieux est sûrement le bel instrument post-romantique construit par Edmond-Alexandre Roethinger en 1925 et complété en 1934. [IHOA] [EFabre] [Stpievic2017]

Pour ce projet, on réunit un comité qui comptait Charles-Marie Widor, Joseph Bonnet, Ernest Münch, Marie-Joseph Erb, Emile Rupp, Charles Muller et Joseph Ringeissen. L'équipe demanda des propositions à Charles Mutin (de Paris, qui déclina), Charles Michel-Merklin & Kuhn (de Lyon, qui ne montra pas trop d'empressement), Abbey, Dalstein-Haerpfer, Joseph Rinckenbach, Franz Xaver Kriess et Roethinger. Kriess était le plus cher, suivi par Rinckenbach puis Roethinger. Charles Müller, Joseph Ringeissen et Emile Rupp soutenaient le projet de Roethinger, qui fut retenu. L'instrument a été reçu le 27/08/1925 par Charles Müller et Martin Mathias, et fut béni le 22 novembre (!), avec, aux claviers, P. Jacquemin (St-Pierre-le-Vieux), L. Thomas (St-Pierre-le-Vieux) et François-Xavier Matthias. [PMSAVS75] [Stpievic2017]

Dessin de la maison Roethinger du projet de buffet.Dessin de la maison Roethinger du projet de buffet.

L'orgue Roethinger disposait de 37 jeux sur trois manuels. Il était muni d'une console indépendante face à la nef (pneumatique) et d'un buffet constitué de trois groupes de trois plates-faces en ogives (le plus grand au centre). Les sommiers étaient à cônes. On connaît les compositions "agrandies" à 47 jeux après 1934, et celle de 1925 peut être déduite avec vraisemblance en retirant ce que l'on sait être des adjonctions. L'essentiel des jeux Wetzel (1844) et Koulen (1882) furent repris. [EFabre] [Stpievic2017]

Voici l'hypothèse de composition initiale (proposée par Emmanuel Fabre) sur cette base, complétée par des correspondances de l'époque :

Composition, Hypothèse_1925
Grand-Orgue, 56 n. (C-g''')
1844
Probablement 1925 (buffet neuf)
1882
1844
1882
1844
1925
1844
1844
1844 et 1882
Réelles (récit de 68 notes)
Positif expressif, 56 n. (C-g''')
1925
1925
1882
1844
1925
1882
Cymbale-Cornet de 1883
Récit expressif, 56 n. (C-g'''')
1882
1925
1925
1925
1882
1925
1925 ?
1925
1925
1882
1882
Pédale, 27 n. (C-d')
1882
1844
1844
1882
1882
I/P
[EFabre] [Stpievic2017]

Le positif était donc fondé sur un Bourdon 16' ; il disposait logiquement de son propre ondulant (Unda maris) et d'une Clarinette.

Mais comme c'est souvent le cas pour les orgues "de ville", dès qu'arriva le titulaire suivant (M. Huber), il y eut des propositions d' "améliorations". En 1932, Huber demanda le remplacement du Bourdon 16' du positif par un Gemshorn, de la malheureuse Clarinette par un Cromorne, et de placer un Clairon au récit. Ainsi que des modifications à la console. [Stpievic2017]

Le "néo-classique" "mainstream" était en marche, et il avait des Clairons et des Cromornes à placer... Notons que ce n'étaient pas des Mixtures qui étaient demandées : le tsunami de Cymbales et de Scharff ne frappa que plus tard. De fait, on vit plus grand que des "ajustements de composition" :

En 1934, l'orgue fut agrandi par Edmond-Alexandre Roethinger. [IHOA] [EFabre] [MDStpievic1934]

La console de 1934.La console de 1934.

La traction fut électrifiée (électro-pneumatique) et la composition passa à 48 jeux : 4 plans sonores manuels, grâce à un écho/Fernwerk. Ce Fernwerk était doté de 8 jeux, dont une Harpe céleste à percussion (comme à Bischheim). Cette fois, c'est Fernand Rich qui avait fait ses propositions (au grand-orgue, la Dulciane devait céder sa place à un Plein-jeu 3 rgs ; à la pédale, une Bombarde devait remplacer le Tuba 16' de Koulen, et une Trompette devait être ajoutée).

Le Fernwerk

Mais la grande affaire, c'était le "Fernwerk". Ce plan sonore était joué depuis le troisième manuel, et logé dans la tour-porche, au-dessus de la voûte de la nef, un emplacement absolument idéal pour produire une musique "céleste". Son expression pouvait être contrôlée indépendamment du récit, et il y avait donc 4 pédales basculantes à la console (une pour chaque plan sonore expressif, plus de crescendo).

