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Martin et Joseph Rinckenbach, de 1899 à 1917

La plaque d'adresse en 1902. Photo de Nicolas
		Haslé.La plaque d'adresse en 1902. Photo de Nicolas Haslé.

Dans les 30 années qui suivirent sa reprise par Martin Rinckenbach, la maison d'Ammerschwihr (fondée par Martin Bergäntzel à la fin du 18ème) avait construit certains des plus beaux instruments de l'époque romantique. Ces orgues étaient issus des méthodes et standards de Cavaillé-Coll, chez qui Martin avait travaillé. Dès que Joseph, le fils de Martin, prit des responsabilités dans l'entreprise, il souhaita s'adapter aux évolutions exigées de plus en plus fermement par les commanditaires.

L'une de ces évolutions consistait à adopter la transmission pneumatique. Ce fut la plus commentée (tant à l'époque que par la suite), mais peut-être pas la plus importante. Car le changement le plus profond concernait bien l'harmonisation ; ce qui marque les années 1899-1914 en Alsace, c'est bien le fruit des efforts d'Emile Rupp et d'Albert Schweitzer. Et c'est bien sur l'harmonisation que Joseph travailla, utilisant les spécificités des sommiers à membranes (et leur façon bien particulière de distribuer le vent, en particulier lors de l'attaque) pour élaborer une palette de sonorités personnelle.

Martin et Joseph Rinckenbach travaillèrent ensemble jusqu'à la mort de Martin en 1917. Après la première guerre mondiale, le marché de l'Orgue avait radicalement changé. Les facteurs "en vue" étaient Bas-Rhinois (Roethinger, Kriess), et bien introduits dans les "réseaux" culturels de l'époque. Au détriment de la "vielle école" alsacienne (Louis Mockers, ou Berger qui avait repris la maison Callinet). Mais Joseph Rinckenbach continua à produire des orgues exceptionnels, alliant une tradition romantique aux idées néo-classiques (Réforme alsacienne de l'Orgue, "Orgelbewegung"), jusqu'à ce que sa situation financière délicate mit un terme à ses activités. Une grande partie de sa production entre 1920 et 1931 reste à découvrir, mais compte assurément un certain nombre d'instruments particulièrement réussis et attachants.

Un marché 'de remplacement'

Même si, au 19ème et même au 18ème siècle, il n'était pas rare de trouver un orgue déjà présent lors de la commande d'un neuf, ceci allait se généraliser au 20ème siècle. Au 18ème, les Silbermann éliminaient systématiquement toute trace de matériel ancien : de toutes façons, les commanditaires d'orgues neufs avaient beaucoup d'argent, et la question ne se posait même pas. Dans les années 1900, il n'était pas rare, en certaines communes alsaciennes, de poser le 4ème, voir le 5ème orgue du lieu ! Sur la période qui nous intéresse, un quart des orgues neufs seulement étaient un "premier équipement". Un peu moins de la moitié constituaient le deuxième orgue de l'édifice, et dans le quart restant, l'historique était déjà plus long. Evidemment, personne n'avait alors connaissance de ces instruments successifs : tout ce qu'on savait, c'est qu'il y avait "un vieil orgue". Et celui-ci pouvait parfois encore être en bon état, car la plupart du temps, la construction d'un orgue neuf a été motivée par la reconstruction de l'église : pour d'évidentes raisons démographiques, l'édifice était remplacé par un plus grand, ou la nef allongée, et l'ancien orgue était tout simplement devenu trop petit pour sonner dans le nouveau volume.

Il y avait deux façons de traiter le problème du "vieil orgue" :

La première consistait à le faire "reprendre" par le facteur construisant l'instrument neuf. Dans ce cas, il était soit installé ailleurs, soit éliminé, selon sa valeur, et les talents commerciaux de l'acheteur.

La seconde consistait à ne réemployer que le buffet (qu'il fallait généralement élargir) et éventuellement quelques jeux, surtout graves. En effet, il n'était pas question d'agrandir un orgue mécanique en y ajoutant des jeux ou des plans sonores : ce n'était pas envisageable pour des raisons économiques : intercaler des chapes, ajouter des sommiers, modifier la console, trouver de la place dans le buffet, bref, intervenir sur un orgue mécanique, n'a pu être envisagé qu'après les années 1970 quand l'argument "patrimonial" pouvait justifier l'énorme surcoût. Mais en 1900, il fallait faire vite et utiliser la solution la plus simple : placer des sommiers pneumatiques et remplacer la console.

Une esthétique en profond changement

Les idées d'Emile Rupp et d'Albert Schweitzer faisaient leur chemin. En Alsace, on aimait bien les "fonds" à l'allemande, et les anches à la française. On n'aimait plus les sonorités "romantiques allemandes" ("Gessner m'a tuer"), auxquelles on préférait les idées des élèves de Cavaillé-Coll, mais avec des consoles "modernes", c'est-à-dire ergonomiques. Du côté des facteurs, les acteurs de ce changement sont Frédéric Haerpfer, Paul Dalstein, Edmond-Alexandre Roethinger et Joseph Rinckenbach. Malgré les tentatives préfectorales (et certains architectes très zélés), il n'y a pas de réelle "doctrine" : un certains nombre de choix esthétiques et techniques se font "au cas par cas", "ad libitum", selon les commanditaires locaux : ainsi, la Trompette se trouve soit au grand-orgue, soit au récit (à la Cavaillé-Coll). Le quatre-pied du récit (il est souvent unique) peut être soit une Flûte harmonique, soit un jeu gambé (Fugara).

Combinaisons et crescendo

La commande pneumatique du tirage des jeux amenait d'intéressantes nouveautés. Les combinaisons fixes - des registrations pré-établies - pouvaient être appelées d'une pression sur un piston. On en mettait plusieurs, classés par volume. Même un exécutant ne sachant pas registrer pouvait bénéficier d'une certaine dynamique dans son jeu. Une autre évolution est la pédale de crescendo, qui ajoute successivement les jeux à la registration, dans un ordre pré-établi.

Surtout, la transmission pneumatique permettait enfin d'accoupler les claviers, même dans une console indépendante, sans impliquer des efforts conséquents de la part de l'organiste. Le récit allait dès lors devenir le "complément" naturel du grand-orgue, le "contraste" entre changements de claviers n'était plus "grand-orgue" / "récit" mais "grand-orgue + récit" / "récit".

Mais retournons à l'articulation des deux siècles, pour reprendre l'évocation chronologique des orgues construits par la maison d'Ammerschwihr. Nous sommes en 1899. L'étalon-or devient la référence monétaire internationale. David Hilbert publie ses "Grundlagen der Geometrie". Le 13 octobre à Paris, Aristide Cavaillé-Coll, le maître de Martin, s'éteint, léguant au monde un patrimoine éblouissant. A Montreux-Vieux, la maison Voit und Söhne pose l'un de ses derniers orgues "vraiment allemands" en Alsace.

Sites  Travaux de 1899 à l'Opus 100

Miniature 1899 : Ensisheim, Chapelle catholique de la maison d'arrêt

Le premier orgue pneumatique construit par la maison Rinckenbach, l'opus 63 (I/P 10j), n'existe malheureusement plus : placé à la chapelle catholique de la maison d'arrêt d'Ensisheim, il n'était plus utilisé depuis 1977, et a été détruit lors de la mutinerie du 16/04/1988.

