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~ Les orgues de la région d'Altkirch ~

Heidwiller, Sts Pierre et Paul
Hubert BRAYE, 2005


 

Composition, 2005
Manuel
54 notes
Pédale
27 notes
Bourdon 8' Bourdon 16'
Salicional 8' Flûte 8'
Prestant 4' Trompette 8'
Flûte traversière 4'8'  
Nasard 2'2/3  
Doublette 2'  
Fourniture 5 rgs  
Cornet 5 rgs  
Trompette 8' (B+D)  
Clairon 4'  

     Claude-Ignace CALLINET avait construit ici un orgue en 1836. Les vicissitudes de l'histoire ont fait que seule une partie Buffet soit parvenu jusqu'à nous. Mais ce fut suffisant pour justifier la destruction d'un orgue Joseph Rinckenbach, en 2005.

     L'orgue Callinet devait beaucoup ressembler à son contemporain de Thannenkirch. En tous cas, les Buffets sont très semblables, explicitement inspirés de celui d'Illfurth (1828), construit par Joseph, le frère aîné de Claude-Ignace. (Illfurth n'est d'ailleurs pas le premier de ce style, puisque l'orgue de Bouxwiller (Ferrette) date de 1823.)
A Heidwiller, il y a deux frises à oves (et non pas cannelées comme les Buffets de François Callinet). Les Claires-voies des Plates-faces sont constituées de roses (et non pas de marguerites comme pour les Callinet du début du siècle), et ici, les draperies du haut des Tourelles dépassent des Claires-voies pour décorer les Tourelles elles-mêmes. Il n'y pas de Jouées.

Le Buffet est très réussi, mais la partie instrumentale de Callinet eut à souffrir de concessions. Dès le début, c'est-à-dire la signature du marché, on fit des "économies". Le devis du 27/01/1836 se montait à 3085 Frs pour un orgue placé dans "un buffet conforme à celui d'Illfurth pour le genre", et avec la Composition suivante :

Composition, 1836
Manuel
54 notes
Pédale
15 notes
Bourdon 8' I/P
(Salicional 8')  
Flûte 4'8'  
Montre 4'  
Nasard 2'2/3 (D)  
Doublette 2'  
Cornet 5 rgs (D)  
Fourniture 3 rgs  
Trompette 8' (B+D)  
(Clairon 4')  
Il y avait aussi un Tremblant doux. Le Salicional et le Clairon étaient simplement prévus, tuyaux non posés.

Mais le traité ne porta que sur 2600 Frs, et Claude-Ignace Callinet dut donc faire de nouvelles concessions, dont on ne connaît pas la portée.

     L'instrument fut ré-installé, en 1878, dans la nouvelle église. A l'évidence trop petit (sans 8 pieds ouvert), il ne fut toutefois ni agrandi ni revendu à l'époque.

     En Décembre 1915, Heidwiller fut évacué, et l'orgue pillé de ses tuyaux.

L'orgue Joseph RINCKENBACH, 1919

     Joseph Rinckenbach n'a donc pas "tué" l'orgue Callinet de Heidwiller. Il plaça dans le joli Buffet un petit orgue pneumatique neuf, son Opus 152, logé entièrement dans une Boîte expressive (façade postiche).

En 1961, Pie MEYER-SIAT trouva cet orgue "dans un état de déchéance lamentable" : transmission totalement déréglée, fuites, moteur bruyant, cornements et une marche brisée. L'instrument n'avait pas été entretenu, et les membranes étaient usagées.

En 1986, l'Inventaire technique des Orgues d'Alsace lui attribue un des rares "ETAT : lamentable". Il n'y avait donc pas eu d'entretien en plus 60 ans...

Composition, 1986
Grand-orgue expressif
56 notes
Pédale
27 notes
Bourdon 16' Soubasse 16'
Montre 8' I/P
Bourdon 8'  
Salicional 8'  
Viole de Gambe 8'  
Voix céleste 8'  
Prestant 4'  
Flûte octaviante 4'  
Octavin 2'  
Trompette 8'  

Transmission : pneumatique (Console indépendante face à la nef). Sommiers à Membranes.
Il y avait deux Combinaisons fixes (Piano et Forte).

L'orgue neuf de 2005

     Le 05/12/1999, la chorale Ste-Cécile locale, renforcée par celles de Luemschwiller, Spechbach, Tagolsheim et Walheim (Claude SCHAGENE, direction) donna un concert au profit de la "restauration de l'orgue Callinet", dont on pouvait lire dans la presse qu'il a rencontré un vif succès (église pleine).

Un projet fut en effet élaboré, visant à la reconstruction "à l'identique" de l'orgue Claude-Ignace Callinet de 1836, mais avec une Pédale séparée, un Fourniture à 5 rangs au lieu de 3, et en y incorporant des jeux initialement prévus par son constructeur, et jamais réalisés. Donc, pas identique.

     Le marché a été alloué à Hubert BRAYE, qui, bien entendu, l'exécuta.

     La Réception eut lieu le 16/03/2005.

     L'inauguration a eu lieu le 10/04/2005.

Tout le monde était satisafait. Et c'est sûrement très bien. Du point de vue de l'intention et de la réalisation, ce projet était superbe. Il faudrait pourvoir en rester là. Pourquoi ne pas en rester là ?