Une console 'Bischheim'

L'instrument reçut une magnifique console du type de celle de Bischheim (mais à 3 claviers). Elle était placée orthogonalement au buffet, sur le côté gauche, tournée vers le centre, et dotée de 26 indicateurs lumineux ! Le reste de la composition est encore très "Elsässische Orgelreform" (Emile Rupp aurait servi de conseiller, selon les dires de Fernand Rich) : une Septième 1'1/7 s'y fait remarquer, à côté de 3 autres jeux de Mutations. L'orgue a été inauguré le 26/11/1933 par Fernand Rich. [EFabre] [MDStpievic1934]

Composition, 1934
Grand-Orgue, 56 n. (C-g''')
1844
Probablement 1925 (buffet neuf)
1882
1844
1882
1844
1925
1844
1933
1844
1933
1844 et 1882
Réelles (récit de 68 notes)
I/I
Appel I
Positif expressif, 56 n. (C-g''')
1925
1925
1882
1844
Flûte traversière 1882 modifiée ?
1933
1933
Cymbale-Cornet de 1883
Annulateur II
Réelles (récit de 68 notes)
Récit expressif, 56 n. (C-g'''')
1882
1925
1925
1925
1882
1925
1925 ?
1925
1925
1882
1933
Annulateur III
Fernwerk expressif (joué sur III), 56 n. (C-g''')
1933
1933
1925
1933
1933
1933
1882
Harpe céleste
Jeu à percussion, 1933
Pédale, 27 n. (C-d')
1844
1844
1882
1933
Neuve (1933)
1933
I/P
Pédale basculante
[EFabre] [MDStpievic1934]

Même après ces modifications, ce devait toujours être un instrument extraordinaire ! Surtout avec un Fernwerk... Fort logiquement pour l'époque, la Voix humaine du récit passa au nouveau Fernwerk, et fut remplacée par un Clairon. L'Unda-maris du positif alla aussi au Fernwerk (qui fut donc doté de 6 jeux neufs). Le positif reçut deux Mutations (une Quinte et une Septième, cette dernière probablement destinée à compléter le Carillon). Le grand-orgue, lui, eut droit à deux Mutations et une Fourniture. Les octaves aiguës du récit étaient réelles (sommiers C-g'''').

Le modèle de Colmar

On ne peut assez le souligner : l'inspiration fondamentale pour tous ces orgues remarquables (y-compris ceux de Bischheim et celui de Dornach, St-Barthélémy, mais aussi beaucoup d'autres représentants du style post-symphonique spécifiquement alsacien) est à rechercher dans un instrument exceptionnel aujourd'hui disparu. Le grand orgue que Joseph Rinckenbach construisit pour la collégiale St-Martin de Colmar, et qui fut sûrement le plus beau que la région ait connu, toutes époques confondues. Achevé en 1911 avec 20 ans d'avance sur son temps, il était doté d'un Fernwerk.

Marcel Dupré

Le 04/03/1934 eut lieu un récital mémorable, donné par Marcel Dupré. Une plaquette fut éditée à l'occasion, comprenant un descriptif de l'orgue (avec des photos du Fernwerk et de la console), et une notice biographique sur Marcel Dupré. Le programme était le suivant : [MDStpievic1934]

- La passacaille te fugue en Do m de J.S. Bach

- 6 stations du "Chemin de Croix" de Marcel Dupré (1, 3, 8, 11, 12, 14). (Œuvre créée au Trocadéro au printemps 1932.)

- La fugue sur B.A.C.H de R. Schumann

- Le choral en Si m de César Franck

- "Variations de la 5ème symphonie" de C.M. Widor. (i.e. l'Allegro vivace de la symphonie, que Dupré rejoua en ouverture du concert "Widor" du 19/04/1934 à St-Sulpice.)

- Improvisation sur un thème donné

- Final par Marcel Dupré

Le 25/09/1944, l'instrument a subi d'importants dégâts dus à la guerre. Des bombes, tombées non loin de l'édifice, ont détruit les vitraux et une partie de la toiture. Outres des infiltrations d'eau, l'instrument a été endommagé par des chutes de gravats. [IHOA] [ARoethinger] [Stpievic2017]

Chemin de croix

La maison Roethinger fit un premier devis daté du 16/05/1951 : l'orgue avait toujours sa Septième au positif expressif, mais l'écho avait été baroquisé (et retiré du clocher). Il est difficile de savoir quand cette modification a été faite : peut-être dès 1942 ? Il y eut un nouveau devis - à peu près pour les mêmes travaux - un an plus tard, le 27/05/1952. [ARoethinger] [Stpievic2017]

