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Les orgues de la région de Barr
Barr, église protestante
1917 degr > Dégâts
Partie instrumentale classée Monument Historique, 19/05/1972.
Buffet classé Monument Historique, 28/06/1974.
L'orgue Stiehr de Barr, photo de François Comment,
		09/2005.L'orgue Stiehr de Barr, photo de François Comment, 09/2005.

C'est le plus grand orgue construit par les Stiehr-Mockers ; il représente l'apogée de la célèbre maison de Seltz.

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Historique

Jean-André Silbermann installa en 1737 un positif provisoire (celui qui se trouve actuellement au Mont Ste-Odile), destiné à servir en attendant la livraison de l'orgue qui fut achevé 1739. Le marché pour ce dernier avait en effet été signé le 30/08/1737. [IHOA] [ArchSilb] [MSchaeferSilb]

C'est bien un positif de Jean-André, et non l'un des "9" d'André (et ce n'est pas le positif "Vigera"). On l'appelle parfois "Cabinet d'orgue de Barr", "Positif du Séminaire" ou "Positif de la chapelle Ste-Odile du Mont Ste-Odile" (où il se trouve actuellement), car il n'est pas souhaitable qu'un positif Silbermann ait moins de trois noms.

Si Silbermann a placé un orgue provisoire, c'est probablement qu'il y avait déjà un orgue avant (sinon, on aurait encore pu s'en passer une année ou deux), et qu'il a dû cesser de fonctionner. Cela tend à corroborer l'hypothèse selon laquelle il y avait déjà un orgue à Barr au 17 ème siècle. [Inaug2003]

Lorsque son instrument de 1739 fut achevé, Silbermann reprit son positif. [ArchSilb]

On le retrouve ensuite à Strasbourg, d'abord dans l'auditorium de l'Université, puis entreposé au Grand Séminaire. En 1861, l'abbé Simon-Ferdinand Mühe l'offrit à Blancherupt, et plus précisément à son organiste Joseph Vilmin. Le fils de ce dernier offrit à son tour (ce qui restait de) l'instrument à François-Xavier Mathias en 1931 : il était destiné à orner son institut St-Léon IX. En fait, l'orgue fut placé (après une reconstruction par Roethinger) dans le choeur de Strasbourg, Ste-Madeleine. Joseph Mathias, le frère du précédent y officiait, et l'institut organisait des concerts. Joseph a été organiste à Ste-Madeleine de 1925 à la guerre. Après la seconde guerre mondiale, l'instrument fut placé à la chapelle Ste-Odile du Mont Ste Odile (au 1er étage).

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Historique

Jean-André Silbermann livra en 1739 un petit orgue commandé en 1737. L'orgue fut achevé et reçu le 31/08/1739. [IHOA] [HOIE] [MSchaeferSilb]

le buffet de l'orgue Silbermann de Barr, à
					St-Pierre.Photo de Roland Lopes, 16/04/2011.le buffet de l'orgue Silbermann de Barr, à St-Pierre.
Photo de Roland Lopes, 16/04/2011.

C'était un petit instrument : un seul manuel, et 13 jeux en tout. A l'époque (jusqu'en 1828), l'église de Barr était "mixte" (utilisée à la fois par les Catholiques et les Protestants). Ce fait peut s'être traduit dans la composition de l'orgue : il y a la fois un plein-jeu très fourni (Fourniture et Cymbale) destiné à soutenir le Choral luthérien, mais aussi un Cromorne destiné à "commenter" la liturgie catholique.

Composition, 1739
Manuel, 49 n. (C-c''')
C-H aujourd'hui à Barr, c-g'' à St-Pierre
ais-ais'' à St-Pierre
c-a' à Barr
(c'-c''')
Pédale, 20 n. (C-g)
Cis-fis à Barr
Cis-fis à Barr
[IHOA] [MSchaeferSilb]

En 1841, la maison Stiehr-Mockers fit des réparations et changea quelques jeux. Ils placèrent en particulier une Gambe et un Salicional. [PMSSTIEHR]

