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Les orgues de la région de Bouxwiller
Kirrwiller-Bosselshausen, église protestante
Kirrwiller, l'orgue Link.Toutes les photos de la page
        ont été fournies par Gérard Halter, 01/2015.Kirrwiller, l'orgue Link.
Toutes les photos de la page ont été fournies par Gérard Halter, 01/2015.

On trouve à l'église protestante de Kirrwiller un orgue remarquable, construit par les frères Link en 1900 : c'est leur opus 328. Entre 1896 et 1916, la manufacture de Giegen an der Brenz construisit 46 orgues pour l'Alsace, la dotant d'un patrimoine exceptionnel, constitué d'instruments très élaborés et de grande valeur. La richesse de leurs timbres (quand ils ont été conservés) et leurs possibilités sonores sont à chaque fois surprenantes. Ce qui caractérise avant tout ces instruments, c'est une "ambiance" envoûtante, caractéristique de cette époque (1897-1914) où le monde aspirait à la modernité et au partage, mais bascula tout de même dans la haine, le malheur et la destruction. Pourtant, il y avait eu beaucoup de personnages de bonne volonté, dénués de nationalisme, et au contraire bien décidés à rendre le monde meilleur par l'expression des diversités culturelles. Les frères Link en faisaient partie, et leur maison était francophile (sa documentation en témoigne). Si leurs compositions sont très "typées" - car issues d'une exigence particulière pour l'exécution d'un répertoire bien spécifique - leurs oeuvres ne sont absolument pas le fruit d'un prosélytisme "romantique allemand". Il s'agit de réelles contributions à un environnement artistique qui se voulait diversifié, libre de frontières, et assumait ses spécificités.

Malheureusement, comme plusieurs autres opus alsaciens de la maison Link, cet orgue fut gravement mutilé dans les années 1950 : ses jeux ont été modifiés pour en détruire le caractère romantique et imposer des timbres soit-disant "baroques" - alors à la mode - qui sont ici bien sûr complètement déplacés. Ce fut d'ailleurs une des pires "baroquisations" commises pendant les "années noires" de la facture d'orgues : 10 jeux sur 16 remplacés, laissant le malheureux instrument méconnaissable. Il ne permet plus d'exécuter le répertoire pour lequel il excelle...

L'instrument bénéficie actuellement d'un relevage (2014-2015) : c'est heureux, car son irremplaçable transmission pneumatique et sa console sont du coup sauvegardés. Toutefois, rien ne sera fait pour réparer les outrages de 1959, et ce pauvre orgue restera donc encore probablement longtemps dans cette configuration dégradée.

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L'orgue Joseph Rabiny,
1788
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Historique

L'orgue Link n'est pas le premier de l'église protestante de Kirrwiller. Le premier a été posé en 1847 et venait de Ste-Marie-aux-Mines, Temple réformé (où on avait reçut un orgue Joseph Callinet). Le petit instrument de Joseph Rabiny, 1788, fut donc vendu à Kirrwiller, pour en équiper l'église, à l'époque "mixte". Il y avait eu des travaux à l'édifice de 1845 à 1847, ce qui a probablement motivé l'achat d'un orgue. [IHOA] [PMSLINK]

Les orgues Rabiny ne sont pas réputés pour leur fiabilité, et celui de Kirrwiller ne devait plus fonctionner en 1892, car on acheta deux harmoniums : un catholique, et un protestant. En 1900, à l'arrivée de l'orgue Link, le petit orgue (que 4 facteurs différents avaient déclaré irréparable !) fut tout de même racheté par le curé de Kirrwiller, le Père Dagon. Depuis, il a disparu. Il devait vraiment être irréparable... [PMSLINK]

L'édifice est assez remarquable. Le clocher date de 1790. Une bonne partie de son charme et son originalité vient de son porche, datant des transformations opérées suite à la construction d'une église catholique (c'est une église spécifiquement protestante depuis 1912) : la nef a en effet été reconstruite après la guerre, et fut achevée en 1922.

