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Les orgues de la région de Woerth
Froeschwiller, église de la Paix
vers 1720 atte > Orgue attesté
1917 degr > Dégâts
Froeschwiller, l'orgue Steinmeyer.
Les photos sont de Martin Foisset, 19/08/2020.Froeschwiller, l'orgue Steinmeyer.
Les photos sont de Martin Foisset, 19/08/2020.

Cet orgue était un cadeau de la Bavière à l'Alsace : il fut offert à Froeschwiller en 1876. C'était un cadeau somptueux ; un acte de réconciliation motivé par les événements du 6 août 1870 ("Le jour tombait, la lutte était horrible"). La première pierre de l'Eglise de la Paix fut posée deux ans jour pour jour (6 août 1872), après la destruction de l'édifice de 1846, qui avait été incendié lors des combats. La magnifique "Friedenskirche" est l'œuvre de l'architecte Charles Winkler, et a été inaugurée le 30 juillet 1876. En plus d'être un lieu de culte, c'est donc aussi un mémorial du souvenir, et un symbole de réconciliation.

Classé le 06/12/1898, l'édifice a été déclassé (!) en 1930, pour des raisons purement xénophobes : étant "d'après 1870", donc "allemand", il a été déclaré sans intérêt. Ce travail de sape culturel, initié dans les années 30, a eu de graves conséquences. Vu sa considérable importance historique et artistique, son Classement devrait pourtant être une évidence et une priorité. Aujourd'hui (2020), l'état de cet édifice et de son orgue est plus que préoccupant. Au lieu de susciter de l'émerveillement, leur visite cause une grande tristesse. Une tristesse certes teintée d'admiration pour les bonnes volontés locales, qui témoignent d'un infaillible engagement. Car le dimanche matin, on y balaye les gravats tombés des voûtes au cours de la semaine. Mais il est clair qu'avec des moyens inexistants, des institutions qui sont très fortes quand il s'agit de multiplier les contraintes et les tracasseries, mais beaucoup moins quand il s'agit d'œuvrer positivement, les bonnes volontés ne suffisent plus. Un moment, il faut bien oser dire la vérité : malgré un engagement local sans faille, l'intérieur de l'édifice, fané, usé, noirci, fait vraiment peine à voir au visiteur qui connaît la portée symbolique de l'endroit. Et l'orgue... Mais, franchement, quelle horreur ! Ce qui a été commis ici en 1961 est une véritable honte. Depuis cette année funeste, ce malheureux instrument de musique, défiguré, mutilé, n'a plus aucun intérêt instrumental. Ici fut pratiquée l'une des pires "néo-baroquisations" commises par l'époque noire de la facture alsacienne.

Pour l'amateur d'orgue, visiter celui de Froechwiller est une expérience déchirante : c'était sûrement l'un des plus beaux instruments d'Alsace. C'était un cadeau. Nous aurions dû le respecter et l'entretenir. Il a probablement encore un potentiel énorme, pour peu qu'une prise de conscience ait lieu, et qu'il soit confié à des professionnels compétents qui pourront estimer les dégâts (et donc l'ampleur des réparations). C'est un instrument magique, par son origine, son buffet, son histoire, son aura et son contexte... mais dont les sons stridents et criards n'ont rien à voir avec une orgue de cette classe ! Ils sont une véritable insulte à l'œuvre de Steinmeyer. Un vrai crève-cœur. Voyons donc comment on a pu en arriver là.

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L'orgue de facteur inconnu (vers 1720)
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Historique

Dans la première église ("mixte", i.e. servant aux deux confessions) de Froeschwiller, il y avait eut un orgue, installé probablement vers 1720. On ne sait pas grand-chose de cet instrument. [IHOA]

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L'orgue Moeller,
1767
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Historique

En 1767, ce sont les frères Moeller qui construisirent un orgue presque neuf (ils réutilisèrent des éléments de l'ancien instrument). [IHOA] [PMSCS61]

L'orgue Moeller fut démonté, puis remonté dans la nouvelle église, achevée en 1846. [IHOA]

L'instrument fut détruit, avec son édifice, par faits de guerre, le 06/08/1870. [IHOA]

Il y eut deux types de réactions. D'un côté furent composées ces fameuses chansons guerrières, revanchardes, glorifiant le patriotisme et appelant à la vengeance. De l'autre, il y eut une grande mobilisation, à travers toute l'Allemagne, visant à la Réparation : collectes, dons de particuliers, d'associations, de municipalités. Rapidement, il fut possible de reconstruire une église pour Froeschwiller.

