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Les orgues de la région d'Erstein
Erstein, St-Martin
Partie instrumentale classée Monument Historique, 05/07/1996.
Buffet classé Monument Historique, 14/09/1995.
L'orgue Roethinger d'Erstein, le 20/09/2014.L'orgue Roethinger d'Erstein, le 20/09/2014.

L'orgue Roethinger d'Erstein est représentatif de l'orgue alsacien. Et ce malgré sa taille conséquente (III/P 60+4j), bien supérieure à la moyenne des instruments de la région. C'est parce qu'il fut à la fois l'aboutissement d'un considérable effort de réflexion (commencé avant 1900, incluant les contributions d'Albert Schweitzer et d'Emile Rupp), puis un modèle pour les instruments qui suivirent. Il y a déjà "un peu d'Erstein" dans bon nombre d'orgues alsaciens des années 1900-1914, et beaucoup dans ceux des années 1918-1930. Edmond-Alexandre Roethinger, sur la base d'un style fortement typé "Romantisme allemand", a radicalement évolué en adoptant les propositions de la "Réforme alsacienne de l'Orgue". Et cet opus 70 de sa production constitue une étape majeure de cette évolution.

Cet instrument doit donc beaucoup à Roethinger, Rupp et Schweitzer. Mais assurément encore plus à son réel concepteur, celui qui l'a voulu et imaginé : un organiste passionné nommé Victor Dusch. Il doit aussi beaucoup à l'histoire des orgues qui l'ont précédé, et qui ont nourri sur plusieurs siècles la culture et la tradition locale. Cette histoire commence au 17ème siècle.

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L'orgue Hans Jacob Aebi,
1660
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Historique

Le premier orgue d'Erstein a été posé en 1660, par Hans Jacob Aebi pour l'église abbatiale. En 1702, lors du transfert de l'instrument dans l'église paroissiale, il y avait aussi à Erstein une régale, peut-être utilisée pour les processions. [IHOA] [PMSCALL] [Erstein2001] [Barth]

L'instrument fut agrandi par Joseph Waltrin en 1722, qui ajouta probablement une pédale de 2 jeux. Il y eut aussi des entretiens, par Georg Friederich Merckel. Mais, au milieu du 18ème, l'instrument ne devait plus donner satisfaction. Fait révélateur : Jean-André Silbermann accepta de l'expertiser et de le déménager du coeur vers la tribune en juin 1750, mais n'y toucha pas plus. [IHOA] [Erstein2001] [Barth]

En 1758, Nicolas Boulay déménagea l'orgue Aebi/Waltrin à St-Matthieu de Westhouse. Il y fut remplacé en 1830 par un orgue Stiehr. [IHOA]

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L'orgue Nicolas Boulay,
1758
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Historique

En 1758, Nicolas Boulay construisit un orgue neuf, de 13 jeux (un manuel et demi et pédale) pour Erstein. Dès le procès verbal de réception, signé par Célestin Harst le 18/06/1758, on se rendit compte que l'instrument était à la limite de l'acceptable. En 1765, on préféra démonter les jeux d'anches. [IHOA] [Erstein2001] [PMSCALL] [Barth]

L'instrument nécessita des réparations, qui furent menées en 1777 par Sébastien Krämer. [IHOA]

De fait, il ne reste rien de la production instrumentale de Boulay. Tous les facteurs du 18ème n'étaient évidemment pas des génies, et la plupart ne travaillaient pas "pour les siècles". Mais il reste un élément marquant de l'orgue Boulay d'Erstein : son buffet, aujourd'hui visible à Holtzheim. C'est d'ailleurs à peu près tout ce qui reste de la production de Nicolas Boulay.

L'orgue Boulay d'Erstein à Holtzheim, début 20ème (avant 1917) à 8h20.L'orgue Boulay d'Erstein à Holtzheim, début 20ème (avant 1917) à 8h20.

En 1805, c'est Sébastien Krämer qui déménagea l'instrument à St-Laurent de Holtzheim. L'instrument y fut reconstruit à au moins deux reprises, mais son buffet, complété par un positif de dos, y est fort bien mis en valeur. [IHOA]

L'orgue de Holtzheim après sa totale reconstruction, surplombé par les armoiries d'Erstein.L'orgue de Holtzheim après sa totale reconstruction, surplombé par les armoiries d'Erstein.

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L'orgue Johann Georg Rohrer,
1750
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Historique

Achat de l'orgue de Guebwiller, St-Léger

Probablement consciente de ne pas avoir fait le meilleur choix avec Boulay en 1758, Erstein joua la prudence et décida d'acquérir un orgue d'occasion. Ce fut entériné en 1805, la municipalité ayant accordé une subvention "d'après-révolution" dès 1803. Le choix s'était porté sur l'orgue de Guebwiller, St-Léger, qui avait été construit Johann Georg Rohrer (1742-1750). On était bien entré dans le 19ème : une Commission "compétente" de 4 membres avait été nommée le 05/10/1804. [IHOA] [ITOA] [Erstein2001] [PMSCALL]

La genèse de l'orgue Rohrer de Guebwiller avait été quelque peu chaotique : commencé en 1742 sur la base de deux manuels et pédale (plus exactement un manuel et un dessus d'écho), il ne fut achevé qu'en 1750, et complété par un positif (intérieur, à gravures intercalées dans le grand-orgue). Il ne servit qu'un peu plus de 40 ans, car l'église St-Léger a été désaffectée dès 1794. [SagotErstein2003] [Erstein2001]

On imagine qu'après 10 ans d'abandon, l'orgue Rohrer devait être dans un triste état.