Le rapport d'expertise des dégâts, établi par Jean Lapresté, est daté du 06/04/1955, suite à une visite sur place le 16/03/1955. Il confirme les dégâts, et fait une évaluation "administrative" de la valeur de l'instrument. Il souligne aussi "l'importance de l'instrument et sa valeur artistique". Il semble se tromper sur la composition de l'écho, reprenant la disposition originelle de 1934, ce qui épaissit encore un peu le mystère. [ARoethinger]

Dans un avant-projet/étude, daté du 24/01/1956, la maison Schwenkedel fait aussi un état des lieux : les sommiers sont en mauvais état, sauf pour l'écho (où ils sont bons), et ceux de pédale sont jugés irréparables. L'orgue souffre d'un problème d'accessibilité. L'étude présente la composition en 1958 : la Septième a disparu mais il y a un Piccolo 1', et l'écho est déjà complètement baroquisé (Cromorne, Cymbale, Nasard, Tierce...). Schwenkedel propose pour une nouvelle composition, avec positif de dos, le tout placé sur une tribune agrandie. [ASchwenkedel]

Un appel d'offres, fondé sur un cahier des charges daté du 26/03/1956, demande des propositions pour 3 projets: [ASchwenkedel]

- La "restauration" (en fait, reconstruction) de l'existant (positif expressif, récit de 68 notes, sommiers neufs de type à choisir par le facteur).

- La même opération, mais avec les jeux mélangés (avec une logique peu lisible, s'il y en avait une), et l'ajout d'anches coniques et de nombreuses Mixtures. (Dont "Scharff 4 rgs 1'" et Mixture de pédale...)

- Le 3ème projet était en fait le 2ème, avec le grand buffet surélevé de 2m50 pour dégager la tribune. (Cette disposition sera retenue par la suite.) [ASchwenkedel]

Max Roethinger répondit par un nouveau devis, le 05/10/1956, qui fut suivi de deux autres le 13/12/1957 : une version "A" (reconstruction) et une version "B" avec des sommiers à gravures et registres tirés électriquement, et surtout une composition résolument "néo" avec Larigot, Scharff et Sesquialtera. [ARoethinger]

Mais la Ville, propriétaire de l'instrument, ne semblait pas très motivée. Et le monde des organistes ne semblait pas se satisfaire d'une reconstruction en l'état, et voulait en profiter pour changer beaucoup de choses à l'orgue de 1934.

Après ces années d'atermoiements, de tractations et de projets divers, l'orgue a été déménagé à Caen, St-Julien, en 1962 par Max Roethinger. [Stpievic2017]

Il y a été remonté "simplifié", et sans buffet (les tuyaux disposés sur un soubassement). Muni cette fois d'une console électrique "de série", il était aux dernières nouvelles déclaré "en mauvais état" ("un grand orgue malade"). Son dernier relevage date de 1978, mais en 2011, un concert était organisé au profit de sa restauration. Evidemment, les modifications "baroquisantes" n'ont dû laisser qu'une pâle image de la merveille qu'il avait dû être en 1925, quand il était intègre, pneumatique et cohérent. [OrguesNormandie] [OCalvados]

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Historique

Si l'orgue Edmond-Alexandre Roethinger a été revendu à Caen, c'est que St-Pierre-le-Vieux décida d'acquérir un "vrai" néo-classique, qui fut livré en 1964 par Max Roethinger. L'instrument disposait de 49 jeux (quatre manuels), soit à peine plus que la version d'avant-guerre, mais cette fois avec des sommiers électriques à gravures, et avec un positif de dos. [IHOA] [ITOA]

Le devis de 1958 pour l'opus 302

Car finalement, le monde de l'orgue alsacien, où l'influence de Michel Chapuis devenait prépondérante, décida d'un instrument plus "radical". Un n-ième devis de la maison Roethinger (pour un 3-claviers) date du 02/04/1958. On retrouve les incontournables "tendances" de l'époque : sommiers à gravures, positif de dos, multiplication des jeux Mixtures, avec un déluge de rangs, dans lequel on a peine à distinguer la moindre logique (l'essentiel semblait être d'en rajouter). Il était prévu deux batteries d'anches complètes, au grand-orgue et à la pédale (Clairon par extension à cette dernière, riche de 15 jeux à la console, mais avec 1 emprunt et 6 extensions). Le récit, lui, était dépourvu de Bombarde et de Clairon. On lui affectait par contre une étrange Voix humaine en 16'. La pédale, par le jeu des extensions, propose une collection complète de Mutations : Gros nasard 5'1/3, Grosse tierce 3'1/5, Nasard 2'2/3, Tierce 1'3/5 (en fait, il s'agit de 2 rangs) et d'une Mixture de 5 rangs. Le devis précise : "On utilisera autant que possible les tuyaux de l'orgue actuel. Si toutefois les circonstances ne le permettent pas les jeux suivants seront fournis à neuf :". (Suit une liste de 19 jeux !) [ARoethinger]