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L'orgue Georg Friedrich Steinmeyer,
1876 (instrument actuel)
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Historique

C'est en 1876 que Froeschwiller reçut l'opus 145 de Georg Friedrich Steinmeyer, d'Oettingen en Bavière. [IHOA] [ITOA] [WebSteinmeyer]

Un cadeau de la Bavière

L'instrument était donc un cadeau de la Bavière. Et quel cadeau ! Un cadeau issu de la générosité populaire, comme l'atteste l'inscription sur le buffet : "Gestiftet aus gesammelten Gaben in Bayern durch Hilfsverein Nürnberg, 1876"). Ce qui en magnifie encore la portée : ce sont des dons locaux et de particuliers qui permirent de faire ce présent. [PMSSHAH1980] [Visite]

C'est la Bavière de Louis II que l'on évoque ici. Louis II - profondément francophile, d'ailleurs - avait accédé au trône en 1864. Ce fut un des principaux mécènes de l'époque, dans de nombreux domaines : architecture, théâtre, opéra, musique... En 1877, c'est lui qui nomma Josef Rheinberger maître de chapelle. C'est également lui qui a financé la construction du Festspielhaus de Bayreuth. La Bavière évoquée ici est donc celle du "spätromantik" (que l'on traduit si mal par "romantisme tardif"). C'est celle des châteaux extraordinaires (Neuschwanstein, Linderhof, Herrenchiemsee) et de l'Or du Rhin !

On accède à la console par un escalier : elle se mérite !
Aux claviers, avec l'impression de flotter dans la nef, on revit la scène de la proue du Titanic.On accède à la console par un escalier : elle se mérite !
Aux claviers, avec l'impression de flotter dans la nef, on revit la scène de la proue du Titanic.

G.F Steinmeyer

On lit souvent qu'il s'agit "du seul Steinmeyer d'Alsace". Certes, vu qu'il n'y en a pas d'autre. Mais c'est parfois la seule chose qu'on lit sur cet orgue, et c'est quand même réducteur. D'abord parce que tout le monde ne sait probablement pas ce qu'est un orgue Steinmeyer et ce qu'il représente. Des détails sur la prestigieuse maison bavaroise sont disponibles ci-dessous, mais juste pour fixer les idées, Steinmeyer, c'est une extraordinaire épopée de 154 ans de facture d'orgues (1847 - 2001), étalée sur 5 générations. En 1901, à la mort de Georg Friedrich, l'entreprise passa à son fils Johannes. En 1928, le successeur fut Hans, l'aîné des fils de Johannes. A l'occasion du passage de flambeau à la 3ème génération, Albert Schweitzer souhaita, dans le livre d'or de l'entreprise, "daß der Geist der Väter in den Kindern lebendig bleiben möge und daß die neuen Orgeln den schönen Klang der alten haben". Le savoir-faire de la maison Steinmeyer était un patrimoine qu'on se devait de conserver et perpétuer. Le succès fut tel qu'en 1928, l'orgue Steinmeyer de la cathédrale de Passau était l'opus 1480.

L'un des contemporains de l'orgue de Froeschwiller est situé à Rüdenhausen, Sts-Pierre-etPaul (I/P 11j). On y retrouve le même style de plaque d'adresse, et de nombreux éléments de la console. Les Steinmeyer qui sont conservés sont des instruments d'exception.

Karl Klein

L'édifice et son orgue perpétuent aussi le souvenir du pasteur Karl Klein (31/05/1838 - 29/04/1898), qui a vécu la bataille du 06/08/1870 (et qui y a été blessé) : il écrivit ses "Images de guerre et de paix", puis la "Chronique de Froeschwiller". C'est, quelque part, à lui que l'on doit la construction de l'église de la Paix, puisqu'aucune générosité, fut-elle la plus spontanée, ne peut s'exprimer en dehors d'un cadre concret.

Un cadeau d'exception

Pour toute personne un peu versée dans la facture d'orgue, ce présent de réconciliation laisse bouche-bée. On peut dire que ce n'était pas un cadeau fait à l'économie : les Bavarois se sont honorés, en offrant tout simplement ce qu'ils avaient de mieux dans le domaine. L'instrument, doté d'un buffet (alsacien) magnifique, réunit tous les éléments destinés à faire de cette machine un sommet de son art. Que ce soit sous l'angle technique (les fameux sommiers à cônes ("Kegelladen"), si compliqués à réaliser, mais les seuls permettant de parvenir à l'harmonisation recherchée), sous l'angle historique ("Attention ! Cuirassiers ! Chargez !") ou musical (Rheinberger, Reger !), tout ici contribue à la légende.