En 1850, la nouvelle église protestante de Barr fut achevée (et l'ancienne démolie la même année, sauf la jolie tour romane !). On avait besoin d'un orgue beaucoup plus important, qu'on avait d'ailleurs commandé avant l'achèvement de l'édifice (le marché a été passé le 10/08/1849). Le petit orgue Silbermann, repris par Stiehr et transformé pour l'occasion (en fait, il restait 3 jeux Silbermann), fut déménagé à St-Arbogast de Saint-Pierre en 1852. [IHOA] [HOIE] [PMSSTIEHR]

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L'orgue Ferdinand et Xavier Stiehr,
1852 (instrument actuel)
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Historique

C'est de 1852 que Barr reçut le plus grand orgue construit par Ferdinand et Xavier Stiehr de Seltz. [IHOA] [HOIE] [PMSSTIEHR]

Joseph Stiehr entretenait déjà à Barr l'orgue de 1739. C'était donc le "candidat naturel". Le traité fut approuvé par la préfecture le 10/04/1851. On peut aussi attribuer l'orgue à Joseph Stiehr, en tant que "patron". [PMSSTIEHR]

Mais, outre la maison Stiehr, le principal concepteur de l'orgue de Barr fut l'instituteur-organiste du lieu, Jean-Frédéric Wenning. C'est lui qui, en 1849, rédigea un projet d'orgue fort détaillé.

Pour construire son (très) grand orgue de Barr, et conformément aux propositions du projet, Stiehr fit usage de 5 jeux de Silbermann (pas dans leur totalité). Il s'agit :

Stiehr garda aussi la Gambe et le Salicional qui étaient venus compléter l'orgue Silbermann en 1841. [PMSSTIEHR]

L'instrument a été reçu par Théophile Stern (Strasbourg, Temple-Neuf) et Edouard Hauser (Achenheim). Le procès-verbal de réception a été rédigé le 10/08/1852. L'inauguration a eu lieu le 28/03/1852. [PMSSTIEHR]

En 1895, l'orgue a été réparé par Louis Mockers. [HOIE]

Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités en mai 1917. Cette grande Montre en 12 pieds (F 16' en façade) représentait plus de 440 kilos d'étain. [IHOA] [HOIE]

En 1924, Franz Kriess posa une nouvelle façade, en zinc. [HOIE]

En 1948 et 1966, Ernest Muhleisen fit des réparations. [IHOA] [HOIE]

En 1977, Gaston Kern fit des réparations et plaça une montre neuve en étain, sous la maîtrise d'oeuvre de Marc Schaefer. La composition d'origine, quoique peu altérée, a été restituée. Presque tous les jeux à anches (à l'exception du Basson de pédale et du Hautbois d'écho) ont été renouvelés. [IHOA] [HOIE] [Inaug2003]

D'avril à juillet 2002, l'orgue a été relevé par la maison Daniel Kern (les deux maisons Kern ayant fusionné). Les travaux ont été menés par Richard et Manuel Sturny. [Inaug2003]

L'opération a d'abord consisté en un nettoyage général (l'instrument avait beaucoup souffert des travaux de restauration de l'édifice ; il n'avait pas bénéficié d'un accord général depuis 15 ans). Le relevage fut complété par :

[Inaug2003]

Aucun changement de composition n'a été effectué, ni aucune modification lourde à l'alimentation en vent et à la mécanique. Le tapissier Pierre Wingert a offert de poser gratuitement un rideau d'isolation destiné à protéger le récit de la chaleur fournie par la verrière arrière.

L'orgue rénové a été inauguré le 17/05/2003 par Daniel Roth. Après une présentation des jeux (commentée par lui-même au micro) et un programme allant de J.S. Bach à L. Vierne, il effectua une improvisation sur la mélodie de choral "Lobe den Herren" (thème proposé par Pascal Reber).

