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Les orgues de la région de Strasbourg
Koenigshoffen, église protestante St-Paul
Koenigshoffen, temple protestant, l'orgue Walcker, le
        18/09/2011.Koenigshoffen, temple protestant, l'orgue Walcker, le 18/09/2011.

Malgré sa situation excentrée, Koenigshoffen est l'un des plus vieux quartiers de Strasbourg. Il est parcouru par l'ancienne route romaine, qui desservait un temple de Mithra (exactement à l'emplacement de l'édifice dont il est ici question), puis des éléments marquants de l'époque mérovingienne. Le site de l'actuel cimetière Saint-Gall remonte au 16 ème siècle. Le temple protestant (désigné aussi sous le nom d'église protestante St-Paul de Koenigshoffen) a été achevé en 1911 par l'architecte Edouard Schimpf (1822-1916) ; il abrite des sculptures d'Alfred Marzolff, ainsi que des peintures de Henri Beecke (1877-1954) et Louis-Philippe Kamm (1882-1959). L'édifice a été classé Monument historique le 27/11/1997. Il ne faut pas rater son originale sacristie octogonale. Les cloches (sonnant un accord de Ré mineur) ont fait l'objet d'un "buzz" sur Internet. L'orgue n'est pas en reste : c'est l'opus 1756 d'Eberhard Friedrich Walcker, de Ludwidsburg ; en plus du Ré mineur, il sait faire de nombreux autres accords.

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Historique

Après consultation de nombreuses "figures" de l'orgue alsacien (en particulier Adolf Gessner et Ernst Münch, mais aussi probablement Emile Rupp), on commanda au facteur d'orgues européen le plus en vue du moment un grand 3-claviers : la maison Eberhard Friedrich Walcker posa cet instrument deux ans après l'achèvement de l'édifice, en 1913. [ITOA] [Rupp]

L'évolution du style romantique en Alsace était très rapide à l'époque. La Réforme alsacienne de l'orgue, dont le chef de file est Emile Rupp, a pour but de tempérer les ardeurs du romantisme allemand, en s'inspirant à la fois de l'héritage de Cavaillé-Coll, mais aussi des maîtres du 18ème, surtout en ce qui concerne les tailles (rapport diamètre/hauteur) des jeux. C'est l'esprit néo-classique, 10 ou 20 ans avant l'heure. Rupp, dans son ouvrage, confirme que l'orgue de St-Paul à Koenigshoffen est bien conforme aux recommandations de la Réforme de l'orgue. Quant à Walcker, il était évident qu'il intégrait volontiers ces spécificités dans l'esprit de l'Orgelbewegung.

Walcker était en concurrence avec la maison Dalstein-Haerpfer. [ITOA]

En 1909, c'est à dire lors de la genèse du projet, la maison de Boulay avait livré son grand orgue du Palais des fêtes, faisant venir à Strasbourg Charles-Marie Widor, Eugène Gigout ou Joseph Bonnet. Cet orgue avait été conçu par Albert Schweitzer. Pour Koenigshoffen, Haerpfer avait été un peu trop cher face à Walcker. Ce dernier, loin de livrer un produit "standard" réalisa un instrument spécifique, très particulier (comme en attestent ce Do grave de la Doublette du grand-orgue, marquée "Specialmensur", ou les autres jeux marqués "Mensur Silbermann".)

La chronologie, pour mémoire, donne donc : 1896, Albert Schweitzer revient horrifié de la Liederhalle de Stuttgart ; 1906, il écrit les 51 pages les plus importantes sur la facture d'orgues depuis Dom Bedos ; 1909, l'orgue du Palais de Fêtes ; 1913 : le Walcker de Koenigshoffen ; 1926 : la conférence de Fribourg ; 1932 : Victor Gonzalez à Solesmes donne le coup d'envoi du "néo-classique officiel".

En 1972, la maison Schwenkedel (rappelons-le installée à Koenigshoffen) électrifia la traction du récit. Malheureusement, un ou deux jeux furent aussi modifiés : l'Aéoline a été remplacée par une Tierce ; et comme la Quinte a le même graphisme (lettre du domino en capitales), il est possible que cette Mutation ne soit pas non plus d'origine. [IHOA] [ITOA]

Lorsqu'il y a une Voix céleste et une Aéoline, c'est fort dommage de supprimer cette dernière. Bien sûr, la Voix céleste peut être associée à la Gambe, mais le résultat est souvent bien meilleur avec l'Aéoline.

