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Les orgues de la région d'Erstein
Hindisheim, Sts-Pierre-et-Paul
1917 degr > Dégâts
Orgue authentique
Hindisheim, l'orgue Joseph Rinckenbach, le
        09/02/2013.Hindisheim, l'orgue Joseph Rinckenbach, le 09/02/2013.

Voici un chef d'oeuvre de Joseph Rinckenbach, directement inscrit dans la grande tradition des années 20, qui furent, décidément, extrêmement fécondes. Cet instrument plutôt conséquent (32 jeux) est pleinement un orgue "symphonique", comme le revendique sa "Flûte de concert". C'est un instrument d'exception, resté entièrement authentique grâce à un entretien régulier et une histoire marquée par les bonnes décisions. L'histoire des orgues du lieu commence 8 ans après la mort de J.S. Bach.

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L'orgue Georg Friederich Merckel,
1758
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Historique

Le premier orgue d'Hindisheim était un petit instrument de 8 jeux construit en 1758 par Georg Friederich Merckel. [IHOA] [Hindisheim2004] [Barth]

Il a été déménagé à St-Etienne de Bilwisheim en 1864 par la maison Martin Wetzel. Bien que fortement modifié au cours du temps, il s'y trouve toujours, et a été remis dans un état proche de l'original. [IHOA]

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Historique

Si Martin Wetzel s'était occupé de déplacer l'ancien orgue, c'est qu'il avait fourni, toujours pour l'ancienne église d'Hindisheim, un petit instrument neuf en 1862. [IHOA] [Hindisheim2004] [Barth]

Dès 1889, une fois en place dans la nouvelle église (beaucoup plus grande) où il a été déménagé par Franz Kriess, l'orgue Wetzel se retrouva inadapté à l'édifice. [Hindisheim2004] [Barth]

En 1917, les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités. [IHOA]

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Historique

C'est de 1922 que date l'orgue Joseph Rinckenbach actuel. [IHOA] [Hindisheim2004]

Le contrat avec la célèbre maison d'Ammerschwihr fut conclu le 19/08/1921 (32 jeux), mais un premier projet (un peu plus grand : 33 jeux) avait été réalisé sur la demande du curé Sigwalt dès le 30/10/1919. L'instrument a été reçu officiellement le 31/07/1922 par Marie-Joseph Erb, qui avait déjà effectué une inauguration le jour de la St-Etienne de l'année précédente (26/12/1921). [Hindisheim2004]

Marie-Joseph Erb, fidèle soutien de Rinckenbach et de cette esthétique sonore, fut évidemment enthousiasmé par le résultat, et les critiques furent élogieuses.

Depuis son retour de mobilisation, et la construction de son orgue "profession de foi" à Ingersheim (1919), Joseph Rinckenbach savait parfaitement où il allait. Il suivait une voie spécifique, un peu néo-classique (alors que bien sûr ce mot n'avait pas été inventé), sur les traces de la réforme alsacienne de l'orgue. Après 1918, la "signature" des orgues Rinckenbach (outre l'orthographe française des noms de jeux, même le "Cor de Chamois" pour "Gemshorn" !) est la présence d'une Doublette et d'un grand Cornet au grand-orgue. Comme sur les très alsaciens Stiehr ou Callinet d'avant 1870... Après Ingersheim, il y eut Scherwiller (un tout petit peu plus grand, mais construit avec les mêmes techniques).

L'instrument fut tenu par les instituteurs Hugo Martz, puis Joseph Mann. Ensuite, ce fut Louise Haegel, et ce pendant 40 ans. Lors de la seconde Guerre mondiale, des tuyaux ont été démontés et dissimulés, par crainte d'une réquisition analogue à celle de 1917...

Il y eut des entretiens, en 1963 par la maison Muhleisen, et en 1971. [IHOA] [Hindisheim2004]

Un autre entretien eut lieu en 1989, à nouveau par la maison Muhleisen. [IHOA]

Un relevage a été mené, cette fois par la maison Daniel Kern en 2004. Les travaux ont été réalisés par Richard Sturny, sous la maîtrise d'oeuvre de Robert Pfrimmer. [IHOA] [Hindisheim2004]

Grâce à cet entretien régulier depuis 1922, et à ces opérations qui n'ont jamais cherché à modifier l'instrument, l'orgue d'Hindisheim est resté entièrement authentique.