Cela ne se voit pas sur le papier, mais cet orgue est assez différent de celui de Bischoffsheim, en particulier pour les Gambes et les anches. Traditionnellement, on désigne ce style, dont l'orgue de Barr est quelque part l'apogée, par "Orgue de transition" (ou pré-romantique). On peut le comprendre comme une évolution progressive, amenant l'orgue "classique français" (Silbermann) vers l'orgue romantique (Walcker ou Cavaillé-Coll). Mais... En fait, la partie romantique (Gambes, anches bassonnantes...) est déjà *complètement* romantique. Et la partie "classique" (fonds, anches de batterie et anches courtes) est encore tout à fait 18 ème (tuyauterie au ton, calottes soudées). On a bien deux orgues intégrés, plutôt qu'une "évolution" entre deux styles. L'orgue "de transition" est donc un style en soi, et pas vraiment une étape. Les notions de "synthèse" et de "cohérence" sont très contemporaines, et ne faisaient pas partie des vertus cardinales du 19 ème !

Le buffet

Le buffet est très élaboré, à la fois par son architecture et son ornementation. Dessiné par l'architecte Antoine Ringeisen (comme l'édifice), il est de style néo-roman avec des influences "empire" (pilastres).

Il y a un (grand) positif de dos, qui, a lui tout seul rappelle l'orgue entier de Riquewihr (Stiehr, 1853), avec ses 3 plates-faces munies d'arcs plein cintre. Il porte un pendentif ouvragé, orné côté face) des armes de Barr (blason d'argent à la barrière (Barr-ière) de sable, couronné et accompagné de palmes de laurier, le tout sur champ azur), et de l'autre (au revers) la fameuse "plaque d'adresse" Stiehr.

Le grand corps a une structure pyramidale, très appréciée de l'époque romantique. Il est constitué de sept plates-faces : celle du centre est la plus grande, et, flanquée de deux autres, elles constituent l'élément central. Les parties latérales sont chacune constituées d'une petite plate-face, puis de la plates-face latérale. Cette dernière est un peu plus grande, mais sans atteindre la hauteur de celles de la partie centrale. L'aspect pyramidal est souligné par des rinceaux flanquant la grande plate-face centrale. L'ensemble fait environ 8 mètres de large.

L'ornementation s'exprime dans des couronnements très développés, et une ceinture de buffet ajourée.

De petites portes vitrées, disposées de part et d'autre de la console entre les deux buffets permettent à l'organiste de s'isoler (ou de se protéger des courants d'air).

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2015
Positif de dos, 54 n. (C-f''')
G-a' en façade, 1977
C-H en sapin
(f-f''')
Erable
Non ondulant
Sic (4') ; conique
1977 ; Basson/Hautbois à l'origine ?
Grand-jeu, 54 n. (C-f''')
F-h' en façade, 1977
Entièrement en étain (!)
C-d en façade, 1977
C-H en sapin
C-H en sapin
Entièrement en étain ; 1838 ?
Entièrement sur le vent
Etain
Ouverte, étoffe
(g-f''')
Posté
C c c' c''
2' 2'2/3 4' 5'1/3
1'1/3 2' 2'2/3 4'
1' 1'1/3 2' 2'2/3
2/3' 1' 1'1/3 2'
1'
Echo expressif, 54 n. (C-f''')
C-H en sapin, fis-f''' en étain
Silbermann, 1739
1838
Hohlflöte ; érable
c-a' de Silbermann, 1739
Etain
Cor anglais orig ? Basson de 1977
1977 : double cônes
Pédale, 25 n. (C-c')
Sapin
Sapin
Cis-fis de Silbermann, 1739
Cis-fis de Silbermann, 1739
Etain
Etain
1977 ; étain
Pavillons en sapin
1977
Anches de 1977
[Visite] [ITOA]

Il y a une sonnette pour appeler le souffleur, et un tirant muet ("Tacet").

Les jeux notés (*) sont des jeux de combinaison. Ils peuvent être appelés (mécaniquement) ou retirés ensemble au moyen de deux pédales-cuillers, désignées par "M" et "B". Le fait que la pédale "forte" appelle à la fois la Fourniture et les anches est révélateur sur la registration pratiquée à l'origine. On n'est pas dans une logique de séparation entre le "Plein-jeu" (Principaux et Mixtures) et le "Grand-jeu" (anches et cornets) mais plutôt à la recherche d'un crescendo continu. Les anches deviennent le "couronnement " du plein-jeu. Puis, un peu plus tard, ce sera le contraire (la Mixture post-romantique devenant l'étape ultime du Tutti et ne servant pratiquement pas avant).