En 1987, l'orgue a été relevé par la maison Daniel Kern. [IHOA]

Le buffet

Le revers de la console.Le revers de la console.

Sur un soubassement noir à petits panneaux saillants, le buffet a été réalisé sur les plans de l'architecte de l'édifice, Edouard Schimpf. L'avancée de façade figurant un "positif" n'a rien à voir avec l'organisation intérieure (le positif est logé sur deux étages à droite du buffet - on est loin du "Werkprinzip" : le buffet habille simplement la partie instrumentale).

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2011
Grand-orgue, 58 n. (C-a''')
basses bouchées
Positif expressif, 58 n. (C-a''')
Toute en bois
Octaviante!
Anches libres, d'''-a''' à bouches et 2 rgs
Récit expressif, 58 n. (C-a''')
(c-a''')
Conique
Chape de l'Aéoline ; méfait de 1972
Cylindrique
Pédale, 30 n. (C-f')
Emprunt du positif
Emprunt du récit
Emprunt du récit
Emprunt du récit
Blanche
Verte
Cadran circulaire
[Visite]

A l'origine, l'orgue Walcker est annoncé à 46 "registres" (c'est conforme à l'existant si on ne compte pas les jeux en emprunt). Les claviers allant jusqu'au La, sont d'une étendue peu commune. Les Mixtures possèdent un rang de Tierce, sauf celle du grand-orgue, qui est toutefois complétée par un Cornet. On trouve dans cet orgue des principes "alla Cavaillé-Coll" (par exemple le récit et ses anches de batterie, ou les nombreux jeux harmoniques). Mais bien sûr, c'est avant tout un Walcker, avec ses prodigieux jeux de fonds de 16 et 8 pieds, destinés à constituer une Mendelssohnienne "masse sonore". A noter : les quatre jeux de pédale empruntés au positif et au récit : avec un Bourdon 16', un Violoncelle 8' et les deux anches de 16' et 8', ils permettent de disposer d'une pédale expressive.

Le domino 11 (vert, récit) ne porte pas de nom de jeu.

Console:
La console indépendante.La seule à ma
                    connaissance à être munie d'une antenne satellite.(On se demande ce que
                    l'Art nouveau aurait proposé pour les rétroviseurs.)Le porte-partitions est
                    ici en position baissée.La console indépendante.
La seule à ma connaissance à être munie d'une antenne satellite.
(On se demande ce que l'Art nouveau aurait proposé pour les rétroviseurs.)
Le porte-partitions est ici en position baissée.

Console indépendante face à la nef, ornée sur les côtés et sur l'avant de peintures figurant des anges en prière (plus dans le style de Louis-Philippe Kamm ; mais elles pourraient être de Henri Beecke), fermée par un rideau coulissant. Tirage des jeux par dominos de couleur, disposés en 3 étages des deux côtés, par groupes de 10 : blancs pour le grand-orgue, roses pour le positif, bleus pour le récit, verts pour la pédale. Les dominos correspondant aux accouplements sont bicolores, et sont doublés par pistons (groupe de gauche) mais pas au pied (contrairement à ce que recommandera Schweitzer plus tard). Des pistons (situés au centre) commandent aussi les combinaisons libres et le tutti, ainsi que les annulateurs (pistons de droite). Pédales à bascule pour le crescendo, et les deux expressions (dans cet ordre, II ("Schwell II") puis III, jointives pour pouvoir être manipulées ensemble). Voltmètre à droite (1972?) ; il y a aussi une ampoule, en haut à gauche, dont il est difficile de dire si elle est destinée à éclairer ou à servir de voyant.

La plaque d'adresse de gauche, en bakélite blanc, à 2 vis apparentes, dit:

E.F. Walcker & Co.
Ludwigsburg-Württ.

Et celle de droite:

Opus 1756. Erbaut 1913
Transmission: pneumatique, sauf le récit, électro-pneumatique (1972).
Sommiers: à cônes (Kegelladen).
C'est une époque où les consoles sont un élément
            fondamental de l'orgue...C'est une époque où les consoles sont un élément fondamental de l'orgue...
...elles remettent l'organiste au centre des
            préoccupations de l'organier....elles remettent l'organiste au centre des préoccupations de l'organier.

Cet instrument est l'un des plus intéressants d'Alsace, par son histoire, son authenticité, mais aussi sa musicalité.

Culture Activités culturelles :

Références Sources et bibliographie :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670482034P01
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