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Historique

C'est en 1900 que la maison Gebrüder Link construisit pour Kirrwiller son Opus 328. [IHOA]

L'instrument s'inscrit dans une tradition alors bien établie ; c'est environ le 12ème orgue Link qui vint rejoindre l'Alsace, juste après celui de Geudertheim (qui est resté très authentique) ; il est aussi pratiquement contemporain du petit bijou de Lohr. Il est le digne représentant d'une "première génération" d'orgues Link, celle qui trouva son apogée en 1906 avec le grand instrument de Barembach. Barembach (dont l'église était pourtant à l'époque dotée d'un orgue presque neuf) avait passé commande juste après l'installation d'un orgue de Geigen-an-der-Brenz dans la localité voisine de La Broque. A l'époque, beaucoup de communautés étaient séduites par le charme des orgues Link, et en voulaient un ! L'arrivée de ces instruments "différents" était un vrai ballon d'oxygène culturel apporté à ces localités.

De fait, Kirrwiller avait demandé des devis à Link (5080 Marks), à Dalstein-Haerpfer (Boulay) (5550 Marks), Adrian Spaman (de Boulay aussi) (4940 Marks), et Edmond-Alexandre Roethinger de Schiltigheim (5000 Marks).

La maison Roethinger était encore dans ses premières années, mais Edmond-Alexandre était le "successeur naturel" de Heinrich Koulen (qui avait quitté l'Alsace en 1897), l'auteur de l'orgue de Bosselshausen ; c'était donc une référence. Il est probable que la proposition de la maison Dalstein-Haerpfer (qui était, rappelons-le, la préférée d'Albert Schweitzer) était très séduisante ; mais c'était aussi la plus chère...

On demanda conseil au Directeur de la musique Münch, à Strasbourg. Le projet initial faisait 13 jeux, mais Münch, en plus de recommander les frères Link, conseilla de passer à 15 jeux. En fait de 15 jeux, c'était en pratique 16, car le rang 2'2/3 de la Mixture était séparable, et permettait de proposer une Quinte indépendante. La maison Link chiffra donc les deux jeux supplémentaires, et le montant du devis fut ajusté à 5500 Marks. Kirrwiller allait avoir son orgue Link, et même un peu plus grand que prévu ! [PMSLINK]

C'est grâce à un devis de Georges Schwenkedel (1946) que l'on peut reconstituer la (belle) composition romantique d'origine de l'orgue de Kirrwiller :

Composition, reconstitution 1900
Grand-orgue, 56 n. (C-g''')
En fait un rang séparable de la Mixture
2'+1'3/5 sans reprise non progressive
Récit expressif, 56 n. (C-g''')
(c-g''')
Pédale, 27 n. (C-d')
I/P
[PMSLINK]
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Cette composition présente plusieurs spécificités, qui semblent indiquer que l'organiste de Kirrwiller savait fort bien ce qu'il ou elle voulait. Le récit est gambé dans les graves et flûté dans les aigus (Geigenprincipal 8', Flûte 4'), alors que l'on trouve souvent, à l'époque, l'autre solution (Flûte 8', Gemshorn 4'). Le "carré d'or romantique" du grand-orgue (les 4 Fonds de 8') est constitué d'un Principal, une Gambe, un Salicional et une Flûte ouverte (et pas un Bourdon 8'). Enfin et surtout, la présence d'une Gambe 16' à la pédale dénote d'un besoin précis (ce jeu devait être très coûteux) : généralement, on se contentait d'un Violoncelle en 8'. C'était donc une "petite folie" qu'on s'était permise. Quand on connait l'harmonisation des Gambes Link, on peut imaginer que l'effet de cette Gambe 16' devait être grandiose !