Console:
La console en fenêtre. Photo de Martin Foisset,
					14/09/2013.La console en fenêtre. Photo de Martin Foisset, 14/09/2013.

Console en fenêtre, d'origine. Tirants de jeux de section carrée à pommeaux tournés ornés de motifs permettant d'identifier les plans sonores, et disposés en deux fois 4 colonnes de part et d'autre des claviers. Claviers blancs (naturelles plaquées d'os). Le grand-orgue s'appelle "Grand-Jeu." à la console (étiquette sur le flanc, sur le montant portant les charnières de la porte. Et le troisième clavier est bien désigné par "Echo." et non "récit".

Les pommeaux des tirants de l'écho ont un disque blanc avec un petit point noir au milieu. Ceux du positif un disque blanc avec un grand point noir au milieu. Ceux du grand-orgue un point blanc. Ceux de la pédale sont repérés par un disque blanc.

Les pédales-cuillers sont repérées par de grandes lettres jaunes sur fond noir : M, B, E, EX, P.
"P", c'est I/II (Positif/Grand-jeu), et "E" désigne III/II (Echo/Grand-jeu). "EX" désigne la fermeture de la boîte expressive (tout ou rien ; enfoncé=fermé).
Les lettres "M" et "B" désignent l'appel et le retrait des jeux de combinaison (ce qu'ailleurs on appelle "appel forte" et "appel piano"). La signification des lettres elles-mêmes (ce qu'abrègent "M" et "B") reste un total mystère.

L'orgue a une "plaque d'adresse" (c'est très rare à l'époque), mais pas à la console. Elle est placée au revers du pendentif du petit buffet, et dit :

FAIT PAR
M.M. STIEHR FRÈRES
DE SELTZ
1852.
Transmission: mécanique à équerres, sauf pour le grand-orgue, où elle est suspendue. La transmission est très dure, et en l'absence de machine Barker, les deux accouplements sont vite impraticables (de toutes façons, la soufflerie n'est pas conçue pour le Tutti général). Il n'y a pas de tirasse.
Sommiers:

Tous les sommiers sont à gravures, d'origine.

Positif de dos : un sommier, diatonique, basses au centre.

Tuyauterie du positif. Photo de Martin
					Foisset, 14/09/2013.De bas (accès) en haut (façade) : Cromorne, Trompette,
					"Flageolet 4'" (conique),"Voix céleste" 4' ?, Cor des Alpes 8' (conique),
					Prestant?,Flûte traverse (érable, sans faux-sommiers), Bourdon 8' (à
					cheminées), Montre 8'.Tuyauterie du positif. Photo de Martin Foisset, 14/09/2013.
De bas (accès) en haut (façade) : Cromorne, Trompette, "Flageolet 4'" (conique),
"Voix céleste" 4' ?, Cor des Alpes 8' (conique), Prestant?,
Flûte traverse (érable, sans faux-sommiers), Bourdon 8' (à cheminées), Montre 8'.

Grand-orgue : trois sommiers, diatoniques. L'un correspond à l'octave grave (C-H), et il est situé au centre (derrière la grande tourelle). Les autres (c-f''') - soit deux fois 21 notes - sont sur les côtés.

Tuyauterie du grand-orgue. Photo de Martin
					Foisset, 14/09/2013.De gauche (accès) à droite : Clairon, Trompette,
					Fourniture, Doublette?,Flûte à cheminée 4', Quinte, Fugara 4', Prestant,
					puis viennent les Gambes.Hors-champ : Bourdon 8' puis 16', et (vers la
					façade) les grands Principaux ainsi que les postages du Cornet.Tuyauterie du grand-orgue. Photo de Martin Foisset, 14/09/2013.
De gauche (accès) à droite : Clairon, Trompette, Fourniture, Doublette?,
Flûte à cheminée 4', Quinte, Fugara 4', Prestant, puis viennent les Gambes.
Hors-champ : Bourdon 8' puis 16', et (vers la façade) les grands Principaux ainsi que les postages du Cornet.

Echo : un sommier, diatonique, basses sur les côtés.