Quoi qu'il en soit, la commission trouva que l'instrument était "très convenable". (Ce qui est bien le minimum.) Aloyse Karst, le maire d'Erstein se déplaça à Guebwiller pour signer l'acte (04/11/1804), et, sur le chemin du retour, on passa par Rouffach. Ce qui explique probablement que ce soient François Callinet et son beau-père Joseph Rabiny qui furent chargés du déménagement et de l'adaptation de l'instrument (restructuration de l'alimentation en vent et de la mécanique de pédale). De fait, le maire Karst semble avoir porté le projet de bout en bout, s'en occupant personnellement. En 1805, on décida de commander à François Callinet un complément des claviers à 51 notes (pour aller jusqu'au Ré) et un changement de diapason (1/2 ton plus haut, pour aller de La 392 Hz à La 415 Hz). L'orgue fut inauguré le dimanche de Pâques (24/03/1805), et confié à l'instituteur Antoni Blum (1769-1811). [SagotErstein2003] [Erstein2001]

[Erstein2001]

Notons qu'il ne s'agit pas de l'orgue (Jean-André Silbermann, 1771) des Dominicaines de Guebwiller. L'erreur a été recopiée un peu partout, mais cet instrument n'est jamais allé à Erstein, puisqu'il est à Walbach. D'autres auteurs, voulant à tout prix amener du Silbermann à Erstein, ont parlé de l'orgue des Dominicains de Guebwiller (1745). Celui-là est à Wasselonne.

En 1832, une réparation était qualifiée d' "indispensablement nécessaire". Elle incluait le remplacement des claviers. Ce fut fait par Joseph Callinet, qui remplaça aussi la Trompette de pédale, et y ajouta un Clairon 4'. Les tuyaux de ces deux jeux d'anches sont d'ailleurs toujours dans l'orgue actuel. L'entretien alla, après 1838, à George Wegmann. [IHOA] [Erstein2001] [SagotErstein2005] [Barth]

Le 17/06/1995, la ville d'Erstein, informée de la vente aux enchères, à Vichy, des claviers (Joseph Callinet) et du cornet d'écho (Rohrer) de son ancien orgue, fut absolument déterminée à récupérer cette partie de son patrimoine culturel. Bel exemple d'attachement au patrimoine que donne ici la commune d'Erstein, qui a eu de plus la bonne idée de le mettre en valeur dans une vitrine placée dans la nef. On y voit le fonctionnement des deux registres, ainsi que la traction suspendue directe au troisième clavier. [SagotErstein2005] [Visite]

Le Cornet d'écho de Rohrer (plus exactement son Bourdon, à cheminées) dans sa vitrine, le 20/09/2014.Le Cornet d'écho de Rohrer (plus exactement son Bourdon, à cheminées) dans sa vitrine, le 20/09/2014.

L'orgue Rohrer dans la nouvelle église

En 1863, après l'achèvement de la nouvelle église d'Erstein, Marin Wetzel fut chargé de l'y remonter. [IHOA] [SagotErstein2005] [SagotErstein2003]

Le nouvel édifice est dû à l'architecte Antoine Ringeisen ; sa première pierre a été posée le 13/09/1859 et il a été inauguré le 06/10/1861, puis orné de peintures de Carola Sorg. [Erstein2001]

Bien sûr, l'orgue Rohrer (démonté par Wetzel en 1858 ; il a donc été entreposé pendant 5 ans), conçu pour un édifice plus petit, avec une pédale limitée à 18 notes et ayant eu à subir deux démontages/remontages, devait faire bien pâle figure. Il dura toutefois encore presque 50 ans.

Le tuyau de façade de l'orgue Rohrer conservé à la tribune.On peut lire sur l'écusson rapporté :Le tuyau de façade de l'orgue Rohrer conservé à la tribune.
On peut lire sur l'écusson rapporté :
Cet orgue
a été acheté et posé
en l'an 1805,
par les soins et sous l'administ°
de Mrd Karst Maire Steiner
jehl adjoints et du conseille
Municipal

[Sous la Bouche]
posé par François Callinet
facteur d'orgues à Roufach
réparé par Ch Wetzel
Strasbourg
1886

[Signature de Wetzel]

En 1880, on commanda à Charles Wetzel le remplacement de trois jeux (au grand-orgue le Nasard par une Gambe, la Tierce par une Voix céleste, et, au positif, la Fourniture par une Dulciane) et un réservoir à plis parallèles. Ces trois jeux sont toujours présents dans l'orgue actuel. [SagotErstein2005] [Erstein2001] [Barth]

Le 01/10/1902, Victor Dusch, 23 ans, fut nommé organiste à Erstein. [SagotErstein2005]

L'orgue Rohrer, à Erstein, en 1911.L'orgue Rohrer, à Erstein, en 1911.

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Historique

C'est en 1914 qu'Edmond-Alexandre Roethinger acheva la construction de l'orgue actuel d'Erstein. [IHOA] [ITOA] [Barth]

Ce fut, avant tout, l'oeuvre de son dynamique organiste, Victor Dusch. L'instrument acquis à Guebwiller, deux fois démonté/remonté, modifié par Callinet et Wetzel, avec ses claviers de 49+2 notes et son pédalier de 18 notes, devait faire pâle figure, alors que le rayonnement musical de la région n'avait fait que de s'amplifier durant les 30 dernières années. Les attentes du public et des organistes, mais aussi les exigences du répertoire, n'avaient plus aucune commune mesure avec celles de la première moitié du 19ème, où on se satisfaisait d'organistes formés à l'école normale.

Dusch dut s'armer de beaucoup de patience et de courage. En effet, la donne avait radicalement changé : depuis 1880, ce n'était plus la municipalité qui s'occupait de l'orgue, mais le conseil de fabrique. Lequel se plaisait à répéter qu'il n'avait "pas les moyens" (condition nécessaire et suffisante, d'ailleurs, pour ne pas en avoir).

