Pfettisheim, l'orgue Roethinger.L'orgue de Pfettisheim est un précieux témoin de la facture alsacienne pratiquée entre les deux guerres, et qui est encore souvent méconnue et peu mise en valeur. Pourtant, cet instrument enthousiasmant est l'héritier d'une tradition remontant à la Réforme alsacienne de l'orgue, qui n'a cessé de s'enrichir. Edmond-Alexandre Roethinger, le créateur de cet orgue, en fut d'ailleurs un des intervenants majeurs. C'est tout ce savoir-faire, et l'expression d'un style post-romantique spécifiquement alsacien qu'on retrouve dans cet instrument de 1936. Fort heureusement, il est resté entièrement authentique.
Historique
La maison Stiehr de Seltz plaça un premier orgue à Pfettisheim en 1853. [IHOA] [PMSSTIEHR]
L'instrument était placé à fleur de tribune, avec une console latérale. Donc dans une configuration analogue à celle de Schaffhouse-sur-Zorn (1852). [Mathias] [PMSSTIEHR]
La composition - a priori d'origine - a été relevée en 1921 :
L'étendue de pédale n'est pas précisée, mais elle devait être de 15 ou 18 notes (comme sur les instruments Stiehr contemporains analogues en taille), et la pédale était donc en pratique inutilisable. Avec son manuel unique, c'était finalement un instrument aux possibilités fort limitées.
Louis Mockers a fait des réparations en mai 1885. [PMSSTIEHR]
Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités le 24/05/1917. [IHOA]
Historique
En 1936, Edmond-Alexandre Roethinger construisit un orgue neuf de 13 jeux sur 2 clavier et pédale, en ré-employant certains éléments de l'instrument précédent. [IHOA] [ITOA] [PMSSTIEHR]
L'instrument est contemporain des travaux de la maison Roethinger à la cathédrale d'Amiens. Il est également presque contemporain d'un autre orgue très attachant qui est aujourd'hui en Alsace, mais ne l'était pas à sa livraison : c'est celui de l'institut St-Joseph de Neufgrange en 1933, qui a été installé à Wasselonne en 1941 (opus 151).
Un article du Nouvel Alsacien, paru le 03/01/1937, raconte l'inauguration de l'orgue de Pfettisheim, pour laquelle ont avait invité Joseph Brunissen. Il était accompagné du recteur Dentel de Sarre-Union, du curé Lutz d'Itterswiller, et du vicaire Fix de St-Louis (les deux derniers étant originaires de Pfettisheim). On apprend que la maison Roethinger avait passé un mois sur place, et que c'est Paul Blondé (Schiltigheim) qui a tenu les claviers pour le concert inaugural. [NAlsacien]
L'instrument est plus post-symphonique que néo-classique. Il n'y a que 13 jeux, mais l'essentiel y est : une solide dotation en fonds, une Flûte harmonique 8', un Basson/Hautbois en boîte expressive, et bien sûr l'incontournable Voix céleste. Le grand-orgue peut jouer le récit à l'octave aiguë : il n'y a donc pas besoin de Fourniture.
Cet orgue est resté entièrement authentique :
En 1987, l'orgue a été relevé par Alfred Kern. [IHOA]
En 2013, l'orgue a été relevé par Richard Dott [Caecilia] [JBrun]
Ce fut une opération exemplaire. On peut se réjouir que ce bel orgue post-romantique a été sauvé d'une possible destruction consécutive à un projet de remplacement par un "simili-Stiehr", comme c'est arrivé en de nombreux autres endroits. (On en a aujourd'hui des dizaines, voire des centaines...) Les orgues des années 1930, si enthousiasmants et surtout si alsaciens, ont terriblement eu à souffrir des années noires "néo-baroques", depuis les années 1960. Ils ont été impitoyablement éliminés, et ne sont donc plus très nombreux ; ceux qui sont restés authentiques sont encore plus rares. Heureusement, Pfettisheim a su conserver intact cet élément irremplaçable de notre patrimoine.
Aujourd'hui (2025), l'entretien est confié à la maison Koenig de Sarre-Union. [JBrun]
Caractéristiques instrumentales
La belle console indépendante,Console indépendante dos à la nef, fermée par un rideau coulissant. Tirants de jeux de section ronde à pommeaux munis de porcelaines, et disposés en deux gradins de part et d'autre des claviers. Les tirants du grand-orgue (porcelaines à fond blanc) et ceux de la pédale (à fond jaune) sont à gauche, et ceux du récit (à fond rose) à droite. Claviers blancs.
Commande des accouplements et tirasses par pédales-cuillers à accrocher. Elles sont en bois recouvert d'une feuille de métal ondulée fixée par quatre vis. De gauche à droite : "II-Ped", "Tirasse Grand Orgue", "Octaves aiguës Récit", "II-I". Les étiquettes rectangulaires sont de deux types différents : celles du centre, à lettres rouges, sont probablement d'origine (voir Wasselonne). II/P et II/I semblent avoir été remplacées. Pédale d'expression à bascule, placée à droite des pédales/cuillers.
L'intérieur de la console est en acajou, un bois dont la maison Roethinger semble avoir eu un stock considérable.
Plaque d'adresse constituée de lettres métalliques jaunes incrustées dans le bois, au centre au-dessus du second clavier, et disant simplement :
Pneumatique.
Les sommiers du grand-orgue et du récit sont à gravures.
Sources et bibliographie :
Photos du 25/09/2025.
380. Pfettisheim 11 Jeux.
PFETTISHEIM, Kt. Truchtersheim. - 1840, ohne O., 1892 mit O. - Nach Mittlg von L. Dentel, ehemal. Pf. von Pfett., rep. Roethinger 1936 die alte Orgel. - Eine O. mit 11 Reg., 2 Clav., Ped. Liste Roethinger.
Localisation :