Tuyauterie de l'écho. Photo de Martin Foisset,
					14/09/2013.De gauche à droite : la Flûte majeure 4' (en érable et sans
					faux-sommiers), le Principal 8',le Bourdon 8' (avec ses cheminées), la
					Flûte à cheminée 4' de Silbermann (plus sombre),le Flageolet, le
					Basson/Hautbois (on voit la coupure : les basses (basson) sont coniques,les
					dessus (Hautbois) se rétrécit plus vite), et enfin, cachée tout au fond, la Voix
					humaines (à double cônes).Tuyauterie de l'écho. Photo de Martin Foisset, 14/09/2013.
De gauche à droite : la Flûte majeure 4' (en érable et sans faux-sommiers), le Principal 8',
le Bourdon 8' (avec ses cheminées), la Flûte à cheminée 4' de Silbermann (plus sombre),
le Flageolet, le Basson/Hautbois (on voit la coupure : les basses (basson) sont coniques,
les dessus (Hautbois) se rétrécit plus vite), et enfin, cachée tout au fond, la Voix humaines (à double cônes).

Pédale : quatre sommiers diatoniques. Deux sont logés transversalement, dans le soubassement (Bombarde, Trompette, Clairon, Violoncelle, Prestant). Les deux autres sont disposés en hauteur, de part et d'autre de l'écho (Bourdon, Flûte, Principal, Contrebasse et Contrebasson).

Soufflerie:
Les réservoirs superposés. Photo de Martin
					Foisset, 14/09/2013.Les réservoirs superposés. Photo de Martin Foisset, 14/09/2013.
Tuyauterie: de facture classique (coupée au ton, bourdon à calottes soudées).

Sites Jean-Frédéric Wenning (04/03/1806 - 15/06/1878)

Jean-Frédéric Wenning,instituteur, organiste,
			compositeur et calligraphe.Jean-Frédéric Wenning,
instituteur, organiste, compositeur et calligraphe.

Jean-Frédéric Wenning était le huitième des onze enfants de Catherine (née Hornecker) et Jean Wenning. Ce dernier a été instituteur à Plobsheim, à Dorlisheim (où Jean-Frédéric naquit) et Mittelbergheim. Jean-Frédéric, comme l'un de ses frères (Charles Théophile) devint instituteur-organiste.
Dans son ouvrage sur Stiehr, Pie Meyer-Siat en donne certes des éléments généalogiques, mais lui "règle son compte" de façon assez brutale et inexplicable : il constitue d'après lui un "Exemple frappant de la race des experts en chambre qui commencent à sévir, précisément au milieu du XIX° siècle, J.F. Wenning ne connaît que la "composition", le cheval de bataille de ces experts, et oublie tout naïvement le buffet, les mécanismes et la soufflerie."
[PMSSTIEHR]

Or, si l'orgue de Barr est ce qu'il est, c'est bien grâce à l'engagement et la motivation de Wenning. Heureusement, à Barr, sa mémoire a été réhabilitée ; cela a pris la forme de panneaux d'exposition retraçant la genèse de l'orgue, ainsi que des éléments biographiques sur ce personnage haut en couleurs que fut Wenning.

Wenning est devenu organiste à 24 ans, trois ans après s'être installé comme instituteur à Barr (1827), poste qu'il garda pendant... 47 ans. Son "Ecriture d'épreuve de la seconde Classe" témoigne de son intérêt pour la calligraphie et laisse imaginer ce qu'était *vraiment* un instituteur "de la vieille école".

La calligraphie n'était pas seulement un moyen d'édifier les élèves, puisqu'il enlumina la page de garde du "Registre contenant par ordre alphabétique les noms, profession et domicile de tous les souscripteurs qui ont bien voulu contribuer par des dons en argent et en nature à l'ameublement du temple et à son embellissement intérieur." ("Helvetica, sans-serif, italic, 10" ne rend évidemment pas hommage à ce titre de façon convenable, loin s'en faut). [Panneaux]

Compositeur, il laissa un recueil de chants à deux voix à usage des petites classes dans les écoles. "Elsässisches Singvöglein. 24 Leichte zweistimmige Liedchen für die unteren Klassen des Volksschulen." (1872).