Les "circonstances" en fait, résultaient de la spécification des tailles. Car appliquer les principes des nouvelles tailles sur la tuyauterie existante s'avérait impossible. Les facteurs accueillent souvent les idées des théoriciens avec une grande patience. (Ils savent qu'après l'ordre, arrive souvent le contre-ordre.) Mais là, cette histoire de tailles avait l'air sérieuse... Or, si l'on peut, dans une certaine mesure, agir par décalage, recoupage, ou sur les surlongueurs, la phrase "on garde les tuyaux mais on change les tailles" est plus adaptée aux salles de réunion qu'aux ateliers.

Un problème de taille(s)

De fait, dans l'impossibilité d'adapter la tuyauterie, Roethinger se mit à envisager d'affecter à d'autres instruments une bonne part de la tuyauterie initialement prévue sur ce projet. Ses archives contiennent de nombreuses pages de tailles, certaines fortement raturées... Sur les pages décrivant la composition des mixtures, on apprend que Roethinger considérait cet instrument comme son opus 302. Il fut élaboré un plan essayant de verser les jeux inutilisables au stock pour les distribuer à d'autres projets en cours : l'opus 316 (Notre-Dame de Vire, achevé en 1964), mais aussi les opus 299, 301 et 303. [Stpievic2017] [ARoethinger]

Vers un orgue neuf

Comme le projet s'orientait vers la construction d'un instrument neuf, il fallut vendre l'ancien. Ce qui ne se fait pas en quelques jours, et fut la cause de retards. Le 09/02/1960, une nouvelle idée fit son chemin, à l'issue d'une réunion avec Michel Chapuis et Roger Seiter : un 4ème manuel. Le projet fut ensuite détaillé, et une console Laukhuff spécifiée le 15/07/1960. [Stpievic2017] [ARoethinger]

Un dernier néo-classique ?

Fortement inspiré de l'orgue de St-Maximin-du-Var (Jean-Esprit Isnard), cet orgue est devenu un symbole du retour de l'Alsace au "mainstream". (Et donc au renoncement à sa propre tradition, élaborée depuis 1871.) De fait, l'instrument neuf abandonne clairement les spécificités de l'orgue alsacien, élaborées entre 1871 et 1939, pour se tourner vers un style résolument "néo-classique parisien". Mais ce fut tout de même un instrument marqué par de très forts compromis : certes fondé sur un noyau "Baroque", il intégrait une part de jeux romantiques au récit (Quintaton, Gemshorn, Unda-maris), et même des anches issues de la mode "nordico-germanique" alors à la mode : on en trouvait au clavier de solo la déclinaison en 16/8/4 : Ranquette 16', Chalumeau 8', Musette 4'. C'était un peu "l'idée du jour", sans que la cohérence ne soit un objectif en soi. Ceci n'était rattaché à aucune réelle tradition antérieure - en tous cas pas locale. Mais, de fait, il était encore permis de "juxtaposer" des jeux de différentes esthétiques, non conçus pour s'intégrer à un "plenum". On peut donc le voir comme l'un des derniers "néo-classiques" d'Alsace, avant l'arrivée du néo-baroque, où le "retour aux techniques du 18 ème" s'assortit - au moins sur le papier - d'un total renoncement à tout compromis.

Pour l'harmonisation, on parla de Robert Boisseau (choisi par Michel Chapuis), mais c'est finalement Jean Daniellot et André Roethinger qui furent retenus. L'orgue a été inauguré par Roger Seiter le 19/04/1964. [EFabre] [Stpievic2017]

La console de 1960. Photo de Franck Lechêne, 09/05/2012.La console de 1960. Photo de Franck Lechêne, 09/05/2012.

La console Laukhuff

La console, indépendante, était fermée par un rideau coulissant, et placée devant et face à l'orgue, en position centrale (comme en 1925), et légèrement plus bas (l'orgue est en encorbellement sur la tribune). Tirage des jeux par dominos numérotés de couleur crème, placés sur les panneaux latéraux inclinés, en 5 rangées, de bas en haut : pédale, positif, grand-orgue, récit et solo. Les fonds étaient à gauche, les anches et la mutations à droite. Les accouplements pouvaient être commandés par des dominos analogues à ceux des jeux, situés en ligne au-dessus des claviers. Voltmètre (panneau gauche, à droite des dominos du solo). Les boutons "incrémentaux" (flèches '+' et '-') du combinateur étaient aussi situés sur le panneau gauche. Double commande des accouplements par champignons (avec voyant lumineux).

