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Les orgues de la région de Woerth
Froeschwiller, église de la Paix
vers 1720 atte > Orgue attesté
1917 degr > Dégâts
Froeschwiller, l'orgue Steinmeyer.Toutes les photos
        de la page sont de Franck Lechêne, 02/06/2012.Froeschwiller, l'orgue Steinmeyer.
Toutes les photos de la page sont de Franck Lechêne, 02/06/2012.

Cet orgue est un cadeau de la Bavière à l'Alsace, offert à Froeschwiller en 1876. Ce fut un présent d'exception, un acte de réconciliation, bien sûr motivé par les terribles événements du 6 août 1870 ("Le jour tombait, la lutte était horrible"). La première pierre de l'édifice actuel fut posée deux ans, jour pour jour (6 août 1872), après la disparition de l'église de 1846, qui avait été incendiée lors des combats. La magnifique "église de la Paix", oeuvre de l'architecte Charles Winkler, a été inaugurée le 30 juillet 1876 : en plus d'être un lieu de culte, c'est aussi un mémorial du souvenir.

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L'orgue de facteur inconnu (vers 1720)
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Historique

Dans la première église ("mixte") de Froeschwiller, il y avait eut un orgue, installé probablement vers 1720. On ne sait toutefois pas grand-chose de cet instrument. [IHOA]

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L'orgue Moeller,
1767
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Historique

En 1767, ce sont les frères Moeller qui construisirent un orgue quasi-neuf (ils réutilisèrent des éléments de l'ancien instrument). [IHOA] [PMSCS61]

L'orgue Moeller fut démonté, puis remonté dans la nouvelle église, achevée en 1846. [IHOA]

L'instrument fut détruit, avec son édifice, par faits de guerre, le 06/08/1870. [IHOA]

Il y eut deux types de réactions. D'un côté furent composées ces fameuses chansons guerrières, un rien revanchardes, glorifiant le patriotisme et appelant à la vengeance. De l'autre, il y eut une grande mobilisation, à travers toute l'Allemagne, visant à la Réparation : collectes, dons de particuliers, d'associations, de municipalités. Rapidement, il fut possible de reconstruire une église pour Froeschwiller. Notons que les deux réactions ont contribué, chacune à leur échelle et de leur façon, au devoir de mémoire...

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L'orgue Georg Friedrich Steinmeyer,
1876 (instrument actuel)
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Historique

C'est en 1876 que Froeschwiller reçut l'opus 145 de Georg Friedrich Steinmeyer, d'Oettingen. [IHOA] [ITOA] [WebSteinmeyer]

L'instrument était donc un cadeau de la Bavière. Et quel cadeau ! Un cadeau venant du peuple même, comme l'atteste l'inscription sur le buffet : "Gestiftet aus gesammelten Gaben in Bayern durch Hilfsverein Nürnberg, 1876"). Ce qui en magnifie encore la portée : ce sont des dons locaux et de particuliers qui permirent de faire ce présent. [PMSSHAH1980]

On lit un peu partout qu'il s'agit "du seul Steinmeyer d'Alsace". Certes. Mais c'est parfois la seule chose que l'on lit, et c'est un peu dommage. D'abord, pour toute personne un peu versée dans la facture d'orgue, ce présent de réconciliation laisse bouche-bée. On peut dire que ce n'était pas un cadeau fait à l'économie : les Bavarois se sont honorés, en offrant tout simplement ce qu'il y avait de meilleur dans le domaine. L'instrument, doté d'un buffet magnifique, réunit tous les éléments destinés à faire de cette machine un sommet de son art. Que ce soit sous l'angle technique (les fameux sommiers à cônes ("Kegelladen"), si compliqués à réaliser, mais les seuls permettant de parvenir à l'harmonisation recherchée), sous l'angle historique ("Attention ! Cuirassiers ! Chargez !") ou musical (Reger !), tout ici contribue à la légende.