Miniature 1899 : Zellwiller (région d'Obernai), St-Martin
Instrument actuel.
Le second orgue pneumatique de la maison d'Ammerschwihr porte une plaque d'adresse pratiquement identique à celle d'Ensisheim, mais le "M" de "Martin" n'a pas de point, donnant "M & J. Rinckenbach Orgelbauer in Ammerschweier. Ober-Elsass." La composition a hélas été fortement altérée, en particulier en 1964. Cette modification a pu être partiellement corrigée en 1998 par la pose d'une Mixture mieux adaptée, et d'une façade construite sur le modèle de St-Amarin. Trompette au grand-orgue (II/P 16j), tirants de registres, 3 combinaisons fixes. [ITOA:4p892]

Miniature 1900 : Walbach (région de Wintzenheim), St-Jacques
Remplacé par Antoine Bois (1999).
Jean André Silbermann avait construit en 1771 un petit orgue (10 jeux sur 1 manuel, avec pédale empruntée) pour les Dominicaines de Guebwiller. Durant la Révolution, cet orgue fut vendu (comme les autres instruments des abbayes et couvents), et installé en 1792 à Walbach. Après avoir été démonté et réinstallé dans l'église neuve par Valentin Rinkenbach, le petit instrument était probablement devenu bien trop petit. On demanda à la maison Rinckenbach de l'agrandir, ce qui impliquait bien entendu à l'époque une reconstruction en pneumatique (II/P 17 ou 19j). L'instrument romantique dura presque 100 ans, mais il n'était pas adapté à son buffet. L'orgue fut reconstruit de 1989 à 2002 par Antoine Bois, dans l'esprit Silbermann (II/P 20 j). [ITOA:2p469]

Miniature 1901 : Mitzach (région de St-Amarin), St-Dominique
Instrument actuel.
Le magnifique orgue de Mitzach est resté entièrement authentique (même la façade). Trompette au grand-orgue (II/P 16j) (avec une Mixture grave), quatre 8 pieds au récit (avec aussi un Gemshorn), pédale fondée sur une Gambe : l'opus 65 est un instrument intègre qui assume pleinement son esthétique romantique. [ITOA:2p245]

L'opus 67 était l'instrument d'étude destiné à l'école normale de Phalsbourg.

Miniature 1901 : Folgensbourg (région de Huningue), St-Gall
Remplacé par Gaston Kern (1979).
L'opus 69, logé dans un buffet caractéristique de la maison d'Ammerschwihr (apparenté à celui de Hoenheim) devait être, comme ses contemporains, un très bel instrument. Ici s'écrivit en 1971 l'un des pages les plus noires de l'Orgue alsacien : la partie instrumentale romantique (II/P 14j) fut éliminée (probablement sous le prétexte que la traction était pneumatique) au profit d'un orgue "standard", avec sommiers à gravures, et Folgensbourg perdit son orgue historique.

Miniature 1901 : Uhrwiller (région de Niederbronn-les-Bains), St-Michel
Instrument actuel.
Ce petit orgue (I/P 7j), l'opus 70 de la maison d'Ammerschwihr, est l'un des trois seulement qui ont été construits après 1899 avec une transmission mécanique (pour le manuel seulement, la Soubasse étant pneumatique). On se demande comment on a pu, en 1982, défigurer ce pauvre petit instrument resté pratiquement authentique jusque là, en le privant de son Principal et de sa Gambe (les deux jeux les plus fondamentaux !)... pour les remplacer par une Doublette et une absurde Fourniture 1'. [ITOA:4p797]

Miniature 1901 : Dessenheim (région de Neuf-Brisach), St-Léger
Instrument actuel.
L'opus 71 est resté très authentique : c'est l'un des instruments marquants de la région de Neuf-Brisach, qui est décidément très riche en orgues intéressants. Trompette du grand-orgue, et Hautbois au récit, dont le 4 pieds est gambé (Fugara) (II/P 21j). [ITOA:2p94]

Miniature 1902 : Strasbourg, St-Jean
Remplacé par Schwenkedel (1949).
L'opus 68 (III/P 36 ou 38j), avait probablement fait l'objet de toutes les attentions, dues à son milieu urbain et l'intérêt porté par Marie-Joseph Erb. La "Missa Solemnis de St-Jean Baptiste" de ce dernier fut d'ailleurs créée en 1910 avec cet orgue. L'instrument fut entièrement détruit par faits de guerre le 11/08/1944 (ou le 25/09). [Rupp:p333]

Miniature 1902 : Friesen (région de Hirsingue), Sts-Pierre-et-Paul
Remplacé par Curt Schwenkedel (1958).
L'opus 72 (II/25) a été endommagé en 1944. Bien que rien ne prouve qu'il ait été totalement irrécupérable, il fut entièrement remplacé en 1958. [ITOA:2p119]

Miniature 1902 : Romanswiller (région de Wasselonne), St-Oswald
Instrument actuel.
Cet instrument (opus 76) porte son numéro d'opus sur sa plaque (en bas à gauche), mas c'est le 73 dans liste Rinckenbach. Dans les années 1980, son malheureux Salicional et sa Voix céleste ont été "recoupés" en 2 pieds, mais les "chutes" ont heureusement été conservées. Les problèmes de la transmission pneumatique ont été diagnostiqués comme provenant... d'une faiblesse du moteur électrique. L'orgue a bénéficié d'une restauration partielle en 1992. Pas de Trompette, mais un Hautbois au récit (II/P 16j). [ITOA:4p536]

Miniature 1903 : Bergheim (région de Ribeauvillé), Eglise de la Vierge Marie
Remplacé par Michel Gaillard (2006).
Cet instrument avait été commandé pour remplacer un orgue d'Emile Wetzel qui avait seulement une vingtaine d'années. La partie instrumentale de Martin et Joseph Rinckenbach (II/P 31j) a été logée dans le buffet de l'orgue Wetzel, et ré-employait une partie de la tuyauterie. Après 103 ans de service, l'orgue a été reconstruit par Michel Gaillard dans le style Wetzel, et non Rinckenbach. L'orgue de 2006 annonce une tendance qui va sûrement faire son chemin : l'orgue "composite" (deux en un). C'est en effet un deux-claviers pouvant se jouer soit en "pré-romantique" avec positif de dos, soit en romantique, avec récit expressif. [ITOA:2p30]

Miniature 1903 : Niederhaslach (région de Molsheim), St-Jean-Baptiste
Instrument actuel.
L'opus 75, "das herrliche Werk" comme il était qualifié à sa réception (le 07/05/1903), existe encore, mais a perdu toute authenticité : il fut livré à la maison Roethinger en 1952, qui en électrifia la traction, remplaça la console, et rendit la composition "néo-classique". Ce pauvre orgue se trouve donc aujourd'hui affublé d'une Cymbale au récit. Buffet de Klem en deux parties, pour dégager la rosace. Trompette et Clairon au grand-orgue, Hautbois au récit (II/P 31j). [ITOA:3p434]

De 1903 datent aussi des transformations effectuées sur l'orgue Louis-François Callinet, 1877 de Fréland.

Miniature 1904 : Reiningue (région de Wittenheim), Abbaye de l'Oelenberg
Remplacé par Georges Schwenkedel (1952).
L'opus 77, (II/P 19j) était logé dans un buffet de la maison Klem. Il fut détruit le 06/07/1915, et remplacé bien plus tard par l'Opus 105 de la maison Schwenkedel. [ITOA:2p351]

Miniature 1904 : Hindlingen (région de Hirsingue), St-Anne
Instrument actuel.
Le bel orgue d'Hindlingen, opus 79 de la maison Rinckenbach, dispose d'une Trompette "solo" au récit (II/P 16j). Il mériterait vraiment une restauration dans son état de 1904. Dans son buffet de Klem, il était absolument intact en 1975 (façade d'origine), quand on demanda à Christian Guerrier de remplacer deux jeux (dont la Voix céleste) et de... supprimer l'expression du récit ! Quelle tristesse de voir un tel trésor ainsi mutilé. [ITOA:2p156]

Miniature 1904 : Trois-Epis (région de Kaysersberg), Eglise de la Visitation
Instrument actuel.
L'opus 80 est logé dans un buffet probablement inspiré de l'orgue (Valentin Rinkenbach) précédent, très semblable à celui de St-Hippolyte. Resté presque intact (sauf la façade) jusqu'en 1991, il perdit malheureusement toute authenticité lors du remplacement de sa traction (en électrique pour 14 jeux !). Pas de trompette (Hautbois au récit) (II/P 14j). [ITOA:2p454]

