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Les orgues de la région d'Ensisheim
Ensisheim, St-Martin
1917 degr > Dégâts
Orgue authentique
Ensisheim, l'orgue Rinckenbach dans son buffet Klem, le 10/07/2003.Ensisheim, l'orgue Rinckenbach dans son buffet Klem, le 10/07/2003.

Martin Rinckenbach, secondé par son fils Joseph, termina le magnifique orgue d'Ensisheim peu avant Noël 1897. Le buffet, néo-gothique, est l'œuvre de Théophile Klem. Cet instrument est resté le témoin pratiquement authentique de l'apogée de la facture d'orgues alsacienne

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L'orgue Conrad Sittinger,
1482
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Historique

Le premier orgue d'Ensisheim datait de 1482 : il a été construit par Conrad Sittinger, et était placé en nid d'hirondelle, contre le mur nord de l'édifice (comme à la cathédrale de Strasbourg). [IHOA] [PMSSUND1986]

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L'orgue de facteur inconnu (1649)
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Historique

En 1649, on fit construire une régale (pour accompagner les processions). Il y avait donc a priori aussi un "vrai" orgue. Et comme ce ne pouvait pas être celui de 1482, un instrument (ou plutôt : plusieurs parties instrumentales) a dû être installé entre temps. Il y eut des réparations en 1657, 1659 et 1681, par Hans Jacob Aebi. Puis en 1703, 1705, 1712 (au "grand" orgue"). [IHOA] [PMSSUND1986]

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L'orgue de facteur inconnu (1725)
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Historique

En 1725, le facteur Jean Gils répara "le grand et le petit orgue". Il y avait donc deux orgues à Ensisheim, mais le petit, à nouveau, a pu être une simple régale. En 1729, autre réparation, par un certain Joseph Schidt (ou Tschid). [IHOA]

Au moment de placer son nouvel orgue, Jean-André Silbermann nota quelques détails sur l'orgue "de 1482". Le clavier avait une octave courte :

Composition, 1741
Manuel, 45 n. (CFDGEABHc-c''')
Reprise sur g'
Positif, 38 n.
Pedal, 13 n. (C-c)
[ArchSilb]

Il y avait 6 jeux au positif. Les étiquettes n'étaient plus lisibles, et comme le positif était muet, Silbermann n'a pas pu relever la composition. (Ce n'est pas lui qui a racheté l'ancienne tuyauterie.) [ArchSilb]

Autre particularité : il y avait, sous la tourelle centrale, un portrait de l'empereur Ferdinand 1er (1503-1564). Une inscription disait : "Ferdinandus rex Ungariae et Bohemiae, archidux Austriae". Silbermann en conserva une copie dans ses archives. [Barth] [ArchSilb]

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Historique

En 1742, c'est Jean-André Silbermann qui posa un orgue à Ensisheim. [IHOA] [PMSSUND1986]

Dans ces compositions sans surprise, où le nombre de jeux par clavier détermine souvent à coup sûr leur liste, l'organologie de la fin du 20ème s'extasiait devant les rares exceptions. Ainsi, il est d'usage, au sujet de cette composition, de noter la présence du Carillon au positif (une "Cymbale-Tierce"). Et de "rappeler" que c'était la première fois que Jean-André Silbermann posait un tel jeu.

On connaît le nom de l'organiste en 1825 : Augustin Kaufmann. Au milieu du 19ème siècle, le vénérable édifice (datant de 1520 environ) était dans un tel état qu'il devenait dangereux. Il fut interdit par le préfet le 11/09/1852, et s'effondra définitivement le 05/11/1854, écrasant au passage l'orgue qu'il contenait (et pour lequel, apparemment, une opération de sauvetage n'a pas été jugée utile).

