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Les orgues de la région de Strasbourg
Strasbourg, St-Pierre-le-Jeune cath.
1917 degr > Dégâts
Strasbourg, St-Pierre-le-Jeune catholique,l'orgue
        Yves Koenig, le 29/12/2012.Strasbourg, St-Pierre-le-Jeune catholique,
l'orgue Yves Koenig, le 29/12/2012.

Au coeur du quartier de la Neustadt, on construisit de 1889 à 1894 une grande église néo-romane (presque néo-byzantine) en grès rouge : la paroisse catholique quittait son ancien lieu de culte (le choeur de l'actuelle église protestante), pour ce nouvel édifice, construit de l'autre côté de l'Ill, car le "centre de gravité" du quartier s'était déplacé vers le nord. Les architectes n'étaient autres qu'August Hartel et Skjöld Neckelmann, à qui on doit le tribunal voisin, mais aussi le TNS (ancien Conservatoire de région), sur des plans de Johann Karl Ott.
L'Alsace est, paraît-il, le Pays des Orgues. Pour qu'une pareille affirmation reste vraie, il faut perpétuer les traditions, entretenir l'héritage, mais aussi, par des événements réguliers, enrichir le patrimoine et appeler de nouvelles vocations. C'est, quelque part, la mission des paroisses de ville.
L'un de ces événements majeurs a eu lieu à l'église catholique St-Pierre-le-Jeune en 2003 : il s'agit de la concrétisation, réalisée par Yves Koenig, d'un projet d'une ambition étonnante, qui témoigne d'une enthousiasmante vitalité des acteurs techniques, culturels et liturgiques du monde de l'orgue. A St-Pierre-le-Jeune, les portes sont ouvertes, et appellent à la visite. Surtout si l'orgue joue.

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L'orgue Joseph Waltrin,
1711
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Historique

Le premier orgue de la paroisse catholique fut celui livré en 1711 par Joseph Waltrin (il l'avait construit en collaboration avec Johann Georg Rohrer). [IHOA] [PMSSTIEHR] [Plaquette]

Il était bien entendu placé dans l'actuelle église protestante St-Pierre-le-Jeune, qui était alors "coupée en deux" au niveau de l'actuel jubé. L'orgue Waltrin avait 10 jeux, dont un jeu de pédale de 11 tuyaux et un Cornet d'écho, et il faisait la délectation de Silbermann quand il s'agissait de discréditer son concurrent. [PMSAEA85] [PMSAM80] [ArchSilb]

C'est cet instrument que Georg Friederich Merckel déménagea à l'église protestante de Blaesheim en 1762. [IHOA] [PMSSTIEHR] [PMSAEA85] [Plaquette]

Là-bas, il servit longtemps, mais en 1859 il était "dans un état de délabrement complet". La commune passa alors commande d'un orgue neuf auprès de la maison Stiehr-Mockers, et le Waltrin disparut. [PMSSTIEHR]

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Historique

C'est Jean-André Silbermann qui remplaça l'instrument du concurrent de son père, en 1762. [IHOA] [Barth] [PMSAM80] [Plaquette]

...après des décennies d' "efforts commerciaux" (Silbermann allant même - concession ultime - jusqu'à entretenir un orgue Waltrin).

On connaît le nom de l'organiste en 1792 : Joseph Ferdinand Neumeyer. Il y avait aussi un serpentiste et 3 chantres. [PMSAM80]

En 1838, George Wegmann répara l'instrument et y ajouta (ou remplaça) 3 jeux (ce qui confirme encore un peu son statut de "successeur" des Silbermann à Strasbourg, au moins du point de vue de la maintenance des instruments). [IHOA] [Barth] [PMSAM80]

Une Montre 8' et une Trompette de pédale (1 octave) ne devaient en effet pas être de trop. La maison Stiehr compléta vers 1848 le second clavier à 4 octaves, et restructura l'instrument.