Miniature 1904 : Dauendorf (région de Haguenau), St-Cyriaque
Instrument actuel.
Dans son buffet tout simple datant de l'orgue précédent (Koulen), l'opus 81 a été particulièrement bien conservé. C'est à nouveau un instrument "en deux parties" (comme Niederhaslach) de façon a dégager une baie centrale éclairant la tribune. Trompette "solo" au récit (avec un Nasard et une 4' flûté), et Mixture-tierce au grand-orgue (influence du Koulen remplacé ?) (II/P 20j). [ITOA:3p111] [IHOA:p50b] [ITOA:3p111] [Barth:p178] [PMSSTIEHR:p223-4,702] [PMSRHW:p198]

Miniature 1904 : Urschenheim (région d'Andolsheim), St-Georges
Instrument actuel.
Avec son récit entièrement composé de fonds de 8 pieds, et sa Trompette "solo" au grand-orgue, cet instrument est caractéristique de son esthétique. Soigneusement entretenu, il recueillit les éloges de l'inventaire de 1986 ("La transmission pneumatique est très précise"). A part sa façade, réquisitionnée en 1917, cet petit orgue (II/P 13j) est parvenu jusqu'à nous intact. [ITOA:2p463]

Miniature 1904 : Biltzheim (région d'Ensisheim), St-Georges
Instrument actuel.
L'opus 84 était resté intact (sauf la façade) jusqu'en 1983. Malheureusement, à l'occasion de travaux (à qualifier donc de transformation et non de relevage) deux jeux ont été modifiés. Pas de Trompette, Hautbois au récit (II/P 15j). [ITOA:2p39]

Miniature 1904 : Stotzheim (région de Barr), St-Nicolas
Instrument actuel.
Le haut du buffet provient de l'ancien orgue Jean-André Silbermann, 1751, des Franciscains de Sélestat. Victime des spéculateurs durant la Révolution (Dirringer), cet instrument fut installé à Stotzheim par Michel Stiehr, puis Emile Wetzel y fit deux interventions. En 1904, la maison Rinckenbach reconstruisit un orgue neuf dans le buffet historique (II/P 23j). Mais des transformations ultérieures (1949 Georges Schwenkedel, 1974 Alfred Kern) laissèrent cet instrument sans style bien défini, sans ses jeux fondamentaux, et avec plusieurs chapes vides. A force de pleurer un orgue historique perdu (1751) on en a détruit un second (1904). [ITOA:4p654]

De 1904 date aussi d'importants travaux sur l'orgue Joseph Callinet, 1849 de Ste-Marie-aux-Mines. Le dessus d'écho originel a été transformé en un récit complet, et la transmission a malheureusement été altérée. [ITOA:2p408]

Miniature 1905 : Kogenheim (région de Benfeld), St-Léger
Instrument actuel.
L'opus 85 est un des instruments les plus intéressants de la région, puisque c'est Joseph Rinckenbach lui-même qui restaura la façade, et compléta l'instrument par 3 jeux. La composition est un vrai cas d'école (II/P 23j), et dote l'instrument de toutes les sonorités nécessaires au répertoire romantique, dans une déclinaison "alsacienne" : 12 fonds de 8' (dont une Flûte majeure et une Flûte harmonique), Basson au récit mais Trompette au grand-orgue, couple Voix céleste / Aéoline, Fugara, Gambe en 16' à la pédale... Le tout est complété par un accouplement du grand-orgue en octaves aiguës qui est loin d'être anecdotique. Soigneusement entretenu, cet instrument, dont le titulaire est un musicien connu, nous est parvenu "100% Rinckenbach". [ITOA:3p316]

Miniature 1905 : Le Hohwald (région de Barr), Notre-Dame de la Nativité
Instrument actuel.
Voici un petit instrument placé dans deux buffets séparés, un peu comme à Niederhaslach, mais en plus petit. Des modèles "intermédiaires" seront placés plus tard à Waldighoffen ou Ingersheim. A la pédale, à cause du manque de place, un jeu d'Echobass consiste à alimenter les tuyaux de la Soubasse différemment. Cela permet d'enrichir une pédale qui, sinon, serait limitée à ce seul jeu. (L'idée sera reprise en de nombreux autres endroits.) Ce petit instrument original nous est parvenu presque intact (Joseph Rinckenbach n'a probablement pas pu restaurer la façade en 1925, mais tout le reste semble d'origine). Malgré les 10 jeux réels seulement, toutes les familles de Fonds sont représentées (Principaux, Bourdons, Flûtes, Gambes, jeux harmoniques et ondulants). Pas d'anche. [ITOA:3p273]

Miniature 1905 : Muttersholtz (région de Marckolsheim), Eglise protestante
Instrument actuel.
L'opus 86 a été construit dans le buffet (modifié) de l'orgue Jean-André Silbermann, 1751, du lieu (qui était analogue à celui de Scherwiller, avec un Cromorne et peut-être une pédale indépendante). La plaque d'adresse "Martin et Joseph" de l'orgue actuel est d'un modèle peu commun, et se trouve curieusement incrustée entre des dominos plus récents : elle semble avoir été coupée à la scie et placée là. On se doute donc que cet orgue n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été au début du 20ème siècle. Deux interventions malheureuses (1963 et 1975) et probablement une troisième absolument calamiteuse ont fait perdre à Muttersholtz un second instrument historique. Heureusement, il y a l'autre église de Muttersholtz, qui abrite un orgue d'exception. [ITOA:3p409]

Les travaux sur l'orgue d'Ungersheim portent un numéro d'opus (89), ce qui montre qu'ils furent assez conséquents. L'orgue François Ignace Hérisé, 1844, ayant été reconstruit par Rémy Mahler en 1891, il ne reste rien de ce travail. [ITOA:2p491]

La liste des travaux Rinckenbach comprend "Naders (Schweitz)" (Naters, Valais ?), trois orgues privés pour Dijon, un pour Bonfol (CH, Jura) et un orgue privé pour Brig-Glis (CH).

Miniature 1905 : Waldighoffen (région de Hirsingue), Sts-Pierre-et-Paul
Instrument actuel.
Voici une autre déclinaison, fort élégante, d'une disposition à deux buffets encadrant une rosace (comme à Niederhaslach, Le Hohwald ou Ingersheim). A part la perte de sa façade (dont une seule octave parlait) et la pauvre Aéoline "recoupée" en 1983 (c'est peut-être restaurable), cet orgue est authentique. Trompette "solo" au récit (le 4' est un Gemshorn), récit/grand-orgue en octaves graves et aiguës, et grand-orgue en octaves aiguës (II/P 18j). [ITOA:2p470]

La construction d'un orgue pour Diffenbach-lès-Hellimer (Grostenquin, Moselle) rapportée par Jean Martinod a été démentie par l'inventaire des orgues de Moselle. Il s'agissait sûrement de petits travaux sur l'orgue Jean-Frédéric Verschneider, 1871. [IOLMO:A-Gp445]

Miniature 1906 : Stosswihr-Ampfersbach (région de Munster), Ste-Marie Auxiliatrice
Remplacé par Joseph Rinckenbach (1927).
Un premier orgue avait été posé par la maison Rinckenbach à Stosswihr-Ampfersbach en 1906 (II/P 13j). (Son numéro d'opus - 76 - situerait toutefois sa construction vers 1903.) Il fut entièrement détruit par faits de guerre en 1915. [ITOA:2p442]

Miniature 1906 : Murbach (région de Guebwiller), Abbatiale St-Léger
Instrument actuel.
Murbach est un endroit chargé d'histoire, un haut-lieu de la chrétienté au Moyen-Age. S'il y a eu plusieurs orgues à Murbach, aucun n'a été aussi marquant que l'opus 92 de la maison d'Ammerschwihr. Perché sur sa tribune fort spécifique dans son remarquable buffet de la maison Boehm, ce n'est pas un grand instrument (II/P 20j), mais vraiment "l'orgue de Murbach", indissociable du lieu. Trompette au grand-orgue, Hautbois au récit (le 4' est flûté), et grand-orgue en octaves graves. Il est caractéristique de son époque, une sorte de déclinaison "canonique" de l'orgue du début du 20ème siècle. Cet instrument "traverse le désert" depuis longtemps (il était déjà injouable en 1986), et des rumeurs font régulièrement état de projets de relevage. De fait, "isolé du temps" depuis si longtemps, il est en passe de devenir le "Marmoutier du 20 ème siècle". Sa remise en voix, même si elle tarde un peu, sera un des projets les plus enthousiasmants et prometteurs de ce début de 21ème siècle. En attendant, il faut aller à Ettendorf (on peut comparer les buffets) et se servir de son imagination. [ITOA:2p298]

