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~ Les orgues de la région d'Erstein ~

Erstein, St Martin
Edmond-Alexandre ROETHINGER, 1914
Partie instrumentale classée Monument Historique le 05/07/1996
Buffet classé Monument Historique le 14/09/1995
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ROETHINGER
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Cet instrument, l'Opus 70 d'Edmond-Alexandre ROETHINGER, est fortement typé "Romantisme allemand", mais est déjà "adouci" par les tous premiers balbutiement de la Réforme alsacienne de l'Orgue.
C'est aujourd'hui un des "monuments" de la facture alsacienne. |
Erstein, le 18/04/2004. |
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Le premier orgue connu à Erstein remonte à 1660 : il s'agissait d'un instrument de Hans Jacob AEBI, disposant de 9 jeux, qui se trouvait alors dans l'ancienne église abbatiale.
En 1702, il a été transféré à l'église paroissiale, où Joseph WALTRIN le modifia en 1722 (ajout d'une Pédale de 2 Jeux).
Ensuite, c'est Georg Friederich MERCKEL qui procéda à l'entretien jusqu'en 1745.
Jean-André SILBERMANN accepta de l'expertiser et de le déménager du coeur vers la tribune en 1750, mais n'y toucha pas plus.
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En 1758, le facteur Nicolas BOULAY vendit un orgue neuf à Erstein (traité du 21/05/1757).
Il déménagea l'orgue Aebi/Waltrin à Westhouse où il avait trouvé preneur.
STIEHR le remplaça en 1830.
L'orgue neuf construit par Boulay (13 Jeux seulement, sur 1 clavier + Echo + Pédale) avait un Buffet magnifique, mais ne donna pas satisfaction.
Cela se sentit dès sa Réception par Célestin HARST.
Après la mort de Boulay, l'orgue fut expertisé par Jean-André SILBERMANN, qui le trouva lamentable (à part le buffet).
Silbermann refusa de reprendre cet orgue, même pour en placer un neuf à Erstein.
En 1765, l'instrument perdit ses Anches.
En 1773 (et en 1780), le curé, le maire et l'organiste d'Erstein se rendirent à Sélestat et à Kaysersberg voir à quoi ressemble un orgue en bon état.
Sébastien KRÄMER essaya encore d'arranger l'orgue Boulay en 1777.
Mais finalement, en 1805, on le vendit à Holtzheim, où son fameux Buffet se trouve toujours.
 Photo Ivan BAJCSA. |
Cependant, à Guebwiller, l'église St-Léger était à l'abandon depuis que Notre-Dame était devenue église paroissiale.
Le mobilier était mis en vente.
Et parmi ce mobilier, il y avait le bel orgue Johann Georg ROHRER, 1744.
C'était un deux claviers (Grand-orgue de 15 Jeux et Positif intérieur) plus dessus d'Echo (celui de la vitrine) et Pédale (de 3 Jeux).
Les tuyaux du Positif sont peu plus tardifs, et datent probablement de 1750.
Le dessin du Buffet était très original, avec les petites Plates-faces superposées que l'on peut encore voir aujourd'hui.
Après une visite, qui confirma l'état satisfaisant de cet instrument, Erstein l'acheta en 1804.
On demanda à Joseph RABINY et à son gendre François CALLINET de déménager l'orgue à Erstein, de le remettre en état (mécanique et Soufflerie) et de compléter les claviers (49 à 51 notes).
A Pâques 1805, il fonctionnait à Erstein, réharmonisé et avec un nouveau Diapason (La 415 Hz).
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A l'époque, il est d'ailleurs fort probable que cet instrument ait été attribué à Silbermann.
(Parce que Silbermann a construit les orgues des Dominicains et des Dominicaines de Guebwiller.
Mais le premier est à Wasselonne, et le second à Walbach.
Pour Erstein, le doute n'est pas permis : il s'agissait bien de l'orgue de St-Léger, donc du Rohrer.)
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Voici la Composition probable en 1805 :
...il y avait aussi très probablement un ou deux Tremblants.
Notons que la Flûte 8' est citée par Silbermann mais pas par Callinet.
L'Echo commençait probablement au Fa.
En 1832, l'orgue, puisqu'il était jugé "indispensablement nécessaire" par le conseil municipal, fut réparé par Joseph Callinet.
Il remplaça les trois claviers (ce sont donc ceux de Callinet que l'on peut voir dans la vitrine).
Il remplaça aussi la Trompette de Pédale et en compléta la Composition par un Clairon.