L'organologie alsacienne de la fin du 20ème siècle frôla la pâmoison, quand une rumeur affirma qu'en 1926, il y avait encore, dans le grenier de la mairie d'Ensisheim, quelques précieuses reliques de l'orgue Silbermann ! [PMSSUND1986]

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L'orgue de facteur inconnu (1864)
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Historique

La nouvelle (et belle) église néo-gothique actuelle a été achevée en 1864. Entre temps, les offices avaient lieu dans la chapelle de la prison. Jusqu'en 1896, on utilisa un positif de 4 jeux (sans pédale). [IHOA] [PMSSUND1986]

C'est donc ce petit instrument (dont on ignore l'origine) que connut Léon Boëllmann dans sa jeunesse à Ensisheim. Il resta en effet à Ensisheim jusqu'en 1870 environ, c'est-à-dire la mort de son père, avant d'aller rejoindre l'école Niedermeyer à Paris. On ne sait pas qui a enseigné la musique à Boëllmann dans sa jeunesse.

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Historique

C'est en décembre 1897 que fut posé l'orgue actuel, l'opus 56 de Martin Rinckenbach, dans son buffet néo-gothique signé par la maison Klem. [LR1907] [Barth] [IHOA] [ITOA]

Le 11/10/1897, s'éteignait (à Paris) Léon Boëllmann, né à Ensisheim et musicien d'exception. L'achèvement de ce grand instrument symphonique la même année est une coïncidence qui interpelle bien sûr l'âme romantique ! Elle y voit, inévitablement, un hommage du monde de l'orgue alsacien à son enfant du pays trop tôt disparu (35 ans). Boëllmann n'a jamais vu la merveille que Martin Rinckenbach a réalisé pour sa ville natale. Mais évidemment, sur cet orgue, la "Suite Gothique" sonne toujours comme nulle part ailleurs.

Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités le 26/03/1917 (c'est Berger qui fut chargé du travail). [IHOA] [PMSSUND1986]

Il y et une réparation, par la maison Muhleisen, en 1960. [IHOA]

Et un relevage par Christian Guerrier, en 1985. [IHOA] [ITOA]

A part la façade, cet orgue est entièrement authentique.

Le buffet

Le cartouche de Klem, à droite du buffet.
Photo de François Comment.Le cartouche de Klem, à droite du buffet.
Photo de François Comment.

De façon plutôt surprenante, le dessin de ce buffet néo-gothique n'est pas dû à l'architecte de l'église, Aristide Poisat (Belfort) (comme le buffet de Blotzheim, St-Léger), mais à Alexandre Louvat (Mulhouse).

Trois tourelles très élancées, la plus grande au centre, sont séparées par des plates-faces doubles. Les tourelles latérales sont en tiers-point, et la centrale est prismatique, sur bas de demi-hexagone. Une galerie de petits tuyaux (muets) longe le bas des plates-faces et se fait interrompre par les culots de tourelles. Les couronnements sont particulièrement élaborés, et respectent les canons du style néo-gothique : pinacles, clochetons à arc-boutants, jouées fines et ajourées. Les clochetons surplombant les tourelles sont aussi munis de petits tuyaux.

Fait probablement unique dans la production de Théophile Klem, le buffet porte une "plaque d'adresse". Elle a la forme d'écusson, et dit :

Ausgeführt
von
TH.KLEM
in
COLMAR
1897

Caractéristiques instrumentales

Console:
La console est entièrement d'origine.La console est entièrement d'origine.

Console indépendante face à la nef, fermée par un couvercle basculant. Tirants de jeux de section ronde à pommeaux munis de porcelaines. Le nom des jeux figure en noir pour le grand-orgue, en bleu pour la pédale, et en rouge pour le récit.

Plaque d'adresse disposée en haut et au centre, au-dessus du second clavier. Le bois y est teinté plus foncé, et les lettres incrustées disent :

M.&J. Rinckenbach
Orgelbauer in
Ammerschweier.
Ober-Elsass.

Le mot "Ammerschweier" ondule entre les deux lignes du bas. Les initiales de Martin et Joseph attestent de l'importance prise par Joseph, fils de Martin, dans l'entreprise.

La plaque d'adresse Rinckenbach à Ensisheim.La plaque d'adresse Rinckenbach à Ensisheim.
Transmission:

mécanique à équerres. Grand-orgue avec machine Barker.