L'orgue de l'Eglise de la Paix a été inauguré en même temps que l'édifice, le 30/07/1876. [Barth]

Avec 16 jeux sur 2 claviers et pédale, ce n'est bien sûr pas l'orgue de la Lorenzkirche de Nuremberg, mais il est idéalement adapté à l'édifice. Et il y a l'esprit de Walcker, et bien sûr le souffle de Georg Friedrich Steinmeyer. Voici un essai de restitution de la composition d'origine :

Composition, Restitution
Grand-Orgue, 54 n. (C-f''')
(G-f''')
C-cis en Montre. Tuyaux sur le vent en étain.
Etain
C-Dis en Montre, le reste en étain.
Taille large
Chape libre
Sûrement sur le sommier supérieur, contre la façade.
Récit, 54 n. (C-f''')
Pédale, 27 n. (C-d')
I/P

Notons qu'il y a 8 chapes au grand-orgue (4 à chaque étage), et 5 au récit (la centrale est vide actuellement. Ce qui, avec les 4 jeux de pédale, fait 17 jeux. Il est probable que seulement 16 chapes aient été pourvues. Il reste un doute sur la place du Salicional : était-il au grand-orgue ou au récit ? Certains de ces tuyaux sont aujourd'hui dans le jeu de 2' du récit (!) Ces tuyaux sont poinçonnés "Salicional", mais le nom du clavier (II) est décrit à la pointe sèche, comme le "2'" du jeu bricolé en 1961. Les tuyaux actuellement sur le sommier du haut du grand-orgue sont difficilement accessibles, et pour résoudre le problème, une étude plus poussée est nécessaire.

On devine que la chape libre du grand-orgue correspond à une Trompette. Mais si vraiment le jeu correspondant était en haut derrière la façade, ce n'est pas possible : on ne peut pas mettre d'anche à cet endroit.

En 1876, Joseph Rheinberger composait sa 4ème sonate pour orgue.

Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés en 1917. [IHOA]

C'est Georges Schwenkedel qui remplaça la façade, en 1931. [ITOA]

En effet, le 03/11/1930, Georges Schwenkedel visita les deux orgues de Froeschwiller. Celui de l'église catholique nécessitait des réparations à la soufflerie et à la tuyauterie, mais celui de l'église protestante un simple nettoyage. Il note : "Froeschweiler evgl. Reinigung 16 Reg. Orgel mech. Kegelladen." Il dressa aussi ce jour là un plan de façade, qui était l'objet de la visite: 49 tuyaux de la façade principale, 38 pour la façade supérieure, et 10 (2x5) pour les jouées. Soit 97 tuyaux. Il nota les tuyaux parlants : E-f du Principal 8' (14) et C-Dis de l'Octave 4' (4).

Le 10/04/1948, Schwenkedel revint, et nota "Froeschweiler evgl. Orgel mech. 16 Reg. Reinigung 3 Prosp. etw. beschädigt." A l'exception de quelques tuyaux de façade endommagés, l'orgue Steinmeyer avait donc passé le conflit sans dégât. A l'exception des 18 tuyaux parlants de la façade, il était entièrement conservé et authentique !

En 1961, eut lieu l'épouvantable "baroquisation" qui mutila ce malheureux instrument. [IHOA]

Il faut rappeler qu'il ne faut pas forcément tenir rigueur aux facteurs d'orgues qui exécuté ces altérations. C'est surtout le monde de l'orgue de l'époque qui porte la plus grande part de responsabilité. Les commanditaires étaient manipulés, au profit d'intérêts qui n'étaient pas les leurs.

Dans les années 1960-70, la connaissance des instruments romantiques était fortement lacunaire, surtout chez les "experts". Ne les connaissant pas, il discréditaient ces orgues, pour favoriser les esthétiques "nordiques" et "baroques" alors à la mode. En plus, dans les années 1960, soutenir qu'un orgue d'origine allemande n'avait aucun intérêt était une affirmation qui "passait bien". Les facteurs eux, faisaient quand même preuve de beaucoup de laxisme face aux exigences saugrenues des commanditaires et de leurs experts, mais... il faut bien payer ses factures et ses employés ! Nous ne citerons donc pas ici le nom du facteur qui a exécuté l'effroyable mutilation de 1961. Son nom peut être trouvé ailleurs, mais il faut rappeler que beaucoup d'erreurs se sont glissées dans les historiques : on peut donc vite se tromper ! Au lieu de parler "responsabilités", il vaut mieux se concentrer sur les causes de ce qui a été fait à ce pauvre instrument. Pour que cela ne se reproduise pas, et dans l'espoir que ce soit un jour réparé :

