L'orgue Friedrich Weigle de l'église protestante de Saint-Louis. (Illustration.)L'opus 124 de la maison Weigle (depuis 1880 dirigée par Friedrich Weigle : son père Carl est mort en 1882) a été posé à l'église protestante de St-Louis en 1886. Malheureusement, il lui manque trois de ses plus beaux jeux, retirés en 1954 pour faire place à des ingrédients "cuisine internationale" alors à la mode.
Historique
L'édifice date de 1883. C'est en 1886 que Friedrich Weigle posa cet instrument de 12 jeux sur 2 claviers et pédale. [IHOA] [Barth]
Il est presque contemporain de celui de Kilchberg, St-Martin (CH, canton de Bâle-Campagne, et il est aussi de taille comparable ; l'orgue de Kilchberg, resté authentique, est à juste titre considéré comme un instrument historique de premier plan).
Voici la belle composition d'origine, bien plus cohérente que l'actuelle :
C'est le premier orgue posé par la maison Weigle en Alsace, plus de 12 ans avant celui qui allait entrer dans l'histoire : Strasbourg, St-Maurice, l'église catholique de garnison. L'orgue d'Adolphe Gessner ; celui-là même qui suscita la Réforme alsacienne de l'orgue.
L'instrument de Saint-Louis n'avait rien d'un orgue de garnison. Il est issu d'un romantisme tel qu'on le pratiquait en Allemagne du sud, et en particulier le Pays de Bade. Il doit sûrement plus à l'héritage de Louis II qu'au Kaiser Guillaume...
Finalement, l'instrument a plus à voir avec avec le petit bijou que la maison Weigle a construit pour l'église protestante de Bischwihr en 1900. Ce dernier est resté entièrement authentique (sauf les tuyaux de façade). Ce sont des petits orgues résolument symphoniques, tout en distinction, qui illustrent la quête de la « Parabrahm-Orgel ». (Celui d'Eichwalde, 1908, seul survivant des "orgues+harmoniums", en est un excellent témoin.)
Rappelons qu'une partie de cette quête consistait à réaliser des orgues sans anches battantes. Et donc de créer, par exemple, des Clarinettes à bouches. Ces instruments sont donc conçus ainsi, par choix esthétique.
Le 04/01/1928, Georges Schwenkedel est allé visiter l'orgue. Il y trouva la composition d'origine (avec une Gambe et un Bourdon 16' au grand-orgue, et un Gemshorn 8' au récit, et évidemment sans anche.) Il s'agissait de poser un ventilateur, et d'ajouter trois jeux. Notons bien : "ajouter", pas "remplacer" trois jeux par des neufs. (Schwenkedel précise qu'il est prévu de passer à 14-15 jeux, donc, au pire, d'en enlever un.) Mais rien n'a été fait. Schwenkedel ne parle pas des tuyaux de façade : ils avaient peut-être déjà été remplacés. [SchwenkedelNB]
Une autre page de ses archives concerne l'instrument de Saint-Louis le 14/11/1932 : il est toujours donné pour 12 registres, et il s'agit de placer un ventilateur, en passant le porte-vent principal derrière l'orgue. Et bien sûr de procéder à un nettoyage. [SchwenkedelNB]
En 1945, Georges Schwenkedel recula le buffet d'un mètre. [IHOA]
Les années noires
Malheureusement, le bel instrument de 1886 a été altéré en 1956. On demanda en effet à Ernest Muhleisen de supprimer trois jeux pour en placer d'autres, à l'époque à la mode, mais qui n'ont aucun rapport avec l'esthétique originelle de l'instrument. Notons qu'Ernest Muhleisen avait travaillé chez Weigle. [IHOA]
Depuis cette opération, qu'il faut bien qualifier de calamiteuse, le grand-orgue ne sonne plus en 16', puisque le Bourdon 16' a été supprimé. Pire : il manque la Gambe au grand-orgue, si bien qu'on ne peut plus registrer cet orgue de façon cohérente avec son esthétique ! Tout ça pour disposer d'une absurde Flûte 2', et... une Trompette, qui est un total contre-sens.
C'est la présence de cette Trompette qui, finalement, est la plus choquante, et la plus révélatrice de l'état de la facture d'orgues dans les années 50-60. Rappelons que ce ne sont pas les facteurs, mais leurs commanditaires qui sont à blâmer. (Ernest Muhleisen savait ce qu'est un orgue Weigle, vu qu'il y avait travaillé ; mais à l'évidence pas les "conseillers/experts"...) Force est de constater la totale inculture du milieu organistique alsacien de l'époque, dès qu'on sortait du "classique français". C'était une facture d'orgues "avec œillères", qui avait défini un type d'orgue "comme il faut", et considérait qu'il fallait absolument des Nasards et des anches de combat sur chaque instrument, quitte à le mutiler de façon éhontée. C'est ainsi qu'on en est venu à la totale aberration de mettre une Trompette dans un orgue prévu sans anche, au mépris total de son esthétique. Le résultat, évidemment, revient à mettre du Ketchup sur un Tiramisu.
En 1978, l'orgue a été entretenu par Christian Guerrier. [IHOA]
En 1997, il y eut une relevage, par Christian Guerrier. [IHOA]
Caractéristiques instrumentales
Console indépendante face à la nef.
Mécanique à équerres. Le tirage des jeux a été modifié en 1956.
Sommiers à cônes.
Reste qu'aujourd'hui, malgré ses 3 jeux manquants et donc sa structure sonore mutilée, cet orgue est de loin le plus intéressant de Saint-Louis, les trois autres étant tous de la même esthétique, issue de la "pensée unique", et clairement néo-baroques. (Dont un dans sa version "extrême".) Celui de l'église protestante est le seul qui apporte un peu de diversité dans cette mono-culture. Il pourrait, si ses trois jeux d'origines étaient restaurés, être un instrument absolument exceptionnel.
Sources et bibliographie :
Prot. Ki. erb. 1883; - 1886: O. von Weigle, die 1956 durch Mühleisen umgebaut wird; 12 Reg., 2 Man., Ped. Mittlg von Pf. W. Guggenbühl-Gries.
Localisation :