L'orgue Link de Furchhausen.Ce petit bijou - resté authentique - est l'opus 490 de la grande maison Gebrüder Link de Giengen-an-der-Brenz. Son exceptionnelle conservation est un vrai bonheur pour ceux qui apprécient son esthétique post-romantique, si riche, et qui rend attrayants même les plus petits instruments.
Historique
En 1856, Furchhausen acquit d'occasion un orgue Louis Geib, 1817, qui venait d'Obermodern, église protestante. [IHOA] [PMSCS65] [PMSSTIEHR]
Le 20/09/1907, lors de son inspection, le pasteur C. Müller avait écrit que "Das vor 50 Jahren von Obermodern übernommenen, schon alte Instrument ist völlig unbruachbar geworden. Lehrer Andres aus Zabern und unser früherer Lehrer Leininger haben mit Orgelbauer Link Rücksprache genommen, und sich dahin ausgesprochen, dass eine Orgel mir 9 Registern genügen dürfte." ("L'instrument, déjà ancien racheté il y a 50 ans à Obermodern, est devenu totalement inutilisable. Le maître d'école Andrès de Saverne et notre ancien instituteur Leininger ont consulté le facteur d'orgues Link, et ont conclu qu'un orgue à 9 registres devrait suffire."). Le 22/02/1908, Link écrivit que le buffet est terminé depuis longtemps et que l'orgue est presque prêt à être expédié. [PMSLINK]
Historique
C'est en 1908 que la maison Gebrüder Link de Giengen-an-der-Brenz posa à Furchausen son opus 490. [IHOA] [PMSLINK]
La localité voisine de Gottesheim avait acquis un orgue Link 10 ans auparavant. Celle de Hattmatt en 1904. Ces instruments étaient appréciés : il n'est pas étonnant que les instituteurs Andrès et Leininger savait ce qu'ils voulaient en 1907.
Bien que de taille réduite, cet orgue représentait un effort financier considérable pour la communauté. La somme n'a pu être réunie que grâce à des subventions. Et il a fallu faire des concessions : le récit n'est pas expressif, ce qui explique l'absence de Voix Céleste. (A moins que ce ne soit le contraire...) Pas d'aides à la registration, à l'exception d'un appel du Tutti. Mais on ne retrouve pas les concessions qui étaient souvent pratiquées - fort maladroitement - au 19ème siècle : il y a bien deux claviers, et surtout un pédalier complet. Il faut sûrement y voir le succès de l'enseignement musical prodigué par les écoles normales : depuis 1870, la compétence des organistes avait fait des progrès considérables, et l'accès au répertoire d'orgue - rendu de fait impossible par un pédalier de 15, 18 ou 20 notes - était incontournable. Ces instruments étaient certes conçus pour des instituteurs, mais des instituteurs qui savaient vraiment jouer de l'orgue et faire de la musique !
Grâce à ses accouplements à l'octave, l'instrument fait oublier qu'il n'a que 8 jeux : le grand-orgue en 4' (I/I 4') permet d'entendre une Flûte 4', une Gambe 4' et une Superoctave 2', mais aussi éventuellement une seconde Octave 4' (le Principal 8' à l'octave). L'accouplement avec le récit en octaves graves (II/I 16') donne un fondement en 16', comme s'il s'agissait d'un orgue beaucoup plus grand, et permet de faire entendre une Flûte ouverte 8'. Cette dernière, décidément, est la grande affaire dans cette esthétique : même quand on ne peut pas se la payer, on finit par trouver une solution !
En 1978, il y eut un relevage par Christian Guerrier. [IHOA]
Et en 1989, en relevage par Alfred et Daniel Kern. [IHOA]
L'exceptionnelle conservation de l'orgue de Furchhausen ne doit pas faire oublier une triste réalité : ces instruments sont devenus fort rares ! Non pas à cause des guerres ou des sinistres, mais à cause du mépris des décideurs lors de la tragique "période noire" de l'orgue, qui a sévi lors des dernières décennies du 20ème siècle. (Et même au début du 21ème.) Ainsi, l'orgue de Furchhausen est le seul survivant des quatre instruments posés en Alsace par la maison Link en 1908 : ceux de Buswiller et de Lingolsheim ont été éliminés en 1999. Celui de Balbronn a été impitoyablement sacrifié en 2016 sur l'autel du "simili-baroque". Sur ces trois tribunes, on trouve aujourd'hui des orgues "standards", "néo-quelque-chose", sans passé et sûrement sans avenir, et surtout sans une once de l'aura et de la magie propre aux Link authentiques.
Le buffet
Le buffet est à l'image de la partie instrumentale : simple - deux tourelles et une plate-face finie en arc - mais en chêne, et donc conçu pour durer. En dehors des moulures et des quatre pilastres, il n'y a pas de sculptures : l'ornement principal est constitué des mots "Ein feste Burg ist unser Gott", par lesquels commence un des cantiques les plus populaires de Martin Luther, et qui sont placés juste sous la corniche.
Caractéristiques instrumentales
Une console indépendante, c'est une véritable invitation à la pratique de la musique !Console indépendante face à la nef, fermée par un couvercle basculant. Tirage des jeux par dominos à porcelaines, d'origine, avec une jolie fonte gothique très ouvragée (les majuscules principales sont enluminées). Celles du grand-orgue ont un fond blanc, celles du récit un fond vert, et celles de la pédale un fond rose. Les porcelaines des tirasses respectent ce code de couleur en étant bicolores (I/P blanche et rose).
Le tutti est appelé par un domino rose "Volles Werk". Pas de commande à pied.
Plaque d'adresse en trois parties :
A gauche, au-dessus de la joue du second clavier :
Au centre, au-dessus du second clavier :
A droite, au-dessus de la joue du second clavier :
Les plaques d'adresse Link à Furchhausen. Noter l'enluminure des "E", "J".Pneumatique tubulaire.
Sommiers à cônes, chromatiques, basses à droite. La pédale est au fond, puis il y a le récit (non cloisonné), et, en avant, le grand-orgue.
Le système de pompage à pied a été conservé, avec son indicateur de remplissage du réservoir, disant "Leer.", "Treten." et "Voll."
Une vue d'ensemble sur la magnifique tuyauterie.
Ces instruments sont vraiment très attachants. Evidemment, ce n'est pas un orgue de cathédrale ; il n'y a pas de plan sonore expressif, ni de grande Flûte 8' ouverte. Il n'y a d'ailleurs "que" 8 jeux. Mais on se demande vraiment comment on pourrait faire "mieux" avec 8 jeux. Car l'essentiel y est : deux claviers, une pédale complète, une solide dotation en jeux de fonds. Mais aussi une qualité, une cohérence et un niveau de conception rarement égalés. L'orgue post-romantique, ici à son apogée, est avant tout un trésor de savoir-faire, d'expérience et de compétences patiemment acquises, et qui s'expriment dans des instruments de musique exceptionnels. Quelle joie que cet orgue Link nous soit parvenu intact !
Sources et bibliographie :
Photos du 29/12/2025
Voir Obermoderen.
FURCHHAUSEN, Kt. Zabern. 1854 : Bau der ev. Ki. Die Gde erwirbt 1857 f. d. ev. Ki. für 1.300 Fr. die alte O. von Obermodern (s. d.). - 1958 : neue O. mit 8 Reg., 2 Clav., Ped. Mittlg von Pf. W. Guggenbühl-Gries.
Localisation :