L'édifice et son orgue perpétuent aussi le souvenir du pasteur Karl Klein (31/05/1838 - 29/04/1898), qui a vécu la bataille du 06/08/1870 (et y a été blessé) : il écrivit ses "Images de guerre et de paix", puis la "Chronique de Froeschwiller". C'est, quelque part, à lui que l'on doit la construction de l'église de la Paix, puisqu'aucune générosité, fut-elle la plus spontanée, ne peut venir sans mobilisation, et ne peut concerner que des projets concrets.

Avec 16 jeux sur 2 claviers et pédale, ce n'est bien sûr pas l'orgue de la Lorenzkirche de Nuremberg, mais l'instrument est idéalement adapté à l'édifice, et il y a l'esprit de Walcker, et bien sûr le souffle de Georg Friedrich Steinmeyer. Voici un essai de restitution de la composition d'origine :

Composition, Restitution
Grand-Orgue, 54 n. (C-f''')
(G-f''')
C-cis en Montre. Tuyaux sur le vent en étain.
Etain
C-Dis en Montre, le reste en étain.
Taille large
2'2/3
Récit, 54 n. (C-f''')
Pédale, 27 n. (C-d')
I/P

Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités allemandes en 1917 [IHOA]

C'est Georges Schwenkedel qui remplaça la façade, en 1931 (par des tuyaux en zinc). [ITOA]

En 1961, Ernest Muhleisen procéda à une transformation. [IHOA]

La Mixture fut malheureusement refaite en 1'1/3 (soit une octave plus aiguë que le 2'2/3 originel). La nouvelle Mixture contient des tuyaux Stiehr. Le Geigenprincipal (certains de ses tuyaux faisaient partie de la façade) disparut. Quintaton, Fugara 4' et Aéoline ont été "recoupés" pour faire de petits jeux. Le Salicional a été déplacé au grand-orgue. Le grand-orgue est resté plus authentique, puisqu'à part la façade, on ne note que la perte d'une Gambe (recoupée pour partie en Octave 2' et en Mixture).

Ces transformations, évidemment fort malheureuses puisque dénaturant cet instrument exceptionnel, ont été faites avec sérieux (dans le sens où les nouveaux jeux ne sont pas mal harmonisés) ; cela n'enlève rien au fait que le matériel disparu manque terriblement, et sa disparition constitue une lourde perte historique, culturelle et musicale. Rappelons que ce ne sont pas la facteurs qu'il faut blâmer de ce type de transformations : ils n'étaient que les exécutants, et les commanditaires étaient aveuglés par une "pensée unique" rendant indispensable Doublettes et Nasards (parfois pire) dans tous les orgues, même ceux qui s'y prêtent le moins...

En 1997, c'est à nouveau la maison Muhleisen qui vint faire un relevage. [IHOA]

Mais une restauration n'était pas au programme.

Le buffet

Le buffet, néo-gothique, a été construit par Muller, de Strasbourg, sur les plans de l'architecte de l'église, le Colmarien Charles Winkler. Un monogramme-signature donne les deux lettres "M" et "W", pour Muller et Winkler. Winkler, le restaurateur de la collégiale de Thann, a dessiné d'autres buffets d'orgues, comme celui de Sélestat, Ste-Foy. On, lui doit de nombreuses églises, comme celles de St-Morand à Altkirch (1886), de Cernay (1891), Fellering (1880) ou Raedersheim (1882). [Palissy]

La principale originalité de ce buffet tient aux "demi-tourelles", n'apparaissant dans la partie haute qu'après une corniche intermédiaire. Trois tourelles principales, prismatiques (base en semi-hexagone), la plus grande au milieu, encadrent deux sous-ensembles constituées d'une plate face inférieure, surmontée d'une mini-tourelle et de deux plates-faces. La corniche où commencent les parties supérieures continue après les grandes tourelles (donnant l'impression de passer derrière), pour constituer des sortes de "jouées à tuyaux" (ou petites plates-faces latérales). L'ornementation est caractéristique du langage néo-gothique : végétal (fruits) ; pinacles à crochets, avec deux figures d'anges (jouant du luth et de la harpe) sur les demi-tourelles.