Miniature 1906 : Gildwiller (région de Dannemarie), Epiphanie de N.S.
Remplacé par Christian Guerrier (1981).
L'orgue de 1906 (II/P 16j) devait être un bel instrument (celui de Waldighoffen, permettra de s'en faire une idée) : 16' manuel, Flauto dolce, Trompette au récit, Flûtes harmoniques et traverses, Voix céleste et son Aéoline... Le tout, presque intact. Plus que les années 1980 ne pouvaient en supporter : le tout fut donc remplacé par un orgue "comme il faut". [ITOA:2p124]

Miniature 1906 : Zillisheim (région de Mulhouse), Eglise du collège épiscopal
Instrument actuel.
Dans son magnifique buffet de la maison Klem, l'opus 95 était resté absolument authentique (même la façade était d'origine) jusqu'en 1955... quand il fut littéralement massacré pour en faire un "orgue à tout jouer". Un des pires épisodes de la véritable "période noire" de la facture d'orgues en France. [ITOA:2p503]

Miniature 1906 : Allenwiller (région de Marmoutier), St-Michel
Remplacé par Gaston Kern (2001).
L'édifice a été construit en 1906, et l'opus 96 faisait donc "un tout" avec ce dernier. Le sort s'acharna sur cet instrument : gravement mutilé en 1973 par une "baroquisation" affectant plus de la moitié de ses jeux, il fut victime en 1998 d'infiltrations d'eau. Ce fut la justification, en 2001, à l'une des plus récentes destructions d'orgues historiques qui aient été à déplorer en Alsace (mais pas la dernière, puisque cela se pratique encore en 2012). On y trouve aujourd'hui un instrument "standard" des années 80. Mais la composition de l'orgue (II/P 12j) de 1906 est connue (et spécifique à Allenwiller : Flûte double et Quintaton 8' au récit). A condition de faire quelques recherches approfondies sur l'harmonisation de Joseph Rinckenbach quand ces jeux sont présents, il serait possible de le reconstruire, puisque les sommiers à membranes sont à nouveau maîtrisés par certains facteurs. Ce serait un projet extrêmement enthousiasmant, et qui ferait vraiment avancer l'organologie. [ITOA:3p4]

De 1907 datait aussi l'orgue de Liederschiedt (Bitche, Moselle) : c'était l'opus 105 (II/P 17j II+P). Démonté par les Allemands vers 1940 alors que la localité était évacuée, il ne fut jamais retrouvé. [IOLMO:H-Mip1037]

Miniature 1907 : Ribeauvillé, Couvent de la Providence
Remplacé par Curt Schwenkedel (1966).
De l'opus 100 (II/P 30j), reçu le 02/05/1907, l'orgue du jubilé ("Jubiläumsorgel der Firma"), il ne reste que quelques éléments du buffet de Klem, réutilisés en 1966, et mis, comme le reste, "au goût du jour". [ITOA:2p357]

Sites  Travaux de l'Opus 100 à la guerre de 14-18

Miniature 1907 : Tagolsheim (région d'Altkirch), St-Léger
Instrument actuel.
L'un des seuls orgues d'Ammerschwihr à n'avoir qu'un manuel (I/P 11j), l'opus 101 est quand même pneumatique. Il a été privé de tous ses tuyaux métalliques en 1917. [ITOA:2p445]

L'opus 102 était en fait la reconstruction en traction pneumatique de l'orgue de St-Pierre-Bois (Chaxel, 1823). [ITOA:4p570]

Miniature 1907 : Horbourg-Wihr (région d'Andolsheim), Eglise protestante (Horbourg)
Instrument actuel.
L'église protestante de Horbourg possède un orgue très intéressant depuis que Richard Dott l'a restauré dans son état de 1907, corrigeant les errements des années 1980 (4 jeux en avaient été victimes ; ils ont été restaurés sur le modèle de ceux d'Ettendorf). L'instrument actuel s'accorde parfaitement au joli petit buffet éclectique à une tourelle prismatique flanquée de deux plates-faces doubles. Pas d'anche, le 4' du récit est un Gemshorn, et grand-orgue en octaves graves (II/P 12j). [ITOA:2p165]

Miniature 1908 : Oberschaeffolsheim (région de Mundolsheim), St-Ulrich
Instrument actuel.
Cet instrument (II/P 18j), logé dans un curieux buffet plus ancien (élargi à 4 plates-faces) est resté pratiquement authentique (puisque la façade est postiche). Si le Cornet (au récit) est d'origine, il serait assez extraordinaire, et peut-être à rapprocher soit d'une influence de Merklin au siècle précédent, soit de l'omniprésence des Cornets dans la facture alsacienne pré-romantique (Stiehr). Mais une Doublette (toujours au récit) trahit une modification évidente. Un orgue qui laisse pas mal de questions non répondues (à commencer par son numéro d'opus (105) qui est le même qu'à Liederschiedt. [ITOA:4p467]

Miniature 1908 : Schweighouse-Lautenbach (région de Guebwiller), St-Michel tribune

Une autre page bien triste de l'histoire de l'orgue alsacien : bien qu'encore présent "visuellement" à Schweighouse, l'opus 106 est complètement muet depuis 1978. Il est clair que sans tuyauterie, il ne saurait en être autrement ! Celle-ci a été "cannibalisée" pour construire un orgue de choeur néo-baroque. Cette opération étant probablement irréversible, peut-être que les sommiers et la console pourront un jour servir à restaurer un des nombreux orgues Rinckenbach qui ont été "mécanisés" dans les années 1980-1990 ? Les choix arrêtés lors de sa conception prouvent une certaine recherche (on savait ce qu'on voulait) : Trompette "solo" au récit, dont le 4' est une Flûte traversière, récit/grand-orgue en octaves graves et grand-orgue en octaves aiguës. (II/P 16j) [ITOA:2p415]

Miniature 1908 : St-Hippolyte (région de Ribeauvillé), St-Hippolyte
Instrument actuel.
On trouve à St-Hippolyte un des plus beaux buffets d'orgue d'Alsace, abritant un des plus beaux orgues d'Alsace, construit par Martin et Joseph Rinckenbach en 1908, et malheureusement dénaturé en 1984. Il est aujourd'hui en assez mauvais état. Espérons qu'à l'occasion d'un prochain entretien, il sera restauré dans son état de 1908 : il le mérite amplement. [ITOA:2p400]

De 1908 (ou 1906) date aussi la reconstruction en pneumatique de l'orgue Valentin Rinkenbach, 1836 de Horbourg-Wihr (opus 95 ou 97 selon les sources). [ITOA:2p166] [IHOA:p220a] [Barth:p426]

Miniature 1908 : Bourg-Bruche (région de Saales), St-Pierre
Instrument actuel.
L'opus 109 porte la dédicace "Anno Domini MDCCCCVIII haec organa structa sunt. Ad majorem Dei gloriam. Civitate Bourg-Bruche, C. Bonte civitatis proefacto, A. Ducloux patrocho, V. Roeppel ludimagistro. Laudate Dominum in chordis et organo." Il faudrait corriger par "in chordis et electronico". [ITOA:3p72]

Miniature 1908 : Ettendorf (région de Hochfelden), St-Nabor
Instrument actuel.
L'opus 110 a bénéficié en 2002 d'un relevage en profondeur qui a révélé tout son potentiel. Il compte parmi les plus beaux orgues de la région. Les habitants d'Ettendorf l'aiment tant qu'il lui ont offert une Bombarde pour sa pédale. A part ce jeu et la façade, cet orgue est authentique. Trompette au grand-orgue, Hautbois au récit dont le 4' est un Gemshorn, récit/grand-orgue en octaves graves et aiguës, grand-orgue en octaves aiguës (II/P 23j). [ITOA:3p171]

A la liste des travaux Rinckenbach figurent aussi des orgues pour l'église paroissiale de Brig-Glis (CH, Valais) (28 jeux) (où Rinckenbach avait déjà placé un orgue privé).

