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Les orgues de la région de Haguenau
Weitbruch, St-Gall
1917 degr > Dégâts
Weitbruch, église St Gall. L'orgue Xavier Stiehr de 1872.
Photo fournie par Jean-Noël Strasser.Weitbruch, église St Gall. L'orgue Xavier Stiehr de 1872.
Photo fournie par Jean-Noël Strasser.

Il y a deux églises à Weitbruch depuis les annnées 1870 : celle-ci et l'église protestante. La démarche très "égalitaire" de la municipalité de Weitbruch explique les historiques très ressemblants pour les orgues des deux édifices. Pendant longtemps, la commune voulait dépenser exactement la même somme pour chaque confession. Tout changea en 1976, quand le côté protestant se décida pour une "reconstruction à l'ancienne". Mais côté catholique, fort heureusement, on ne céda pas aux lubies de l'époque, et le bel instrument néo-classique (élaboré en trois fois, en 1872, 1924 et 1954) a été préservé, avec son Quintaton 16', sa Voix céleste, son Hautbois, sa Flûte majeure et son Violoncelle de pédale. L'histoire commence au tout début du 19ème siècle.

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L'orgue de facteur inconnu (1807)
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Historique

Un orgue est attesté à Weitbruch en 1807 par le paiement d'un organiste. [IHOA]

Il n'était certainement déjà plus là en 1819 : il était question d'en acquérir un auprès de Louis Geib. [IHOA]

Mais l'affaire ne se fit pas, et l'instrument de Geib alla finalement à Marienthal, puis à Kaltenhouse. [IHOA] [PMSCS65]

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Historique

En 1838, la maison Stiehr construisit un orgue neuf. [IHOA]

Le fait qu'il n'y eut pas de reprise de l'ancien instrument semble confirmer que l'orgue présent en 1807 avait déjà été enlevé. La commune fit affaire avec Stiehr le 20/02/1837, et la préfecture confia le dossier à l'architecte Samain, qui fournit un nouveau dessin pour le buffet. Le PV de réception a été approuvé le 30/06/1838. [PMSSTIEHR]

Ce dessin, remplaçant celui de la maison Stiehr, est intéressant, car il prouve qu'en 1837, Samain avait connaissance et se servait (ou "s'inspirait") des ornements figurant sur le catalogue Beunat de 1823. [JBeunat] [CMCaaah1991]

Gros plan sur la frise de la ceinture du buffet de l'orgue de Weitbruch 1838,
aujourd'hui à Kaltenhouse.Gros plan sur la frise de la ceinture du buffet de l'orgue de Weitbruch 1838,
aujourd'hui à Kaltenhouse.
Ornement N°441, planche 19, du catalogue de Joseph Beunat de 1823.
En 1825, maison a été reprise par Jacques Joseph Heiligenthal (1786-1870),
et transférée à Scharrachbergheim.Ornement N°441, planche 19, du catalogue de Joseph Beunat de 1823.
En 1825, maison a été reprise par Jacques Joseph Heiligenthal (1786-1870),
et transférée à Scharrachbergheim.

On est donc en présence d'une évolution de l'ornementation des buffets d'orgues, clairement en vue d'en limiter le prix, et en deux étapes : 1) les catalogues d'ornements architecturaux sont utilisés par les facteurs et les architectes comme "source d'inspiration" et sculptés en bois 2) les ornements en "mastic" sont directement achetés, et placés sur les buffets d'orgue. Le passage d'une étape à l'autre (et donc la première utilisation d'ornements en mastic en Alsace) semble avoir eu lieu en 1835 à Willgottheim. [CMCaaah1991]

Une illustration flagrante de cette évolution se trouve à Lembach, où ce ne fut pas Samain mais Zévowitz qui a défini l'ornementation.

