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Les orgues de la région de Benfeld
Rossfeld, St-Wendelin
1917 degr > Dégâts
Rossfeld, l'orgue Roethinger.
Les photos sont de Martin Foisset, 05/11/2017.Rossfeld, l'orgue Roethinger.
Les photos sont de Martin Foisset, 05/11/2017.

Quatre orgues se sont déjà succédés à Rossfeld depuis 1831 : cette localité eut en effet beaucoup à souffrir des guerres. L'instrument actuel, caractéristique des années 1950, est un représentant de l'esthétique néo-classique, qui vivait alors ses dernières années.

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L'orgue de facteur inconnu (1831)
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Historique

Le premier orgue de Rossfeld a été posé en 1831 par Antoine Herbuté, qui l'avait acheté d'occasion. Ce déménagement est l'un des premiers travaux du facteur autodidacte de Marckolsheim : il n'avait jusque-là fait que des réparations, et il était, rappelons-le, aubergiste de formation. Le conseil municipal de Rossfeld décida l'achat d'un orgue au cours de sa séance du 15/11/1830. D'après l'architecte Charles Théodore Kuhlmann (sa lettre au sous-préfet est datée du 16/11/1830), son montant était de 2400 francs. Il réceptionna l'orgue le 12/02/1832 (minute du PV). [FBaumann] [IHOA] [PMSAEA69]

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Historique

Le deuxième orgue a été commandé pour la nouvelle église construite en 1842-1844 à la maison Stiehr-Mockers de Seltz. Le procès verbal de réception a été approuvé le 11/08/1845. [PMSSTIEHR] [PMSAEA69]

C'était un instrument plutôt conséquent, puisqu'il avait 32 jeux, avec un positif de dos (ce fait est avéré par le plan de la façade établi en 1917 par le curé Martin Blumstein). Cet orgue inspira ceux de Kintzheim (1846, version avec positif de couronne ; son positif de dos - postiche - n'a été ajouté que par la suite) et d'Orschwiller. [FBaumann] [PMSSTIEHR] [IHOA]

Les devis de Kintzheim et d'Orschwiller précisent que l'orgue devrait être semblable à celui de Rossfeld. Connaissant le nombre de jeux, Pie Meyer-Siat a proposé une reconstitution la composition de l'orgue Stiehr :

L'orgue de Kintzheim eut droit à un Chalumeau et une Flûte ouverte au grand-orgue. La maison Stiehr se dirige alors tout droit vers sa "profession de foi" organistique que fut l'instrument de Barr en 1852. Les tendances s'affirment : on note la présence, toujours au grand-orgue, des Gambes en 8' et 4' (il y aura aussi une Gambe 16' à Barr). Le Salicional est au positif (il est généralement appelé "Jeu céleste"), et ce plan sonore devient une sorte de récit "frontal", s'illustrant par la présence d'un dessus de Flûte 8'. Les anches coniques sont au grand-orgue, complétées par un Hautbois au positif. La pédale n'a pas d'anche en 16', mais deux Gambes (16' et 8'). La Flûte 2' perd son caractère de "quarte de Nasard". Elle se retrouve de plus en plus au positif/récit. Mais à Rossfeld, elle était encore au grand-orgue.

L'orgue a été réparé par Louis Mockers en 1891 et 1910. [PMSSTIEHR]

Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités fin mai 1917. [IHOA] [Rossfeld2009]

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Historique

En de nombreux endroits, le remplacement de la façade donna l'occasion de se livrer à des transformations plus profondes. Rossfeld ne fit pas exception : l'orgue fut reconstruit en 1926 par Joseph Rinckenbach, qui lui conféra probablement une esthétique plus post-symphonique. L'inauguration eut lieu le 11/7/1926. [PMSSTIEHR] [IHOA]

On ne dispose malheureusement pas de beaucoup d'informations sur cet orgue. Même la composition ne semble jamais avoir été publiée.