La municipalité, déchirée par ses divisions, ne pouvait pas aider. En effet, de petit bourg, Erstein était devenu un pôle industriel. Le maire Hildt finit par démissionner en octobre 1905. Le nouveau maire, Jean-Georges Abry, avait, lui, une toute autre envergure. Le temps de l'espoir revint pour ceux qui portaient des projets. Pour l'orgue, l'horizon ne s'éclaircit toutefois qu'en 1909, avec la prise de fonctions du recteur Jean-Baptiste Brett. Le nouvel orgue fut mis à l'ordre du jour de la réunion du conseil de fabrique du 10/06/1912. [SagotErstein2005] [SagotErstein2003]

Visites et recherches

Victor Dusch s'investit sans compter. Il emmena le trésorier de la Fabrique, Ignace Woerth, visiter les orgues "en vue" de la région : on alla à Strasbourg, St-Pierre-le-Jeune cath. (qui était alors dans le bel état où Roethinger l'avait élevé en 1911), Strasbourg, St-Maurice (où le Weigle, 1899, permettait d'entendre les jeux à haute pression ; et il était tenu par Adolf Gessner, qui avait été le professeur de Dusch au conservatoire). On alla aussi dans le Haut-Rhin, à Colmar, collégiale St-Martin, ou se trouvait le chef d'oeuvre de Joseph Rinckenbach (1911, et dont la destruction, dans les années 1970, fut l'une des plus cruelles pertes de l'orgue alsacien). La visite passa aussi par Guebwiller (cette fois Notre-Dame) où Charles Mutin avait posé en 1908 une des merveilles de l'orgue symphonique dans le goût parisien. A Lapoutroie, aussi, où Martin et Joseph Rinckenbach avaient posé en 1913 un instrument doté des meilleures couleurs post-romantiques alsaciennes. Pour compléter le tableau avec des références plus germaniques, on choisit Montreux-Vieux (Voit und Söhne, 1899), et Alpensbach (Würtemberg) pour admirer un orgue Walcker. [SagotErstein2003]

Dusch connaissait aussi Charles Marie Widor, qui avait inauguré le Dalstein-Haerpfer (1909) du Palais des fêtes de Strasbourg. Cet instrument semble avoir beaucoup influencé le projet de Dusch, qui finit par réaliser un cahier des charges combinant des caractéristiques germaniques (Gessner, Weigle, Voit, Walcker) et des traits plus français (Rupp, Schweitzer, Mutin, Widor). On comprend qu'Edmond-Alexandre Roethinger (ami de Widor) était fort bien placé dans un tel contexte, et ce n'est pas pour rien que Dusch avait fait visiter l'orgue de St-Pierre-le-Jeune. [SagotErstein2003]

Le cahier des charges obtint plusieurs réponses :

On demanda - évidemment - son avis à François-Xavier Mathias, en tant qu'expert diocésain, qui répondit le 16/05/1912 en faveur de Roethinger. Le 04/06/1912, le conseil de fabrique se décida donc pour l'offre la plus chère ! La commande fut passée début 1913, l'orgue devant être achevé pour Pâques 1914. [Deliberations1913] [SagotErstein2003] [Erstein2001]

Un an de délai pour un 3-claviers de 60 jeux ! Voilà qui paraît incroyable un peu plus d'un siècle plus tard. Pour que ce soit possible, le facteur d'orgues n'était plus un artisan. En plus de son activité commerciale (déterminante), il était devenu un "intégrateur" : Roethinger faisait du "sur mesure" avec des composants standards. Il restait architecte de son instrument, et surtout, il pratiquait l'harmonisation du tout, pour transformer l'assemblage de composants en un instrument de musique.

Le devis de Roethinger, daté du 16/11/1912, propose un orgue constitué de "prima Materialen" (matériaux de premier choix), et inclue le nombre de tuyaux (4154). Avec le Hautbois au positif et une Trompette harmonique au récit. Quatre jeux sont empruntés par la pédale aux plans expressifs, et l'instrument est doté d'un jeu à haute pression par plan sonore. Il est précisé que les anches seront de type français "nach französischer Art". Languettes en laiton. [DevisRoethinger1912]

L'essentiel de la tuyauterie venait de Laukhuff (même si des tuyaux de Rohrer, Wetzel et Callinet ont pu être repris, évidemment totalement ré-harmonisés), et la console (élément clé d'un orgue du début du 20ème) fournie par Eisenschmid. Les sommiers étaient du type Boden, brevetés en 1878. C'est Edmond-Alexandre lui-même qui dirigea l'harmonisation, puisqu'on le retrouve installé à l'auberge "A l'Ange" d'Erstein début mars 1914. [SagotErstein2003] [DevisRoethinger1912]

L'inauguration

L'orgue fut inauguré le dimanche 03/05/1914 par Victor Dusch, avec la participation de :

En introduction, le choeur d'hommes interpréta le "Veni creator" de F.X. Will. Après deux discours, Martin Mathias exécuta la Fantaisie et fugue en Sol mineur de J.S. Bach. (Il est vrai que l'accord de Sol mineur initial, avec son pincé, permet même d'interrompre un discours si nécessaire). Auguste Stöcklin enchaîna avec la célèbre Cantilène (de la sonate 11) de Rheinberger. Puis le choeur enchaîna avec le "Bone Pastor" (Surrexit Pastor bonus ?) de Michael Haller, en prélude à une procession festive. E. Rosin prit alors le relais pour un "Moderato" d'Orazio Benevoli. Auguste Schirlé continua avec le Vivace de la sonate en Ré mineur de Bach. Vint ensuite le "Jubilate Deo" de Johann Kaspar Aiblinger (par le choeur), l'Andante et la Toccata de Fernand de la Tombelle (op.23), par Louis Huber, le Magnificat d'Eduard Gustav Stehle. Léon Thomas proposa un Adagio de Liszt et l'Angelus des "Scènes pittoresques" de Jules Massenet. Puis le choeur et les cuivres entonnèrent le Tantum Ergo de Johann Josef Veith. En conclusion, puisqu'Erstein se trouve définitivement en Alsace, tout le monde chanta le Grosser Gott, prolongé par le final sur ce choral (d'Adolf Gessner) joué par un Victor Dusch que l'on imagine bien déchaîner toutes les ressources de l'instrument. [SagotErstein2003]

Ce fut un des derniers grands moments, ici, de la Belle époque, et le monde d'avant-guerre allait disparaître.