La plaque d'adresse était constituée des lettres "E.A. Roethinger", cursives, sans fond. Elle était placée au-dessus de l'octave aiguë du 4ème clavier.

L'instrument a été relevé en 1974 par Albin Unfer (un "ancien" de chez Roethinger qui s'est établi à Leutenheim en 1968). [EFabre] [Stpievic2017]

Orgue et peinture fraîche

Dès 1983, suite à des travaux de peinture, des discussions ont porté à la fois sur l'acoustique, la technique et l'esthétique de l'instrument. Elles sont révélatrices : l' "Isnard strasbourgeois" ne donnait pas vraiment satisfaction... La maison Kern alla jusqu'à rédiger un devis... de "mécanisation". (C'était alors tellement à la mode que l'énormité des travaux correspondants semble n'avoir choqué personne : un demi million de Francs de l'époque !)

En 1995, il fallut effectuer des réparations à la transmission, et, évidemment, adoucir un peu l'instrument pour atténuer les excès souvent pratiqués par les harmonisations des années 60. Les travaux furent confiés à la maison Muhleisen. Les jeux d'anches, en particulier, ont été totalement réharmonisés. Les Mutations, aussi, puisqu'elle semblent avoir été tonitruantes à l'origine. La nouvelle harmonisation a été faite par André Schaerer et Jean-Christophe Debely. [IHOA] [Muhleisen] [Caecilia]

L' "add-on nordique" (Ranquette, Chalumeau, Musette) ayant été reconnu pour ce qu'il était (une fausse bonne idée), il fut remplacé par des anches plus conventionnelles dans cette esthétique. Malheureusement, le Quintaton et l'Unda-maris du récit disparurent aussi, "radicalisant" l'esthétique dans le sens baroque. Le récit étant dépourvu de Hautbois (!) et de Voix humaine, il fut décidé d'ajouter ces deux jeux. Ils ont été placés sur les chapes de la Trompette et du Clairon, ce qui a provoqué le déplacement ces deux derniers jeux au solo. Mais du coup, l'instrument a perdu le bénéfice de l'expression sur la Trompette et du Clairon "de récit". (Puisque le solo est dépourvu de boîte expressive.)

La traction a nécessité de nombreux efforts : câblage, contacts, à la fois pour le tirage des notes et des jeux. Un sommier a été ajouté pour les notes graves de la Soubasse, car les sommiers à gravures posaient des problèmes : avant cette adjonction, les grands tuyaux de la Soubasse étaient insuffisamment alimentés, et perturbaient les anches par des effets dynamiques dans la gravure.

Les pressions ont été revues :

- G.O. : 75 mm

- Positif : 64,5 mm de colonne d'eau

- Récit : 70 mm

- Solo : 82 mm

- Pédale: 94 mm [Muhleisen]

Notons qu'il n'y avait pas de 16' au récit, et que le positif - de dos - ne pouvait tenir son rôle de positif romantique, du coup plutôt dévolu au solo. De plus, tout l'édifice sonore reposait sur une Soubasse 16' à la pédale (le Principal 16' de pédale, sur 16' ouvert, était en fait emprunté au grand-orgue).

L'instrument rénové a été béni le 28 septembre 1996 par Mgr Elchinger, et inauguré par Pascal Reber le 19/10/1996. [EFabre] [Stpievic2017]

En 2002 (suite à de nouveaux travaux de peinture !), l'orgue a fait l'objet de réparations par la maison Muhleisen. Il a surtout été constaté qu'une opération de plus grande envergure était nécessaire, en raison de l'empoussièrement et de la baisse de fiabilité de la traction. [VWeller] [EFabre]

En 2016, des travaux de peinture étaient de nouveau envisagés ; on sait ce que cela signifie pour l'orgue de St-Pierre-le-Vieux... Les points "à revoir" étaient cette fois très pertinents : la Montre 16', l'absence de 16' au récit, le manque de fondamentales à la pédale, et, bien sûr la traction et le tirage des registres. Les travaux ont été confiés à la maison Muhleisen. Outre un relevage général, on décida de rendre empruntable le Bourdon 16' du solo, pour qu'à la fois le grand-orgue et le récit puissent en profiter, et d'ajouter une Flûte 16' à la pédale, avec une extension en Flûte 8'. La console a été remplacée. [VWeller] [EFabre] [Stpievic2017]