La machine Barker.
Photos de François Comment.La machine Barker.
Photos de François Comment.
Sommiers:

à gravures, en chêne, d'origine. L'appel des jeux de combinaisons a été réalisé au moyen de sommiers à double-layes au grand-orgue.

Grand-orgue en 16 pieds ouvert, avec Trompette, Clairon et Cornet ; pédale fondée sur une Gambe 16' (comme à St-Amarin) ; la seconde anche du récit (en plus du Hautbois) est une magnifique Voix humaine qui côtoie la fameuse Flauto amabile 4' : rien ne manque... C'est assurément l'un des plus beaux orgues d'Alsace !

Sites La Machine Barker

Une Machine Barker est un ensemble de leviers pneumatiques insérés entre les touches et l'abrégé commandant les soupapes dans le sommier. Ils sont destinés à limiter l'effort nécessaire à l'enfoncement : la touche n'arrache plus directement la soupape plaquée par un ressort (et la pression de l'air dans le sommier) sous les tuyaux, mais agit sur deux soupapes intermédiaires, qui gonflent ou dégonflent un petit soufflet. Celui-ci va alors actionner le reste de la mécanique de l'orgue. La pièce de commande, ci-dessous en vert clair, a donné son nom au "levier" Barker. Il est possible de commander l'alimentation en vent des petits soufflets : c'est ce qu'on appelle généralement "Appel grand-orgue", ou "Appel pneumatique". Sans pression à destination des soufflets, le grand-orgue ne parle pas : seuls les petits leviers bougent, entraînant les soupapes "à vide".

Ce dispositif, lorsqu'il est bien calculé (bras de leviers et angles) et bien réglé, est extrêmement efficace. Il est bien sûr plus compliqué à mettre en œuvre qu'une pneumatique tubulaire.

Lorsque le grand-orgue est "appelé", le caisson de gauche, contenant la soupape "de charge" est mise sous pression par la soufflerie principale de l'orgue.

- Au repos, la touche est levée, la soupape de charge est fermée. La soupape de décharge est ouverte à l'air ambiant. Le soufflet est donc dégonflé. Lorsque la touche s'enfonce, la soupape de charge s'ouvre en même temps que celle de décharge se ferme. Le soufflet se gonfle, actionnant le reste de la mécanique.

- Lorsque la touche est relâchée, tout doit aller très vite : c'est ici que la soupape de décharge intervient. Elle s'ouvre pour que le soufflet se dégonfle, alors que l'alimentation fournie par la soupape de charge est fermée. Le Soufflet, en retombant, entraîne cette fois la mécanique vers sa position de repos.

Sites Léon Boëllmann (1862-1897)

Léon BoëllmannLéon Boëllmann

L'auteur de la "Suite Gothique" est né à Ensisheim le 25/09/1862. Elève d'Eugène Gigout à l'école Niedermeyer à Paris, il fut lauréat du "Grand prix d'orgue" et devint en 1881 titulaire de l'orgue de chœur (Cavaillé-Coll) de St-Vincent-de-Paul. En 1887, il devint titulaire de l'orgue de tribune.
Il enseigna à son tour à l'école Niedermeyer et composa une conséquente œuvre vocale (chants profanes à une et deux voix, chants religieux), instrumentale (orgue, piano) et orchestrale.
Léon Boëllmann a été emporté par la tuberculose, le 11/10/1897, à 35 ans seulement, et donc sans connaître l'instrument actuel de sa ville natale, qui est pourtant particulièrement adapté à l'exécution de ses pièces pour orgue. Son épouse mourut peu après, et ses trois enfants furent recueillis par Eugène Gigout. L'aînée était Marie-Louise Gigout-Boëllmann, qui devint organiste et professeur d'orgue.

Culture Activités culturelles :

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    : Le 1er volume de l'intégrale de l'œuvre d'orgue de Léon Boëllmann (1862-1897) à été enregistré à Ensisheim par Marie Bernadette Dufourcet-Hakim et Marie Faucqueur. Il est disponible au Festival Callinet - Mairie, 72 rue Principale, 68127 Oberhergheim. Le 2ème volume a été enregistré à Mulhouse, St-Joseph.

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F680082001P06
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