Weiterswiller, église protestante, l'orgue Bauer, de 1995.Il faut commencer par l'essentiel : c'est un édifice absolument exceptionnel, du point de vue historique et artistique. Il remonterait pour partie au 12ème siècle, mais surtout du milieu du 14ème. La Réforme a été introduite à Weiterswiller en 1543 : c'était la terre des Fleckenstein. A partir de 1717, ce fut le "simultaneum", qui dura jusqu'en 1874, quand on construisit l'église catholique St-Michel. C'est en 1906 qu'on découvrit les célèbres fresques.
Historique
Un premier orgue est attesté en 1813 par une réparation, menée par un facteur du nom de Johann Gottlob Sachse, établi à Weinbourg. [IHOA] [PMSCS130] [AWCS47] [PMSCS69]
Historique
En 1843, on installa à Weiterswiller un petit orgue construit par André Silbermann en 1715. Il venait de Geudertheim, église protestante. [IHOA] [PMSCS130] [PMSSTIEHR]
L'instrument, muni d'une transmission mécanique, avait déjà nécessité de nombreuses réparations : 1747, 1818, 1827, 1833... Lors de la reconstruction de l'église de Geudertheim, on chercha à se débarrasser du petit orgue pour un acquérir un nouveau (un Stiehr-Mockers, livré en 1844).
A Weiterswiller, l'instrument était placé contre le mur séparant le chœur et la nef, devant le mausolée de Louis de Fleckenstein. [AWCS47]
Comme le régime du "simultaneum" était en vigueur, chaque confession veillait jalousement à ses intérêts. L'instrument avait été payé à 60% par les protestants et 40% par les catholiques, et le 21/01/1845, fut publié un "Règlement concernant le 'touchement' de l'orgue par les deux instituteurs". [PMSCS130] [AWCS47]
Dès 1860, c'est la soufflerie il fallut remplacer. On ne sait pas qui fit les travaux, mais c'est la commune qui paya. [PMSCS130]
En 1872-1874, lors de la construction de l'église St-Michel, le petit orgue fut entièrement attribué au culte protestant. La charge de l'entretien ne diminua pas :
En 1891, il fallut réparer les soupapes. [PMSCS130]
En 1893, c'est à nouveau la soufflerie qu'il fallut remplacer. On demanda à Charles Wetzel si une pareille dépense était pertinente, et il estima que oui. Mais la Trompette et la Cymbale étaient irrécupérables. En conséquence, 600 Marks ont encore été dépensés. [PMSCS130] [AWCS47]
L'instrument disparut en 1903, quand le pasteur Charles Klein, n'en pouvant plus, décida d'acheter un harmonium à la place. [IHOA] [PMSSTIEHR]
Historique
L'orgue Rinckenbach venant de Phalsbourg
L'harmonium fit l'affaire jusqu'en 1924, quand une occasion se présenta : l'école normale de Phalsbourg avait été fermée, et les Domaines vendaient les orgues le l'établissement. On peut dire que Weiterswiller eut la main heureuse, puisqu'elle acquit ainsi un orgue Martin et Joseph Rinckenbach. C'est Edmond-Alexandre Roethinger qui fit le déménagement. [IHOA] [ITOA] [PMSCS130]
C'était donc un des orgues de l'école normale de Phalsbourg mis en vente en 1923. D'après les listes Rinckenbach, la maison d'Ammerschwihr a construit trois petits orgues pour l'école normale, dont deux de trois jeux : l'opus 21, de 1888 (qui avait peut-être d'ailleurs 5 jeux), et l'opus 67, de 1901.
Restitution de l'aspect de l'orgue Rinckenbach en 1924,Sur une photo de l'architecte Charles Czarnowsky montrant l'orgue, la console et son banc sont caractéristiques de Rinckenbach. On peut même préciser que la console a la forme employée à Ammerschwihr entre 1899 et 1906, et que le style de banc, dont les flancs figurent une lyre, est le modèle utilisé de 1885 à 1903. (Car à partir de 1904, il y a un tri-lobe à la place de l'ouverture circulaire, et un demi tri-lobe en bas.) [Palissy]
Il s'agit donc clairement du troisième orgue Rinckenbach de l'école normale, l'opus 67, de 1901.
