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Les orgues de la région de Guebwiller
Rimbach-Zell, Sts-Pierre-et-Paul
vers 1917 dest > Destruction
Rimbach-Zell, photo de Michel Zindy.Rimbach-Zell, photo de Michel Zindy.

Il ne faut pas confondre Rimbach-Zell avec Rimbach-près-Guebwiller ou avec Rimbach-près-Masevaux. Rimbach-Zell est la localité de naissance de l'organiste Fernand Rich. Son père Emile, à l'époque (1906) directeur d'école à Rimbach, est issu d'une vraie dynastie d'organistes originaire de Sainte-Croix-en-plaine.

C'est encore une page bien triste de l'histoire de l'orgue alsacien qu'il faut évoquer ici, puisque l'opus 15 de Georges Schwenkedel, datant de 1928, a été remplacé dans les années 1990 par un instrument dont on a peine à trouver en quoi il amenait quoi que ce soit de mieux. On pourra comparer les compositions ci-dessous : c'est sans appel. Dire que c'est à la générosité des gens qu'on a fait appel pour réaliser ces opérations, qui ne peuvent être qualifiées que de catastrophes patrimoniales...

Le buffet est celui d'un petit instrument de Joseph Callinet, modifié en 1899 et détruit à la fin du premier conflit mondial.

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L'orgue Joseph Callinet,
1852
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Historique

L'église, conçue par l'architecte Laubser, a été totalement achevée en 1853, mais dotée d'un orgue dès 1852, par Joseph Callinet. [IHOA] [PMSCALL]

Le petit instrument n'avait qu'un clavier et pédale. Il a été reçu le 05/03/1852 par Jean Chrysostome Dietrich (Soultz). La composition d'origine n'est pas connue, même s'il y a eu une tentative pour la deviner à partir des commentaires de Dietrich. [PMSCALL]

Jean Chrysostome Dietrich (Reiningue 21/07/1816 - Zimmersheim ? 20/01/1871), longtemps curé à Zimmersheim, reçut de nombreux orgues : après Rimbach-Zell (03/1852), il y eut par exemple Helfrantzkirch (05/1858), Eglingen (08/1858), Burnhaupt-le-Haut (10/1858), Balschwiller (09/1859), Saint-Bernard (04/1862), ou Grentzingen (08/1862). Il intervint aussi comme conseiller à Zimmersheim en 1856.

Probablement suite à des travaux à l'édifice (1897), en 1899, l'instrument a été complété avec un (très beau !) récit expressif de 5 jeux, mais on ne sait pas par qui. [IHOA]

C'est vers 1917, sûrement lors de la grande réquisition des tuyaux de façade, que l'instrument de Rimbach-Zell fut rendu muet : 240 kg de tuyaux ont été retirés, soit beaucoup plus que la façade. L'instrument en resta injouable, car en 1919, on se procura un harmonium. Le "Journal de Guebwiller" (extrait ci-dessous) donne une version un peu différente, et affirme que l'orgue Callinet a été utilisé pour des concerts presque jusqu'à la fin du conflit, puis qu'il a été détruit. Mais comme le buffet a survécu, et qu'on ne note pas de reconstruction de l'édifice, ce n'était pas par bombardement. Ce qui n'exclut pas des infiltrations d'eau. [IHOA] [JournalGuebwiller]

Le 12/06/1927, appelé au chevet de ce qui restait de l'orgue, Georges Schwenkedel nota la composition suivante :

Schwenkedel nota qu'il fallait refaire toute la partie instrumentale, et élabora - visiblement le jour même - une composition pour un orgue neuf adapté à Rimbach-Zell, de 20 jeux sur deux manuels et pédale : [SchwenkedelNB]

C'était bien sûr un "premier jet", un brouillon. Il y figure d'ailleurs au grand-orgue à la fois un Principal 8' et une Montre 8', ce qui est probablement une erreur. Et l'emprunt de la Bombarde de pédale, sans Trompette disponible, est vraiment étrange. Peut-être qu'à la place de "Principal 8", il faut lire "Trompette 8" ? C'est vrai que si on élimine simplement le doublon, et avec la Bombarde en emprunt, cette composition ne compte que 19 jeux. [SchwenkedelNB]

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Historique

Un orgue d'exception

C'est en 1928 que Georges Schwenkedel plaça à Rimbach-Zell son opus 15. L'orgue a été inauguré le 18/11/1928. [IHOA] [JournalGuebwiller]