Après presque un siècle, en 1865, l'orgue fut déménagé à St-Maurice de Soultz-les-Bains (par l'action de l'abbé Louis Meyer), où il se trouve toujours, et a été restauré en 2007 dans une configuration proche de celle laissée par Stiehr. [IHOA] [PMSAEA85]

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L'orgue Stiehr,
1865
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Historique

En 1865, la maison Stiehr posa un orgue neuf. [IHOA] [PMSSTIEHR] [Plaquette]

Le changement était motivé par des choix techniques et esthétiques : déjà à l'époque, à St-Pierre-le-Jeune, on savait ce qu'on voulait. Et ce n'était pas du "classique français". L'orgue Stiehr avait 24 jeux et devait être voisin de ceux de Nothalten, Munchhausen ou de église protestante de La Robertsau.

L'orgue Stiehr n'était pas vraiment adapté au nouvel édifice achevé en 1894. C'est en octobre 1899 qu'Edmond-Alexandre Roethinger le déménagea à Ste-Famille de Schiltigheim. [IHOA] [PMSSTIEHR]

L'instrument été transféré en Normandie en 1968. [PMSSTIEHR]

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Historique

Le premier orgue abrité par l'édifice actuel fut donc celui posé par Heinrich Koulen en 1894. [IHOA] [Barth]

Le magnifique Buffet Klem de l'orgue de
                    1894.Le magnifique Buffet Klem de l'orgue de 1894.

Koulen avait été en concurrence avec la maison Wetzel, qui avait proposé un instrument de 26 jeux. L'orgue Koulen n'en avait que deux de plus (II/P 28j). C'était donc un instrument assez petit pour ce grand volume. Les instruments de Koulen étaient d'une technicité et d'une musicalité remarquables. Ils étaient aussi très fragiles, car novateurs au-delà du raisonnable (pratiquement impossibles à entretenir en dehors de l'entreprise de leur créateur). Et qu'il était beau ! L'architecture du buffet, en deux parties, reliées par une rangée de tuyaux inscrite sous la rosace, était bien sûr la seule envisageable si on voulait dégager cette baie. Ce magnifique buffet néo-gothique (et effectivement qualifié de "wunderschön" par les sources) fut réalisé par la célèbre maison Klem (la chaire est aussi l'oeuvre des ateliers colmariens de Klem). L'instrument fut reçu le 28/10/1894. [Barth]

Voici un des poids du réservoir, en fonte,
                    portant la marque de Koulen.Il a été retrouvé lors du démontage.Voici un des poids du réservoir, en fonte, portant la marque de Koulen.
Il a été retrouvé lors du démontage.

L'orgue Koulen avait été qualifié de "chef d'oeuvre impérissable" par les experts. Mais dès 1895, Koulen dut vendre ses ateliers de Strasbourg et partir pour Oppenau. 10 ans plus tard, l'orgue orphelin, que personne ne savait entretenir, était déjà pratiquement hors d'usage. En 1910, la transmission était hors-service. Restait une belle tuyauterie et un beau Buffet.

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L'orgue Edmond-Alexandre Roethinger,
1910
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Historique

En 1910, comme de nombreux orgues Koulen, l'instrument fut reconstruit par Edmond-Alexandre Roethinger. Le jeune et prometteur facteur strasbourgeois fut l'élève, puis en quelque sorte le "successeur" de Koulen (qui avait lui-même appris le métier chez Merklin). (Successeur d'un point de vue technique et logistique, pas "légal"). Edmond-Alexandre Roethinger était paroissien de St-Pierre-le-Jeune - ses ateliers étaient situés rue Jacques Kablé, en face du lycée Kléber. La réception eut lieu le 18/12/1910. [Barth]

L'orgue a été fort bien accueilli : c'était une réussite... qui fut malheureusement vite oubliée, quand, après 1945, le monde de l'Orgue passa sous le régime de la Pensée Unique. Il est donc utile de s'y attarder un peu, surtout que cet instrument explique de nombreuses caractéristiques de l'orgue actuel.