La décision d'acquérir l'orgue de Phalsbourg a été prise par le conseil presbytéral les 30/09/1923 et 09/01/1924. (La photo de Czarnowsky a donc été prise après 1923 et avant 1938.) La composition était : [PMSRHW] [PMSCS130]
La restauration de l'église
En 1935, d'importants travaux ont été engagés à l'église de Weiterswiller (classée en 1921). Le pasteur Kastler ne voulait tout simplement plus d'orgue. Il considérait qu'un pareil instrument était inadapté à cette petite église, et qu'un harmonium suffisait, en rappelant que Charles Klein avait en son temps déjà fait ce choix : "Eine Orgel ist für die kleine Kirche nicht nötig; ein Harmonium genügt. Vikar Klein (jetzt Pfarrer in Schiltigheim) hat seiner zeit ein Harmonium angeschafft. Die Orgel sollte verkauft werden: es gäbe 50 Plätze mehr." [PMSCS130]
La suppression d'un orgue de 3 jeux aurait donc libéré 50 places ? Il faut toujours se méfier des chiffres avancés par les littéraires ; on se demande ce que penseraient les pompiers de cette estimation impactant la capacité d'un ERP.
Mais l'inspection de Dettwiller (le pasteur Graff) s'opposait absolument à la suppression de l'orgue. C'est ainsi qu'on envisagea de le mettre en tribune, et le doter de tuyaux de façade. Un devis fut d'ailleurs demandé à Robert Hoch. Mais Czarnowsky n'approuva pas. C'est pour ça qu'on sollicita Edgard Wetzel. La maison Wetzel (Charles) avait déjà, on l'a vu, installé une soufflerie sur le vieil orgue de Weiterswiller en 1893. Il était normal de la re-solliciter pour compléter l'orgue de 3 jeux. [PMSCS130]
Historique
Le dernier Wetzel
En 1938, Edgard Wetzel reconstruisit l'instrument pour le doter de 6 jeux, et le placer sur une petite tribune. [IHOA] [ITOA]
Le 28/11/1935, Georges Schwenkedel, probablement appelé pour faire lui aussi une proposition, avait fait un relevé de la place disponible. Il a noté qu'il fallait mettre l'orgue en tribune, nettoyer 3 jeux (B8, Sal8, S16), et ajouter deux façades. L'affaire resta sans suite, mais nous indique que c'est entre 1935 et 1938 qu'on décida de passer à 6 jeux. [SchwenkedelNB]
En 1938, c'est le début de la fin pour la maison Wetzel. Edgard était héritier d'une dynastie de facteurs d'orgues qui remonte à son grand-père Martin. L'orgue de Weiterswiller est le dernier de la maison Wetzel "Fondée en 1827". En 1944, les ateliers de Strasbourg, situés juste derrière l'église St-Nicolas, furent totalement détruits lors d'un bombardement. Wetzel, qui aimait signer "Edgard Wetzel, Fabriquant d'orgues, Elève d'Aristide Cavaillé-Coll" ne s'en remit pas, et mourut 4 mois plus tard, en janvier 1945.
Il ne faut donc pas s'étonner que le développement de l'opus ultime de la maison Wetzel ait été laborieux. Et le résultat... ne correspondait que très peu aux standards de la maison. Une maison qui avait quand même livré le grand instrument de Strasbourg, St-Louis. Mais ça, c'était en 1895. Wetzel avait commencé par rédiger le 30/04/1936 un devis pour un orgue à placer sur la tribune, en reprenant les trois jeux de Rinckenbach, et en les complétant par une Montre 8', un Prestant 4' et une Flûte à cheminée 4'. Ce devis précise "Umbau der Windladen (pneumatisch)", ce qui ne signifie nullement que la transmission sera refaite en pneumatique (et donc que l'orgue Rinckenbach était mécanique), mais que les sommiers seront reconstruits, en précisant que les sommiers neufs seront pneumatiques. [PMSCS130]
Pour obtenir des subventions, il fallut - évidemment - prendre en compte les habituelles lubies des habituels technocrates de l'orgue. On les sait obséquieux avec les puissants, et impitoyables avec les faibles : face au pauvre Edgar Wetzel, nul doute qu'ils ont eu des tas et des tas de bonnes idées. Si bien qu'il fallut lui demander un autre devis, qu'on imagine plus "expert-friendly".