La réception officielle eut lieu le 09/07/1914, et fut signée par François-Xavier Mathias, Victor Dusch, Martin Mathias et Léon Thomas le 01/01/1915. [SagotErstein2003] [Erstein2001]

Un orgue nouveau

Les originalités de l'orgue Roethinger sont nombreuses, à commencer par les quatre jeux à haute pression (les seuls survivants en Alsace). Résolument apparentés à l'esthétique romantique allemande, et destinés à renforcer le choeur de jeux de fonds, ces jeux sont en quelque sorte l'antithèse de la Réforme alsacienne de l'orgue. Ce qui démontre que Victor Dusch n'était pas un "suiveur", appelé à appliquer à la lettre les idées de ses amis théoriciens. La réalité est toujours un peu plus compliquée que les schémas, et, si cet orgue est effectivement issu de la Réforme alsacienne de l'orgue, il ne faut pas le réduire à cela. En fait, Dusch a fait preuve d'un éclectisme peu commun.

Autre originalité : les claviers vont jusqu'au La (58 notes). Le standard était alors 56 notes (jusqu'au Sol), et, plus tard, sous la pression du répertoire, on ira parfois directement à 5 octaves (61 notes, jusqu'au Do). L'étendue au La restera donc atypique. De plus, il y avait une pédale piano automatique, ce dispositif permettant de retirer automatiquement des jeux de pédale lorsque l'on quitte le grand-orgue, et de les remettre quand on y retourne. Elle était très élaborée, car c'était une combinaison libre de pédale (tous les jeux et accouplements de pédale, étant sélectionnables ou non par 16 boutons), appelée automatiquement. [DevisRoethinger1912]

A cette époque, la console avait une importance fondamentale. Il est précisé sur le devis que "Des Spieltisch ist der "Normal und internationalen Kongress im Mai 1909 zu Wien, unter dem Vorsitze des Privatdozenten, Hochwürden Herren Dr F.X. Mathias - Strassburg zu Stande gebracht und emphohlen worden ist". C'était donc une console "Congrès de Vienne 1909", conçue pour être ergonomique. [DevisRoethinger1912]

Avec ses Plein-jeux au grand-orgue et au positif, son positif doté de deux Mutations indépendantes (une Quinte, une Tierce), et avec ses emblématiques Doublette et Cornet au grand-orgue (et les anches "françaises"), l'instrument est en avance sur son temps, et annonce le néo-classicisme. Il peut aller loin dans les aigus, sachant qu'en plus, il dispose de quatre accouplements à l'octave aiguë. En effet, la liste des accouplements, à l'origine (et donc voulue par Dusch) était : I/I (annulateur grand-orgue), II/I, III/II, III/I, I/P, II/P, III/P, II/I 4' (réelles), III/II 4', III/I 4', III/P 4', II/I 16', III/II 16', III/I 16' et accouplement général. Les combinaisons fixes à l'origine étaient : P, MF, F, tutti sans anches et tutti avec anches. La combinaison libre était appelable globalement ou pour chacun des 4 plans sonores, les accouplements pouvant être appelés indépendemment. Pour la compléter, il y avait un appel "jeux à mains" (rendant les dominos actifs en plus de la combinaison) global, et pour chaque plan sonore. Il y avait aussi un annulateur de Mixtures et un retrait général des jeux. [DevisRoethinger1912]

Gravure de l'orgue d'Erstein, figurant dans l'ouvrage de Médard Barth.Gravure de l'orgue d'Erstein, figurant dans l'ouvrage de Médard Barth.

En 1917, ordre fut donné, par les autorités, de réquisitionner les tuyaux de façade des orgues. Mais Erstein résista, invoquant le paragraphe 9 du décret du 10/01/1917 (exemption pour valeur historique ou artistique avérée). Dusch et Roethinger défendirent leur façade bec et ongles, trouvant même le moyen de "foncer" les tuyaux, leur donnant un aspect "18 ème" conforme au buffet, et donc capable de prétendre à une valeur historique. Naturellement, on s'efforça (avec succès) d'attribuer l'orgue Rohrer à Silbermann. (Ce dernier n'aurait à coup sûr pas été content du tout de voir son nom apposé à une production du "pfüscher" Rohrer !) La dérogation officielle ne fut jamais accordée, et la victoire sur l'administration fut obtenue "à l'usure" : à force de démarches répétées, on parvint à faire traîner les choses jusqu'à l'armistice, et les tuyaux sont toujours en place. [SagotErstein2005]

André Roethinger raconte, dans une lettre datée du 07/04/2001, qu'il a assisté à de nombreuses conversations entre Victor Dusch et Edmond-Alexandre Roethinger, qui étaient devenus de vrais amis. Il raconte que "Monsieur Dusch était persuadé que l'on n'arriverait jamais à sauver les tuyaux pratiquement neufs, en cas de réquisition au profit de l'armée allemande. Et c'est nom grand-père [Edmond-Alexandre], après une longue réflexion, qui a eu une idée géniale en faisant des expériences dans nos ateliers : c'est en fondant du plomb et de l'antimoine, et en mélangeant les 2, qu'il arrivait à obtenir une couleur et un aspect plus terne? En imbibant avec du coton les nouveaux tuyaux de l'orgue Roethinger, ces derniers ressemblaient beaucoup aux tuyaux de l'époque Silbermann. Evidemment, on s'était contenté de traiter uniquement les tuyaux les plus accessibles, et c'est ainsi que, lorsque l'expert est venu inspecter l'orgue et en voyant ces tuyaux ternes et foncés, il était persuadé [d'] avoir devant lui des vieux tuyaux et donc de les préserver de leur destruction. Mon grand-père, par la suite, me rappelait souvent cet épisode et la bonne blague qu'ils ont pu faire à cet "expert", en employant cette méthode peu orthodoxe !!!" [GSagot]

Après guerre, en 1919, l'orgue et son inauguration de 1914 bénéficièrent d'une nouvelle plaquette (en français) décrivant l'orgue et reprenant les éloges du rapport d'expertise du 09/07/1914. Une fois traduits en français, les jeux à haute pression "Starkton" devinrent "renforcés". En janvier 1919, Charles Marie Widor revint en Alsace, et, invité par Edmond-Alexandre Roethinger et Victor Dusch, put enfin découvrir et jouer l'orgue qu'il avait contribué à concevoir. [SagotErstein2003] [Erstein1919]

Victor Dusch à la console d'Erstein.Noter les pistons sous le premier clavier, et l'indicateur de crescendo linéaire.Victor Dusch à la console d'Erstein.
Noter les pistons sous le premier clavier, et l'indicateur de crescendo linéaire.