Le 18/05/1928, à l'occasion de l'installation de la console, Schwenkedel reprit des notes pour disposer les autres éléments. On apprend aussi que cette console, évidemment indépendante, devait être tournée vers la nef. Dans le même cahier, il y a aussi un plan de façade. [SchwenkedelNB]

Ce n'est pas la composition du projet de 1927 qui a été réalisée. Entre temps, on a décidé une réparation des jeux fort différente entre le deux manuels, en limitant le grand-orgue pour renforcer le récit. L'équilibre était maintenu grâce aux trois accouplements II/I (16', 8', 4'). Pas d'Unda maris au grand-orgue, mais une Flûte 8' ouverte (décidément indispensable en Alsace, tout comme le Violoncelle de pédale). Le Plein-jeu passe au récit pour pouvoir bénéficier de l'expression, et, comme il n'y a qu'une seule anche, c'est une Trompette de récit - la plus polyvalente - qui a été retenue. Plus de Hautbois, mais on sait que les belles trompettes harmoniques de Schwenkedel peuvent tenir ce rôle dans les pièces qui en nécessitent un. [SchwenkedelNB]

Dans l' "Arbeitsbuch" de Schwenkedel, l'instrument est décrit avec la composition suivante. C'est la même que trouva l'inventaire technique des orgues d'Alsace en 1986. [SchwenkedelAB]

Une étape déterminante dans l'élaboration du style post-symphonique alsacien

Cette composition - heureusement conservée - éclaire d'un jour nouveau l'évolution du style alsacien après le premier conflit mondial. Particulièrement révélatrice est la comparaison entre le projet "spontané" (intuitif) de 1927 et ce qui a été réalisé. On a un peu perdu en exotisme (pas d'Unda maris), mais le déplacement de l'anche et du plein-jeu au récit sont fondamentaux. L'instrument s'éloigne du style romantique allemand sans pasticher en aucune façon l'orgue post-romantique parisien. Rarement on aura réalisé une alchimie plus subtile entre la dotation en Gambes et en Flûtes.

Récit fondé sur un Quintaton 16'. Flûte de concert au grand-orgue ET Flûte harmonique 8' au récit. Et la dotation en Flûtes se complète par une pastorale en 4' et un Octavin 2'. Chœur de Voix céleste en 16', 8', 4'. Trompette harmonique au récit... Et, bien sûr, le Violoncelle 8' de pédale : c'était un orgue vraiment alsacien ! Il devait être somptueux. On peut difficilement offrir aux organistes plus de possibilités avec 20 jeux. Console indépendante face à la nef : un orgue qui fait aimer les orgues. (Qui a réellement envie de jouer avec la tête dans une armoire ?)

L'orgue de Rimbach était pratiquement contemporain des deux magnifiques instruments de Largitzen (opus 12, 1928) ou Bernwiller (opus 23, 1929). Tous deux ont été conservés, entretenus, et - évidemment - fonctionnent très bien. Il permettent de sa faire une idée de ce qu'a été l'orgue de Rimbach.

- Celui de Largitzen avait à peu près la même composition (Fugara 4' à la place du Gemshorn 8' et une pédale un peu moins fournit, sans 16' ouvert et sans Bourdon 16' doublé).

- Celui de Bernwiller est également voisin dans la conception, mais est un peu plus "néo-classique" : Doublette au grand-orgue, Harpe éolienne au récit. Flûte ouverte 8' au récit, mais pas harmonique. La console y est magnifique, et ce devait être la même à Rimbach.

C'est pourquoi on peut être sûr que l'instrument faisait partie de l'apogée du post-symphonisme en Alsace. Un de ces instruments précieux, aujourd'hui irremplaçables, et qu'il aurait fallu à tout prix entretenir et mettre en valeur. C'était - de loin - le plus bel orgue jamais installé à Rimbach.

La magnifique console de l'orgue de Bernwiller.
Celle de Rimbach-Zell, aujourd'hui perdue, devait beaucoup y ressembler.La magnifique console de l'orgue de Bernwiller.
Celle de Rimbach-Zell, aujourd'hui perdue, devait beaucoup y ressembler.

