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Les orgues de la région de Thann
Willer-sur-Thur, St-Dizier
Relevage prévu.
L'orgue Merklin de Willer-sur-Thur, le 13/08/2005.L'orgue Merklin de Willer-sur-Thur, le 13/08/2005.

A Willer-sur-Thur, se trouve un des plus beaux orgues Merklin d'Alsace. L'instrument a été posé en 1866.

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L'orgue François Callinet,
1806
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Historique

Un premier orgue a été posé en 1806 par François Callinet. [IHOA] [Barth] [PMSCALL]

Le marché avait été passé avec François Callinet et Joseph Rabiny, mais on sait bien lequel des deux travaillait... De façon peu surprenante, il ne reste rien de cet instrument. [PMSCALL]

Pour procéder à son remplacement, les frères Wetzel proposèrent en avril 1866 (soit près d'un an après que le marché fut passé entre Willer-sur-Thur et la maison Merklin... Wetzel ne devait pas être au courant) un instrument avec la composition suivante : [PMSRHW]

Trois jeux pour une pédale limitée à 13 notes, donc en pratique inutilisable, soit 39 grands tuyaux inutiles : autant se passer de pédale indépendante et mettre une tirasse sur un pédalier complet... C'est d'ailleurs évidemment la solution qui a été adoptée.

Pas un seul jeu d'anche, un seul manuel, non expressif, et limité à 54 notes : l'instrument était résolument "aux standards anciens". Cerise sur le gâteau, le clavier devait être à naturelles noires...

C'était donc un projet pour un orgue qui aurait très bien pu être construit en 1830... La maison Wetzel, comme la maison Stiehr d'ailleurs, avait alors accumulé un retard considérable, et la facture alsacienne, juste avant 1870, souffrait de son autarcie, dont l'origine se trouve probablement dans un marché qui fut captif et extrêmement florissant entre 1830 et 1855.

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Historique

C'est Joseph Merklin, qui posa en 1866 l'orgue de Willer-sur-Thur. [IHOA] [PMSMERKLIN] [Barth]

Le marché avec la maison Merklin-Schütze a été passé le 10/05/1865. C'est le maire Isaac Koechlin qui a mené le projet. "8 jeux et 9 registres" étaient prévus au grand-orgue (donc 8 jeux dont la Trompette coupée en basse et dessus), 7 jeux au récit (complet : 56 notes, en comptant pour 2 le Basson et le Hautbois), et une pédale de 27 notes prévue pour 4 jeux (qui ne devaient pas être posés tout de suite). La Flûte harmonique 8' n'était pas prévue à l'origine, ni la Voix humaine, mais son tremblant, si ! [PMSMERKLIN]

Composition, Devis_1865
Grand-Orgue, 56 n. (C-g''')
C-h en bois
Basses en façade
C-H en bois
Tout en métal
255 tuyaux
(C-c')
Etain
(Cis'-g''')
Etain
Etain
Récit expressif, 56 n. (C-g''')
C-H en bois
Pédale, 27 n. (C-d')
I/P
[PMSMERKLIN]

Soit, pour faire simple 8 + 6 = 14 jeux au devis. Les (*) indiquent les jeux de combinaisons, appelables et retirables par plan sonore, au moyen des fameuses "pédales de combinaisons".

La console devait bien entendu être indépendante, et tournée vers la nef. Les jeux de combinaison devaient être réalisés avec des doubles layes.

Réception et inauguration

L'orgue Merklin a été reçu le 05/07/1866 par Joseph Heyberger (Mulhouse), Gaspard Vogt (Colmar, St-Martin), Maximin Vogt (Thann), et Antoine Gasser (Bitschwiller). Cette réception fut élogieuse : "les différents jeux - 9 au GO, 7 au récit - ont une sonorité excellente... Le facteur a non seulement suivi les règles de l'art, mais a même atteint les limites de la perfection... Matériaux de premier choix...". [PMSMERKLIN]

Puis, toujours le 05/07/1866, il y eut l'inauguration, qui fut particulièrement festive. Joseph Merklin avait fait venir Alphonse Renaud de Vilbac. [PMSMERKLIN]

Renaud de Vilbac (1829-1884) était en poste depuis 1855 sur un orgue Merklin : celui de l'église St-Eugène-Ste-Cécile à Paris. Il était très sollicité par la maison Merklin pour les inaugurations, puisque c'est lui qui assura celle de la cathédrale de Murcie. C'est aussi l'auteur du recueil "L'Instituteur organiste".