Puis vint le temps des "diffusions radiophoniques". Un concert de Victor Dusch fut diffusé le 25/05/1933. La fantaisie et fugue en Sol mineur de Bach, puis Reger, Hesse, Gigout, Guilmant, Widor et Saint-Saëns. Le répertoire s'était déjà fortement "parisianisé". (On le verra, ce n'était pas fini...) Victor Dusch mourut en septembre 1935, et c'est son fils Robert qui assura le concert radiodiffusé suivant, le 26/10/1936. Lors de la messe de minuit, à Noël 1944, Félix Hertzog joua l'orgue d'Erstein en présence des généraux Leclerc et De Gaulle. [SagotErstein2003]

L'électrification de 1949

En 1949 eut lieu la seule transformation de l'histoire de l'instrument : l'électrification de la traction, par la maison Max Roethinger. [IHOA] [ITOA] [SagotErstein2005] [Erstein2001]

Cette fois encore, la commune contribua à entretenir les "grandes orgues, une des rares curiosités d'Erstein". Mais elle n'eut à intervenir que de façon très limitée, car les quêtes à domiciles, très fructueuses, assurèrent la quasi intégralité du financement. [SagotErstein2005]

Deux devis sont datés du 13/01/1948, l'un concernant un relevage général avec remplacement des membranes, et l'autre pour l'électrification de la traction, incluant le remplacement de la console. Comme en de nombreux autres endroits, l'électrification de la traction (d'un coût supérieur à l'intégralité du reste du relevage) est proposée par le facteur, sans correspondre à un besoin "client". Et avec des arguments vagues : "Pour que cet orgue soit moins exposé aux fluctuations de la température nous proposons de remplacer la traction pneumatique pas la traction électrique." (Alors qu'en fait, aussi bien les transmissions mécaniques, pneumatiques, ou, comme ici électro-pneumatiques sont sensibles aux fluctuations de température.) Quoiqu'il en soit, l'argument porta, et, le 26/02/1949, les devis furent acceptés. La nouvelle console proposait des accouplements différents de la première version (pas d'octaves graves), et la pédale piano automatique devait disparaître. Sur le papier à entête utilisé par Roethinger pour ces documents figure, en position centrale, un dessin de l'orgue d'Erstein. La façon de signer, aussi, est révélatrice : la typographie dit "E.A. ROETHEINGER" (à l'époque toujours vivant mais retiré des affaires), et la signature est de Max. Plus loin, Max signe sous "Le Directeur-Gérant" des établissements E.A. Roethinger. [DevisRoethinger1948] [CourriersRoethinger]

Notons au passage que le devis de relevage est justifié par "66 jeux à 3000.-". Or l'orgue a bien 66 registres (60 jeux, 4 emprunts, et 2 trémolos), mais les 6 derniers ne représentent aucun tuyau à nettoyer...

Le logo Roethinger, en 1948-1949, sur lequel figure l'orgue d'Erstein.Le logo Roethinger, en 1948-1949, sur lequel figure l'orgue d'Erstein.

Mais un an plus tard, un rapport du 21/01/1949 alourdit considérablement la note correspondant à l'électrification. Ce rapport redonne la composition (avec la Trompette au positif). L'électrification de la traction est "re"-proposée, mais cette fois en gardant le meuble de la console (claviers neufs), et avec les travaux sur les sommiers répartis sur deux tranches. Malgré une petite remise liée à l'économie sur la console, rien que le coût de la première tranche atteignait celui de l'intégralité de l'électrification estimé en 1948 : c'était beaucoup plus cher que prévu ! Le montant "ajusté" de l'électrification annonçait déjà une augmentation de 38%. [RapportRoethinger1949]

Mais il y a pire dans ce "rapport" de 1949, qui n'ose donner son nom d'avenant au devis : la suppression des 4 jeux empruntés (donc expressifs) de la pédale (Bourdon 16' III, Bourdon 8' II, Violoncelle 8' II et Basson 16' III). Et, en "3ème étape", l'élimination des jeux à haute pression ! Ils étaient cette fois appelés "jeux Stentor", et il s'agissait de les remplacer par "des nouveaux jeux plus utiles qui seront encore à déterminer" (autrement dit : n'importe quoi pourvu que ce soit autre chose). L'orgue de Dusch aurait été complètement dénaturé ! [RapportRoethinger1949]

Heureusement, comme la dispendieuse électrification à elle seule "explosait" les devis, les étapes ultimes ne furent pas menées.