Miniature 1908 : Munchhouse (région d'Ensisheim), St-Agathe
Remplacé par Max Roethinger (1961).
Cet instrument (II/P 16j) fut détruit par faits de guerre le 06/02/1945. [ITOA:2p291]

Miniature 1909 : Lutterbach (région de Wittenheim), St-Choeur de Jésus
Remplacé par Schwenkedel (1958).
Si des travaux de la maison Rinckenbach peuvent être critiqués (bien plus que ceux de Niedernai ou de St-Hippolyte), ce sont les remplacements des orgues Verschneider de Lutterbach et Bartenheim. Le "Montmartre alsacien" reçut un orgue Verschneider de Rémering (Georges et Nicolas) en 1862. Encore réparé en 1894, il a été remplacé par Martin et Joseph Rinckenbach en 1909 (le 14 mars). L'orgue Rinckenbach et son buffet de Boehm périrent par faits de guerre en 1944. La maison Schwenkedel plaça ensuite à Lutterbach un orgue néo-classique neuf en 1958 (opus 143). [ITOA:2p227]

Miniature 1909 : Bartenheim (région de Sierentz), St-Georges
Remplacé par Schwenkedel (1949).
Par une de ces coïncidences que l'Histoire semble adorer, le scénario de Lutterbach a été pratiquement le même à Bartenheim. Un orgue Verschneider, mais cette fois de Puttelange (Jean-Frédéric II), qui datait de 1862 aussi, avait été construit selon les directives du compositeur Léo Stöcklin de Mariastein. Encore réparé en 1904, il fut de façon tout aussi inexplicable remplacé en 1909 (le 23 mai) par Martin et Joseph Rinckenbach. L'orgue de la maison d'Ammerschwihr disparut dans les flammes, le 21/07/1934. Il y a aujourd'hui à Bartenheim un très bel instrument néo-classique de... Schwenkedel, 1949 (opus 92) qui, au moins, n'a aucun tuyau ancien sur la conscience... [ITOA:2p227]

Miniature 1909 : Sentheim (région de Masevaux), St-Georges
Instrument actuel.
L'opus 115, logé dans un buffet de la maison Boehm alternant une grande tourelle ronde avec deux tourelles en tiers-point, est resté absolument authentique (y-compris la façade, puisqu'elle était en zinc dès l'origine). Relevé en 2007 par Hubert Brayé, il a retrouvé tout son panache (remplacement des membranes) et a été inauguré par Daniel Roth. Trompette "solo" et Hautbois au récit, qui est aussi doté de deux caractéristiques bientôt incontournables : l'Octavin, et la Mixture, qui y est transférée pour bénéficier de l'expression (II/P 20j). [ITOA:2p416]

En 1909, la maison Rinckenbach ajouta 8 jeux à l'orgue Cavaillé-Coll de Mulhouse. Malheureusement, pour trouver de la place, le récit fut pivoté de 90 degrés pour le mettre en position transversale, ce qui altérait l'architecture de l'instrument. [ITOA:2p257]

Il y eut aussi un orgue pour Vinningen (D), St-Sebastian (II/P 16j) : Principal 8', Bourdon 8', Gambe 8', Dulciane 8', Prestant et Mixture (2'2/3) au grand-orgue, Quintaton 8', Flûte de concert 8', Gambe 8', Aéoline et Voix céleste, Flûte traverse en 4', Octavin et Trompette au récit, Soubasse et Gambe 16' à la pédale. La revue "Zeitschrift für Instrumentenbau", évidemment, s'étonne du placement au récit de la Trompette et de l'Octavin (sur un instrument de cette taille). Il y a aujourd'hui là-bas un orgue Hugo Meyer, 2001. [ZeitschriftInstrmentenbau:29p505]

Miniature 1910 : Bourbach-le-Haut (région de Masevaux), St-Michel
Instrument actuel.
Orgue entièrement authentique.
Comme à Lutterbach et Bartenheim, ce petit instrument est venu remplacer un Verschneider (de Puttelange, 1877). Le buffet et sa façade de Verschneider ont été conservés. Le seul jeu d'anche est au grand-orgue, et ce n'est pas une Trompette mais un Basson. Au récit, il y une Flûte à cheminée 4' (et non un Gemshorn 4' ou une Flûte harmonique : elle n'est peut-être pas d'origine). A part cela, l'opus 116 semble intact (II/P 12j). [ITOA:2p52]

Miniature 1910 : Brumath, Sts-Nazaire-et-Celse
Remplacé par Gaston Kern (1993).
Lors de la construction de l'orgue neuf en 1993, une partie de la tuyauterie Rinckenbach fut préservée et intégrée dans un récit expressif. L'instrument actuel est donc "composite" (comme celui de Monswiller), mais fort intéressant. [ITOA:3p84]

Miniature 1910 : Maennolsheim (région de Saverne), St-Vit
Instrument actuel.
Cet orgue remplaçait celui de Valentin Rinkenbach, 1854, réduit en cendres le 10/01/1910. Son récit a été muni d'un jeu ondulant lent et un peu moins gambé (une Unda maris au lieu d'une Voix céleste), suivant une tendance à "flûter" les récits. Il n'y a d'ailleurs pas de Gambe dans cet orgue, le seul jeu de taille étroite étant un Salicional. Basson au récit, et accouplement en octaves graves (II/P 10 ou 11j). L'instrument a bénéficié d'un relevage mené par Richard Dott. A part la façade (muette), il est entièrement authentique. [ITOA:3p354]

A Sarreguemines-Welferding (Moselle), St-Walfrid, l'agrandissement de l'orgue Verschneider-Krempf, 1875, reçut le numéro d'Opus 122. Il faut noter que seule la pédale était pneumatique : les manuels étaient mécaniques à machine Barker (II/P 23j). L'instrument fut complètement néo-baroquisé en 1961, et muni d'une traction électrique. [IOLMO:Mo-Sap1928-32]

Miniature 1911 : Colmar, Collégiale St-Martin Tribune
Remplacé par Richard Freitag (1979).
A la collégiale St-Martin de Colmar, Joseph Rinckenbach réalisa son plus grand instrument : avec ses 82 jeux sur 3 claviers, et l'écho placé sous la voûte (au-dessus du transept), ce devait être un orgue symphonique exceptionnel. Les témoignages de l'époque le confirment. En 1976, l'orgue Rinckenbach, après 65 ans de service, était passé de mode. On voulait un orgue "nordique", et il fut donc déclaré "hors d'usage". Juste avant le démontage de cet orgue irremplaçable (combien ont pleuré ce qui a été fait en 1911 au Silbermann sans se rendre compte qu'on a fait exactement la même chose en 1976 : détruire un orgue d'exception pour faire du neuf), il fut encore joué une dernière fois, et de bien belle façon. Peu se souviennent des commentaires alors entendus (en Alsacien) : "Il n'était pas si mal, cet orgue..." ...et on frémit en pensant à ce qu'il aurait pu être après un bon relevage. Les tuyaux Jean-André Silbermann (1755) restants (12 jeux en tout, avec certains tuyaux de Callinet) ont été remis à l'église des Dominicains de Colmar. [ITOA:2p72]

De 1911 date aussi la construction d'un récit et la transformation de la traction de l'orgue Johann-Georg Rohrer, 1734, de Blienschwiller (l'instrument a été re-mécanisé depuis). La même année, la maison Rinckenbach pneumatisa son propre instrument (1892) de Selestat, Ste-Foy. [ITOA:4p623] [ITOA:3p65]

