L'orgue Walcker de l'église protestante de Woerth. (Illustration.)Il s'agit de l'opus 880 d'Eberhard Friedrich Walcker, datant de 1899, avec une transmission pneumatique (d'origine), et les légendaires sommiers à cônes de la maison de Ludwigsburg. Malheureusement, ce magnifique instrument a été affreusement altéré en 1958.
Historique
En 1754, Jean-André Silbermann plaça ici un petit orgue de 11 jeux. [IHOA] [ArchSilb]
La composition, bien sûr, était sans surprise :
Pour mettre fin au "simultaneum", on construisit une église catholique St-Laurent, qui a été dotée en 1898 d'un chef d'œuvre d'Edmond-Alexandre Roethinger - son opus 11 - dans son admirable buffet de Weyl.
En 1898, le petit orgue de 1754, évidemment devenu totalement inadapté, a été démonté. [IHOA]
Pendant longtemps, le "fan-club" Silbermann l'a recherché avec fébrilité. Un moment, on avait pensé l'avoir localisé à Rumersheim-le-Haut, mais il s'agissait d'une erreur. Tout cela était beaucoup d'énergie dépensée pour un instrument somme toute plutôt insignifiant. Mais "Silbermania" oblige...
Marc Schaefer a d'ailleurs probablement retrouvé la trace de son buffet : il a émis l'hypothèse qu'il s'agit de celui de l'instrument que Norbert Dufourcq a fait construire pour son manoir de Venelles vers 1950 par la maison Gonzalès. L'instrument a été offert en 1994 à l'abbaye Notre-Dame du Bec (Le Bec Hellouin, 27). Il y a été installé par Marc Hédelin. C'est - évidemment - un (bel) orgue néo-classique (III/P 25j), et n'a rien à voir - du point de vue instrumental - avec un Silbermann.
Historique
Pour le nouvel orgue de l'église désormais protestante de Woerth, on s'adressa au "boss" de l'Orgue européen : Eberhard Friedrich Walcker. En 1899, la prestigieuse maison de Ludwigsburg livra son opus 880, de 18 jeux sur deux claviers et pédale. [IHOA] [WOB]
La description de l'instrument occupe 4 double-pages dans le "Walcker Opus Buch". L'instrument devait être livré à "Wörth a/d. Sauer" le 5 novembre, pour la fête de la Réformation. Evidemment, la composition d'origine est bien plus belle que l'épouvantable version de 1958 : [WOB]
Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités en 1917. (Puisqu'ils ont dû être remplacés en 1923.) [ITOA]
Les tuyaux de façade ont été remplacés par Frédéric Haerpfer en 1923. [IHOA] [ITOA]
Puis un entretien a été confié à la maison Zann en 1924. [IHOA] [ITOA]
C'est en 1958 qu'eut lieu la désastreuse "baroquisation" dont cet instrument a été victime. C'est Alfred Kern qui a été commandité pour réaliser la chose. [IHOA]
Qu'il est triste de voir un bel orgue romantique mutilé de cette façon, avec Sesquialtera et Cymbale. C'est exactement comme mettre du Ketchup sur une tarte flambée : le triomphe du mauvais goût. Pourtant, en matière d'orgues, ça passe crème (si on ose dire). Et il est peut-être encore plus triste de constater que si peu de monde comprend POURQUOI c'est si triste...
Un bilan calamiteux
Le rapport d'étude de la tuyauterie effectué en 1986 indique que les dégâts ne sont certes pas équivalents à la perte "sèche" de 8 jeux (2 au grand-orgue, 1 à la pédale, et 5 au "récit") :
- à la pédale, le beau Violoncelle 8' "existe" encore : il a servi de base, après avoir subi la pince coupante, pour réaliser cet absurde "Prestant".
- Au grand-orgue, la Mixture grave de Walcker existe encore en partie. Mais elle a été pillée pour réaliser la "Doublette", une partie de la Fourniture "Parisienne" (à 4 rangs sur 1'1/3...), et l' innommable Sesquialtera, directement issue de lubies "nordiques" qui sévissaient dans les années 50-60.
- De même, la Gambe du grand-orgue existe encore un peu, puis qu'elle a servi à réaliser le "Prestant" du "récit".
Cela fait 3 jeux qui seraient restaurables en rétablissant les longueurs de leurs corps. Un travail délicat mais réalisable.
Par contre, au récit (qui n'en est plus un), ce fut calamiteux : plusieurs chapes sont occupées par des bouts de rangs de Mixture... Le merveilleux Geigenprincipal, la délicieuse Aeoline, l'irremplaçable Voix céleste, le Salicet, et... même la pauvre la Flûte 4', toute en bois et ouverte. Un jeu qui n'était pourtant pas victime, d'habitude, des turpitudes "néo-baroques"... Cela nous laisse 5 jeux totalement perdus. Bien sûr, les modèles Walcker existent et ils pourraient être reconstruits à l'identique.
Reste le plus choquant : l'absence de prise de conscience. Les experts en orgues, les conseillers, ne sont-ils pas sensés avoir un minimum de compétence en matière d'orgue ? Tout d'abord, l'éléphant au milieu de la pièce : cet orgue n'a plus de Gambe du grand-orgue ! Il est donc clair que ceux qui ont participé à cette opération n'avaient pas la moindre idée de la façon de registrer un instrument de cette esthétique... Et il y a aussi la question lancinante suivante : quel pouvait bien être le répertoire exécuté (c'est le cas de le dire) à l'époque sur cet instrument, pour qu'on ait absolument besoin d'une Sesquialtera à la place de l'Aeoline ? L'état de cet orgue somptueux après 1958 est clairement le fruit de l'inculture.
En 2001, Hubert Brayé a fait un relevage, et a (re-)remplacé les tuyaux de façade. [IHOA]
Là, ce sont des tuyaux de Haerpfer qui ont été perdus ! Le remplacement de ces tuyaux de façade était-il vraiment une priorité, quand le "récit" est affublé d'une Sesquiatera et d'une Cymbale ?!
En 2022, il était question d'un nouveau relevage, donc d'un nouvel appel aux dons. Mais à nouveau, il n'était pas question de penser les plaies de la baroquisation de 1958, qui semble à présent tragiquement irréversible. [JNStrasser]
Caractéristiques instrumentales
Console indépendante face à la nef. Tirage des jeux par dominos, disposés en ligne au-dessus du second clavier. Claviers blancs. Joues moulurées. Commande des aides à la registration par poussoirs situés au centre, sous le premier clavier.
Entre les deux claviers figure une grande calligraphie "E.F. Walcker - Ludwigsburg, Würtbg.", et des plaques de porcelaine indiquant le numéro d'opus et la date de l'instrument (à droite).
Pneumatique.
Sommiers à cônes, chromatiques.
Sources et bibliographie :
448. Woerth (église prot.) Walcker, 1897, 18 Jeux, 2 Claviers Péd., traction pneu., soufflerie électr.
WOERTH, Kantonsort. - Simult. 1684-1899. J. A. Silbermann 1754. MATHIAS 256, u. HORNING, GK 254. - O. in Liste 1840, u. Visit.-Bericht 1892.Kathol. Ki. - Neue O., Roethinger, 1898, mit 24 Reg., 2 Clav., Ped. MATHIAS 56, u. Liste Roethinger. - Prot. Ki. Orgel von Walker, 1897, 18 Reg., 2 Clav.
im67012622
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