L'ancienne église, petite, et partagée par les deux cultes a été remplacée par deux édifices : l'église catholique de 1872, et la protestante de 1875. Le petit orgue de 1838 allait être bien insuffisant. [PMSSTIEHR]

En 1872, il a été déménagé à St-Wendelin de Kaltenhouse. [IHOA]

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Historique

En 1872, Xavier Stiehr construisit un orgue neuf. [IHOA]

Ferdinand Stiehr étant décédé en 1872, Xavier était alors seul à la tête de la maison Stiehr Frères. L'orgue de l'église catholique de Weitbruch, construit en 1872, est l'un de ses derniers instruments, car Xavier s'éteindra en 1873, laissant l'entreprise à Théodore et Auguste Stiehr, ceux-là même qui construiront en 1875 l'orgue de l'église protestante.

L'étendue des claviers et de la pédale peut être déduite des configurations et propositions de travaux ultérieures : manuels de 54 notes, et pédale limitée à 20 notes.

L'instrument avait donc un pédalier inutilisable pour le répertoire, pas de tirasse, et un positif de dos, ce qui était totalement anachronique. La "proposition", pour les organistes, était bien décevante. Cela ne semblait pas préoccuper les deux maisons Stiehr, qui avaient décidément du mal à sortir de leur routine... L'instrument aurait certes comblé un instituteur des années 1830-40, mais après 1871, les standards et la façon de former les organistes ont fortement évolué. Aussi, n'est il pas étonnant qu'un nouveau projet d'orgue vit rapidement le jour.

Dès 1892, Charles Wetzel produisit un devis pour renouveler l'instrument. C'est là qu'on apprend que les deux instruments étaient munis d'un accouplement des claviers, mais dépourvus de tirasse. [IHOA] [PMSRHW]

Notons que Charles Wetzel rédigea le même jour un devis pour l'église protestante. L' "égalitarisme" entre les dotations aux deux églises n'était pas un vain mot ! Mais il fallut attendre.

Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités le 28/06/1917. [IHOA]

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Historique

En 1924, Franz Kriess reconstruisit l'instrument. [IHOA] [JournalHaguenau]

Un article du "Journal de Haguenau", paru le 16/12/1924 et daté de la veille, évoque les travaux de Kriess aux deux orgues de Weitbruch, et plus particulièrement le remontage de celui de l'église protestante et le démontage de celui de l'église St-Gall. Notons que l'article est titré "Elektrisches Geläute" ("Sonnerie électrique"), car il relate principalement (avec enthousiasme) l'électrification des cloches (des deux églises). Très sensibles aux avancées techniques, les communautés étaient très fières de ces progrès. C'est la maison Rubrecht de Sélestat qui a été chargée de travaux. [JournalHaguenau]

La composition n'est connue que par le relevé fait le 30/06/1951 par Georges Schwenkedel, mais qui doit correspondre à la configuration d'origine de l'orgue de 1924 :

La pédale était constituée d'une partie ancienne de 20 notes (C-g), complétée avec 7 notes (gis-d'). Le récit était muni de sommiers plus récents que le reste, et, en 1951, ils étaient en mauvais état. A cette date, il fallait aussi prévoir le remplacement des jalousies de la boîte expressive. [SchwenkedelNB]

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Historique

En 1954, Georges Schwenkedel électrifia la traction et fit des modifications de composition. [IHOA]

Schwenkedel a visité les deux orgues de Weitbruch le 09/08/1947. Les deux nécessitaient un bon relevage, des réparations aux sommiers et aux porte-vents, et un remplacement des membranes du récit et des relais. Les deux estimations fixaient le même montant (70000 Frs) pour les deux : Schwenkedel avait sûrement intégré que les dotations de municipalité étaient totalement égalitaires : 1 sou pour une confession, 1 sou pour l'autre. [SchwenkedelNB]

Il revint le 30/06/1950, et nota cette fois que le mieux serait de proposer une mécanisation, en construisant des sommiers neufs pour le récit, de 9 jeux. Il n'est pas spécifié, sur cette page de notes, si elle s'applique à l'église catholique ou protestante, mais il est fort probable qu'il voulait à l'origine mécaniser (et non électrifier) la transmission de l'orgue de l'église St-Gall. [SchwenkedelNB]