Un orgue épouvantablement altéré et mutilé

La partie la plus visible concerne les changements de jeux :

- La Gambe du grand-orgue a été supprimée, et remplacée par une "Octave 2'" totalement inutile dans ce genre d'esthétique. (Les 2' peuvent parfois être présents dans un orgue de cette époque, mais uniquement dans les grands instruments et quand les Fonds sont suffisamment fournis.) Ce 2' a été constitué en grande partie par les tuyaux de la Gambe, découpés pour les raccourcir ! Et on en retrouve aussi dans la "nouvelle" Mixture 1'1/3.

- La Mixture d'origine (2'2/3 comme il se doit) a été fondamentalement modifiée pour passer en 1'1/3, soit une octave trop haut. Certains tuyaux ont été ré-utilisés un peu partout dans l'instrument, puisqu'on en retrouve dans la Flûte 4'. Et dans la "nouvelle" Mixture, on retrouve même des tuyaux... Stiehr.

Mais c'est le récit qui eut à payer le plus lourd tribut aux marottes "baroques". Ce récit n'est pas expressif : il est placé dans le soubassement, entre le sommier inférieur du grand-orgue et la pédale. Il dispose de 5 chapes. Les dégâts furent considérables :

- Le Geigenprincipal disparut. Il a été remplacé par un Principal 4'. (Alors qu'il y avait déjà une Fugara 4'...) Les tuyaux sont munis de poinçons "Oktave" et marqués "I" à la pointe sèche. Leur provenance est incertaine et devrait être étudiée. Il ne semble pas que ce soit le Principal 4' du grand-orgue déplacé, mais ce n'est pas à exclure.

- L'Aeoline 8' a été "transformée" (découpée) pour en faire une Mutation en 2'2/3. A part l'octave grave, bouchée, en spotted, et à l'évidence de 1961, le reste de ce jeu est constitué par les beaux tuyaux de l'Aeoline, dont les oreilles ont été arrachées. Il y a des encoches d'accord dans le medium, et le dessus est coupé au ton, ce qui signifie que toute leur partie supérieure a été supprimée.

- La Fugara 4' a été supprimée et remplacée par un 2'. Ce 2' est constitué de tuyaux... d'un Salicional découpé ! Si bien que celui qui est actuellement au grand-orgue n'est peut-être pas d'origine. La pauvre Fugara, avec l'Aeoline, faisait partie des jeux emblématiques de cet instrument, et semble avoir totalement disparu.

Enlever sa Gambe et son Geigenprincipal a un pareil instrument, c'est comme priver un orchestre symphonique de violons. C'est absurde. C'étaient les jeux les plus importants de la composition. L'Aeoline et la Fugara, elles aussi, donnait à l'orgue tout son attrait.

Dégâts collatéraux

Mais les bricolages cachés (qui n'apparaissent pas depuis la console ou dans les inventaires) allongent la désolante liste des dégâts : chaque changement de jeu a pu coûter son authenticité à plusieurs autres, les tuyaux ayant été réutilisés, mélangés, et découpés un peu de partout : il y a des tuyaux du Salicional dans le jeu de 2' du récit, le Bourdon du récit sonne tellement mal qu'il a forcément été ré-harmonisé... Autre exemple : la Flûte 4' du grand-orgue : jusqu'à c'', on y trouve les tuyaux d'origine, avec leur poinçon "FLOETE" en demi-cercle, et le nom de la note. Mais le d''' est réalisé avec un cis'' de la Mixture (!), et continue ainsi. Ces tuyaux de Mixture ont été modifiés en soudant leurs encoches d'accord. Ils sont donc aujourd'hui coupés au ton. Pour faire cette modification, dans un but qui reste totalement obscur, on a donc altéré le dessus de la Flûte 4', mais aussi perdu une partie du rang de 2' de la Mixture !

En 1997, la maison Muhleisen vint faire un relevage. [IHOA]

Mais une restauration n'était pas au programme. A-t-elle seulement été envisagée ?

Ensuite, bien sûr, à quoi bon engager des travaux d'entretien courant sur un orgue aussi mutilé ? Le relever à présent serait du pur gaspillage, à coup sûr contre-productif. Quand on a une Bugatti que quelqu'un a transformé en camping-car, il faut d'abord tout remettre à plat. Cet orgue d'exception a besoin d'une étude détaillée, et d'une restauration totale dans son état de 1876. Il le mérite : c'est un des instruments les plus importants d'Alsace.