La genèse du projet était due à l'organiste Louis Thomas, totalement acquis à la cause de la Réforme alsacienne de l'Orgue. Il s'agissait d'étoffer la composition, d'ajouter un troisième clavier, et, sur la base d'un instrument romantique allemand, ajouter des couleurs plus "romantiques françaises" : anches "de Paris", Plein-jeu 4 rangs en boîte expressive... L'orgue avait alors 38 jeux (10 neufs ; l'orgue est parfois décrit à 40 jeux en raison des deux trémolos) :

On est loin du néo-classique ! C'est toute la Réforme alsacienne de l'Orgue qui s'exprime ici. Pour preuve, les accessoires et la disposition de la console, toute "Ruppienne" (i.e. comme spécifié par Emile Rupp, selon les recommandations d'Albert Schweitzer et du Congrès de Vienne de mai 1909) :

La console de 1912.Photo
                    affichée dans l'escalier de la tribune.La console de 1912.
Photo affichée dans l'escalier de la tribune.

Il faut rapprocher l'instrument de celui que construisit la maison Dalstein-Haerpfer pour le Palais des fêtes. Et bien sûr, du "vaisseau-amiral" de Roethinger qu'il construira quelques années plus tard à Erstein. Mais on peut aussi le rapprocher de l'orgue de la cathédrale Notre-Dame. Roethinger en avait longuement (et avec passion) étudié, décortiqué, analysé les "strates" Silbermann, lors de son démontage, rendu nécessaire par des travaux à l'édifice. Et il avait conservé le positif de dos. Sans qu'il ne soit possible de fournir de preuve, on sent quand même naître une intuition : Roethinger n'était peut-être pas loin de mettre un positif de dos à St-Pierre-le-Jeune. Techniquement (et du point de vue de l'harmonisation), c'est extrêmement périlleux ; la chose la plus difficile qui soit, les "petits jeux" en balustrade écrasant bien vite la magie d'un récit romantique. De fait, il faudra attendre 2003 pour parvenir à cette configuration.

La Réforme alsacienne de l'Orgue, ce n'est donc pas du militantisme pour le retour des Mutations dans l'orgue romantique, ou l'abaissement des pressions dans les sommiers. Rupp résumait par "ad fontes" ("aux sources", i.e. ce qui fait la spécificité de l'orgue, par rapport à l'orchestre, par exemple). Seule une petite fraction de ces idées se traduit dans les compositions ; le reste est une question d'harmonisation (accessoirement de pression), d'architecture interne ("Werkprincip", fermeture des buffets), et d'ergonomie ("accessibilité" dirait-on aujourd'hui).
Mais le plus important reste que ces idées concernent aussi l'Economie, le "marché" de l'Orgue, et les aspects sociaux. Au lieu de "tirer les prix vers le bas", les commanditaires doivent permettre aux facteurs de rester des artisans et des artistes. Schweitzer disait : "Un facteur d'orgues ne peut être un artisan que s'il est considéré comme artiste par un autre artiste. Si cette considération lui fait défaut, il deviendra, par la force des choses, un vendeur."
L'idée est bien que la démarche des maîtres d'ouvrages ménage de la liberté, et favorise le respect et l'inventivité. Il s'agit d'éliminer les contraintes stériles et "court-termistes". Car elles conduisent inévitablement à la sous-traitance et aux démarches industrielles optimisées et déshumanisées, plaçant le Process, au lieu de l'Humain, au coeur des professions. La Réforme alsacienne de l'Orgue est donc *avant tout* une idée économique : installer une gouvernance mature, redonnant au Producteur son statut de créateur de valeur, motivé, et d'autant plus enthousiaste et tourné vers le long terme (innovation, formation...) - donc efficace - qu'il est serein au sujet de son avenir. L'acheteur, plutôt que de choisir d'obtenir le plus pour le moins cher par la pression (donc la menace), doit s'élever pour raisonner en "artiste" (au sens que lui donnait Schweitzer). Il s'agit de découvrir qu'on peut vivre mieux avec moins, si ce moins est meilleur et crée plus de bonheur.
Qu'il est dommage de savoir si peu de choses au sujet de cet instrument de musique, et des gens qui l'ont inspiré ! Qu'il est dommage que ces idées économiques soient, en ce début de 21 ème siècle, écrasées par l'individualisme et les réflexes financiers, où les gens n'achètent, et ne votent, et ne vivent qu'en fonction de leur porte-monnaie... Il y aurait donc là de belles pistes à explorer pour notre société qui étouffe sous les frustrations, les "bon plans", les "optimisations" (fiscales ou autres, qui reviennent toutes à se voler soi-même dans un futur proche), et la consommation futile d'un maximum de produits à bas prix.

Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés, par les autorités, pour contribuer à l'effort de guerre, en 1917. [IHOA]

La façade a été remplacée par la maison Edmond-Alexandre Roethinger en 1924. [IHOA]

Ce pinacle, conservé dans l'escalier
                    qui mène à la tribune,semble être tout ce qui reste du fabuleux buffet
                    néo-gothique de Klem, supprimé en 1945.Ce pinacle, conservé dans l'escalier qui mène à la tribune,
semble être tout ce qui reste du fabuleux buffet néo-gothique de Klem, supprimé en 1945.

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L'orgue Edmond-Alexandre Roethinger,
1945
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Historique

En 1945, Edmond-Alexandre Roethinger reconstruisit l'instrument (ce devait être un des derniers travaux auxquels le fondateur de la maison participa). [IHOA] [ITOA] [HistoriqueConcert]

Le buffet "Modern-style" de 1945.Les
                    trois photo sont d'Alexis Platz, prises en 2001.Le buffet "Modern-style" de 1945.
Les trois photo sont d'Alexis Platz, prises en 2001.

Le premier orgue Roethinger n'avait qu'un défaut : il empiétait sur la tribune de façon incompatible avec la place nécessaire à la grande chorale de Gaston Gauer, tout en ne laissant pas assez de place intérieure pour un projet néo-classique. La guerre était là, les matériaux étaient rares et chers. Mais on décida coûte que coûte de transformer l'instrument. La première victime des chamboulements fut, malheureusement, le buffet de Klem. On préféra loger l'instrument dans des volumes ouverts et surélevés. Ils étaient reliés par une rangée de tuyaux de façade (parlants : c'était le Choralbass 4') placés sous la rosace. Le "Modern style" servit un peu d'alibi à l'absence concrète de buffet. La console électrique fut placée transversalement et sur le côté. [Plaquette]

L'architecture intérieure était intéressante : le positif était placé au-dessus du récit, juste sous la voûte, un peu en "Fernwerk". On fit bien sûr usage de zinc, même pour les Montres. Les sommiers étaient à pistons, sauf au récit, où il étaient à membranes. Pour la tuyauterie, on ré-employa tout ce qui pouvait servir (Koulen, Roethinger 1911), avec un renfort de matériel glané par Roethinger (dont le grand Cornet Stiehr, encore présent aujourd'hui dans l'instrument). Retardés par l'évacuation de Strasbourg, les travaux commencèrent tout de même en 1941, et l'orgue fut achevé vers 1945. Il a été inauguré le 31/03/1946 par Jean Mark (Nancy, N.D de Lourdes), Marie Goldbach (qui fut longtemps titulaire de l'instrument) et Suzanne Gauer. Au programme figurait la Messe Solennelle de Vierne. C'était quand même une bien belle machine, qui tenait une place particulière dans le coeur de pas mal d'organistes strasbourgeois. Voici sa composition : [HistoriqueConcert] [Plaquette]

La tirasse récit en 16' est probablement une erreur. Sinon, on voit mal ce que cela peut donner, à part une reprise après la première octave. On raconte qu'il y avait 117 km de fil électrique dans l'orgue.