L'instrument a été détruit par un obus en décembre 1944. Début 1952, on se servait d'un harmonium. [IHOA] [PMSSTIEHR]

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Historique

En 1952 Max et André Roethinger posèrent un orgue neuf, dont le buffet était limité - comme souvent à l'époque - à un simple soubassement supportant une façade dont les sommets dessinent des lignes "épurées". De nombreux tuyaux de l'orgue précédent furent réemployés. L'orgue Roethinger intégra donc plus d'un tiers de tuyaux Stiehr ou Rinckenbach. L'inauguration eut lieu le 17/05/1952. [ITOA] [IHOA] [Rossfeld2009] [Visite]

Nous sommes donc en présence de la dernière génération d'instruments conçus selon l'esthétique néo-classique. La facture d'orgue, occupée à réparer les dommages de guerre, est à quelques années seulement de sa révolution "néo-baroque", qui verra le retour aux techniques héritées du 18 ème siècle. Ici, tout est encore bien "début 20 ème" : usage de la fée électricité, sommiers à cônes, présence d'un récit expressif, alors que la composition fait la part belle aux mutations et mixtures, avec une Cymbale au Récit. Le grand-orgue est fondé sur un Quintaton 16' (que l'on s'attendrait plutôt à trouver au récit), et la disposition est voisine de celle de Mackenheim. A Rossfeld, on n'a pas voulu des anches coniques "à la française" au récit comme à Mackenheim. Dans la même logique, l'anche de pédale est un Basson 16', et pas une Bombarde.

Il y eut une réparation, en 1976 par Paul Adam. [ITOA] [IHOA]

L'orgue Roethinger a été relevé en 2009 par Richard Dott. [FBaumann] [Rossfeld2009] [DNA] [Caecilia]

Un traitement des bois s'imposait, ainsi qu'une révision totale du système électrique de transmission, avec renouvellement de certains composants. Un plafond protégeant la tuyauterie a été construit, la façade a été repeinte, et un nouveau moteur a été posé.

L'orgue a été inauguré le 21/05/2009 (jeudi de l'Ascension) par Thomas Kientz, avec une présentation de Robert Pfrimmer, et la participation des chorales des environs.

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2017
Grand-orgue, 56 n. (C-g''')
Spotted ; basses métalliques avec tampons en bois
Entailles de timbre
Bois, puis e-g''' à calottes mobiles
Encoches d'accord, 19ème ?
Entailles de timbre ; marques à la pointe sèche ; 19ème
Cheminées entrantes, c'-g''' coniques
Récit expressif, 56 n. (C-g''')
Entailles de timbre
Bouché, basses en bois, puis métal
Freins Gavioli ; entailles de timbre
Encoches d'accord
Entailles de timbre
Encoches d'accord
Entailles de timbre
Pédale, 30 n. (C-f')
I/P
[ITOA] [Visite]
Console:
La console Roethinger, face à l'orgue.La console Roethinger, face à l'orgue.

Console indépendante dos à la nef, fermée par un rideau coulissant. Comme souvent chez Roethinger, elle est en acajou. Tirage des jeux par dominos, placés en ligne au-dessus du second clavier, en 4 groupes (grand-orgue, récit, pédale et accouplements). Claviers blancs.

Commande des accouplements dupliquée (influence tardive du "Congrès de Vienne" ?) par des pédales cuillers à accrocher, situées à gauche au dessus du pédalier. A leur droite (et au centre de la console) se trouve la pédale basculante commandant l'expression du récit ("Expression II"), puis celle du crescendo ("Crescendo-gén."), qui a la même géométrie, mais dispose d'un "détrompeur" dans l'angle supérieur droit. A sa droite, la pédale-cuiller d'appel du tutti. Il n'y a pas d'indicateur d'état du crescendo (autre que la position de la pédale).

