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Les orgues de la région d'Ensisheim
Fessenheim, Ste-Colombe
L'orgue Herbuté/Rinckenbach de Fessenheim.Toutes les photos de la page sont de Jonathan Brun, 26/09/2010 et 20/12/2016.L'orgue Herbuté/Rinckenbach de Fessenheim.
Toutes les photos de la page sont de Jonathan Brun, 26/09/2010 et 20/12/2016.

Il s'agit de Fessenheim dans le Haut-Rhin (et non pas de son homonyme près de Truchtersheim, Fessenheim-le-Bas). Antoine Herbuté, de Marckolsheim, signa le traité pour cet orgue avec Jean-Baptiste Heimburger, le maire de Fessenheim, le 21/02/1845. Dans le devis correspondant, Herbuté proposa des claviers aux naturelles blanches, ce qui fait de lui un précurseur dans le domaine, avec Wegmann. Le reste de l'instrument est très fortement inspiré des réalisations des Callinet de Rouffach.

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L'orgue de facteur inconnu (1798)
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Historique

En 1798, Fessenheim reçu son premier orgue, installé par Weinbert Bussy, de Pfaffenheim. L'instrument venait de Colmar, mais on ne sait pas d'où. [IHOA] [PMSAEABUSSY]

?C'était probablement l'un des nombreux instruments confisqués par la Révolution à une institution religieuse. On ne sait pas laquelle. Peut-être que les Franciscains disposaient d'un orgue qui n'a jamais figuré dans les inventaires, par exemple dans le choeur resté catholique de l'église St-Matthieu.

Ces "trafics d'orgues" pratiqués pendant la Révolution, n'étaient jamais très reluisants. C'était l'occasion, pour des spéculateurs souvent incompétents, de s'enrichir en faisant miroiter de "bonne affaires" aux communautés rurales. Mais ici, cela tourna carrément au vinaigre et finit en procès. Les édiles de Fessenheim se dirent confrontés à des problèmes financiers et tentèrent de ne pas payer le reliquat, après la livraison. Ils avaient peut-être aussi eu quelques scrupules à participer à ce qui était quand même une vaste opération de recèle - fut-elle "légale"...

Bussy exigea longtemps son payement, eu recours au préfet, à un huissier, et eut plus ou moins gain de cause, après plusieurs années. Dans les papiers sans grand intérêt relatant cette triste histoire de sous (qui dura jusqu'en 1807), se trouve quand même un croustillant "Sitzung von 22ten prairial 6ten Jahres", comme quoi le "calendrier révolutionnaire" a été décliné en version allemande. En 1840, l'orgue était "en mauvais état". Forcément, car entre temps, on avait fait entretenir l'orgue par des itinérants : Andreas Bernauer, de Todtnau, puis Joseph Scherzinger de Fortwangen (ce dernier ayant une réputation plus que douteuse, puisqu'il fut interdit de facture d'orgues en Bade). [PMSAEABUSSY]

L'instrument a été repris en 1845 par Antoine Herbuté. [PMSAEA69]

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L'orgue Antoine Herbuté,
1846 (instrument actuel)
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Historique

C'est en 1846 qu'Antoine Herbuté, l'ancien aubergiste de Marckolsheim, acheva l'orgue actuel de Fessenheim. Il est probable que ce fut le dernier orgue neuf de ce facteur. [IHOA] [ITOA] [PMSAEA69]

Autodidacte, plutôt motivé, et bon vendeur, Herbuté se trouvait face à des grandes maisons comme Stiehr ou Callinet. Or, pour rivaliser avec un concurrent plus efficace, il n'y a guère que trois moyens : prendre plus de temps, rogner sur la qualité, ou demander plus de ressources. Il préférait généralement la troisième méthode. Pour compenser, il s'attachait à se distinguer par de petites originalités (des "plus produit") ; les claviers blancs se placent tout à fait dans cette démarche.

Notons que George Wegmann en a réalisé dès 1842, à Fegersheim. [MAntz]

L'orgue était inspiré d'une autre réalisation de Herbuté : Heiteren. Réalisation qui avait elle-même pris pour modèle les orgues Callinet de l'époque. De fait, ils avaient défini un standard haut-rhinois, auquel il était difficile d'échapper. Le devis-traité est daté du 21/02/1845. Et l'orgue n'était pas vraiment bon marché, surtout lorsque l'on considère les "concessions" de conception (un pédalier réduit à une octave seulement, et trois jeux sans octave grave par exemple) qui permettent d'économiser "sur ce qui ne voit pas" tout en annonçant un grand nombre de jeux. Le devis prévoyait également un échéancier de payement. [PMSAEA69]

L'orgue Herbuté a été reçu le 10/12/1846 par Constantin Sieg (Turckheim, qui avait déjà reçu l'orgue de Hattstatt (1834) et que l'on retrouve à Wasserbourg, et peut-être aussi à Orbey en 1869). Comme à son habitude, Herbuté demanda une "plus-value" (plus de 5% du prix total) après la livraison. Mais le préfet veillait, et ayant déjà constaté les agissements d'Herbuté sur d'autres chantiers, refusa d'approuver la dépense non validée. De plus, il menaça Herbuté, précisant qu'une "récidive semblable sera une cause d'exclusion de ce fournisseur de tout concours pour des travaux intéressant les communes du Haut-Rhin." Herbuté, aux abois, finit par revendre sa créance à un spéculateur qui à son tour tenta d'obtenir le payement avant les termes prévus par l'échéancier. Il fallut se défendre, et on eut droit à une deuxième "affaire d'orgue" à Fessenheim. [PMSAEA69]