Un compte-rendu de cette inauguration, paru dans la "Feuille d'Annonces de Thann, Cernay et St-Amarin" du 14/07/1866 nous apprend que :
- L'instrument était doté d'une Voix humaine (car elle était décrite comme "parfaitement réussie").
- Le Hautbois et une Gambe sont également cités. (Il y avait donc bien une Gambe, et pas de Voix céleste.)
- La transmission est dotée d'une Machine Barker.
- Le buffet et la tribune ont bien été construits par la maison Klem (comme celui de presque tous les Merklin d'Alsace).
- 4 jeux étaient prévus à la pédale. [PMSMERKLIN]

On sait de plus que la Flûte harmonique 8' actuelle du grand-orgue est d'origine. On peut donc en déduire avec certitude la composition effectivement livrée en 1866 :

Il y a 4 trous prévus pour les jeux de pédale à la console. Il est probable que ce qui était envisagé était : Soubasse 16', Flûte 8', Bombarde 16' et Trompette 8'.

Ce n'est pas évident à la lecture de la composition, mais il y avait une différence fondamentale par rapport à un orgue alsacien de la même époque (Moosch par exemple) : la Fourniture, ici, est beaucoup plus douce. Ce sont les anches qui dominent dans le tutti, et pas la Fourniture, comme dans les orgues de Claude-Ignace Callinet.

L'article du 'Volksfreund'

Un article du "Volksfreund", daté du 02/09/1866 rend compte de la réception de l'instrument, présenté comme issu des ateliers des maîtres artisans Merklin-Schütze de Paris. Une fois de plus, l'article est sensible à la "synthèse" entre la facture française et allemande : "In dieser Orgel findet sich Alles vor, was die deutsche und die französische Orgelbaukunst bis heute in Bezug auf Mechanik und Ton als trefflich gelungen in Erfahrung gebracht und in einem Enftem vereinigt." ("Cet orgue réunit tout ce que l'art allemand et français de la facture d'orgues a accompli jusqu'à aujourd'hui en matière de mécanique et de sonorité, et le combine en un tout harmonieux.") [Volksfreund]

Ce qui est amusant, c'est que la liste des intervenants musicaux est donnée ainsi : "Die Herren Heyberger, von Mülhausen, Vogt, von Colmar, Renaud, von Villbac, und Andere haben mit Meisterhänden das Verdienst des Werkes hinsichtlich der Tonkunst geltend gemacht." ("Heyberger, de Mulhouse, Vogt, de Colmar, et Renaud, de Villbac) : le rédacteur de l'article a pris Vilbac pour la localité où officie ce Mr Renaud... Mais l'auteur sait aussi se faire lyrique : "Diese Orgel singt und klingt, geiget und posaunt, flötet und säuselt wundersanft und lieblich ; ihren Töne sind auch mächtig und donnernd und nehmen das Gemüt sehr Anspruch.", ce qui peut se traduire - mais sans faire honneur au style du rédacteur, par "Cet orgue chante et résonne, sait violonner et trompetter, flûter, et murmurer avec une merveilleuse douceur et musicalité ; mais aussi délivrer des sons puissants et tempétueux qui touchent profondément l'âme." [Volksfreund]

L'article souligne aussi l'origine du buffet : "Das Orgelhaus, der Bauart der Kirche vollkommen entsprechend, haben dir Herren Klemm and Weis von Colmar geliefert." [Volksfreund]

"Klem et Weiss", c'est parce qu'à la mort de Jean-Baptiste Klem (1863), l'atelier de sculpture de Colmar était dirigé par son fils Alphonse, mais aussi son genre Albert Weiss (1836-1868) qui avait épousé Eugénie, l'aînée de Jean-Baptiste). (Théophile était encore en formation ; en 1868, il était à Vienne.) Le nom correct de l'entreprise était donc bien Klem et Weiss.

L'historique de l'orgue indique une réparation (qualifiée de "peu de choses") en 1893, et menée par Joseph Antoine Berger... [PMSMERKLIN]

...ainsi qu'une autre, qualifiée de "transformation infime" par Pie Meyer-Siat (qu'on avait connu plus sourcilleux quand il s'agissait de soit-disant chefs-d'œuvre du 18ème), menée en 1911, par Alfred Berger. [PMSMERKLIN]

La Voix humaine

N'empêche que c'est à l'une de ces deux occasions (1893 ou plus probablement 1911) que la Voix humaine de Merklin disparut ! Comment le sait-on ? Car elle se trouve depuis 1929 à Lautenbach. Ce jeu est incontestablement de Merklin, porte la date de 1866, et la mention "Willer". Donc, il était bien là à l'origine, ce qui est confirmé par le compte rendu de l'inauguration (que Meyer-Siat a bien entendu supposé faux, car le jeu n'apparaissait pas au devis ; les informations des journalistes de Thann étaient qualifiées "d'une fantaisie stupéfiante"). Berger l'a remplacée par une Quinte de récupération, et personne, à l'époque, ne s'est demandé ce que cette Quinte faisait sur la première chape, devant le Hautbois... De plus, avec cette Voix humaine, le tremblant du récit de Willer retrouve tout son sens. [PMSMERKLIN] [SBraillon]

