L'orgue Walcker de l'église protestante de Huningue. (Illustration.)L'orgue de l'église protestante de Huningue a été construit par Eberhard Friedrich Walcker en 1913. Contemporain de son édifice, il n'avait que 12 jeux à l'origine, ce qui était à la fois suffisant et adapté. Il a été "complété" par la suite, et de bien étrange façon. On peut le considérer comme l'un de nos Walcker les plus authentiques, car 10 jeux sur les 12 sont encore là. Malheureusement, les deux qui manquent sont la Gambe du grand-orgue et le Geigenprincipal du récit : des jeux fondamentaux dans cette esthétique, alors que la plupart des ajouts sont le fruit de lubies passagères, et ne font que "brouiller" l'interprétation de cet instrument historique. Il illustre le fait que parfois, "plus", c'est moins bien. Retour sur une histoire peu commune, et encore largement méconnue.
Historique
En 1913, Eberhard Friedrich Walcker posa à Huningue un orgue de 12 jeux réels (II/P 12+2j). C'est l'opus 1765 de la célèbre maison de Ludwigsbourg. [IHOA]
Il est donc pratiquement contemporain du Walcker de Soultz-sous-Forêts et du prodigieux instrument de Koenigshoffen. C'est un des derniers des 26 orgues construits par la maison de Ludwigsburg pour l'Alsace.
Claviers au La pour l'Organola
Lors de la conception de l'instrument, l'étendue des claviers était d'abord prévue à 56 notes (C-g''', i.e. la configuration usuelle), mais un moment il a été décidé d'aller jusqu'au La (C-a'''), soit 58 notes. L'explication est sûrement liée à la présence de l'Organola, ce dispositif mécanique capable de lire des rouleaux musicaux. Chez Walcker, ces rouleaux de 25,7 cm de large étaient dimensionnés à 58 notes. Il est donc probable qu'on ait souhaité pouvoir jouer toutes les 58 notes des rouleaux. [MecMI]
Le rouleau n°43, la grande Passacaille en Ut mineur de Bach, était l'un des plus chers, à 10,50 Marks. Mais on pouvait avoir le Qui Tollis de la Messe en Si (n°175) pour 3 Marks seulement. Il y avait aussi du Guilmant au programme, dont la Marche funèbre et chant séraphique (n°131). Et des chorals de l' "Elsass-Lothringisches Gesangbuch" (n°337-339). [MecMI]
Mais finalement, l'orgue a été réalisé avec des claviers de 56 notes. Et 68 au sommier du récit, pour rendre les octaves aiguës (II/I 4') réelles. La pédale a été réalisée à 30 notes au lieu des 27 prévues originellement. [WOB] [SchwenkedelNB]
L'ordre du Crescendo
L'ordre dans lequel sont tirés les jeux par le crescendo est révélateur des registrations pratiquées. Par chance, les archives Walcker ont consigné cet ordre :
- 01 : Salicional 8' II, II/I, II/P
- 02 : + Gedecktbass 16' P
- 03 : + Lieblich Gedeckt 8' II
- 04 : + Flöte 8' I
- 05 : + Traversflöte 4' II
- 06 : + Subbass 16' P
- 07 : + Geigenprincipal 8' II
- 08 : + Violoncello 8' P
- 09 : + Gamba 8' I
- 10 : + Principal 8' I
- 11 : + Oktav 4' I
- 12 : + Bourdon 16' I
- 13 : + Mixtur I
- 14 : (étape vide, sûrement pour laisser une marge avant :)
- 15 : + Superoktavkoppel II/I
[WOB]
Fin février ou en mars 1941, Georges Schwenkedel est allé visiter l'orgue, et a relevé la composition d'origine. Il fallait nettoyer l'instrument, faire quelques travaux aux soufflets. Malheureusement, il projetait aussi de rendre les Principaux moins forts, d'ajouter une chape à la pédale en y mettant le Geigenprincipal du récit recoupé pour sonner en 4', et remplacer ce jeu par un neuf, a priori un 2'. Lors de cette visite, il ne parle pas de dégâts à l'orgue. [SchwenkedelNB]
L'instrument a été endommagé au cours de la Seconde guerre mondiale, a priori fin 1944 ou début 1945. [SchwenkedelNB]
En juin 1945, Georges Schwenkedel revint pour constater les dégâts. La console avait été endommagée par un éclat à l'endroit de l'indicateur de crescendo, et le buffet avait également été atteint. Rien de bien grave, puisqu'il estimait à 3 ou 4 jours la durée des réparations. [SchwenkedelNB]
L'instrument a malheureusement été transformé en 1946 par Georges Schwenkedel. [SchwenkedelNB]
Il note en effet, en juillet 1946, qu'il s'agissait d'ajouter une Mixture et un Cromorne, sur des chapes supplémentaires. On pense que c'est pour ajouter au second clavier, mais en fait, cette adjonction concernait... la pédale. C'est ainsi que cet orgue Walcker s'est retrouvé affublé d'un Cromorne et d'une Mixture de pédale ! Mais à ce moment-là au moins, rien de Walcker n'a été supprimé. [SchwenkedelNB]
On se demande quand même qui a pu commanditer une pareille aberration, surtout que plus tard, ledit Cromorne de pédale s'est retrouvé... en 4' ! Schwenkedel n'était en tous cas pas coutumier de ce genre d'excentricités.
Le reste des adjonctions "néo-quelque chose", et la regrettable perte de deux jeux Walcker (Gambe et Geigenprincipal) ne sont pas bien documentés. L'inventaire technique des orgues d'Alsace attribue tous les changements de jeux à la maison Walcker en 1983. Mais de fait, les simagrées à la pédale - au moins - étaient déjà là en 1956. D'après un témoignage de Laurent Steinmetz, les deux chapes supplémentaires du récit, portant le Nasard et la Tierce, sont aussi de Schwenkedel, placés après la guerre à l'occasion d'une réparation. [SchwenkedelNB] [ITOA] [SHritz]
Dans ses "Descriptions d'orgues", Curt Schwenkedel dresse une liste de travaux à réaliser fin 1955 ou début 1956. La composition notée est celle de 1986 (avec Gemshorn 4' au grand-orgue à la place de la Gambe, et un récit sans Geigenprincipal), ce qui signifie que les modifications avaient déjà été faites. Outre un entretien habituel, il avance évoque quelques "fausses bonnes idées" à la mode à l'époque : un Hautbois pour le grand-rogue (!), déplacer la Trompette au grand-orgue, et décaler la Mixture en 1'1/3. Heureusement, ces déprédations additionnelles n'ont pas été commises. [SchwenkedelDO]
C'est ainsi que cet instrument s'est retrouvé dans l'étrange configuration ci-dessous. L'inventaire technique des orgues d'Alsace attribue les jeux supplémentaires à la maison Walcker, qui les aurait posés en 1983. Mais en fait, en 1983, la maison Walcker n'a probablement procédé qu'à un relevage et au remplacement des tuyaux de façade. [ITOA]
Caractéristiques instrumentales
Console indépendante face à la nef.
Pneumatique, notes et jeux.
Les 5 chapes originelles du récit ont 68 notes, pour les octaves aiguës réelles.
Sources et bibliographie :
Fin 02 ou 03/1941 ; juin 1945 ; juillet 1946
Page non datée (après 11/05/1955, avant 19/04/1956)
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