La facture, datée du 31/12/1949, n'augurait pas d'une bonne année 1950 pour le conseil de fabrique : le relevage et la coûteuse électrification figuraient, avec son montant "ajusté", plus une ligne correspondant à l'augmentation de 15,5% (sur un an) des coûts de main d'oeuvre. S'y ajouta un nettoyage du buffet qui n'était pas vraiment prévu, et... un "Supplément pour commutatrice [redresseur] importée de Suisse dont le prix a changé par suite de la modification du change et de la hausse des droits de douane" (pour trois fois plus cher que les travaux sur le buffet). Le tout finit, évidemment, en litige. Roethinger alla se plaindre au groupement national professionnel de la facture d'orgues, dont le président n'était autre que Jean Lapresté. Ce dernier assura à "son confère" de toute sa sympathie, et regretta sincèrement que "Monsieur le Curé d'Erstein n'apprécie par à sa valeur l'effort que vous avez fait, trouvant trop élevé le prix que vous lui avez demandé"... Le 19/05/1950, on peut lire le désarroi du curé d'Erstein : s'adressant à Roethinger, il écrit "Vous m'aviez dit autrefois : Faites l'électrification de vos orgues et le tout sera moins cher que le devis. Et maintenant vous me présentez une facture que dépasse le premier devis de 378.500 Frs. Je ne peux pas présenter votre facture au Conseil de la fabrique, car celui-ci était contre l'électrification de nos orgues." [CourriersRoethinger]

Roethinger avait probablement travaillé à perte sur cette (inutile) électrification. La "marotte" anti-pneumatique qui allait sévir pendant 50 ans faisait ses premiers dégâts. Roethinger, qui avait visiblement cherché à "placer" une électrification ("les derniers perfectionnements de la facture d'orgues") qu'il pensait sûrement lucrative, sans aucune demande de son client, devait bien s'en mordre les doigts. De plus, il fallut en 2001 changer les électro-aimants.

A ce jour (2016), on ne sait pas si Roethinger fut réglé pour ses plus values. [MAntz]

Du point de vue de la composition, il n'y eut pas de changement en dehors des accouplements. Les emprunts de pédale restèrent en place, tout comme les "Stentors" à haute pression. Le Hautbois a toujours été au récit et la Trompette au positif (il y avait une erreur dans la composition donnée par la plaquette de 1915, qui avait sûrement repris la liste des jeux du premier devis du 16/11/1912). [ITOA] [Erstein2001]

En effet, la Trompette en question est dotée de 70 notes, pour le positif à octaves aiguës réelles. Les tuyaux aigus sont certes à bouche, mais estampillés "Tr". Le rapport de 1949 place d'ailleurs la Trompette au positif. (Il a certes été publié après le commencement des travaux, mais on n'aurait pas commencé par un échange d'anches avant le démontage.) L'argument concernant la couleur du fond des porcelaines est plus discutable, car celles des accouplements (modifiés) ont bien été refaites en 1949. [Erstein2001] [RapportRoethinger1949]

Par contre, la disparition de la traction pneumatique d'origine (pour un modèle électrique qui s'avéra finalement peu fiable) s'accompagna de la regrettable perte de la pédale piano automatique et de plusieurs accouplements. Sur la composition de la plaquette de 1919 figurent en effet I/I (appel grand-orgue), III/II 4', III/I 4' (les deux non "réelles"), III/P 4', et surtout II/I 16', III/II 16', III/I 16'. [Erstein1919]

Heureusement, malgré ces ratés techniques et commerciaux (ne chagrinant finalement que les experts et les payeurs), la musique garda ses droits. L'inauguration eut lieu le 06/11/1949, avec Fernand Rich et de Robert Dusch à l'orgue, et la participation de la chorale Ste-Cécile, dirigée par Félix Hertzog. Comme en 1914, et comme "à la radio", on entendit la Fantaisie et fugue en Sol mineur de J.S. Bach. Les compositeurs suivants furent J.Ph. Rameau, Ch. M. Widor, C. Saint-Saëns, César Franck, Guy Ropartz et F.Rich. Le choeur interpréta l'Ave verum de Mozart, l'Ave Maria d'Oberhoffer, le Tu es Petrus de Haller et le Tantum ergo de Kagerer. Signe des temps, la pièce finale ne fut pas "Grosser Gott", mais la Toccata de Gigout. [SagotErstein2003] [Erstein2001]

Les travaux de 1978

En 1978, l'orgue a été relevé par les frères Steinmetz. Le nettoyage fut complété par le remplacement du panneau de façade sous la tourelle centrale par une grille. Les basses du Clairon 4 du grand-orgue furent malheureusement recoupées. [ITOA] [SagotErstein2003]

Par contre, ce qu'il aurait fallu faire, à savoir remplacer les membranes, qui sont des pièces d'usure, ne fut pas fait...

Un rapport de visite d'Albin Unfer, daté du 18/08/1993, propose le remplacement des membranes (enfin !), la pose de diodes pour drainer la charge inductive des électro-aimants et la mise en place de composants électroniques dans la console. De plus, le facteur souligne que "Ce système de sommier [pneumatique à membranes] a aussi beaucoup d'avantages. Les tuyauteries en bois et en étain sont en parfait état et ont des tailles appropriées à l'édifice, ce qui donne une esthétique parfaite et spécifique à l'instrument. Il faudrait scrupuleusement respecter l'harmonisation et la registration actuelle et remettre les 2 registres qui ont été touchés lors de la dernière restauration, en l'occurrence une mixture, dans son état d'origine. [...]L'orgue mériterait d'être classé et cela sans difficultés étant donné sa qualité sonore.". [AUnfer1993]

La partie instrumentale a été classée le 05/07/1996.

Le relevage de 2001

En 2001, l'orgue a été relevé par Marc Hedelin, sous la maîtrise d'oeuvre de Christian Lutz. L'étude préalable a été menée par Marc Schaefer. C'est la transmission électrique (donc les éléments de 1949) qui fit l'objet du gros des travaux (électro-aimants). L'expression du positif et du récit (qui avaient été supprimées par dépose des panneaux arrière à une date inconnue) ont été rétablies. Les pavillons du Clairon, malmenés en 1978, ont été restaurés dans leur état de 1914. [IHOA] [Erstein2001]

L'inauguration eut lieu le 03/06/2001, avec Maurice Antz, Emmanuelle Milliou et Véronique Nass à l'orgue pour l'office de bénédiction, et Daniel Maurer pour le récital inaugural. Ce dernier proposa des pièces de Bach, Boely, Widor, Gigout, Dupré, Jehan Alain, Langlais, et une improvisation. [SagotErstein2003] [ErsteinInauguration2001]

Le buffet

Le grand buffet néo-classique, en chêne, s'étale sur 10 mètres de large. Il est l'oeuvre de la maison Klem, qui reprit des éléments de Rohrer en les complétant. La façade comporte 174 tuyaux, qui sont tous d'origine (ils n'ont pas été réquisitionnés en 1917). Le positif a évidemment un rôle uniquement esthétique ; il rétabli l'équilibre verticalement, en inscrivant l'ensemble dans un losange.