Ensuite, l'entretien de l'orgue échut à Georges WEGMANN, et c'est Martin WETZEL qui le déménagea dans la nouvelle église en 1863, probablement en le transformant à l'occasion.
En 1880, Charles Wetzel posa un réservoir à plis parallèles et changea 3 jeux (Gambe 8' et Voix céleste au Grand-orgue, à la place du Nasard et de la Tierce, et Dulciane 4' au Positif, à la place de la Fourniture.).
Victor DUSCH fut nommé organiste à Erstein en 1902.
Il milita rapidement en faveur de la construction d'un orgue neuf, mais la décision ne fut prise qu'en 1912.
Edmond-Alexandre ROETHINGER remporta l'affaire, face à Joseph RINCKENBACH, Edgard Wetzel, DALSTEIN-HAERPFER, WALCKER et WEIGLE.
L'instrument fut commandé en 1913.
Pour construire son orgue neuf, Roethinger a récupéré le buffet de l'orgue Rohrer, après l'avoir fait agrandir par Théophile KLEM, de Colmar, de bien belle façon.
Quant à la partie instrumentale de l'ancien orgue, elle fut dispersée, et disparut pendant longtemps : voir la vitrine.
Notons ce que l'instrument actuel a gardé de Rohrer :
- une partie du Bourdon 8' et de la Flûte 4' du Grand-orgue
- ainsi, peut être, que certains tuyaux du Choralbass 4' de Pédale
Des Callinet subsistent :
- (en partie) la Trompette et le Clairon du Grand-orgue (Joseph)
- une partie des Bourdons 8' du Positif et du Récit (François)
Et sont de Charles Wetzel :
- La Dulciane et la Viole de Gambe du Grand-orgue
- La Voix céleste du Récit
L'orgue Roethinger a été reçu le 09/07/1914.
Il était pneumatique, mais tout à fait exceptionnel par son ampleur, sa composition, et la qualité des matériaux utilisés (pas de zinc).
Le buffet.
En sépia, les parties dues à coup sûr à Rohrer, de 1741.
La Composition est due à Victor Dusch.
On y trouve les derniers jeux à haute pression d'Alsace (un a chaque clavier).
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Ce sont des jeux de ce type, installés dans le WEIGLE de Strasbourg, St-Maurice (église catholique de garnison), en 1899 (certainement dans une version encore plus "hard") qui provoquèrent l'ire d'Emile RUPP et son premier article ("Hochdruck") allant dans le sens de la Réforme alsacienne de l'Orgue.
Nul doute que cela poussa ROETHINGER, en 1914, a ne pas aller trop loin dans le sens de la "facture allemande moderne".
Notons que ce qu'on reprochait à ladite facture allemande du début du siècle, c'était moins les jeux à haute pression (scrupuleusement démontés partout ailleurs qu'à Erstein) que la facture nettement "industrielle" de Weigle.
L'instrument d'Erstein est quand même plus "artisanal" de facture, bien qu'il comporte 4271 tuyaux.
Mais, tout de même, sa tuyauterie a été commandée à la Maison Laukhuff.
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Gravure extraite de l'ouvrage de Médard BARTH |
L'instrument reste très "typé" (deux claviers expressifs, multiples jeux gambés, Aéoline, "Harmonia aethera", 64 jeux...).
Et même une Flûte traversière qui lorgne du côté de Cavaillé-Coll.
Mais on voit nettement poindre ici la Réforme Alsacienne de l'Orgue : il y a beaucoup de Jeux d'Anches, et on trouve des Mutations au Positif.
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Les tuyaux de façade n'ont pas été réquisitionnés en 1917 : la façade est en étain, et a été laissée en place car Victor Dusch se battit bec et ongles contres les autorités allemandes pour la sauvegarder.
En 1949, Roethinger électrifia la traction (Console neuve).
Il ne fut pas procédé à l'échange, souvent cité, de la Trompette du Récit avec le Basson/Hautbois du Positif (l'erreur provient de la Composition publiée dans le programme d'inauguration de 1949).
L'instrument électrifié fut inauguré le 06/11/1949 par Fernand RICH et Robert DUSCH.
L'orgue a été nettoyé en 1978 par Chrétien et Laurent STEINMETZ.
Le Clairon du Grand-orgue a été légèrement retouché dans les basses.
Un orgue qui fait aimer les orgues... |
Des travaux de relevage ont été menés par Marc HEDELIN, de la Manufacture berrichonne de grandes orgues (Mauvières, Indre), en 2000 et 2001.