De fait, pour ce projet, Edgard Wetzel réalisa plusieurs versions et dessins, entre avril 1936 et juillet 1937. On apprend qu'était alors installé au 15, rue des Pêcheurs : il avait quitté St-Pierre pour revenir s'établir à Strasbourg en 1908. Le marché a été conclu le 27/07/1937, et l'orgue de 6 jeux reçu le 17/07/1938 par Fritz Beron (Strasbourg, St-Thomas). (Sûrement envoyé par le Quai.) [PMSRHW] [PMSCS130]
Restitution de l'orgue Wetzel de 1938.Fritz Beron trouva les trois jeux neufs réussis. Il commenta qu'il aurait aimé avoir un 2' doux ou une Quinte, et que s'il n'y avait vraiment pas la place, un accouplement à l'octave aiguë aurait fait l'affaire. Il aurait aussi voulu une soufflerie électrifiée... Il conclut son rapport en disant que "Das Werk wird sich durch seine Haltbarkeit bewähren". ("On verra ce qu'il vaut à l'usage", ou "comment il durera dans le temps".) [PMSCS130]
Bref, on comprend qu'il n'était pas hyper enthousiasmé par l'orgue. Certes, ce n'était pas Weingarten. Mais on n'avait jamais demandé Weingarten à Wetzel. Regretter que l'instrument ne possède pas certaines caractéristiques quand celles-ci ne sont pas prévues au devis, c'est outrepasser son rôle d'expert chargé de la réception, pour agir en enfant gâté faisant étalage de ses desiderata. Il ne semble pas du tout avoir compris qu'on ne lui demandait pas son avis sur les spécifications de l'instrument, mais sur la qualité et la conformité de la réalisation. On peut donner son avis, mais pas sur le PV de réception...
L'orgue était donc placé en tribune, ce qui présentait l'avantage de pouvoir mettre la soufflerie dans les combles, avec un levier de pompage à main placé à gauche de l'organiste. Comme la petite tribune carrée était adossée à un mur, il y avait 3 faces à occuper : une pour la console (avec le mur à sa gauche), et deux façades perpendiculaires.
La console était accolée au buffet, sur la face opposée au chœur. Avec son tirage de jeux faisant usage de taquets à accrocher surmontés de porcelaines rondes, elle avait clairement été assemblée à partir de composants Weigle. Elle était très belle : fermée par un couvercle basculant, avec des claviers blancs surmontés de deux groupes de 5 taquets. Il y avait deux claviers et un pédalier complet.
La plaque d'adresse, sur fond noir, disait, on ne peut plus sobrement et modestement :
En 1903 à St-Martin, la plaque "Ch. Wetzel & Sohn" portait encore la mention "Gergündet 1827". Mais ce "gage d'ancienneté" avait déjà disparu en 1926 à Mulcey (57). Edgar Wetzel, sans successeur, pratiquement sans commandes, voyait probablement venir la fin de son entreprise. Insister sur sa fondation il y a plus d'un siècle n'aurait sûrement fait que retourner le couteau dans la plaie.
L'orgue Wetzel a été relevé par Ernest Muhleisen en 1961 [IHOA] . [PMSCS130]
L'instrument a disparu en 1995. [IHOA]
Historique
En 1995, Freddy Bauer construisit un orgue totalement neuf. [IHOA]
L'instrument est à nouveau placé au sol. Il est logé dans un buffet d'inspiration néo-gothique. [SiteBauer]
On ne sait ce qu'est devenu le dernier orgue Wetzel, ni les trois jeux Rinckenbach qu'il comprenait.
Caractéristiques instrumentales
Console frontale, clavier saillant. Tirants de jeux placés en colonne, à gauche du clavier. Clavier blanc.
Webographie :
Sources et bibliographie :
Sur Sachse.
PA00085222 ; il s'agit de l'église, non des orgues. Mais une des photos de l'architecte Charles Czarnowsky (ref. APMH00113633) montre l'orgue Rinckenbach, et en particulier sa console, qui permettent de dater l'instrument, et donc de déterminer lequel des trois orgues Rinckenbach de l'école normale de Phalsbourg a été vendu à Weiterswiller.
WEITERSWILLER, Kt. Neuwiller. - Simultaneum 1717-1874 (neue kath. Ki.). Zu W. siehe Bull. de Saverne, Cahiers 47-48, 1964 (Nr. III-IV), mit Aufsätzen von A. WOLLBRETT. Simult.-Ki., heute evang. Die alte O. 1813 von Joh. Gottlob, Orgelbauer in Weinburg, rep. Zu deren Kauf haben angeblich die Protestanten 900 Fr., die Katholiken 600 Fr. beigesteuert. Siehe dazu unsere Liste von 1840. Der Gebrauch der O. geregelt 1845 durch Gde. Ch. Wetzel erneuert die O. 1893. Seit 1922 O., die bis dahin in der Präparandenschule in Pfalzburg stand. WOLLBRETT 20. - Diese von Rinckenbach stammende O. hat nun 15 Reg., 2 Clav. Liste Rinckenbach. - Nach Mittlg von Pf. W. Guggenbühl-Gries wäre 1842 die Silbermann-O. der Simult.-Ki. von Geudertheim durch Kauf nach W. gekommen. Vgl. jedoch dazu unser Reg. Geudertheim.
Localisation :