Le buffet

"Gestiftet aus gesammelten Gaben in Bayern
durch Hilfsverein Nürnberg 1876.""Gestiftet aus gesammelten Gaben in Bayern
durch Hilfsverein Nürnberg 1876."

Le buffet, néo-gothique, a été construit par la maison Muller, de Strasbourg, sur les plans de l'architecte de l'église, le Colmarien Charles Winkler. Deux monogrammes sculptés au-dessus de la console donnent les lettres "M" et "W", pour Muller et Winkler. Winkler, le restaurateur de la collégiale de Thann, a dessiné d'autres buffets d'orgues, comme celui de Sélestat, Ste-Foy. On, lui doit de nombreuses églises, comme celles de St-Morand à Altkirch (1886), de Cernay (1891), Fellering (1880) ou Raedersheim (1882). [Palissy]

La principale originalité de ce buffet vient des "demi-tourelles", situées dans la partie supérieure au-dessus d'une corniche intermédiaire. Trois tourelles principales, prismatiques (base en semi-hexagone), la plus grande au milieu, encadrent deux sous-ensembles constituées d'une plate face inférieure, surmontée d'une mini-tourelle et de deux plates-faces. La corniche portant les parties supérieures se prolonge après les grandes tourelles (donnant l'impression de passer à l'arrière), pour constituer des "jouées à tuyaux" (ou petites plates-faces latérales). L'ornementation est caractéristique du langage néo-gothique : végétal (fruits) ; pinacles à crochets, avec deux figures d'anges (jouant du luth et de la harpe) sur les demi-tourelles.

Deux autres éléments sont très originaux : les deux gargouilles latérales, et les culots des tourelles latérales qui se prolongent par une colonne.

Les jouées à tuyaux existaient avant l'époque néo-gothique. Voir par exemple à Niederbronn-les-Bains (1807), et les Stumm ont aussi utilisé ce procédé pour donner du volume à la composition. Les demi-tourelles, elles, sont beaucoup plus originales ; elles sont peut-être le résultat d'une évolution (agrandissement) de la galerie sommitale, qui est un classique de l'ornementation néo-gothique. Elle atteint ici des proportions peu communes. De plus, comme le grand-orgue est effectivement à deux étages, la structure externe n'est pas sans rapport avec l'interne. Sans être du "Werkprincip" (où la structure extérieure reprend l'organisation intérieure), cela s'en rapproche un peu. En tous cas, le parti-pris esthétique est parfaitement justifié par la structure interne, et ne laisse rien à l'arbitraire. Winkler a fait un travail d'architecte soucieux de la fonction musicale de l'instrument.

Enfin, l'orgue et son édifice ayant été conçus ensemble (et inaugurés le même jour), ils sont totalement assortis complémentaires.

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2020
Grand-Orgue, 54 n. (C-f''')
(G-f''')
D'origine
C-cis en montre ; d-f''' sur le vent, en étain, d'origine ; façade de Schwenkedel
C-h' en bois, c''-f''' métallique, d'origine
C-Fis en bois ; provenance incertaine
e-f''' d'origine
C-h en bois ; aigus modifiés (tuyaux de la Mixture)
1961 ; Contient des tuyaux de la Mixture ; remplace une Gambe 8'
1961 ; 1'1/3, tuyauterie diverse, dont tuyaux Stiehr et de la Gambe ; jeu désastreux
Récit, 54 n. (C-f''')
D'origine, mais ré-harmonisé
1961 ; Poinçons 'Oktave' ; oreilles ; aplatissages en ogives ; occupe la chape d'un Geigenprincipal
1961 ; C-H bouchés, spotted, puis Aeoline recoupée aux oreilles arrachées
1961 ; tuyauterie diverse, dont Salicional recoupé ; occupe la chape d'une Fuagra 4' disparue
Pédale, 27 n. (C-d')
I/P
[ITOA] [Visite]
Console:
La magnifique console Steinmeyer est bien conservéeLa magnifique console Steinmeyer est bien conservée

Console indépendante face à la nef, fermée par un couvercle basculant. Tirants de jeux de section ronde, finissant par un manchon noir à point blanc sur lequel les porcelaines sont fixées, tournées vers le haut ; ils sont disposés en 3 gradins de part et d'autre des claviers. Claviers blancs ; joues en volutes. La seule pédale (cuillère) commande l'appel "forte" : la tirasse et l'accouplement des claviers se commandent par tirants. Plaque d'adresse ronde, en porcelaine blanche, située au centre au-dessus du second clavier, et disant :

Orgelbau & Harmonium-
Fabrik
G.F.STEINMEYER & C°
Oettingen a/Ries.
N° 145.
La plaque d'adresse Steinmeyer à Froeschwiller.La plaque d'adresse Steinmeyer à Froeschwiller.