On a longtemps cru que c'est Joseph Antoine ou Alfred Berger qui a étendu la pédale et transformé le positif de dos en récit, au début du 20ème siècle. En fait, ces travaux furent menés par Martin Rinckenbach en 1899. Lors du démontage d'une partie de l'instrument en vue de travaux au plafond à l'édifice, en 2005, Hubert Brayé a découvert une inscription levant tout doute. [JYTretz]

En haut de la petite tourelle gauche, on peut lire l'inscription suivante :
"Diese Orgel ist renoviert worden
Von dem Orgelbauer Rinckenbach
Im Jahre 1899
Durch die Arbeit Charles Biehl
Charles Finck und Auguste Möfsmer
Dieses Jahre gabs [*illisible*] Wein im
Bauernland"

[JYTretz]

La composition fut légèrement remaniée (Gambe, Unda maris et Quintfloete 2'2/3), et la pédale étendue de 13 à 27 notes. [ITOA]

L'orgue a été relevé en 1956 par Alfred Kern. [IHOA]

Un relevage a été effectué par la maison Steinmetz en 1973. [ITOA]

Puis en 1974, à nouveau par Alfred Kern. [IHOA]

En 2006, l'instrument a été démonté et remonté par Hubert Brayé en raison de travaux à effectuer au plafond de l'église. [JYTretz]

Le buffet

Les dimensions prévues au devis sont 4m66 de haut et 4m66 de large. Celui du positif devait faire 1m85 de haut et 2m17 de large. [PMSAEA69]

Le dessin est (très) inspiré des buffets des Callinet de Rouffach : par exemple Spechbach-le-Bas (1841) ou Oltingue (1843). Mais le buffet de positif à deux tourelles seulement - encadrant une plate-face double - est plus original car plus "18ème".

C'est d'ailleurs une caractéristique générale des orgues d'Herbuté par rapport aux Callinet, et qui ne se limite pas au buffet. On sait que Joseph Callinet a prolongé tant qu'il le put le "pré"-romantisme. Il le fit en résistant aux évolutions de composition et aux apports, en particulier anglais, de la facture du 19ème. Et aux envies de nouveauté de son frère Claude-Ignace. Cela a été appelé "fidélité aux traditions" ou "atavisme" selon les commentateurs. Chez Herbuté, autodidacte, encore moins bien armé pour suivre les évolutions de la facture européenne, le phénomène est encore plus marqué. Ses instruments du milieu des années 1840 ressemblent donc à des orgues de 1820, et l'harmonisation paraît parfois encore plus ancienne. Par contre, il sut dénicher des "innovations" hors du plan strictement musical, comme les claviers blancs, qui faisaient de l'orgue de Fessenheim un instrument "moderne" malgré des Trompettes sûrement un peu baroques ! Malgré le côté "roublard" d'Herbuté - qui dut fuir l'Alsace en 1851, sa situation étant probablement devenue intenable - ses instruments conservés font preuve d'une belle personnalité et sont de grande valeur. Surtout quand, comme ici, les finitions ont été faites par des "vrais pros" comme Rinckenbach et Kern.

Caractéristiques instrumentales

Console:

Console en fenêtre frontale, d'Antoine Herbuté et Martin Rinckenbach. Tirants de jeux de section carrée munis de pommeaux à porcelaines (1899), et disposés en deux fois deux colonnes de part et d'autre des claviers. Les inscriptions sont noires pour le grand-orgue, rouges pour le positif, et bleues pour la pédale. Les claviers étaient blancs dès l'origine (1846), mais ont pu être remplacés (replaqués en 1974 ?). Ils sont à frontons droits, y compris au second clavier. Pédalier fort probablement de Rinckenbach.

Les commandes à pied sont situées à droite, au-dessus des marches f-c' du pédalier. L'accouplement des claviers est commandé par une pédale-cuiller en fer forgé, repérée par une porcelaine ronde "Koppel II a I." (les deux dans le style de Martin Rinckenbach, donc datables de 1899). L'expression était peut-être commandée, en 1899, par une pédale-cuiller (donc la boîte était soit ouverte, soit fermée, mais ne disposait pas des positions intermédiaires). Il y a une porcelaine de Rinckenbach "Expression". La commande actuelle est une pédale basculante, mais il s'agit d'un bricolage que le grand facteur qu'était Martin Rinckenbach ne se serait pas permis : en fait, une ouverture a été découpée pour la pédale, mais cette dernière est totalement saillante car il n'y a pas la place à l'arrière.

Il y a deux trous de tirants bouchés, au bas des colonnes internes. (L'un d'eux correspondait probablement au tremblant.)

Pas de plaque d'adresse.

Disposition des tirants à la console :

 
Bourdon
16'
Flûte
harm.
8'
Trompette
basse
Trompette
dessus
Montre-
viola
8'
[Flûte
4']
Cornet
Bourdon
8'
Fourniture
Bourdon
8'
Unda maris
8'
Soubasse
16'
[Trou bouché]
Montre
8'
Gamba
8'
Doublette
2'
Basson
8'
Quintflöte
2 2/3'
Octave
basse
8'
[Trou bouché]
 
Prestant
4'
Flauto
amabile
4'
Trompette
dessus
Salicional
8'
Floete
4'
Trompette
8'
Sommiers: à gravures.
Soufflerie: levier à bras conservé (sur le côté gauche, juste derrière le buffet).
Tuyauterie: diapason : La 430 Hz.

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F680091001P02
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