Suite au relevage, l'orgue a été inauguré le 20/06/2004 par Christelle Fischer (Hindisheim), Marc Baumann (Strasbourg, cathédrale), la chorale paroissiale, ainsi que Robert Pfrimmer qui présenta l'instrument. Le programme était composé en particulier du "Carillon de Soissons" de Duruflé, de la "Pavane pour une infante défunte" de M. Ravel, de trois pièces de L.J.A Lefébure-Wely (la Marche en Ut, l'Andante des 6 médiations religieuses et la Sortie en Sib), et d'une improvisation sur le Salve Regina (très méditative) qui vint conclure l'ensemble.

Le buffet

Le buffet, en chêne, est constitué d'une imposante façade de près de 6m50, et d'un enclos de 3m de profondeur. Le buffet n'est pas autoporteur : les sommiers reposent sur une charpente spécifique. Il n'y a pas de "plafond", mais des plaques horizontales protègent les tuyaux de la poussière.

Le style est résolument néo-roman, en accord avec le reste de l'édifice. Deux tourelles prismatiques (base en demi-hexagone) encadrent une partie centrale constituée d'une tourelle plate à chevron, et deux plates-faces doubles. Chaque demi plate face finit en un arc plein-cintre rempli d'une claire-voie sculptée. Motifs végétaux (feuilles et grappes de fruits) ; frises en ceinture de buffet et à la base des tourelles. La partie centrale supérieure est percée d'un oculus enfermant une rosace à 6 pétales. La partie supérieure du buffet est gaufrée d'un fin quadrillage. Comme souvent dans les styles "éclectiques" (néo-roman, néo-gothique), il y a une galerie supérieure, assez élaborée et finie par une frise ajourée. Les tourelles latérales sont munies d'un clocheton.

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2013
Grand-orgue, 56 n. (C-g''')
Bouches inversées
(c-g''')
Posté
Appel grand-orgue
Sans notes supplémentaires au II
Récit expressif, 56 n. (C-g''')
C-H bouché, en bois
C-H bouché ; f'-g''' octaviants
(c-g''')
(c-g''' ; C-H:Cor de chamois)
f-g''' octaviants
2'2/3 ; reprises sur e, fis' et gis'' ; 5 rgs de e à g'''
Non harmonique ; anches jusqu'à g'''
Pédale, 30 n. (C-f')
Soubasse alimentée différemment
I/P
Pédale basulante, piston d'appel, et cadran linéaire
Sans accouplements
[Visite]
Console:
La console de 1922.La console de 1922.

Console indépendante face à la nef. Tirage des jeux par dominos placés au-dessus du deuxième clavier. Pastilles de couleur blanche pour le grand-orgue, rose pour le récit, et bleu-ciel pour la pédale. Les accouplements n'ont pas de domino, et sont commandés par cuillères. Claviers blancs. Petit indicateur de crescendo linéaire. Pistons sous le premier clavier : "P.", "F.", "Tutti", "Reg." (annulateur) et "Cresc.". Ordre des commandes au pied : I/I 4', II/I 16', II/I 4', II/I, II/P, I/P G.O., Expression récit, (pas de porcelaine pour le crescendo), trémolo récit. Pas de combinaison libre. Plaque d'adresse située à droite des claviers, sur la partie inclinée, en laiton incrusté :

JOSEPH RINCKENBACH
Manuf.re de Grandes Orgues
AMMERSCHWIHR (Ht RHIN)

Pas de numéro d'opus. A priori, c'est l'opus 157 de la maison d'Ammerschwihr, mais les listes divergent sur la numérotation des d'opus après 1918 (et ne sont pas toujours d'accord avec les consoles).

La belle console est caractéristique de la production de Rinckenbach dans l'immédiat après-guerre. Elle est en fait mécanique pour les notes (elle agit sur des relais pneumatiques logés dans le buffet, juste derrière la façade, et au sol). Le tirage des jeux et les accouplements sont pneumatiques.

Sommiers:
Voici un schéma global, vu du côté
                    "Cis" (droit) et de 3/4 avant. En bleu, l'espace dévolu à la pédale, en marron
                    celui du récit.Voici un schéma global, vu du côté "Cis" (droit) et de 3/4 avant. En bleu, l'espace dévolu à la pédale, en marron celui du récit.
Un schéma analogue montre l'instrument
                    vu exactement de l'autre côté, "côté C" de l'arrière. Le "cube" au premier plan
                    abrite le ventilateur. Les organes de la soufflerie sont en vert. L'espace
                    dévolu au grand-orgue est en rouge.Un schéma analogue montre l'instrument vu exactement de l'autre côté, "côté C" de l'arrière. Le "cube" au premier plan abrite le ventilateur. Les organes de la soufflerie sont en vert. L'espace dévolu au grand-orgue est en rouge.