L'histoire compliquée ce cet instrument, caractéristique des orgues "de ville" que chaque génération d'organistes (et de peintres) veut faire évoluer, ne doit pas minimiser ses qualités. La démarche, somme toute, est nécessaire : c'est un peu la mission des grandes tribunes que d'oser explorer des pistes originales. Et il faut bien contribuer au fragile équilibre nécessaire entre la conservation de l'existant (ou, au moins, du meilleur) et la nécessité de fournir aux musiciens des instruments fiables et en adéquation avec leurs projets musicaux, dans le cadre de leurs missions cultuelles et culturelles. Les orgues de ville ne sont pas des musées !

De plus, les efforts consentis dans ces "remaniements", s'ils peuvent paraître futiles ou désordonnés a posteriori, contribuent tout de même à l'évolution des goûts musicaux et de la facture. Ces projets établissent à chaque fois une dynamique entre tous les acteurs de la communauté qui s'y engage ; ils créent de la motivation et suscitent des vocations. Rappelons que l'argent dépensé en main d'œuvre locale est souvent bien dépensé, et vite récupéré par la collectivité.

L'histoire de ces orgues urbains est riche en enseignements. On pourrait par exemple se dire que certains orgues "de ville" - les plus réussis - mériteraient bien d'être conservés en l'état, malgré leur "défauts" (subjectifs) actuels, pour les générations futures. Les autres doivent pouvoir continuer à vivre et évoluer.

L'orgue rénové à été inauguré du 25/11 au 02/12/2017. Le 01/12 a eu lieu le grand récital d'inauguration, donné par Olivier Latry (Paris, Notre-Dame), avec des œuvres de Jehan Alain, Marcel Dupré, Jean-Sébastien Bach, Gabriel Fauré, Jean Langlais, Félix Mendelssohn et Maurice Duruflé. Le lendemain eut lieu le premier des 20 concerts de l'Avent, donné par Frédéric Mayeur. Cette série exceptionnelle de concerts a vu se succéder aux claviers, du 2/12 au 1/1/2018, Michael Bartek, Marc Baumann, Fabien Chavrot, Jehan-Claude Hutchen, Thomas Kientz, Christian Klipfel, Frédéric Mayeur, Guillaume Nussbaum, Simon Prunet-Foch, Dominique Rosenblatt, Damien Simon, Hubert Sigrist, Michel Steinmetz, Michel Velten, Emmanuel Walch et Anne-Marie Wucher.

Le buffet

L'orgue se situe dans le transept gauche. Il y a bien un buffet, bien qu'il ne soit pas visible d'en-bas et qu'on lui ait refusé tout rôle esthétique : c'est un simple soubassement.

De fait, certains architectes des années 1950-1970 avaient décidé que les buffets d'orgue n'avaient plus leur place dans les églises...

Ce qui n'exclut pas un certain cloisonnement et une structure interne. Celle-ci est masquée par un alignement de tuyaux constitué de deux "mitres". Elles sont agrémentées de deux "tourelles", qui, si elles ne sont pas encadrées de bois, sont disposées en tiers-point conformément à une tradition bien établie. Un ensemble uniquement constitué de tuyaux métalliques étant vraiment trop "minéral", on a dote le positif de dos de quelques tuyaux en acajou. Il est fermé par des panneaux de bois sur les quatre autres faces. Les parties intérieures sont dotées de plafonds (en Isorel).

Vu plongeante sur la façade et la console (depuis le récit).Photo de Victor Weller, 16/06/2015.Vu plongeante sur la façade et la console (depuis le récit).
Photo de Victor Weller, 16/06/2015.

Comme on le voit sur la photo ci-dessus, (la boîte expressive est à gauche) seule la façade est située hors buffet. Plus bas, on distingue la console, et le buffet du positif de dos, complètement fermé.