La magnifique console de Roethinger. Elle
                    a été conservée lors du démontage. Sera-t-elle exposée un jour, comme à  ?Photo d'Alexis Platz.La magnifique console de Roethinger.
Elle a été conservée lors du démontage. Sera-t-elle exposée un jour, comme à Bischheim ?
Photo d'Alexis Platz.

De 1981 date une légère transformation, menée par la maison Muhleisen : extraction d'une Cymbale de la Fourniture du grand-orgue, et remplacement d'une Tierce par un Larigot (ceci probablement sur les conseils de Michel Chapuis). [ITOA] [HistoriqueConcert]

Il y eut d'autres réparations, par la maison Muhleisen, de 1991 à 1993. Les travaux portèrent sur la transmission et sur l'harmonisation. Il fallut remplacer de nombreux éléments de la traction électro-pneumatique. [IHOA] [ITOA]

En 1996, les titulaires rédigèrent à l'intension du Conseil de Fabrique un mémoire exposant la situation : en deux mots, l'instrument avait fort mal vieilli, mais contenait beaucoup d'éléments de valeur. [Plaquette]

La tuyauterie avant le démontage (photos
                    d'Emmanuel Fabre, prises en 2003). On peut se rendre compte de la qualité
                    de la facture, et du bel ordonnancement de l'ensemble. Comme entre les
                    mains de Joseph Rinckenbach, le zinc prenait chez Roethinger ses lettres de
                    noblesse ! Malgré tout ce qu'on a pu entendre, le zinc reste un matériau
                    plein de qualités pour la facture d'orgues.Léger et solide, il n'est pas
                    facile à travailler (ce qui explique que certains le dénigrent) mais donne
                    parfois une poésie que l'étain ne saurait égaler.A gauche, la tuyauterie du
                    récit, avec la Voix humaine et le Hautbois caractéristique, avec ses petits
                    opercules ronds.Au centre, tuyauterie du grand-orgue, avec le Bourdon 16'
                    en bois, au 1er plan.A droite, la Bombarde (16 pieds, disposée en mitre) et
                    la Soubasse de la Pédale.La tuyauterie avant le démontage (photos d'Emmanuel Fabre, prises en 2003).
On peut se rendre compte de la qualité de la facture, et du bel ordonnancement de l'ensemble.
Comme entre les mains de Joseph Rinckenbach, le zinc prenait chez Roethinger ses lettres de noblesse !
Malgré tout ce qu'on a pu entendre, le zinc reste un matériau plein de qualités pour la facture d'orgues.
Léger et solide, il n'est pas facile à travailler (ce qui explique que certains le dénigrent) mais donne parfois une poésie que l'étain ne saurait égaler.
A gauche, la tuyauterie du récit, avec la Voix humaine et le Hautbois caractéristique, avec ses petits opercules ronds.
Au centre, tuyauterie du grand-orgue, avec le Bourdon 16' en bois, au 1er plan.
A droite, la Bombarde (16 pieds, disposée en mitre) et la Soubasse de la Pédale.

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Historique

En 2003, Yves Koenig construisit un orgue neuf qui marqua un retour aux idées de la "Réforme alsacienne de l'Orgue", avec une traction mécanique et un positif de dos, et incluant de nombreux éléments Koulen/Roethinger. [Plaquette]

C'est d'abord une réflexion sur le rôle de l'instrument qui a été faite. Sur son utilité et le service rendu, sur le plan liturgique et culturel. Comme souvent, ce sont d'abord les chorales qui avaient besoin d'un orgue neuf. Et les organistes, Emmanuel Fabre et Jean-François Fritsch savaient de quoi ils avaient besoin. A St-Pierre-le-Jeune - l'histoire en témoigne -, ce n'était sûrement pas d'un orgue "néo-baroque" de 10-20 jeux à placer dans le choeur... Le projet a été élaboré sur la base du Mémoire rédigé en 1996. Il soulignait la valeur du matériel de l'orgue vieillissant, et son adéquation avec les futures missions de l'instrument.