Sommiers à membranes, d'origine. Deux sommiers diatoniques (et de nombreux postages) pour le grand-orgue. Grand cornet posté. Deux sommiers diatoniques pour la pédale. Deux demi-sommiers chromatiques pour le récit (selon une technique courante chez Joseph Rinckenbach) : les "petits jeux" sont à l'avant, puis il y a une passerelle d'accès, et autres jeux sont à l'arrière (anches évidemment proches de la passerelle). Les deux sommiers sont reliés par le dessous par des tubes, note à note. Côté chapes, les notes sont repérées par des marques à l'encre, mais il ne semble pas y avoir de repérage dans l'axe "jeux".

Ordre des chapes du grand-orgue (de la façade vers l'accès) Montre, Bourdon 16', Gambe, Salicional, Flûte de concert, Bourdon 8', Prestant, Nasard, Doublette, Trompette. Cornet posté au centre, devant la base du récit.

Ordre des chapes du récit, des jalousies vers le fond : Principal, Flûte à cheminée 8', Flûte octaviante 4', Fugara, Octavin, Fourniture, Voix humaine, (passerelle), Hautbois, Trompette, Gemshorn, Unda-maris, Gambe, Flûte harmonique 8', Voix céleste, Quintaton.

La pédale est logée sur les côtés, orthogonalement à la façade; Du centre vers les extrémités : la Bombarde (certain tuyaux sont siphonnés), le Violoncelle 8' et le Bourdon 8' intercalés, la Soubasse, puis la Contrebasse (étiquetée "V 16" - Violoncelle ?). Le Bourdon 16' de pédale est donc obtenu par alimentation spécifique de la Soubasse.

Soufflerie: Deux grands réservoirs à plis parallèles, logés dans le soubassement. Celui du bas alimente la pédale, celui du haut les manuels. Ils sont reliés par un "accordéon". Ventilateur logé dans une boîte entre les réservoirs et le mur du fond.
Tuyauterie:
La tuyauterie est de très belle
                    facture.Au premier plan, la Trompette, avec ses jolis pavillons tachetés
                    ("spotted").Au centre, la grande Flûte "de concert", toute en bois
                    :c'est vraiment la "star" du grand-orgue.La tuyauterie est de très belle facture.
Au premier plan, la Trompette, avec ses jolis pavillons tachetés ("spotted").
Au centre, la grande Flûte "de concert", toute en bois :
c'est vraiment la "star" du grand-orgue.

Tuyauterie "industrielle" au sens qu'elle a été construite avec l'aide de machines (sans sens péjoratif donc). Mais ensuite, un soin tout artisanal est porté aux détails. Spotted très étoffé, beaux bois, profondément traités et peints. Nombreuses marques au poinçon, ou petites étiquettes imprimées. Entailles de timbre, Bourdons à calottes mobiles (même au Cornet). Gambes à freins harmoniques. Certains fonds sont directement inspirés du meilleur de l'école germanique du 19ème (Flûte de concert, Gemshorn), alors que d'autres, ainsi que les anches, rappellent plus la facture romantique parisienne.

Les commandes du vaisseau musical.1922 : Jules
            Verne n'est plus, mais les océans sont parcourus par les Transatlantiques,et les
            cieux de dirigeables.Les annonces se succèdent, faisant état de progrès
            inconcevables.On s'ouvre à l'art déco.Sur le plan musical, on est quelque part
            entre Louis Vierne et Joséphine Baker(ce qui laisse pas mal de place aux
            instituteurs-organistes,entre le Propre grégorien et les airs d'opéra).Tout ce
            passé peut ressurgir à la moindre note :tous ces tuyaux étaient là en 1922, tous
            peuvent parler des Années Folles.Et avec une qualité musicale rare :cet
            instrument est un des plus beaux orgues d'Alsace, toutes époques confondues.Les commandes du vaisseau musical.
1922 : Jules Verne n'est plus, mais les océans sont parcourus par les Transatlantiques,
et les cieux de dirigeables.
Les annonces se succèdent, faisant état de progrès inconcevables.
On s'ouvre à l'art déco.
Sur le plan musical, on est quelque part entre Louis Vierne et Joséphine Baker
(ce qui laisse pas mal de place aux instituteurs-organistes,
entre le Propre grégorien et les airs d'opéra).
Tout ce passé peut ressurgir à la moindre note :
tous ces tuyaux étaient là en 1922, tous peuvent parler des Années Folles.
Et avec une qualité musicale rare :
cet instrument est un des plus beaux orgues d'Alsace, toutes époques confondues.

Références Sources et bibliographie :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670197001P03
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