Reprenant des éléments authentiquement classiques et dues à Rohrer, son style est très affirmé, et le langage ornemental du 18ème est rappelé avec une grande fidélité : tourelles rondes à entablements portant des couronnements ajourés, plates-faces munies de claires-voies et surmontées de rinceaux. Les plates-faces "à deux étages" étaient déjà présentes dans le buffet de Rohrer, où elles jouxtaient la tourelle centrale. Elles rappellent une tradition remontant à l'orgue classique germanique (voir Harskirchen en Alsace, ou Walldürn, Durlach, Neckargemünd, Michelfeld au Pays de Bade). Le tout est flanqué des jouées de Rohrer, et surmonté du couronnement de la tourelle centrale de Rohrer également.

Le buffet de Klem. En sépia, les parties dues à coup sûr à Rohrer, de 1741.Le buffet de Klem. En sépia, les parties dues à coup sûr à Rohrer, de 1741.

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2014
Grand-orgue, 58 n. (C-a''')
C-h en façade
C-h' en bois
C-h en façade
C-f''' de Rohrer, mais calottes mobiles
Toute en métal ; haute pression à 150mm
Harmonique sur c''-a'''
Ou 'Cor de daim'
C-H en bois ; c-f''' Wetzel
c'-f''' de Wetzel
Bouchée
C-f''' de Rohrer
C-f''' de Rohrer
(pas de reprise sur c''')
C c f c' f' c'' c'''
2' 2' 2' 2' 2' 4' 4'
1' 1' 1' 1'1/3 2' 2'2/3 2'2/3
2/3' 2/3' 1' 1'1/3 2' 2' 2'
1/2' 1/2' 1/2' 1' 1' 2' 2'
C c c'
- - 8'
- 4' 4'
2'2/3 2'2/3 2'2/3
2' 2' 2'
1'3/5 1'3/5 1'3/5
C-f de Joseph Callinet ; à bouche à partir de gis'''
C-f de Joseph Callinet ; à bouche à partir de gis''
Réelles
Positif expressif, 70 n. (C-a''')
C-h' en bois ; 2 derniers ouverts
C-H en bois ; haute pression à 150mm
C-H en bois ; cheminées sortantes
Bouché ; C-gis en bois
C-f''' de François Callinet
(c-a''')
1 rang, tout en étain
C-H en bois
C-H en bois ; c'-a''' harmonique
Ou 'Viole d'amour' ; très gambée, tout en étain
8' bouché + 4' + 2'2/3 + 2' + 1'3/5 sur C-a''', sans reprise
Au II dès l'origine (70 notes) ; harmonique sur c''-gis''', puis à bouche
A bouche à partir de gis'' et 2 rgs
Réelles
Récit expressif, 58 n. (C-a''')
En partie de François Callinet et... Stiehr C-h' en bois
C-H en bois ; haute pression à 150mm
C-H en bois
C-H en bois
C-f''' ancien
C-h' en bois, non harmonique
ou 'Harpe éolienne' ; toute en étain
(c-a''')
c-f''' de Wetzel
ou 'Cor de daim'
Non harmonique
Non harmonique
ou 'Carillon 3 rgs' ; 2'2/3 + 2' + 1'3/5 sur C-a''', sans reprise
C-H acoustique en bois, puis étain
Au III dès l'origine ; étain
Etain
Harmonique sur c''-gis''', puis à bouche
Pédale, 30 n. (C-f')
Bois, C de 260x325mm
Ouverte, en bois, C de 220x278mm
Ouvert, bois
Bouchée, bois
Emprunt du récit, donc expressif
Bouchée, bois ; pour générer un 32' acoustique avec la Contrebasse
Ouverte, bois
Emprunt du Bourdon du récit, donc expressif
Emprunt du positif, donc expressif
Haute pression à 150mm
C-f ancien : peut-être de Rohrer
Bois
Emprunt du récit, donc expressif
Pédale à accrocher
Pédale à accrocher
Pédale à accrocher
Pédale basculante et cadran rond (linéaire à l'origine).
[ITOA] [Erstein2001] [DevisRoethinger1912] [RLopes] [Visite]
Console:
La console indépendante. Photo du 02/11/2014.La console indépendante. Photo du 02/11/2014.

Console indépendante dos à la nef, fermée par un rideau coulissant. Meuble d'origine. Tirage des jeux par dominos de couleur crème, disposés en trois rangées, sur des gradins, de part et d'autre des claviers, et au-dessus du troisième clavier (pour les jeux du récit). Les dominos sont munis de porcelaines centrales rondes, de fond blanc pour le grand orgue, rose pour le positif, lilas pour le récit, jaune pour la pédale et vert pour les accouplements. Dans la partie supérieure des porcelaines des jeux d'anches et des mixtures figure un point. Les jeux à haute pression sont soulignés en rouge. Claviers blancs (1949), joues rectangulaires.

La combinaison libre est commandée par des boutons à tirer disposés au-dessus de chaque domino (y-compris ceux des accouplements).

Comme toutes les consoles "congrès de Vienne", les commandes des accouplements sont doublées ; à main par dominos, et à pied, par pédales-cuillers à accrocher, ici revêtues de métal gaufré. Ces pédales sont placées au-dessus de l'octave grave du pédalier, en deux lignes. En haut : "Accoupl. gén.", "Tirasse III", "Tirasse II", "Tirasse I", en bas : "Oct aig. II-I", "Oct.aig. II", "Récit-Positif" (III/II), "Récit Grd.Orgue" (III/I), "Positif Grd.Orgue" (II/I). Les étiquettes, en plastique blancs, datent probablement de 1949.