L'appel d'offres fut lancé en 2001. Une composition de 33 jeux fut proposée en tenant compte des tuyaux ré-employables (6 jeux au grand-orgue, 5 au positif, 9 au récit, et 1 à la pédale). [Caecilia]

Les deux maisons Kern, la maison Muhleisen (qui entretenait le Roethinger) et Yves Koenig répondirent. C'est le projet d'Yves Koenig qui fut retenu, peut-être en raison de son architecture spécifique. La maîtrise d'oeuvre fut assurée par Robert Pfrimmer, assisté de Marc Baumann. Un grand buffet déployé autour de la rosace, respectant son contexte mais aussi l'histoire des orgues du lieu en est un trait marquant. Avec 39 jeux, 3 claviers et pédale, l'orgue actuel intègre le maximum d'éléments de qualité de Roethinger. Mais il en intègre aussi sa pensée esthétique. La différence la plus notable est la présence d'un positif de dos. L'ensemble de la transmission est entièrement mécanique. [Plaquette]

Dessin du projet. Remerciements à
                    Emmanuel Fabre et à la maison Koenig.Dessin du projet.
Remerciements à Emmanuel Fabre et à la maison Koenig.

L'orgue a été inauguré le 23/11/2003 par Pascal Reber (Strasbourg, Cathédrale), la présentation étant assurée par Robert Pfrimmer. Au programme du concert inaugural ont figuré des oeuvres de Vierne, Duruflé, Jehan Alain et Pascal Reber. La Messe Solennelle de Louis Vierne a été interprétée par la chorale de St-Pierre-le-Jeune et l'ensemble vocal Divertimento, sous la direction d'Emmanuel Fabre, et accompagné par Pascal Reber et Sébastien Hulard (Strasbourg, St-Pierre-le-Vieux). Le concert s'acheva par une improvisation sur "Peuple où s'avance le Seigneur". [Caecilia]

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2003
Positif de dos, 56 n. (C-g''')
C F c e' d'' fis''
1' 1'1/3 2' 2' 2'2/3 4'
2/3' 1' 1'1/3 1'1/3 2' 2'2/3
1/2' 2/3' 1' 1'1/3 2' 2'2/3
1/3' 1/2' 2/3' 1' 1'1/3 2'
Grand-Orgue, 56 n. (C-g''')
C A g d' d''
1'1/3 2' 2'2/3 4' 8'
1' 1'1/3 2' 2'2/3 4'
2/3' 1' 1'1/3 2' 2'2/3
C G e a a' e''
1' 1'1/3 2' 2' 2'2/3 4'
2/3' 1' 1'1/3 1'1/3 2' 2'2/3
1/2' 2/3' 1' 1'1/3 2' 2'
1/3' 1/2' 2/3' 1' 1'1/3 2'
Récit expressif, 56 n. (C-g''')
Pédale, 32 n. (C-g')
I/P
[Visite]
Console:
La grande console en fenêtre.La grande console en fenêtre.

Console en fenêtre frontale. Tirants de jeux de section carrée à pommeaux tournés (noirs pour le positif et la pédale), placés en trois colonnes de chaque côté. Etiquettes blanches. Claviers blancs. Commande des accouplements et appels par pédales à accrocher, repérées par des plaques en laiton : de gauche à droite : Anches Pédale, I Pédale, II Pédale, III Pédale, Expression du récit (pédale basculante), I/II, III/II, III/I, Anches G.O., Anches Récit. Commande du moteur par tirant "Calcant".