En 1849, il rédigea un document dont le titre complet est "Projet d'un jeu d'orgue à trois claviers pur le temple protestant de Barr, fait par J.F. Wenning, organiste, 1849". Le dessin du buffet (donc cet élément était bel et bien traité) est dû au célèbre architecte Antoine Ringeisen. Wenning laissa aussi un recueil (posthume) de poésies, publié à Mulhouse par August Stoeber en 1879 ("Auswahl aus den hinterlassenen Gedichten von Johann Friedrich Wenning, Officier d'Académie, ehemaligem Oberlehrer und Organisten in Barr, im Unter-Elsass."). [Panneaux] [MSchaeferSilb]

Wenning participa à la réception de l'orgue de Bernardswiller (1869) et à l'élaboration d'un projet pour le temple de Munster (1872). Il ajouta à ce projet une chaleureuse recommandation pour la maison Stiehr : "Je connais ces facteurs depuis plus de trente ans ; j'ai fait non seulement le plan de notre magnifique orgue, mais encore bien d'autres et je suis sûr que MM. Léon Stiehr et Mockers vous fourniraient un bel et bon instrument à un prix qu'aucun autre *bon* facteur ne pourrait accorder." [PMSSTIEHR]

Cela indique donc qu'il a participé à l'élaboration d'autres projets. Et aussi qu'il trouvait son orgue de Barr très réussi ! Mais le projet de 1872 pour Munster, lui, avait 30 ou 40 ans de retard... tout comme la maison Stiehr d'ailleurs, et il devenait sûrement de plus en plus difficile de faire semblant de ne pas s'en rendre compte. Pour la vieille maison de Seltz, les choses avaient été trop faciles, avec cet étourdissant marché de l'orgue alsacien adressant pratiquement toutes les communes, souvent pour deux orgues... Ce qui la caractérisait alors, ce n'était plus de la "fidélité aux traditions", mais, quelque part, un réel atavisme. Le projet Stiehr/Wenning pour Munster, avec ses sommiers à gravures et une mécanique qui allait à coup sûr rendre impraticable les accouplements (rédhibitoire après 1870) ne fut pas retenu, et c'est la maison Eberhard Friedrich Walcker qui emporta la mise.

Wenning appelle "Voix céleste 4" le Salicional (ou le Gemshorn) en 4' du positif (parfois aussi appelé Salicet). Ce jeu n'est pas ondulant. Il semble s'agir d'une confusion, trouvant son origine dans l'habitude alsacienne d'appeler "Jeu céleste" le Salicional 4' du second clavier. Il y a une "Voix céleste 4'" (non ondulante) au devis de Weinbourg (1856), plus tard renommé "Jeu céleste 4'". Soit Wenning y est intervenu, soit sa confusion a fait école...

Pour compléter le portrait, il faut savoir que le 20/10/1870, il cacha un drapeau français à l'intérieur de l'orgue de Barr. Avec une note disant "Ce drapeau est celui de la Révolution de 1830 et qui a servi jusqu'en automne 1870, époque à laquelle la Prusse a envahi la France. Je confie ce drapeau à la postérité car rien n'est moins stable dans un siècle que la politique. Ces couleurs renaîtront un jour. Fait le 20 octobre 1870 / Wenning / Instituteur et organiste". Et le message était accompagné d'un poème... en Allemand. [Panneaux]

Toujours sur ces panneaux, figure le destin de celui qui fut un peu vite classé "expert en chambre" par l'organologue alsacien : "Nommé officier d'Académie en 1869, il part à la retraite en 1869 et décède à Barr le 15 juin 1878, à l'âge de 72 ans. 'Il laisse le souvenir d'un caractère honnête, juste et bon, d'un esprit vif et emporté, toujours tempéré par le sens du devoir et par un humour très fin. Il était attentif à tous les problèmes. Il était entré au conseil d'administration de l'Hôpital et a été cofondateur de la bibliothèque municipale en 1866'." [Panneaux]

Mais le plus émouvant, c'est que, environ 140 ans après son départ, une de ses partitions est toujours à la console ! Sous une forme cartonnée (recto-verso), on trouve ce qui fut probablement ses compositions préférées. En voici une transcription. [Visite]

Culture Activités culturelles :

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670021001P03
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