"a/Ries." signifie "Landkreis Donau-Ries"

Transmission:

Mécanique à équerres.

Sommiers:

Sommiers à cônes ("Kegelladen"), authentiques. Ceux du grand-orgue sont sur deux étages, les jeux "principalisants" étant en bas.

Tuyauterie:

Voici les photos, livrées sans commentaire. Car il est difficile d'en rédiger les yeux pleins de larmes. Presque tout a été déplacé, découpé, démantelé, dégradé... rien que faire le point dans ce chaos prendrait des jours...

Grand-orgue, sommier inférieur.Grand-orgue, sommier inférieur.
Grand-orgue, sommier supérieur.Grand-orgue, sommier supérieur.
Récit et pédale.Récit et pédale.
Gargouilles & pinacles.Gargouilles & pinacles.

Voilà. A un moment, il faut oser dire la vérité : c'était sûrement un des 2 ou 3 plus beaux orgues d'Alsace.
Ce qui lui a été fait en 1961 est simplement honteux.

Sites Georg Friedrich Steinmeyer (1819–1901)

Georg Friedrich Steinmeyer avait été formé chez Eberhard Friedrich Walcker. L'entreprise "G. F. Steinmeyer & Co." qu'il fonda à Oettingen construisit des orgues de 1847 (opus 1 à Frankenhofen ; repris en 1968 par la maison Steinmeyer elle-même, qui le conserva dans ses ateliers) à 2001. On lui doit quelques uns des instruments les plus marquants d'Europe (Passauer Dom, Christuskirche de Mannheim, Tonhalle de Zürich), presque 2400 opus, et des milliers d'harmoniums. L'orgue de Froeschwiller est presque contemporain de celui construit pour l'exposition universelle de Vienne (opus 115, II/P 21j, 1873), ensuite installé à l'église Ste-Brigitte de la capitale autrichienne. [WebSteinmeyer]

Oettingen

La localité d'Oettingen in Bayern est située à l'ouest de la Bavière, à 120 km à l'est de Stuttgart. Ou à 260km à l'est de Froeschwiller.

Steinmeyer, Walcker, Rheinberger

Georg Friedrich Steinmeyer, le fondateur, était avant tout un harmoniste de génie, ayant travaillé pour Eberhard Friedrich Walcker. En 1871, la maison Steinmeyer avait déjà construit environ 100 orgues. Dont opus extraordinaires (Tschirn, St. Jakobus, 1871, opus98, II/P 18j avec une Physharmonica, relevé en 2021 avec sa Posaune 16' à anches libres). Le parcours de cette maison est révélateur de cet âge d'or de l'orgue. En 1874, Steinmeyer créa l'orgue de la cathédrale du Liechtenstein, à Vaduz. Sous les directives du Maître, Joseph Gabriel Rheinberger, évidemment ! La Rheinberger-Orgel avait été conçue à l'origine avec 33 jeux. (Seulement, pourrait-on dire ; mais ce n'est pas la quantité qui compte.) Et bien sûr des sommiers à pistons (Kegelladen) ! L'orgue a un peu pris un peu d'embonpoint depuis (48 registres, III/P 42 j), mais il a été quasi-restauré (une partie des adjonctions ayant été conservées) par la maison Hermann Eule Orgelbau. 25 jeux étaient d'origine.

Après la mort du fondateur, son fils Johannes Steinmeyer prit la relève, et il y eut jusqu'à 4 générations : Hans, Fritz, puis Paul. Albert Schweitzer souhaita dans le livre d'or de la société : "daß der Geist der Väter in den Kindern lebendig bleiben möge und daß die neuen Orgeln den schönen Klang der alten haben". En 2011, l'entreprise changea d'activité, et les ateliers furent repris par Karl Göckel. Ces ateliers furent remis en vente par la suite. Paul Steinmeyer est décédé en 2019. [WebSteinmeyer]

Les activités de construction d'instruments ont cessé en 2001, mais l'entreprise propose encore de nombreux services.

Sites Webographie :

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670147002P03
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