Ordre et orthographe des tirants :

Bourdon 16
Montre 8
Bourdon 8
Trompette 8
Principal 16
Bombarde 16
Soubasse 16
 
Flûte Harm. 8
Prestant 4
Fourniture 3 rgs
Clairon 4
Octavebasse 8
Trompette 8
Calcant

Gambe 8
Doublette 2
Cymbale 4 rgs
Cornet 5 rgs
Choralbasse 4
Clairon 4
Tremblant doux

Gambe 8
Piccolo 1
Cornet 4 rgs
Basson-Hautb. 8
Doublette 2
Cymbale 4 rgs
Cromorne 8
 
Voix Céleste 8
Flageolet 2
Tremblant doux
Voix humaine 8
Montre 4
Nasard 2 2/3
Tierce 1 3/5
Principal 8
Bourdon 8
Flûte Octav. 4
Trompette 8
Salicional 8
Bourdon 8
Flûte à chem. 4
Transmission: mécanique suspendue (y-compris le récit, la boîte étant logée juste derrière la façade), tirage des jeux mécanique.
Sommiers: à gravures (2003). Le grand-orgue se trouve à gauche de la partie centrale, la boîte expressive du récit se situant à sa droite, juste derrière les tuyaux de façade dont quelques uns sont muets dans cette zone (ceux qui sont parlants sont munis de longs postages amenant le vent depuis le coté gauche). La pédale est évidemment logée dans les 2 tourelles latérales, avec son Principal 16' est en montre, et les deux sommiers diatoniques sont perpendiculaires à la façade.
Tuyauterie:
La tuyauterie du positif de dos. Photo
                    d'Alexis Platz, 14/04/2008. Nous sommes du côté "Cis" ("Do#"), i.e. à
                    droite lorsque l'orgue est vu de face, et regardons en direction de la nef.
                    La façade du petit buffet est au fond. On distingue, du premier plan vers le
                    fond :
                        Le Cromorne, jeu d'anche cylindrique sur ses cônes : on le met souvent
                            en première position, là où son accord est le plus aisé.
                        Le Plein-jeu, regroupant pour chaque note quatre tuyaux sur la même
                            chape.
                        Ensuite, les "petits jeux" : le Nasard, la Flûte 4' et la
                            Doublette.
                        On voit ensuite les tuyaux bouchés du Bourdon 8'. Les 16 tuyaux les plus
                            courts (donc les 32 notes aigues : il y en a autant de l'autre côté)
                            sont en métal. Les graves sont en bois.
                        Puis les longs tuyaux étroits du Salicional.
                        Enfin, la Montre (Principal 4') est tout au fond, donc en façade. Les
                            tuyaux sont découpés à l'arrière, car leur longueur "utile" ne
                            correspond pas forcément à la longueur nécessaire à l'esthétique de la
                            façade. Cette grande découpe permet à la sur-longueur de ne pas affecter
                            le son, et rend aussi le tuyaux plus léger.
                    
                La tuyauterie du positif de dos. Photo d'Alexis Platz, 14/04/2008.
Nous sommes du côté "Cis" ("Do#"), i.e. à droite lorsque l'orgue est vu de face, et regardons en direction de la nef.
La façade du petit buffet est au fond. On distingue, du premier plan vers le fond :
  • - Le Cromorne, jeu d'anche cylindrique sur ses cônes : on le met souvent en première position, là où son accord est le plus aisé.
  • - Le Plein-jeu, regroupant pour chaque note quatre tuyaux sur la même chape.
  • - Ensuite, les "petits jeux" : le Nasard, la Flûte 4' et la Doublette.
  • - On voit ensuite les tuyaux bouchés du Bourdon 8'. Les 16 tuyaux les plus courts (donc les 32 notes aigues : il y en a autant de l'autre côté) sont en métal. Les graves sont en bois.
  • - Puis les longs tuyaux étroits du Salicional.
  • - Enfin, la Montre (Principal 4') est tout au fond, donc en façade. Les tuyaux sont découpés à l'arrière, car leur longueur "utile" ne correspond pas forcément à la longueur nécessaire à l'esthétique de la façade. Cette grande découpe permet à la sur-longueur de ne pas affecter le son, et rend aussi le tuyaux plus léger.