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2017
Positif de Dos, 56 n. (C-g''')
1964, acajou et étain
1964, étain
1964, étoffe
1964, étain
1964, étoffe
1964, étoffe
1964, étain
1964, étain
1964, spotted
1964, Régale 4' à l'origine
Grand-Orgue, 56 n. (C-g''')
1964, zinc et spotted
Emprunt du IV
1964, zinc et étain
1964, acajou et spotted
1964, étain
1964, étain
1964, étain
1964, étain
(f-g''')
1964, étoffe
1964, zinc et spotted
1964, spotted
Récit expressif, 56 n. (C-g''')
Emprunt du IV
1964, Quintaton 8' à l'origine
1964, acajou et spotted
1964, Unda-maris à l'origine, spotted
1964, étain
1964, étain
1964, étain
(c'-g''')
1964, étoffe
1996, étain
1996, étain
Solo, 56 n. (C-g''')
1964, acajou et étoffe
1964, acajou et étoffe
1964, acajou et étoffe
1964, acajou et étoffe
1964, acajou et étoffe
1964, acajou et étoffe
1964, acajou et étoffe
1964, acajou et étoffe
1996, étain
1964, zinc et spotted
1964, spotted
Pédale, 30 n. (C-f')
Emprunt du II
2017
1964, acajou
Emprunt du IV
Emprunt et extension du B16 du IV
2017, extension de la F16
1964, conique, zinc et spotted
1964, étain, Quintaton à l'origine
1964, étain
1964, étain
1964, cuivre et spotted
1964, zinc et spotted
1964, spotted
I/P
Combinateur
Inversion I/II
Extraction et routage soprano II->IV et II->III
Extraction et routage basse II->P et II->IV
Coupure pédale
Jeux de pédale à la basse, tirasses dans l'aigu
[Stpievic2017] [APlatz]
Transmission: électrique. (Électropneumatique pour les jeux.)
Sommiers: à gravures avec des coulisses graphitées en plastique (Armodur). Chapes en bois exotique. Le grand-orgue est encadré par la pédale (à gauche) et le solo (à droite). Le récit se situe au dessus. Pour accéder au Solo, il faut monter au Récit, puis redescendre. Disposition chromatique pour le positif, le solo et la pédale, diatonique pour le grand-orgue et en mitre pour le récit. Porte-vents en Westaflex. [VWeller]
Tuyauterie:
La (moitié de la) tuyauterie du grand-orgue (coté Cis). Photo de Victor Weller, 16/06/2015.L'essentiel de la tuyauterie est logée dans un buffet.On distingue au premier plan les soufflets du tirage des jeux.Certains tuyaux de la Trompette sont coudés par manque de place.En haut, le grand Cornet posté (plus étendu que d'habitude, puisqu'il descend au Fa (f)).La (moitié de la) tuyauterie du grand-orgue (coté Cis). Photo de Victor Weller, 16/06/2015.
L'essentiel de la tuyauterie est logée dans un buffet.
On distingue au premier plan les soufflets du tirage des jeux.
Certains tuyaux de la Trompette sont coudés par manque de place.
En haut, le grand Cornet posté (plus étendu que d'habitude, puisqu'il descend au Fa (f)).
La tuyauterie du positif. Photo de Victor Weller, 16/06/2015.Au premier plan, la Cymbale à deux rangs (qu'on a sagement décidé de mettre au fond de la classe).Vient ensuite la Voix humaine (1996),puis le Cromorne, auquel des manchons sombres confèrent un look "tenue de soirée".Noter, au fond, les Bourdons à calottes mobiles, ce qui facilite leur accord (on monte ou on descend la calotte).Certaines techniques employées ici sont encore apparentés à l'ère romantique :c'est bien un orgue "néo-classique", et non "néo-baroque",pour lequel les Bourdons seraient à calottes soudées ; l'accord y est obtenu par la négociation (autrement dit par le travail sur les oreilles).La tuyauterie du positif. Photo de Victor Weller, 16/06/2015.
Au premier plan, la Cymbale à deux rangs (qu'on a sagement décidé de mettre au fond de la classe).
Vient ensuite la Voix humaine (1996),
puis le Cromorne, auquel des manchons sombres confèrent un look "tenue de soirée".
Noter, au fond, les Bourdons à calottes mobiles, ce qui facilite leur accord (on monte ou on descend la calotte).
Certaines techniques employées ici sont encore apparentés à l'ère romantique :
c'est bien un orgue "néo-classique", et non "néo-baroque",
pour lequel les Bourdons seraient à calottes soudées ; l'accord y est obtenu par la négociation (autrement dit par le travail sur les oreilles).
A la tribune. Photo de Victor Weller, 16/06/2015.C'est une très belle ambiance ; il s'agit d'une des tribunes les plus marquantes de Strasbourg.Les orgues néo-classiques, qui ont eu leur heure de gloire il y a une cinquantaine d'années,sont souvent injustement méconnus de nos jours. Compliqués à entretenir, et ayant eu à souffrir, comme les orgues romantiques,des excès du "tout-baroque" ils ont toutefois généralement une très forte personnalité et des capacités souvent insoupçonnées.Cette esthétique est, rappelons-le, directement à l'origine de certaines des plus belles pages du répertoire.A la tribune. Photo de Victor Weller, 16/06/2015.
C'est une très belle ambiance ; il s'agit d'une des tribunes les plus marquantes de Strasbourg.
Les orgues néo-classiques, qui ont eu leur heure de gloire il y a une cinquantaine d'années,
sont souvent injustement méconnus de nos jours.
Compliqués à entretenir, et ayant eu à souffrir, comme les orgues romantiques,
des excès du "tout-baroque" ils ont toutefois généralement une très forte personnalité et des capacités souvent insoupçonnées.
Cette esthétique est, rappelons-le, directement à l'origine de certaines des plus belles pages du répertoire.