Miniature 1912 : Kiffis (région de Ferrette), Sts-Pierre-et-Paul
Instrument actuel.
Orgue centenaire, de qualité exceptionnelle, authentique (sauf la façade), mais... à l'abandon (partiellement démonté).
Il est à souhaiter que quelqu'un découvre enfin l'intérêt de cet instrument, et comprenne qu'il serait infiniment plus adapté, ici, que toutes les prétentieuses, synthétiques et éphémères machines électroniques du monde. Si l'on tarde trop, le petit orgue Rinckenbach, déjà partiellement démonté, sera bientôt irrémédiablement perdu. [ITOA:2p195]

Miniature 1912 : Ammerschwihr (région de Kaysersberg), St-Martin
Instrument actuel.
Projet de relevage en cours.
Ammerschwihr ! La terre natale. Comme Louis Dubois, dont ils étaient les héritiers, Martin et Joseph Rinckenbach construisirent bien sûr un orgue pour leur ville. Pour cela, ils conservèrent le buffet de leurs prédécesseurs (Dubois et Bergäntzel). L'opus 125 (III/P 44j) est un instrument symphonique qui n'a pas été épargné par l'Histoire ; mais elle lui a miraculeusement épargné le pire. La composition d'origine est connue. Il se trouve aujourd'hui dans un état préoccupant, mais il y a un projet pour lui redonner de la voix (des concerts sont organisés pour cela). Espérons qu'on pourra aller jusqu'à la restauration dans l'état de 1911. En contemplant cet orgue, on ne peut s'empêcher d'y voir le témoin de cet effrayant Noël 1944, exigeant de toutes ses forces qu'après celui-là, tous les Noëls soient meilleurs. [ITOA:2p6] [ZeitschriftInstrmentenbau:32p727]

Miniature 1912 : Mulhouse, Ste-Marie-Auxiliatrice Tribune

L'opus 126 était le "St-Sulpice alsacien" (III/P 39j), comme en témoignait sa console en amphithéâtre directement inspirée de Cavaillé-Coll, chez qui Martin avait travaillé. Il manquera à présent, et pour toujours, dans le paysage musical alsacien. [ITOA:2p266]

Miniature 1912 : Cernay, Institut Saint-André

Cet instrument (I/P 7j) fut probablement détruit en 14-18.

Miniature 1911 : Orbey (région de Lapoutroie), Chapelle de l'hôpital de Pairis
Remplacé par Antoine Bois (2000).
Ce petit orgue fut confié à Haerpfer en 1927, mais en 1936, une curieuse évaluation rapporta "mal restauré, à refaire". C'est peut-être à l'origine du fameux jeu de mots, mais ce dernier ne s'appliquait toutefois pas aux travaux de ce grand facteur que fut Frédéric Haerpfer. Lors de la reconstruction, en 2000, le buffet et la tuyauterie Rinckenbach furent réutilisés. [ITOA:2p327]

Miniature 1912 : Schirmeck, St-Georges
Instrument actuel.
L'opus 127 était la reconstruction, en pneumatique, de l'orgue Stiehr de 1863, le premier de la maison de Seltz a avoir été logé dans un buffet néo-gothique. C'est donc cet orgue Rinckenbach que joua pendant 18 ans Ernest Guillaume Bohn, jusqu'à son départ pour la Robertsau (St-Louis). L'instrument fut malheureusement complètement défiguré en 1976 ; la composition résultant de ces errements paraît être le résultat d'un tirage au sort. [ITOA:4p605]

Miniature 1912 : Still (région de Molsheim), Institut des aveugles

Cet instrument de 14 ou 15 jeux opus 129, logé dans un magnifique buffet néo-roman (tourelles en tiers-point et plates-faces quadruples) était le premier orgue de la chapelle de l'institut des aveugles de Still (fondé en 1895). En 1953, il fut remplacé à Still par un instrument délicieusement délirant (II/P 61j avec 32' acoustique ...pour une chapelle) de Georges Schwenkedel. Après l'avoir modifié, ce dernier l'installa l'orgue Rinckenbach à Neufgrange (Moselle), institut St-Joseph, en 1952 (buffet, sommiers, ainsi que 6 jeux). Dans les années 1970, Willy Meurer fut chargé d'agrandir le malheureux instrument. Outre l'adjonction de toutes sortes d'éléments "de rencontre", on nota l'arrivée de l'ancienne console Vondrasek de l'orgue de Keskastel, que Meurer avait dû récupérer en 1970... au détriment de l'originale. En 2002, Michel Gaillard reconstruisit l'instrument pour servir d'orgue de choeur de l'église de l'Immaculée Conception de Metz Queuleu. Une composition de 14 jeux a été restituée, et l'orgue complètement réharmonisé. L'institut des aveugles de Still, de son côté, revendit finalement son incroyable machine à Bellange (près de Château-Salins). [ITOA:4p653]

Miniature 1912 : Wackenbach (région de Schirmeck), St-Pierre-Fourier
Instrument actuel.
Seulement 6 jeux, mais l'Unda maris fait partie de la dotation : un orgue se devait de disposer d'un jeu ondulant. Ce petit instrument, opus 131 de la maison d'Ammerschwihr, a été remarquablement conservé et entretenu. [ITOA:4p606]

Miniature 1912 : Sessenheim (région de Bischwiller), Nativité de la B.V.M.
Instrument actuel.
C'est bien l'opus 141 (le numéro apparaît à la console), même s'il est noté "142" sur la liste de Joseph Rinckenbach. Son buffet polychrome néo-renaissance n'est pas banal. La traction a été électrifiée en 1956 par la maison Schwenkedel, qui retira la Gambe du récit pour y mettre le Salicional du grand-orgue, remplaça ce dernier par une Doublette, et ajouta un Octavin au récit. C'est une des rares modifications des années 1950 qui fut faite avec goût, puisque du coup, cet instrument est composé comme un orgue Joseph Rinckenbach d'après guerre. Trompette "solo" au récit et deux accouplements en octaves aiguës (II/P 15j). [ITOA:4p632] [IOLMO:H-Mip794]

Miniature 1912 : Niederschaeffolsheim (région de Haguenau), St-Michel
Remplacé par Max et André Roethinger (1950).
L'orgue Stiehr-Mockers, 1858 de Niederschaeffolsheim (c'était déjà le troisième du lieu) fut reconstruit en 1912 par la Maison Rinckenbach. L'édifice ayant été gravement endommagé en 1944 (toiture), l'instrument a été démonté. En 1950, c'est un orgue neuf qu'il fallut reconstruire, en ré-employant une partie de la tuyauterie Stiehr et Rinckenbach qui restait. [ITOA:3p443]

Miniature 1913 : Lapoutroie, Ste-Odile
Instrument actuel.
L'opus 122 est venu remplacer un orgue Joseph Callinet, 1851, devenu trop petit pour le nouvel édifice (1911). Le buffet (élargi) et quelques jeux sont encore de 1851. Octavin du récit, avec Trompette, Clairon, Basson/Hautbois et Voix humaine, ainsi nombreux jeux harmoniques, et fondement sur un Quintaton 16' : l'instrument est très "romantique français". Il y a aussi deux ondulants : gambé (Voix céleste) et lent (Unda maris), et les 8 pieds du grand-orgue sont au nombre de 5 : un Dolce figure en plus du "carré d'or" romantique (un Principal, un Bourdon, une Gambe et une Flûte). Trompette au grand-orgue, qui conserve la Mixture. Sa traction a malheureusement été électrifiée, mais les modifications de composition semblent s'être limitées à l'introduction d'un grand Cornet au grand-orgue. A nouveau, Schwenkedel a ici respecté l'esprit, puisque ce Cornet sera souvent placé par la suite par Rinckenbach dans ses orgues d'après-guerre. Avec ses 34 jeux, ce remarquable instrument est l'un des plus importants légués par cette époque. Espérons de tout coeur que personne n'aura jamais l'idée de "reconstruire" du simili-Callinet dans son buffet... [ITOA:2p206]