Une grande partie de la tuyauterie provient de l'orgue Koulen/Roethinger. Les Fonds ont ainsi conservé la couleur "germanique" nécessaire à un instrument "Orgelbewegung", mais les tailles ont parfois été ré-aménagées. Mais il y a de nombreux tuyaux neufs, surtout pour les jeux nécessitant de l'étain pour sonner "romantique français" conformément à la pensée de la réforme alsacienne (Trompette et Clairon manuels). La Trompette et le Clairon de Pédale sont les anciens jeux du grand-orgue. Les pavillons de la Bombarde sont en sapin. Le Cornet de récit a été réalisé à partir de tuyaux Roethinger (en particulier de Plein-jeu, dont on a grossi les tailles). [Plaquette]

Qu'il soit permis à l'auteur de ce site, qui a
            habité 15 ans la "Neustadt", d'évoquer une oeuvre d'art qui n'a rien à voir avec
            l'orgue. C'est la "Rose Mystique", d'Henri Wadéré, sculptée en 1893, et placée à droite
            du choeur de St-Pierre-le-Jeune. Elle est en quelque sorte (et indépendamment de toute
            considération religieuse) l'âme du quartier. C'est un cadeau du chanoine Paul
            Muller-Simonis (1862-1930). Une copie partielle (non signée) orne d'ailleurs la chapelle
            funéraire des familles Muller et Coulaux au Mullerhof de Muhlbach-sur-Bruche. (Paul
            Muller-Simonis était issu de cette famille.) Wadéré (02/07/1865 - 27/02/1950) était né à
            Colmar, et établi à Munich, où il a longtemps enseigné. L'Alsace lui doit aussi la
            statue de St-Georges à Sélestat, ainsi que les apôtres de Colmar, St-Martin. La "Rose
            Mystique" occupait une place particulière dans le coeur de l'artiste, puisqu'une version
            en bronze se trouve sur la tombe de sa fille, au Waldfriedhof de Munich. Un de ses
            élèves écrivit à son sujet : Schaffe jeder, so gut er kann, bleibe er
                sich treu, gebe er das, was er geben muß, seine Seele in seinem Werk, und er wird
                nicht umsonst gelebt haben. Ce qui nous ramène au sujet principal.Qu'il soit permis à l'auteur de ce site, qui a habité 15 ans la "Neustadt", d'évoquer une oeuvre d'art qui n'a rien à voir avec l'orgue. C'est la "Rose Mystique", d'Henri Wadéré, sculptée en 1893, et placée à droite du choeur de St-Pierre-le-Jeune. Elle est en quelque sorte (et indépendamment de toute considération religieuse) l'âme du quartier. C'est un cadeau du chanoine Paul Muller-Simonis (1862-1930). Une copie partielle (non signée) orne d'ailleurs la chapelle funéraire des familles Muller et Coulaux au Mullerhof de Muhlbach-sur-Bruche. (Paul Muller-Simonis était issu de cette famille.) Wadéré (02/07/1865 - 27/02/1950) était né à Colmar, et établi à Munich, où il a longtemps enseigné. L'Alsace lui doit aussi la statue de St-Georges à Sélestat, ainsi que les apôtres de Colmar, St-Martin. La "Rose Mystique" occupait une place particulière dans le coeur de l'artiste, puisqu'une version en bronze se trouve sur la tombe de sa fille, au Waldfriedhof de Munich. Un de ses élèves écrivit à son sujet : "Schaffe jeder, so gut er kann, bleibe er sich treu, gebe er das, was er geben muß, seine Seele in seinem Werk, und er wird nicht umsonst gelebt haben." Ce qui nous ramène au sujet principal.
Lever de l' "artiste" (de Schweitzer) et du
            message de 1911 sur le 21 ème siècle.Lever de l' "artiste" (de Schweitzer) et du message de 1911 sur le 21 ème siècle.

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