Sites St-Maximin-la-Sainte-Beaume

L'orgue Jean-Esprit Isnard, 1774, de St Maximin la Ste Baume.
Photo Wikimedia Commons, de Finoskov, 30/08/2009.L'orgue Jean-Esprit Isnard, 1774, de St Maximin la Ste Baume.
Photo Wikimedia Commons, de Finoskov, 30/08/2009.

L'orgue Roethinger de 1960 a été inspiré par une "figure" de l'orgue classique français : l'instrument construit pour le couvent royal de St-Maximin-la-Sainte-Beaume, de 1772 à 1775 par Jean Esprit Isnard (22/01/1707 - 16/03/1781). Des travaux de Jean Esprit Isnard, qui était un Dominicain, Frère convers du couvent de Tarascon, seuls quatre ou cinq restent réellement témoins de sa facture :

- le Couvent des Prêcheurs à Aix-en-Provence (1740-1743) (Aujourd'hui église de la Madeleine)

- la Cathédrale St-Sauveur d'Aix-en-Provence (1744)

- le Couvent des Prêcheurs à Marseille (1746) (aujourd'hui église St-Cannat)

- le couvent Royal de St-Maximin-la-Sainte-Beaume (1772)

- le couvent des Dominicains de Tarascon (1754-1756)

Le trait marquant de la composition de "St-Max" est de fournir un clavier dit de "Raisonance" ('ai' et un seul 'n'). Il est à la fois clavier de Bombarde, avec sa batterie d'anches, clavier de récit, avec ses Flûtes et son Cornet, mais c'est avant tout un clavier d'accouplement, une "réserve de jeux" à affecter au grand-orgue ou à la pédale. On peut aussi le concevoir comme une pédale indépendante "étendue" vers l'aigu comme un manuel. Du coup, il n'y a pas de pédale indépendante à St-Maximin, mais une tirasse du le clavier de raisonance.

Un autre trait marquant est le nombre de Trompettes. A l'époque, on demande à l'orgue des grand-jeux éclatants. Depuis le 17 ème siècle, les facteurs avaient la maîtrise des pleins-jeux et des mutations. Les principes de synthèse sonore fondés sur des tuyaux à bouche n'avaient plus de secrets. Mais les anches, par contre, donnaient encore bien des soucis :

- elles sont beaucoup plus fortes dans les graves que dans les aigus (d'où leur association avec des dessus de Cornet)

- on ne savait pas comment "finir" les notes aiguës des Clairons par exemple

- quand la température change (on imagine une église sans chauffage) les jeux à bouche changent de diapason bien plus fortement que les anches, qui sonnent alors désaccordées. Cela explique les registrations "par type de jeux", et on parle de grand-jeu, de plein-jeu, mais pas de Tutti à l'époque classique : tout mélanger est inconcevable, et pas seulement en raison des performances limitées de la soufflerie.

Isnard a proposé son fameux dessus de chamade : les tuyaux de cette Trompette dont sont disposés horizontalement, en saillie du buffet. Elle est donc très "audible", et a tenue de l'accord est censée être meilleure. Elle ne parle qu'en dessus, pour ré-équilibrer l'instrument dont les anches parlent plus fort dans les graves. Il n'y a pas de Doublette au grand-orgue, et c'est voulu : c'est pour marquer le caractère "16 pieds" de l'instrument : le grand-orgue est conçu pour être joué avec ses 16 pieds (et les grandes mutations en 5'1/3 et 3'1/5 n'en souffriraient pas l'absence). C'est donc tout le contraire d'un orgue d'accompagnement : jamais il ne soutient le chant. Son rôle est de commenter la liturgie ou d'alterner des couplets avec le chœur.

Le terme "récit" est à prendre dans sa signification classique : c'est un demi-clavier, à vocation purement mélodique. Il sert à jouer une voix en la mettant en valeur. Cela n'a rien de commun avec un "récit romantique" destiné à compléter le grand-orgue.

Sites Webographie :

Références Sources et bibliographie :

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