Commande du crescendo général, de l'expression II et de l'expression III par pédales basculantes (dans cet ordre), disposées au-dessus des marches d-h du pédalier. Les pédales à accrocher des trois annulateurs sont complètement à droite.

Parce que les nouveaux ressorts de claviers placés en 2001 avaient un encombrement différent de ceux de 1949, les boutons commandant les combinaisons n'ont pas pu retrouver leur place. Ce sont aujourd'hui des gros poussoirs rectangulaires noirs, assurément plus adaptées à la console d'un ordinateur vintage qu'à celle d'un orgue... Ils sont surmontés d'une petite LED, ce qui nuit encre plus à l'ambiance. De jolis pistons commandant la registration simplement (avec le retour de la pédale piano automatique !) seraient fort souhaitables pour rendre son ambiance à cette magnifique console.

Indicateur de crescendo par cadran rond gradué en éventail de 0 à 10 (1949, l'original était linéaire), et situé au-dessus des aigus du troisième clavier. Voltmètre (destiné à indiquer que la traction a été électrifiée), affichant 16 V en marche, placé au-dessus des graves du troisième clavier.

Comme souvent sur les grands Roethinger, la plaque d'adresse occupe la pièce en bois disposée entre le deuxième et le troisième clavier. Des lettres en laiton, incrustées, disent :

Opus 70 Edmond Alexandre Roethinger Orgelbaumeister Schiltigheim - Strassburg i./E. 1913.
La "plaque d'adresse".La "plaque d'adresse".

Voici un plan de la console, rédigé par Martin Foisset.

Transmission: électro-pneumatique (1949).
Sommiers:

Sommiers à membranes (très proches du système Boden). La pédale est logée contre le mur du fond, diatonique, en mitre. Le grand-orgue est diatonique en M (basses aux extrémités) pour pouvoir passer sous les boîtes expressives du positif et du récit, placés en hauteur et vers le centre de l'instrument. Sommier spécifique pour la Montre (non postée).

La tuyauterie du grand-orgue "passant" sous une des boîtes. Photo du 02/11/2014.Noter les deux types de facture des tuyaux en bois. Ceux du haut sont du 20ème.On distingue aussi les parties sommitales du Clairon 4', de 2001 et plus brillantes :le jeu a dû être restauré car il avait été découpé à la pince en 1978.La tuyauterie du grand-orgue "passant" sous une des boîtes. Photo du 02/11/2014.
Noter les deux types de facture des tuyaux en bois. Ceux du haut sont du 20ème.
On distingue aussi les parties sommitales du Clairon 4', de 2001 et plus brillantes :
le jeu a dû être restauré car il avait été découpé à la pince en 1978.

Positif chromatique, réparti sur deux boîtes.

Soufflerie:

L'orgue a été doté d'un moteur électrique dès 1914, mais il y a également un système de pompage à pied. Réservoirs à plis parallèle dans le soubassement.

Le ventilateur actuel est un Meindinger de 2.52 Cv, 1430 tours/min, pouvant débiter 42 m3/min sous une pression de 160 mm de colonne d'eau.

En S.I. : 1855 W, 150 rad/s, débitant 0.7 m3/s sous une pression de 1569 Pa.

Tuyauterie:

Entailles de timbre et calottes mobiles. La tuyauterie est de grande qualité. Les jeux à haute pression sont à 150mm de colonne d'eau seulement (moitié moins qu'à St-Maurice).

!Notons que c'est sous la forme "rang en colonnes, reprises en lignes" que Roethinger donne la composition de ses plein-jeux dans son devis. Il les note en hauteurs "réelles", et non ramenées au Do inférieur (C).
Par exemple, si un rang commence en 2' sur C, et ne reprend PAS sur c, il note 1' sur c.
Si un rang commence en 2' sur C et chute d'une octave sur c, il note 2' sur c.
De plus, les hauteurs sont complétées par la note entendue (par exemple "g" pour 1/3', signifiant "Sol", et non "deuxième Sol"). Avec nos habitudes, cela cause une grande confusion. Voici la description "en notes réelles" telle qu'elle apparaît sur le devis (mais dans l'ordre habituel, et sans le nom des notes !) :

Composition, PleinJeuI
Devis
Plein-jeu 4 rgs
C c f c' f' c'' c'''
2' 1' 1' 1/2' 1/2' 1/2' 1/4'
1' 1/2' 1/2' 1/3' 1/2' 1/3' 1/6'
2/3' 1/3' 1/2' 1/3' 1/2' 1/4' 1/8'
1/2' 1/4' 1/4' 1/4' 1/4' 1/4' 1/8'

On l'aura compris, il s'agit là d'une machine tout à fait exceptionnelle.Mais aussi d'un témoignage assez évocateur de ce que peut réaliser un Passionné,face aux sempiternels "On n'a pas les moyens" ou "Ce n'est pas le moment".Pour peu qu'on l'encourage.Victor Dusch a fait construire cette merveille par un conseil de fabrique qui n'avait pas un radis,en 1914 !Comme tous ceux qui réussissent, il a donné du travail a des dizaines de personnes. (Que la société doit, sinon, payer via le chômage).L'orgue d'Erstein est un livre d'économie, de sociologie, d'histoire.Mais, avant tout, un fabuleux instrument de musique.On l'aura compris, il s'agit là d'une machine tout à fait exceptionnelle.
Mais aussi d'un témoignage assez évocateur de ce que peut réaliser un Passionné,
face aux sempiternels "On n'a pas les moyens" ou "Ce n'est pas le moment".
Pour peu qu'on l'encourage.
Victor Dusch a fait construire cette merveille par un conseil de fabrique qui n'avait pas un radis,
en 1914 !
Comme tous ceux qui réussissent, il a donné du travail a des dizaines de personnes. (Que la société doit, sinon, payer via le chômage).
L'orgue d'Erstein est un livre d'économie, de sociologie, d'histoire.
Mais, avant tout, un fabuleux instrument de musique.

Références Sources et bibliographie :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670130001P04
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