Miniature 1913 : Bootzheim (région de Marckolsheim), St-Blaise
Instrument actuel.
L'orgue a été relevé en 2009-2010 par Yves Koenig. L'octavin actuel n'est pas d'origine : c'est la pauvre Gambe du grand-orgue qui a été recoupée, probablement en 1968, tandis que le Quintaton était recoupé en une inutile Quinte. A part ces deux jeux, et l'inexplicable suppression de sa boite expressive, l'instrument, logé dans un buffet d'Antoine Herbuté, est plutôt bien conservé. Basson au récit, dont le 4' est un Gemshorn et l'ondulant lent et large (II/P 15j). [ITOA:3p69]

Miniature 1913 : Oberlarg (région de Ferrette), St-Martin
Instrument actuel.
Pratiquement contemporain de Wackenbach, l'instrument d'Oberlarg est à peine plus grand (II/P 8j), mais décliné sur 2 manuels. Le récit se trouve limité à deux jeux... dont une Unda maris, cet ondulant plus lent et de taille moins étroite qu'une Voix céleste, qui était alors tant à la mode. A noter, au "grand-orgue" de ce petit instrument, un Octavin 2' : déjà vu à Sentheim, il deviendra un incontournable des récits de Joseph Rinckenbach après guerre. L'orgue est resté authentique, puisque les tuyaux de façade étaient muets dès l'origine. [ITOA:2p317]

Miniature 1913 : Villé, Eglise de l'Assomption de la B.V.M.
Instrument actuel.
Dans son demi buffet Besançon semblant flotter au-dessus du vide, cet orgue est vraiment spécifique. Notons en passant que ce n'est pas Joseph Rinckenbach (ni le "bel été 1911"), mais Martin Wetzel qui supprima la partie instrumentale du 18ème, et ce dès 1840. La maison d'Ammerschwihr avait été en concurrence avec Kriess, de Molsheim. Le récit et la pédale furent placés en dehors du buffet, beaucoup trop petit pour contenir un orgue de 20 jeux riche de nombreux 8 pieds. La console porte le numéro d'opus 134. L'instrument a été considérablement modifié par la suite. [ITOA:4p809]

Miniature 1913 : Biederthal (région de Ferrette), St-Michel
Instrument actuel.
L'opus 135 (II/P 12j) a été logé dans le buffet de l'instrument précédent (Joseph-Antoine Berger). L'ondulant est à nouveau gambé et rapide (Voix céleste) comme il est d'usage sur les instruments de plus de 10 jeux. C'est le récit qui porte la Trompette, et il ne monte que jusqu'au 4 pieds, avec une Flûte octaviante. Malgré cela, l'accouplement à l'octave depuis le grand-orgue se fait en octaves graves, ce qui en dit quand même long sur la registration de l'époque. Cet instrument est resté authentique. [ITOA:2p37]

Miniature 1913 : Zimmerbach (région de Wintzenheim), St-Georges et St-Coeur
Instrument actuel.
L'opus 136 a été construit dans un buffet de la maison Boehm. Il était absolument authentique quand il a été altéré, dans les années 1960 (la Doublette ne peut pas être d'origine). Il a été heureusement été relevé en 2006 par Hubert Brayé. [ITOA:2p505]

Miniature 1913 : Dieffenbach-lès-Woerth (région de Woerth), St-Joseph
Instrument actuel.
Orgue authentique (sauf la façade).
Dans son sévère buffet néo-classique hérité de l'orgue Stiehr qu'il a remplacé (1847), cet instrument propose un Octavin du récit (où se trouve aussi la Trompette, et dont le 4' est une Flûte octaviante). A part la façade, l'orgue a l'air authentique (II/P 18j). [ITOA:3p117]

Miniature 1913 : Le Bonhomme (région de Lapoutroie), St-Nicolas
Remplacé par Joseph Rinckenbach (1928).
Un orgue Merklin fut reçu au Bonhomme le 08/01/1863. Mais force est de constater que cet instrument ne donna pas satisfaction : il a bel et bien été remplacé (et non détruit par fait de guerre), et ce dès 1913, par Martin et Joseph Rinckenbach, qui placèrent ici leur opus 139. Il fut endommagé pendant la première guerre mondiale, et, en 1917, on en réquisitionna tous les tuyaux métalliques. Joseph Rinckenbach en proposa une "nouvelle version", évidemment plus néo-classique, en 1928 (l'Opus 177, soit le magnifique orgue actuel). [ITOA:2p50]

Miniature 1913 : Thannenkirch (région de Ribeauvillé), Ste-Catherine
Instrument actuel.
L'opus 140 a été construit dans le buffet de l'ancien orgue Claude-Ignace callinet du lieu (1 manuel, 10 jeux), que Wiltberger (Colmar, école normale) avait déclaré irréparable. L'orgue de 1913 (II/P 14j) comportait une Mixture-tierce, et l'harmonisation avait même été appréciée par Pie Meyer-Siat lors de sa visite pour préparer son ouvrage pour les Callinet. Trompette au récit, dont le 4 pieds est une Flûte octaviante. Malheureusement, en 1970, une Doublette remplaça le Bourdon 16' du grand-orgue et le Quintaton du récit fut remplacé... par un Larigot ! [ITOA:2p452]

Miniature 1913 : Hégenheim (région de Huningue), St-Rémi
Instrument actuel.
Cet instrument a remplacé l'orgue Joseph Callinet, 1846 du lieu, en conservant le buffet (agrandi). Octavin au récit, avec un Basson/Hautbois (et donc la Trompette au grand-orgue). A part la façade, l'orgue Rinckenbach (II/P 21j), dont ce sera bientôt le centenaire, a l'air entièrement authentique. [ITOA:2p144]

La maison d'Ammerschwihr posa en 1913 à Hellering-lès-Fénétrange (Moselle) son opus 142 (141 était une erreur sur liste d'opus). Absolument authentique (il n'a même jamais reçu de ventilateur électrique), il était à l'abandon (et partiellement vandalisé) lors de l'inventaire des orgues de Lorraine. [IOLMO:H-Mip793-4]

Toujours en 1913 fut posé à Willerwald (Sarralbe, Moselle) l'opus 143 (23 ou 27 jeux). Il a été entièrement détruit, avec son édifice, en 1940. [IOLMO:Sc-Zp2326]

Miniature 1914 : Marckolsheim, St-Georges
Remplacé par Muhleisen (1965).
L'opus 149 était la reconstruction en pneumatique de l'orgue Herbuté, 1842, du lieu. L'instrument fut détruit le 10/06/1940. [ITOA:3p356]

En 1914, un procès opposa Russ et la maison Roethinger, à propos des travaux de cette dernière en 1896, et qui avaient, d'après les représentants de la commune, laissé l'orgue injouable. Il ne trouva finalement pas d'issue (les deux parties furent déboutées). On demanda alors à Joseph Rinckenbach de remettre l'instrument en marche. Rinckenbach considéra cela comme un travail important, puisqu'il l'ajouta à sa liste d'opus. Il revint d'ailleurs faire des travaux en 1929 (l'année de sa première faillite), pour ajouter un trémolo et un Nasard (la Réforme alsacienne de l'Orgue était passée par là). [ITOA:4p557]

L'opus 138 fut construit pour Luppy (Pange, Moselle), et achevé en 1914 (II/P 17j). En 1964, il eut droit à la plus curieuse des "baroquisations" : 3 jeux romantiques furent enlevés, mais seulement un "petit jeu" (d'occasion...) remis en place. En 1992, l'orgue était totalement muet. [IOLMO:H-Mip1082-5]

Miniature 1914 : Muespach (région de Ferrette), St-Blaise
Instrument actuel.
L'opus 147 (numéro figurant sur la plaque d'adresse) est le dernier orgue achevé par Joseph Rinckenbach avant d'être incorporé. C'est donc aussi le dernier orgue Rinckenbach construit du vivant de Martin. La console est d'un modèle très abouti, qui sera souvent repris après guerre : disposition très "pentue" des claviers, et tirants de jeux en ligne au-dessus. L'instrument est resté totalement authentique. La tendance de doter les récits d'un Octavin est encore confirmée. Celui de Muespach dispose d'une Trompette "solo", et son 4' est harmonique (II/P 19j). Cet instrument est un témoin émouvant d'une époque qui fut féconde, et prometteuse... avant que l'élan ne fut brisé et que Europe ne se couvre de sang.