Or, le prix d'une Voix humaine est loin d'être "infime"... De plus, c'est certainement à la même occasion que Berger placé la une Voix céleste : l'actuelle n'est pas d'origine, et la chape présente une octave grave percée (et rebouchée ; elle n'était donc pas prévue pour une Voix céleste). [SBraillon]

Toujours selon Meyer-Siat, l'instrument avait 17 jeux en 1933. L'erreur vient probablement d'un des deux jeux coupés en basse+dessus qui a été compté deux fois. Puis, il est affirmé qu'en 1951 l'instrument était "augmenté d'une flûte harmonique 8 au GO et d'une voix céleste au récit expressif, où le flageolet du devis est devenu un octavin". Or, la Flûte harmonique est bien de 1866, et, dans le devis de l'époque "Flageolet 2'" veut surtout dire "2'", et il a juste été appelé "Octavin" à la console, et ce dès le début. D'ailleurs, on se demande bien qui, entre 1933 et 1951, aurait pu remplacer un "Flageolet" par un Octavin. On a surtout joué sur les mots, ce qui a rendu la situation artificiellement compliquée. [PMSMERKLIN]

Fin 1951 ou début 1952, Georges Schwenkedel est allé visiter l'instrument, et en a noté la composition. [SchwenkedelNB]

On note que la Gambe du récit y était toujours, et qu'il n'y avait pas de Quinte. Depuis, il y a eu une modification, puisqu'il y a une inutile Quinte, et plus de Gambe au récit...

Une autre petite modification, bénéfique celle-là, a consisté à remplacer la commande de la boîte expressive à cuiller par une pédale basculante. [SBraillon]

Le buffet

Comme pour presque tous les orgues Merklin d'Alsace, le buffet a été construit par la maison Klem de Colmar.

Il est de style néo-gothique. Trois grandes plates-faces sont flanquées de deux tourelles latérales. Les plates-faces sont surmontées d'un gable ajouré, et deux colonnes munis de pinacles les séparent. Les couronnements sont garnis de crochets et les cinq éléments principaux sont surmontés d'un fleuron. Les tuyaux de façade, d'origine, présentent des écussons avec une inflexion supérieure.

Un dessin à la plume, montrant le profil gauche de la tribune et du buffet, a été conservé aux archives communales. Il porte le cachet de la maison Merklin-Schütze et la date de 1865. [Palissy]

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2003
Grand-Orgue, 56 n. (C-g''')
C en façade
gis''-g'' ouverts et (très) coniques
Harmonique sur c'-g'''
Entièrement sur le vent
En fait, 4 actuellement
C c c' c''
2'2/3 4' 5'1/3 8'
2' 2'2/3 4' 5'1/3
1'1/3 2' 2'2/3 4'
1' 1'1/3 2' 2'2/3
- - 1'1/3 2'
(C-h)
(c'-g''')
Récit expressif, 56 n. (C-g''')
C-H en bois ; jeu de grosse taille et ouvert sur c''-g''' ; partie harmonique (c''-g''') recoupée (!)
Toute en étain
(c-g''')
Pas d'origine, remplace une Gambe ; porcelaine atypique
Harmonique sur c'-g'''
1ère chape ; basses bouchées, dessus ouvert ; de récupération, placée en remplacement le la Voix humaine envoyée à Lautenbach
Non harmonique ; C-h à cheminée, c'-g''' conique
(C-c')
(cis'-g''')
Pédale, 27 n. (C-d')
I/P
[ITOA] [PMSMERKLIN] [SBraillon]
Console:
Photo de Yannick Merlin, 2003.Photo de Yannick Merlin, 2003.

Console indépendante face à la nef, fermée par un couvercle basculant, qui n'est pas incliné. Tirants de jeux de section ronde munis de grandes porcelaines colorées, placés sur deux gradins de part et d'autre des claviers. Les jeux du grand-orgue sont en bas et ont une porcelaine blanche. Les jeux du récit sont en haut et ont une porcelaine bleue. La porcelaine du tirant de la Voix humaine a été arrachée. Les 4 trous pour les jeux de pédale sont sur les côtés. Claviers blancs.

Cette console est du même modèle que celle de Ranspach ou Wintzenheim.

Transmission:

Mécanique à balanciers et équerres. Machine Barker pour le grand-orgue. Comme à Dambach-la-Ville, l'accouplement II/I semble se faire avant la machine ; quand les claviers sont accouplés, le récit est tiré en direct.

Photo de Yannick Merlin, 2003.Photo de Yannick Merlin, 2003.
Sommiers:

Sommiers à gravures, diatoniques. Laye double pour les jeux de combinaison.

Tuyauterie:

Comme toujours chez Merklin, la tuyauterie est de qualité, mais trop fine. Les tuyaux de façade sont d'origine.

La Fourniture de 4 à 5 rangs ne dépasse le plafond de 1'1/3 que dans l'octave grave (C-H), où on entend le 1'. En 2003, le rang supérieur de la Fourniture manquait.

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F680372001P02
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