L'article du 'Journal de Guebwiller'

Pour finir d'étayer l'affirmation qu'il s'agissait vraiment d'un orgue d'exception, voici un article du Journal de Guebwiller, paru le 16/11/1928 : [JournalGuebwiller]

"Neue Orgel. - Unsere alte Orgel, die dem Krieg zum Opfer fiel, galt bei Musikkennern als ein Meisterwerk; das Militär hatte bis gegen Kriegsende Konzerte darauf gegeben. Das neue Werk auf das Modernste ausgestattet, gibt uns nicht nur vollen Ersatz für die alte Orgel, es wird dieselbe bei weitem übertreffen. Der Erbauer, Herr Schwenkedel-Königshoffen, ein Meister der Intonation hat bereits mehrere Orgeln gebaut, die höchste Anerkennung fanden in Fachkreisen." [JournalGuebwiller]

("Notre ancien orgue, victime de la guerre, était considéré comme un chef-d'œuvre par les connaisseurs ; l'armée y avait donné des concerts jusqu'à la fin de la guerre. Le nouvel instrument, doté des technologies les plus modernes, ne se contente pas de remplacer l'ancien orgue, il le surpasse de loin. Le constructeur, M. Schwenkedel de Königshoffen, maître de l'harmonisation, a déjà construit plusieurs orgues qui ont reçu les plus vives louanges des spécialistes.")

"Musikfreunde, die sich den Genuß eines Schwenkedel-Werkes leisten wollen, finden Gelegenheit anläßlich der hiesigen Orgelweihe am nächsten Sonntag, den 18. November, präzis um 2 Uhr. Ein Künstler aus Mülhausen wird dem anschließenden Konzert vorstehen, so daß das Werk voll und ganz zur Geltung kommen wird." [JournalGuebwiller]

("Les mélomanes souhaitant avoir le plaisir d'écouter une œuvre de Schwenkedel auront l'occasion de le faire lors de l'inauguration de l'orgue local dimanche prochain, le 18 novembre, à 14 heures précises. Un artiste de Mulhouse se produira lors du concert qui suivra, afin que l'œuvre soit pleinement mise en valeur.")

On ne connaît malheureusement pas le nom de cet organiste mulhousien. L'article donne également des informations sur l'orgue Callinet : il confirme qu'il a été détruit ("Unsere alte Orgel, die dem Krieg zum Opfer fiel"), que c'est arrivé à la fin de la guerre (ce qui ne cadre pas trop avec 1917), et indique que les concerts y avaient été donnés pendant le conflit. C'est un des rares témoignages concernant des activités culturelles pendant la guerre.

De plus, l'article infirme radicalement un cliché que l'on retrouve souvent dans les hagiographies des Callinet, affirmant que ces instruments étaient méprisés au 20ème siècle. S'il est sûrement vrai que les Callinet de Rouffach étaient tombés dans l'oubli dans les années 1960, cet article est un contre-exemple parfait, démontrant qu'on appréciait et mettait en valeur ces instruments. Bien sûr, il ne fait guère de doute que s'il était considéré comme un "Meisterwerk" par les "connaisseurs de la Musique", c'était grâce à son récit expressif, ajouté en 1899. Mais à l'époque, on ne faisait pas d'historicisme : quand un orgue était beau, on le reconnaissait comme tel, sans qu'on cherche à coller un pedigree ou des dates dessus. Et aussi, son côté "chef-d'œuvre" a pu être un peu exagéré par l'auteur de l'article pour 1) insister sur la perte infligée par la guerre et 2) comme le nouvel orgue le "surpasse de loin", cela renforce le prestige de ce dernier.

Même si, de tous temps, la presse a été un peu "fayotte" en relatant ces inaugurations, c'est un des très rares exemples où l'on voit un article dire du bien de l'instrument précédent. L'auteur avait donc vraiment apprécié l'orgue Schwenkedel pour risquer la comparaison, et oser affirmer qu'il remplace un chef-d'œuvre en le surpassant. On est ici très loin de la rhétorique habituelle de ces articles.

Le logo de la maison Schwenkedel en 1934.
Le côté "industriel" (donc "sérieux", pour l'époque) y était assumé,
mais pondéré par le dessin de l'artisan médiéval.
Et par l'ornementation végétale...Le logo de la maison Schwenkedel en 1934.
Le côté "industriel" (donc "sérieux", pour l'époque) y était assumé,
mais pondéré par le dessin de l'artisan médiéval.
Et par l'ornementation végétale...