Voltmètre rond, gradué de 0 à 25 volts, indiquant 17 volts en marche, et placé en haut à gauche de la console.

Plaque d'adresse principale en lettres de laiton incrustées dans le bois, placée en haut à droite, et disant :

E. A. Roethinger
Strasbourg
La plaque Roethinger à Rossfeld.La plaque Roethinger à Rossfeld.

Elle est complétée par une petite plaque blanche, placée en dessous sur le montant du gradin des claviers, et donnant l'année d'achèvement de l'instrument :

1952
Transmission:

Electro-pneumatique.

Sommiers:

Sommiers à cônes (1952). Le grand-orgue est à gauche, le récit expressif à droite et la pédale au fond.

Tuyauterie:

La tuyauterie semble dater de trois époques : certains tuyaux (marqués à la pointe sèche, comme le Prestant) sont de probablement de Stiehr. Ils ont été ré-harmonisés. D'autres sont probablement de Rinckenbach (1926), comme le très beau Quintaton 16'. Loin d'être hétérogène, l'ensemble a été remarquablement intégré pour constituer un instrument cohérent. Les techniques de tuyauterie sont conformes à l'époque romantique : entailles de timbres ou encoches d'accord, Bourdons à calottes mobiles, biseaux à dents.

Une vue sur la tuyauterie du grand-orgue.
Depuis le bas à droite vers le haut à gauche : la Fourniture, le Nasard,
le Prestant, le Bourdon 8', la Flûte 8', le Principal 8', le Quintaton 16',
puis la Trompette (il y a un accès de l'autre côté).
Au fond, il y a la tuyauterie de pédale, dont on distingue le Basson 16',
dans le coin supérieur gauche.Une vue sur la tuyauterie du grand-orgue.
Depuis le bas à droite vers le haut à gauche : la Fourniture, le Nasard,
le Prestant, le Bourdon 8', la Flûte 8', le Principal 8', le Quintaton 16',
puis la Trompette (il y a un accès de l'autre côté).
Au fond, il y a la tuyauterie de pédale, dont on distingue le Basson 16',
dans le coin supérieur gauche.
Une vue sur la tuyauterie du récit.
Le nom des jeux est gravé sur les chapes et sur les faux-sommiers.Une vue sur la tuyauterie du récit.
Le nom des jeux est gravé sur les chapes et sur les faux-sommiers.

Ordre des chapes au récit, depuis les jalousies (face avant) et en allant vers le fond : la Cymbale, la Tierce, la Doublette, la Quinte, le Cor de nuit, la Gambe, le Diapason, la Voix céleste, la Flûte octaviante et le Hautbois. Il y a un accès au récit depuis l'arrière, ce qui explique que le Hautbois soit au fond.

Sur le papier, il s'agit d'un instrument assez standard de l'époque néo-classique, c'est-à-dire utilisant les techniques de tuyauterie de l'époque romantique avec des compositions dotés de jeux aigus, et utilisant des transmissions modernes. Ces instruments, aujourd'hui, ne sont plus à la mode, car la fin du 20ème leur a préféré l'esthétique néo-baroque, beaucoup plus radicale dans son imitation de l'orgue du 18ème. Face à l'uniformisation en "tout-mécanique" / "tout-baroque" qui sévit depuis plusieurs décennies, ils commencent à devenir un élément majeur contribuant à la diversité de notre patrimoine.

C'est sur place que cet orgue témoigne de tout son intérêt. La maison Roethinger, en 1952, a effectué ici un travail remarquable d'imagination et d'intégration : sur la base d'éléments du 19ème et de Rinckenbach, c'est bien un instrument neuf et cohérent qui a été réalisé, et il est plein de personnalité et de spécificités. Espérons qu'il sera conservé longtemps en l'état, car il constitue un témoin très réussi de la facture des années 1950, et démontre qu'elle produisait des orgues non seulement extrêmement polyvalents, mais aussi de grande qualité.

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670412001P04
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