L'Europe en guerre

Entre 1899 et 1914, la maison Rinckenbach a donc construit entre 5 et 6 opus par an, soit un peu moins d'un tous les deux mois. Durant la même période, la jeune maison Roethinger construisit 56 instruments, donc pas tellement moins : environ un tous les 3 mois. A Ammerschwihr, les deux dernières années (1912 et 1913) furent particulièrement fécondes. Mais Joseph Rinckenbach fut incorporé, et, en tant que soldat, fut finalement employé... à la réquisition des tuyaux de façade des orgues alsaciens...

Après 1918, bien sûr, plus rien ne fut pareil. Martin ne revit jamais l'Alsace française. Avec lui s'éteint, le 23/01/1917, le plus grand facteur d'orgues alsacien de tous les temps. Pour son fils Joseph, la vue de ces centaines d'orgues mutilés car privés de leurs tuyaux de façade (actes qu'il avait lui-même contribué à perpétrer) devait laisser un goût bien amer. Après 1918, le monde de l'orgue allait devenir affaire de "réseaux", et y survivre nécessiter de bons talents commerciaux. Joseph Rinckenbach n'était pas armé pour cela. Il commençait juste à rêver de Tierces et de Cornets. Commercialement, la Maison d'Ammerschwihr était donc "finie" ; mais artistiquement, c'est encore un renouveau qui l'attendait. Certainement "à perte", mais sûrement conscient de son avance sur la mouvance "néo-classique", Joseph allait se remettre au travail : certains des plus grands chefs d'oeuvre issus de l'atelier d'Ammerschwihr étaient encore à construire !

On trouvera la suite sur la page consacrée à Joseph Rinckenbach.

Sites 

Style et façon

Pneumatique tubulaire et sommiers à membranes

On l'a vu, l'évolution la plus marquante, initiée en 1899, concerne le passage à la traction pneumatique. Cela saute aux yeux à la console : les accouplements sont plus nombreux (avec les fameuses "octaves graves" et "aigues"), il y a des combinaisons fixes et même des crescendos. Le tirage des jeux n'est plus le même. A l'intérieur de l'instrument, la place des sommiers n'est plus contrainte par les liaisons mécaniques. Les buffets ne sont souvent plus que des façades, qui ne portent plus le poids de l'orgue mais en constituent juste l'écrin. Les sommiers à membranes alimentent les tuyaux d'une façon fondamentalement différente, qui permet aux harmonistes de talent de l'exprimer sur un champ totalement neuf. Et Joseph Rinckenbach était un harmoniste d'exception.

Zinc et spotted

Tout comme la transmission pneumatique, il fut longtemps "de bon ton" de dénigrer l'usage du zinc dans la tuyauterie des orgues. Pour avoir l'air de s'y connaître, il fallait parler de "zinc et métaux pauvres". De fait, le zinc était, en particulier après les guerres, beaucoup plus accessible que l'étain. Et, dans la pensée un peu "snob" issue des Trente glorieuses, ce qui est bien se doit d'être cher, et ce qui est bon marché est forcément vulgaire. A nouveau, pour se faire une opinion, on ira gravir les marches d'une tribune, ouvrir la console, choisir un jeu dont on sait que les basses sont en zinc et le reste en étain, et parcourir le clavier. Le jeu consiste à trouver à l'oreille quand se fait la transition. La plupart du temps, c'est tout simplement impossible : l'harmonisation, si elle est bien faite, a toujours le dernier mot sur le matériau (dans un certain intervalle de contraintes). Alors, le zinc est il mauvais ? D'abord, il présente deux précieux avantages : il est plus léger et plus résistant que l'étain ou le plomb (ou l'étoffe, qui est un alliage des deux). Plus léger, ça veut dire moins de contraintes mécaniques sur les sommiers ou le buffet. Plus résistant, ça veut dire qu'il a moins tendance à s'écraser (tuyaux de façade qui se "tassent") ou a se plier. Une tuyauterie en zinc peut être d'excellente facture, tout comme une tuyauterie "tout étain" peut avoir été réalisée trop fine (car l'argument économique a fini par l'emporter) et, après quelques années, ressembler à une forêt après une tempête. La vérité sur le zinc, c'est qu'il est plus difficile à harmoniser (comme le cuivre d'ailleurs). Faire chanter de l'étain reste assez "facile" ; mais le zinc, c'est une autre affaire. Passé entre les mains d'un bon harmoniste, un tuyau de zinc donnera le même rendu sonore, en offrant des avantages indéniables, surtout en terme de longévité. C'est un peu pareil pour le "spotted", cet alliage facilement reconnaissable par les jolis motifs de cristallisation à sa surface : il a mauvaise réputation parce qu'il est difficile à harmoniser. Mais il suffit de le prendre en main : le tuyaux est souvent lourd, d'une robustesse incomparable. On y fait de grandes soudures. Et quand un bon harmoniste s'en est occupé, le résultat à l'oreille, est excellent. A réhabiliter aussi...

Les compositions

Il n'y a pas de "composition canonique", mais une logique bien arrêtée, héritée des années 1870-1899, et déclinée dans la zone 14-20 jeux en deux "options" fondamentales : Trompette au grand-orgue ou anche au récit. Cette dernière est par exemple, sur 16 jeux :

Pour monter à 18 ou 19 jeux, le récit reçoit encore un 8 pieds (Flûte ou Salicional), puis une Quinte 2'2/3 ou un Octavin, cette Flûte harmonique 2' que Joseph Rinckenbach utilisera plus tard quasi systématiquement. Le grand-orgue reçoit un 5ème 8 pied (Salicional par exemple).
A 20 seulement apparaît la seconde anche (à
Murbach, par exemple). Enfin, la "tendance Sentheim" consiste à transférer plus de jeux au récit (les deux anches, mais aussi la Mixture). Ce sera le trait caractéristique des orgues "d'après guerre".

Taille et rôle des instruments

Mais la véritable spécificité de ces instruments, il faut peut-être la chercher ailleurs. Dans ce qu'il y a de plus évident : ils sont tous différents, et ils sont de taille limitée. Il y a eu cinq trois-claviers (dont celui de Colmar, dont on ne sait pratiquement rien), mais tout le restant de la production d'Ammerschwihr durant cette période est constituée d'orgues "modestes". Le terme n'a ici rien de péjoratif, au contraire. Ils ont été construits pour servir, et remplir un office bien déterminé : on les a voulus sans fioriture et surtout sans élitisme. Certains ont été payés par cotisations volontaires, mais pour la plupart, c'était avec de l'argent public, et on ne le jetait pas par la fenêtre : deux claviers et moins d'une vingtaine de jeux suffisaient, et on s'y tenait donc. Du coup, au cours des ans, ces instruments ont acquis une "noblesse de l'opérationnel", leur statut s'éloignant de celui de "décoration" pour devenir le compagnon assidu des joies et des peines des gens, rythmant avec fidélité mais sans futilité la vie hebdomadaire de la communauté. Plus qu'un ornement religieux ou un objet de culte, l'orgue était un bien en commun : simplement une source de musique gratuite (pour l'auditeur), à une époque où celle-ci n'était pas courante. Les gens ne voulaient pas d'une "petite folie", mais un orgue unique, raisonnable, qui ne ressemblait pas à celui du village voisin, conçu et construit spécialement pour eux. Leur plan était simple : en faisant "modeste", mais pas "low cost", on peut s'entourer de bienfaits en échappant à la tyrannie de l'argent, aux emprunts et aux déficits. C'est sans doute l'ultime enseignement que nous donne l'héritage de la maison d'Ammerschwihr.

Ange / compagnon musical (1911).Ange / compagnon musical (1911).
Références

Sources et bibliographie :

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