Volksberg, l'orgue des frères Link.Cet orgue est l'opus 331 de la maison Gebrüder Link. Il a été construit en 1900, qui fut décidément une période faste pour l'orgue alsacien. Quelques mois plus tôt, la localité voisine de Ottwiller s'était dotée d'un orgue de la grande maison de Giengen-an-der-Brenz, et, en 1909, ce fut le tour de Drulingen. Ces "émulations" sont le signe de la popularité de ces instruments, qui étaient populaires et très appréciés.
Historique
L'orgue de Volksberg a été construit en 1900 par la maison Gebrüder Link, de Giengen-an-der-Brenz. [IHOA] [ITOA] [PMSLINK]
De 1875 à 1900, on utilisait un harmonium, qui était considéré comme insuffisant ("zu schwach und ungenügen"). L'orgue Link était donc très attendu ; il a été inauguré le 25/11/1900. [PMSLINK]
Comme la plupart des autres orgues Link d'Alsace, c'est un instrument "d'export", spécialement adapté au contexte culturel alsacien : en témoignent sa Voix céleste, sa Flûte harmonique et son Violoncelle de pédale. Certains ont voulu y voir l' "irruption de l'orgue allemand" en Alsace ; en fait, c'est plutôt le contraire : les facteurs d'outre-Rhin se mettaient à l'orgue alsacien et contribuaient à son développement et son rayonnement, bien sûr avec leur propre savoir-faire technique. Cela conduira à la "Réforme alsacienne de l'orgue", qui, au-delà des préconisations techniques ou esthétiques parfois un peu confuses, a témoigné d'une forte dynamique insufflée par l'orgue alsacien à toute l'Europe. L'Alsace avait alors un rôle de leader.
La composition relevée en juin 1942 par Georges Schwenkedel était à l'évidence d'origine : [PMSLINK]
D'après l'ouvrage de Pie Meyer-Siat sur les orgues Link alsaciens, en 1970, l'instrument était déjà affublé d'une Mixture à la place de sa Gambe de grand-orgue, et d'un absurde Nasard sur la chape de la Voix céleste. Et aussi d'un 2'. [PMSLINK]
En fait, dès 1932, Georges Schwenkedel avait pour projet de doter l'instrument d'une chape supplémentaire au récit. [SchwenkedelNB]
Il y a effectivement une chape supplémentaire au récit actuel (malheureusement avec un détestable 2' dessus...), mais il n'est pas établi qu'elle ait été posée en 1932 par Schwenkedel. La page de son cahier de notes est datée du 08/12/1932, et on y apprend que le projet était de doter le récit expressif d'un Basson. (Ce qui était une excellente idée !) Il y avait la place pour le jeu complet (2m60) au récit. Il est sûr qu'il s'agissait d'un jeu supplémentaire, car il était prévu d'ajouter un triant à la console. On ne sait pas si les travaux ont effectivement été réalisés. Bien sûr, un relevage (nettoyage et remplacement des ressorts de touches) et la pose d'un ventilateur électrique étaient aussi au programme. [SchwenkedelNB]
Schwenkedel est retourné voir l'instrument en 1942. La page correspondante de ses notes n'est pas datée, mais elle a été rédigée entre mi-mai et mi-juillet. C'est la composition d'origine (à 10 jeux), sans chape supplémentaire qui est notée. Soit l'ajout de 1932 a été réalisé et il a été oublié en 1942, soit l'ajout de la chape supplémentaire a été réalisé après 1942. [SchwenkedelNB]
Malheureusement, entre 1942 et 1986, probablement vers 1950, l'instrument a été altéré de façon très préjudiciable, et en totale contradiction avec son esthétique : la Gambe a été supprimée (et remplacée par une Fourniture), tout comme la Voix céleste, remplacée par un inutile Nazard (sans octave grave). La chape supplémentaire, destinée à recevoir un Basson est actuellement affublée... d'un 2'. Qui n'a vraiment rien à faire dans un orgue post-romantique de cette taille. On ne sait pas qui a réalisé ces altérations, mais il n'y a bien sûr pas de quoi être fier : sans elles, cet instrument serait authentique. Il mérite vraiment une restauration dans son état d'origine (peut-être avec le fameux Basson, qui, à présent, fait un peu partie de son histoire). [ITOA] [SchwenkedelNB]
En 1993, Freddy Bauer effectua un relevage. Ce n'est pas lui qui est à l'origine des trois regrettables changements de jeux, car ceux-ci étaient déjà présents en 1986 lors de l'inventaire technique. [IHOA]
Freddy Bauer a travaillé longtemps à Sarre-Union, avec Jean-Georges Koenig. Il s'est ensuite installé à son compte à Sarralbe, d'où il a travaillé sur bon nombre d'instruments en Lorraine. L'entreprise occupait en 2003 entre 2 et 3 personnes. On doit à la maison Bauer deux orgues alsaciens neufs (à Hinsingen, un positif de 3 jeux, 1994, et à Weiterswiller, I/P 5 jeux, 1995), ainsi que pas mal de relevages. Il faut aussi noter sa restauration du Stiehr de Zilling (Moselle).
Le buffet
Le buffet, de style néo-roman à trois tourelles et deux petites plates-faces, ressemble beaucoup à ceux de Kirrwiller-Bosselshausen (opus 328) et Schweighouse-sur-Moder (opus 338), qui lui sont contemporains.
Volksberg
Il sera décliné en une version plus "cossue" à Mulhouse, St-Martin en 1904 (opus 407), ou plus "néo-classique" à Alteckendorf en 1907 (opus 472). Il y a aussi des versions néo-gothiques de ce buffet à cinq éléments : Geudertheim (opus 327, 1900), Eschbourg (opus 403, 1904), Merkwiller-Pechelbronn (opus 423, 1905).
Caractéristiques instrumentales
Console indépendante face à la nef, fermée par un couvercle basculant. Tirants de jeux de section ronde à pommeaux, disposés en deux gradins de part et d'autre des claviers. Ils sont repérés par des porcelaines placées sur un grand chanfrein. Elles sont rondes à liséré doré, et font apparaître le nom des jeux en lettres gothiques, dont les capitales sont enluminées. Les porcelaines du grand-orgue sont blanches, et celles de la pédale ont un fond rose. Le nom des jeux est préfixé par une identification du plan sonore (par exemple "I.M."). Celles du 2' du récit, du "Nazard" et de la Mixture ne sont pas d'origine (d'un style différent), mais un réel soin a été apporté pour que les nouvelles ne jurent pas trop. Elles sont peut-être de récupération. Celles des accouplements et tirasses sont bicolores, pour respecter ce code de couleur. Claviers blancs. Joues noires moulurées.
Commande des combinaisons fixes par trois pistons blancs, situés en haut et au centre de la console, au-dessus du second clavier. Ils sont repérés par des porcelaines rondes.
Comme souvent chez les Link, la plaque d'adresse est en plusieurs éléments. Les deux principales sont noires à lettres dorées. Elles sont placées au-dessus du second clavier, à gauche et à droite des pistons de combinaison, et disent respectivement :
Au centre, entre les deux claviers, et sous le premier clavier, de petites porcelaines rectangulaires donnent le numéro d'opus et l'année de construction.
Pneumatique.
Sommiers à cônes.
Entailles de timbre (conservées). La tuyauterie Link est très bien conservée.
Sources et bibliographie :
Photos du 31/01/2026 et nouvelles de l'instrument.
Localisation :