Deux autres éléments sont très originaux : les deux gargouilles latérales, et les culots des tourelles latérales qui se prolongent par une colonne.

Les "jouées à tuyaux" existaient avant l'époque néo-gothique. Voir par exemple à Niederbronn-les-Bains (1807), et les Stumm ont aussi utilisé ce procédé pour "donner de l'ampleur". Les demi-tourelles, elles, sont beaucoup plus originales ; elles sont peut-être le résultat d'une évolution (agrandissement) de la galerie sommitale, qui est un classique de l'ornementation néo-gothique. Elle atteint ici des proportions peu communes. De plus, comme le grand-orgue est effectivement à deux étages, la structure externe n'est pas sans rapport avec l'interne. Sans être du "Werkprincip" (la structure extérieure respecte l'organisation intérieure), cela s'en rapproche un peu. En tous cas, le parti-pris esthétique est parfaitement justifié par la structure interne, et ne laisse rien à l'arbitraire. Winkler a fait un travail d'architecte soucieux de la fonction musicale de l'instrument.

Caractéristiques instrumentales

Composition, 1986
Grand-Orgue, 54 n. (C-f''')
(G-f''')
D'origine
C-cis en montre ; d-f''' sur le vent, en étain, d'origine
C-h' en bois, c''-f''' métallique, d'origine
C-Fis en bois ; d'origine, mais vient du récit
e-f''' d'origine
D'origine ; C-h en bois
En partie Gambe recoupée
1'1/3, tuyaux Stiehr et de Gambe ajoutés
Récit, 54 n. (C-f''')
D'origine
fis- Quintaton recoupé
c- Aéoline recoupée
'Tuyauterie diverse'
Pédale, 27 n. (C-d')
I/P
[ITOA]
Console:

Console indépendante face à la nef, fermée par un couvercle basculant. Tirants de jeux de section ronde, finissant par un manchon noir à point blanc sur lequel les porcelaines sont fixées, tournées vers le haut ; ils sont disposés en 3 gradins de part et d'autre des claviers. Claviers blancs ; joues en volutes. La seule pédale (cuillère) commande l'appel "forte" : la tirasse et l'accouplement des claviers se commandent par tirants. Plaque d'adresse circulaire, en porcelaine blanche, située au centre au-dessus du second clavier.

Transmission: mécanique à équerres.
Sommiers: à cônes ("Kegelladen"), authentiques. Ceux du grand-orgue sont sur deux étages, les jeux "principalisants" étant en bas.

Sites Georg Friedrich Steinmeyer (1819–1901)

Georg Friedrich Steinmeyer était un élève de Eberhard Friedrich Walcker. L'entreprise "G. F. Steinmeyer & Co." qu'il fonda à Oettingen construisit des orgues de 1847 (opus 1 à Frankenhofen ; repris en 1968 par la maison Steinmeyer elle-même, qui le conserva dans ses ateliers) à 2001. On lui doit quelques uns des instruments les plus marquants d'Europe (Passauer Dom, Christuskirche de Mannheim, Tonhalle de Zürich), 2600 opus, et des milliers d'harmoniums. L'orgue de Froeschwiller est presque contemporain de celui construit pour l'exposition universelle de Vienne (opus 115, II/P 21j, 1873), ensuite installé à l'église Ste-Brigitte de la capitale autrichienne. [WebSteinmeyer]

Après la mort du fondateur, son fils Johannes Steinmeyer prit la relève, et il y eut jusqu'à 4 générations : Hans, Fritz, puis Paul. Albert Schweitzer souhaita dans le livre d'or de la société : "daß der Geist der Väter in den Kindern lebendig bleiben möge und daß die neuen Orgeln den schönen Klang der alten haben". En 2011, l'entreprise changea d'activité, et les ateliers furent repris par Karl Göckel. Ces ateliers furent remis en vente par la suite. Il semblerait que Paul ait depuis repris le flambeau. [WebSteinmeyer]

Sites Webographie :

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670147002P03
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