En 1912 fut achevée l'église catholique, et on pensa à réaménager l'église protestante. Ce fut interrompu par la guerre, et l'achèvement des travaux n'eut lieu que le 13/08/1922 (inauguration). L'orgue Link ne semble pas avoir été modifié de quelconque façon à cette occasion, ce qui tend à prouver qu'il donnait totale satisfaction. [PMSLINK]

En 1946, Georges Schwenkedel rédigea un devis, qui proposait de changer 6 jeux. Ce devis ne vint pas à exécution. [PMSLINK]

On ne peut s'empêcher de penser que si ces travaux avaient été effectués, la désastreuse opération de 1959 n'aurait sans doute pas eu lieu, et les dégâts auraient été beaucoup plus limités...

En 1959 eut lieu une regrettable transformation, qui affecta pas moins de 10 jeux sur 16 ! C'est Alfred Kern qui fut chargé de commettre cela. Le bilan fut extrêmement lourd : 4 jeux perdus au grand-orgue, un à la pédale, et surtout la quasi-intégralité du récit (5 jeux sur 6, dont l'irremplaçable Voix céleste) fut détruite. La boîte expressive fut supprimée. [IHOA] [ITOA] [PMSLINK]

Dire qu'à part la façade, probablement réquisitionnée en 1917, cet orgue était absolument authentique avant cette désastreuse opération ! Notons que la même année, le même facteur a aussi dramatiquement modifié l'orgue Koulen de Bosselshausen. Le pauvre petit orgue romantique de 1893 y perdit lui aussi pas moins de 4 jeux.

En 2014-2015 l'orgue a été relevé par la maison Daniel Kern. [GHalter]

Au programme des travaux :

Le buffet

Le buffet néo-roman est parfaitement assorti à l'édifice. Le dessin respecte fidèlement la tradition des années 1890-1910 : trois tourelles plates - la plus grande au centre - sont séparées par deux fines plates-faces. Les tourelles sont surmontées de chevrons, et la grande reçoit deux couronnements. Volutes et chapiteaux sur les montants complètent l'ornementation. Il n'y a pas de plafond. A noter qu'ici, le buffet ne se résume pas à une simple façade : les côtés font un tout cohérent, et sont munis de portes. Des panneaux rythment l'intégralité de la menuiserie, y-compris la console.

On retrouve un dessin analogue (mais à chaque fois orné différemment) à l'église protestante d'Altdorf, l'église protestante d'Eckendorf, ou encore Schweighouse-sur-Moder

Caractéristiques instrumentales

Console:
La belle console de l'Opus 328 des frères
                    Link.La belle console de l'Opus 328 des frères Link.

Console indépendante face à la nef, fermée par un couvercle basculant. Tirants de jeux noirs, de section ronde à pommeaux tournés, placés de part et d'autre des claviers, sur des gradins présentant un grand chanfrein accueillant les porcelaines. Trois poussoirs placés au-dessus du second clavier commandent les deux combinaisons fixes (avec l'annulateur). La plaque d'adresse est en deux parties : "GEBRÜDER LINK" à gauche des poussoirs et "GIEGEN a.d. BRENZ" à droite (lettres dorées sur fond noir). Il y a aussi deux petits plaques rectangulaires blanches. Claviers blancs. Pédale d'expression supprimée. Banc d'origine, néo-roman. Une plaque en bakélite noire, vissée en haut à droite, rappelle les malheureux événements de 1959, et prétend "Orgue restauré par A. Kern Strasbourg" (!).

Tuyauterie:
Une vue sur la tuyauterie du
                    grand-orgue.Une vue sur la tuyauterie du grand-orgue.

Il ne reste plus grand-chose de la belle tuyauterie romantique de Link... Le principal (au centre sur la photo ci-dessus) semble avoir été muni de manchons destinés à oblitérer les entailles de timbre ! Au grand-orgue, le Prestant, la Doublette et la partie "sur le vent" de la Montre sont encore constitués de tuyaux Link. Au récit, il n'y a plus que le Bourdon. La pédale a conservé sa Soubasse et sa Flute 8', mais perdu sa grande Gambe 16', qui était probablement la "petite folie" de l'organiste en 1900 et qui faisait la personnalité de l'instrument.

Sites Webographie :

Culture Activités culturelles :

Références Sources et bibliographie :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670242001P02
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