L'instrument a encore été entretenu en par son créateur, Georges Schwenkedel, en 1947. [IHOA]

Mais arrivèrent les années noires de la facture d'orgues en Alsace, avec leur cortège de dogmes, de mensonges, et leur façon délétère de discréditer les instruments de la première moitié du 20ème siècle pour mieux pouvoir les détruire et "placer" du neuf ("mécanique" !) bien coûteux. Arriva l'ère du "Votre orgue est pneumatique : donc il ne vaut rien. Il vous faut absolument le changer, sinon vous ne serez jamais tranquilles". "Votre orgue est fatigué", "Votre orgue est à bout"... Sauf que si les transmissions pneumatiques posaient problème, c'est tout simplement parce que les facteurs d'orgues de l'époque étaient incompétents dans le domaine ! La preuve, c'est qu'aujourd'hui, elles peuvent être parfaitement entretenues. Certains le faisaient exprès : pourquoi entretenir l'orgue de quelqu'un d'autre alors que si on le déclare irréparable, on pourra placer un juteux devis de "reconstruction", "mécanisation" ou - encore plus malhonnête - "restauration" ?

L'inventaire de 1986 trouva l'orgue en mauvais état. (Forcément, sans entretien depuis 1947...) Et complètement authentique. Cet orgue magnifique était 100% authentique quand il a été livré à la chaudière ! [ITOA]

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L'orgue Fischer+Krämer,
vers 1990 (instrument actuel)
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Historique

La catastrophe

C'est vers 1990 que la maison Fischer+Krämer fournit un petit instrument "néo-quelque chose". [CPallaud] [AJFHarthong]

Rappelons que ce ne sont pas les facteurs qui sont à blâmer, mais bien le monde de l'orgue de l'époque dans son intégralité. Après avoir parcouru des dizaines de rapports, de recommandations ou d'articles (ceux de la revue parisienne "L'Orgue" sont révélateurs), on mesure à quel point on avait "touché le fond" : snobisme, incompétence, mauvaise foi, conflits d'intérêt, étalage de préjugés jamais remis en cause, pensée unique, fayotage à destination de quelques "leaders" de ce petit monde où l'entrisme régnait en maître. La presse locale, mal renseignée et passant en priorité la promotion des projets des petits décideurs, abreuvait de louanges des opérations calamiteuses, dispendieuses, et glorifiait chaque démolition d'instrument, répétant docilement et sans tenter de vérifier ce qu'on lui avait seriné : "L'ancien orgue était à bout", "On a décidé avec raison d'opter pour une solution plus pérenne" et autres fadaises du genre, évidemment jamais étayées.

Lentement, l'orgue Alsacien mourait, étape par étape, sous les applaudissements. Une de ces étapes a eu lieu à Rimbach-Zell : avant, un orgue 100% alsacien à 2 claviers et 20 jeux ; après : un instrument "cuisine internationale", standardisé, tournant résolument le dos à la tradition locale, avec un seul clavier et 12 jeux (dont un inénarrable Sifflet, probablement destiné aux fins de parties). Mais qui a pu "vendre" ça comme un "progrès" ?

Ceux qui trouvent le terme "catastrophe" un peu exagéré sont invités à faire une expérience simple et factuelle : demander à un facteur compétent une estimation du prix d'un orgue neuf identique à celui de 1928. On pourra alors constater, en toute objectivité, la chute de valeur causée par cette opération.

Notons qu'il n'y a pas de trace de l'instrument neuf, ni sur le site de la maison Fischer+Krämer, ni dans les inventaires européens.

En 2005-2006, la maison Muhleisen est intervenue pour une ré-harmonisation et un accord général, un réglage de la mécanique et un travail sur la Trompette. [CPallaud]

Le buffet

Le dessin de ce buffet Callinet est sûrement unique en Alsace. Mais pas en Franche-Comté : Mouthe (1838, Callinet frères, disposant aussi de panneaux latéraux sculptés) ou Nods (Louis François Callinet, 1877) sont très voisins. Il y a trois tourelles ; la centrale est la plus grande et plate ; les latérales sont rondes, "classiques françaises" à entablement. Les deux plates-faces sont retombantes. Les panneaux latéraux sculptés, dont on pourrait se dire qu'ils correspondent peut-être à un agrandissement, sont fort probablement d'origine, puisqu'il y a le précédent de Mouthe. [JMStussi]

Caractéristiques instrumentales

Console:

Il y a 56 notes au clavier, mais seulement 54 à son sommier, si bien que fis''' et g''' reprennent sur fis'' et g''. [CPallaud]

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F680276001P03
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