Ils concernaient la transmission (remplacement des électro-aimants et remise en peau des soufflets de transmission), ainsi qu'un nettoyage général de la tuyauterie.
La Composition est exactement celle de 1914.
L'orgue a été inauguré le 03/06/2001 par Daniel MAURER.
La "plaque d'adresse". |
Transmission : Electro-pneumatique.
Elle date de 1949 (ROETHINGER).
Sommiers à Membranes.
Le Positif de dos est postiche et ne sert qu'à dissimuler la console.
Il y un Accouplement général, 4 Combinaisons fixes (Mezzo Forte, Forte, Plein-jeu, Grand-jeu), des Annulateurs pour les Anches, les Mixtures, les 16 pieds, et un Crescendo général.
Il y a aussi une Combinaison libre par Clavier, et une générale.
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Un tuyau de façade de l'orgue Rohrer-Callinet est conservé à la tribune.
On peut lire sur l'écusson rapporté :
Cet orgue
a été achepté et posé
en l'an 1805,
par les soins et sous l'administ°
de Mrd Karst Maire Steiner
jehl adjoints et du conseille
Municipal
[Sous la Bouche]
posé par François Callinet
factuer d'orgues à Roufach
réparé par Ch Wetzel
Strasbourg
1886
[Signature de Wetzel] |
Il y a une vitrine située dans la nef.
Elle contient une autre curiosité de grande valeur : il s'agit de ce qui reste de l'orgue Rohrer de 1744 : le Cornet d'Echo, avec ses deux tirants de registres (Bourdon et Cornet 4 rgs), ainsi que les claviers de Callinet (1832).
Claviers et Echo de l'orgue Rohrer, 1741 |
Une note dans la vitrine explique le destin de cet objet :
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Partie d'orgue avec tuyaux de cornet cinq rangs du 18 ème siècle
Cet instrument, réalisé par le facteur d'orgues Johann Georg ROHRER (1685?-5/3/1751) a été primitivement installé en l'Eglise St-Léger de Guebwiller.
Acheté par la commune d'Erstein le 5/11/1804, il a été mis en place fin février 1805, après avoir été revu et modifié par François CALLINET.
Par suite de la reconstruction de l'Eglise St-Martin, dont on gardera la tour érigée par Peter THUMB, architecte de l'Abbatiale d'Ebersmunster, l'orgue ROHRER a été démonté et remonté par Martin WETZEL, qui en assura l'entretien jusqu'en 1913.
L'orgue ROHRER s'avérant trop petit par rapport aux dimensions de l'église, il fut remplacé par l'orgue actuel de facture Edmond Alexandre ROETHINGER en 1914, en étroite collaboration avec l'organiste d'alors, Victor DUSCH.
Depuis cette date, toute trace de l'orgue ROHRER avait été perdue, jusqu'en 1995, où cette partie exposée faisait l'objet d'une vente aux enchères à Vichy.
La Ville d'Erstein, consciente de l'intérêt historique que présente cet objet, s'en est porté acquéreur.
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Bel exemple d'attachement au patrimoine que donne ici la commune d'Erstein, qui a eu de plus la bonne idée de le ainsi mettre en valeur.
On voit très bien le fonctionnement des Registres ainsi que la traction Suspendue directe au troisième Clavier.
(1) Starkton-floete 8' : littéralement "Flûte à ton fort".
(2) Starkton-geigenprinzipal 8' : Principal étroit à ton fort (Haute pression), au Positif.
(3) Starkton-prinzipal 8' : Principal à ton fort, au Récit.
(4) Starkton-gamba 8' : Gambe à haute pression, à la Pédale.
Sources :
- Panneaux d'information sur place (lors de la restauration) / Exposition à l'occasion de l'inauguration.
- Plaquette éditée à l'occasion de l'inauguration : "Erstein, église paroissiale St-Martin, la restauration de l'Orgue Roethinger", Patrimoine Restauré en région Alsace N°4, Mai 2001
- Caecilia 2001-4 et 2001-5
- P.
MEYER-SIAT, "Les Callinet, facteurs d'orgues à Rouffach, et leur oeuvre en Alsace" ISTRA, 1965
Activités culturelles :
- 25/09/2005 : récital de Béatrice PIERTOT et Yannick MERLIN, à 4 mains, oeuvres de Lully, Rebel, Rameau, A.
Schirlé, A.F.
Hesse, Saint-Saëns, Liszt, M.J.
Erb et Debussy.
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