     Parce que ce serait tout simplement de la lâcheté. Et qu'ils faut penser aux autres orgues qui sont menacés de destruction au cours d'une opération analogue. Aujourd'hui, Heidwiller, qui pensait sincèrement rendre vie à un orgue historique, n'en a plus. L'orgue neuf n'est pas un Callinet. Même s'il est très réussi. Tout le monde a bien fait son travail, sauf qu'à la fin, le Patrimoine est appauvri. Faut il écrire "Bravo à tous" ? Ce serait tellement plus simple. C'est bien - en gros - ce qui était écrit sur cette page jusqu'à présent...

     Avant tout, il faut rappeler que ce ne sont pas les facteurs qui doivent être blâmés. Que voulez-vous qu'ils fassent ? Refuser ? Dans ce milieu, autant mettre tout de suite la clé sous la porte. Et, bien sûr, la plupart des acteurs du projet mené en 1999-2005 croyaient bien faire : ils étaient tous de bonne volonté. De bonne volonté, mais privés des informations essentielles qui les auraient alertés à temps, et surtout désinformés par un "expert" inculte... Le plus malheureux dans tout cela, c'est que l'orgue Rinckenbach d'Heidwiller devait être totalement intègre et authentique quand il fut démantelé ! Un trésor en fort mauvais état certes, mais pour lequel un bon Relevage aurait probablement suffi à rendre sa splendeur : celle dont font preuve ses contemporains qui ont été entretenus.

     Le fait fondamental, c'est qu'il n 'y avait plus d'orgue Callinet ! Et on ne "restaure" pas un orgue dont il ne reste rien qu'une partie de Buffet. Au mieux, cela s'appelle une Reconstruction. Elle ne se justifie que quand la partie instrumentale existante ne présente effectivement plus d'intérêt. La cause de tous ces malentendus était probablement un "cahier de charges" rédigé en Novembre 1994... Quelques pages dactylographiées, constituant un effarant ramassis d'absurdités et d'incompétence, dont la lecture fait froid dans le dos. Il inclut une "remarque" sidérante et révélatrice : "Aucun tuyau en métal ne devra être réutilisé de l'orgue actuel". La machine infernale était lancée, tout le monde était sûr d'avoir raison, et on allait à la catastrophe.

     Il est nécessaire d'être honnête, de trouver l'envie de se souvenir, et le courage de témoigner. Sinon, tout le reste est inutile.

     Se souvenir, d'abord, de l'orgue de 1919. Il le mérite bien ; bientôt, il aurait eu 100 ans. Construit après la guerre, après l'inpensable. Dans ce bois et ce métal, il y avait le souvenir de ce qui s'est passé à Heidwiller en 1914-1918. Un bois et un métal façonné par un Joseph Rinckenbach qui, incorporé dans l'armée, avait été contraint en 1917 de retirer des façades aux orgues d'Alsace. Un instrument de musique conçu dans un élan de reconstrution éblouissant de courage, et contemporain de chefs d'oeuvre incomparables, car marqués du souffle du renouveau et de l'espoir. Ce sont tous des instruments devant lesquels, une fois qu'on a compris, on s'écrie "Mais regardez comme c'est beau !" à son voisin perplexe. Des instruments - certes peu mis en valeur aujourd'hui - mais réuissis, exceptionnellement réussis. Elevés quand les canons se sont inclinés. Le son de leurs tuyaux couvraient les échos des obus qui continuaient à résonner dans les oreilles de leurs contemporains. Des instruments qu'on a envie de faire connaître, et de protéger. Quelques rares choses belles dans un monde aujourd'hui entièrement voué à l'Argent. Rien ne nous rendra l'orgue d'Heidwiller, le vrai orgue d'Heidwiller. Ici, c'est maintenant trop tard.

     Témoigner, pour que ce genre d'erreur ne soit plus commise. Il faut arrêter de se taire quand quelqu'un détruit ce qu'on aime. Comme devant une église qui a brûlé, il ne s'agit pas, pour nous, le public citoyen, de désigner des coupables, mais de se souvenir des causes qui ont provoqué le désastre, et d'en tirer les enseignements. Et commencer par arrêter de se mentir, et reconnaître que c'est un désastre. Même quand 99% des gens sont persuadés du contraire, et que les 1% restants se taisent. C'est bien sûr extrêmement difficile, et, à nouveau, il ne faut surtout pas se tromper de cible. Expliquer à quelqu'un qui a donné du temps, de l'argent et une énergie folle pour réaliser un projet en lequel il croyait sincèrement... à quelqu'un que l'on admire sincèrement pour ça... qu'il s'est trompé, eh bien, ce n'est pas facile. Ensuite, il faut Résister : résister à la facilité, à l'Omerta, à la pression. Dire ce que l'on pense, poser les bonnes questions. Attendre, arrêter quand il le faut : c'est toujours trop tôt qu'est commis l'irréparable. Apprendre à ouvrir ses yeux et ses oreilles ; se remettre en question ; laissser le doute s'insinuer, laisser la Pensée Unique montrer ses contradictions ; prendre du temps pour parler, pour écouter, pour partager, pour découvrir sous la poussière les trésors qui nous ont été confiés par l'Histoire, et les monter avec joie à ses contemporains.... même si leur immense majorité s'en moque complètement.
Des mots qui ne sont pas plus agréables à écrire qu'à lire.

Sources :

  • Remerciements à Jean LEY, Maire de Heidwiller
  • P. MEYER-SIAT, "Les Callinet, facteurs d'orgues à Rouffach, et leur oeuvre en Alsace" ISTRA, 1965
  • M. BARTH, "Elsass, 'Das Land der Orgeln' im 19. Jahrhundert", AEA XV (1965-66) (Pour Beyer)

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Dernière mise à jour : 05/03/2012 17:04:02

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