Dans l' "Arbeitsbuch" de Schwenkedel, une page datée du 28/06/1953 donne la composition et des détails du projet d'opus 118 de la maison. C'est la composition qui a été réalisée. Et il y a quelques précisions : concernant le grand-orgue, le Salicional était celui du récit, à déplacer, la Fourniture 4 rangs devait être neuve et en 1'1/3, et la Trompette neuve. Pour le récit expressif, il était précisé que le Diapason 8' sera constitué à partir du Geigenprincipal 8', que la Gambe viendra du grand-orgue, et, pour l'anche, il y avait encore à choisir entre une (seconde) Trompette ou un Basson-Hautbois. La Cymbale était notée à 3 rangs. [SchwenkedelDO]

On retient donc l'échange de la Gambe du grand-orgue et le Salicional du récit, et le fait que seulement 3 jeux sont explicitement désignés comme neufs. Cela ne veut pas dire que tous les autres étaient déjà présents, puisque rien n'est précisé pour la Cymbale (c'est était sûrement considéré comme évident). Si la pédale devait être dotée de 30 notes, les manuels restaient à 54 notes, et non 56 comme le voulait le nouveau standard. Du point de vue des accouplements et des aides à la registration, il est spécifié : "II-I, Sub. II-I Super II-I Super II-Ped. Ped. I Ped. II", ainsi que les pistons P., MF., F., TT et Annulateur. Et un crescendo général. La tirasse du récit en 4' était donc prévue dès le projet. [SchwenkedelDO]

Un orgue épargné et très intéressant

Contrairement à beaucoup de ses contemporains, cet orgue a été épargné par la "période noire" de la facture d'orgues, et n'a pas été "mécanisé", "baroquisé", ou "restauré en historique". Il a su conserver son style néo-classique, dans lequel on distingue encore l'héritage post-symphonique alsacien. On ne peut que se réjouir qu'on trouve encore à Weitbruch une Voix céleste, un Quintaton 16', un Hautbois et un Violoncelle de pédale. L'héritage de 1924 et de 1954 a donc été conservé.

Espérons qu'il le sera pour longtemps, et qu'on ne va pas se résoudre à céder à la désinformation et aux clichés, en remplaçant finalement cet orgue plein de possibilités par un "compatible-classique-parisien". Ou, pire, par un instrument néo-baroque de récupération venu d'Allemagne où d'Europe du nord, dont plus personne ne veut.

Le buffet

Le buffet actuel est celui de l'orgue Xavier Stiehr, 1872. (L'autre "buffet Stiehr de Weitbruch" dont il est souvent question est celui de l'orgue de 1838, et qui se trouve aujourd'hui à Kaltenhouse.)

C'est un buffet avec 3 tourelles plates (la plus grande au centre), et un positif à deux tourelles avec une plate-face simple, mais divisée visuellement en deux par des arcs. Les proportions du buffet semblent avoir été dictées par la hauteur disponible et le grand corps est un peu "écrasé" par rapport au canons esthétiques encore en vigueur.

L'idée était peut-être de reprendre le dessin de Hochfelden (1841), mais en le simplifiant. L'autre buffet Stiehr qu'il évoque, Dinsheim-sur-Bruche est plus ancien (1835) : la maison Stiehr était extrêmement conservatrice. Enfin, on ne s'étonnera pas que l'orgue Stiehr (1875, 3 ans plus tard) de l'église protestante a une disposition analogue, mais un style d'ornementation différent (néo-gothique : malgré l'approche "égalitaire" chère à la commune de Weitbruch, il était quand-même possible de se distinguer).

Weitbruch, cath. Weitbruch, cath.

Caractéristiques instrumentales

Console:

Console indépendante, de 1954. Tirage des jeux par dominos.

Transmission:

Transmission électrique.

Sommiers:

Le récit est à membranes.

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670523002P05
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