Hochfelden, l'orgue Stiehr.Joseph Stiehr a construit pour cet orgue de 1841 en le logeant dans un buffet original, et caractéristique de son temps avec ses chapiteaux grecs, colonnes à pilastres et frises à motifs antiques.
Historique
Il y avait un orgue à Hochfelden avant 1766. [IHOA] [Barth]
Sa présence en 1766 est attestée par celle d'un organiste : l'instituteur Mathias Bouffleur. [Barth]
L'instrument a disparu pendant la Révolution. Une lettre du général de division Herring aux "Citoyens Saint Just et Lebas, Représentants du Peuple de Strasbourg" témoigne d'ailleurs de la violence révolutionnaire. Suite à un vol d'objets de culte qu'il a perpétré, il écrit : "Je vous fais, Citoiens Représentants, un second envoi des instruments sacrés des Charlatans de Hochfelden. Quoique vous ne m'ayez pas encore fait part de votre opinion sur ma conduite religieuse, je continuerai autant qu'il me sera possible à vous envoyer de pareilles dépouilles." On ne s'étonne donc pas de voir l'orgue suivre dans les spoliations. Mais là, on découvre qu'il y en avait deux : le 08/09/1798, il était urgent de vendre à la fois celui de l'église paroissiale et celui de la chapelle de Saint-Wendelin. Cela constitue a priori la seule trace laissée par un orgue à la chapelle de Hochfelden. Pour les édifices, ce n'était guère mieux : l'église paroissiale a été transformée en cachots, magasins, salpêtrerie, et "Temple de la Raison"... Evidemment, après la Révolution, elle était complètement ruinée. [TRSCS70]
On n'a aucune idée d'où sont allés les deux orgues, mais apparemment, leur expertise a été confiée à un certain Pierre Huber, "feseur d'orgues à Valtenheim". En fait, Huber n'était pas vraiment facteur d'orgues, mais l'instituteur de Waltenheim-sur-Zorn. En 1803, il a de fait effectué des travaux à Wingersheim. [TRSCS70] [PMSCS94]
Mais dans le contexte de l'époque, on peut admettre que n'importe qui capable faire la différence entre un orgue et un moulin à café pouvait bien se déclarer facteur d'orgues. Ou torréfacteur.
Historique
En 1841, Joseph Stiehr construisit un instrument neuf. [IHOA] [ITOA]
Un dessin constituant un projet de buffet élaboré par Joseph Stiehr a été conservé dans les archives Wetzel.
Le projet de buffet par "Joseph Stiehr / Mockers & comp."Ce projet est un peu différent de ce qui a été réalisé : les corniches latérales couvrent les plates-faces, la plate-face centrale du positif de dos est surmontée d'un ornement en arc. Ce dernier a été remplacé par un panneau avec des guirlandes. Il était aussi prévu un pendentif. Mais le plus marquant est que l'ornementation prévue pour être sculptée a été remplacée par des pièces (rapportées) en "carton-pierre" (mastic).
Du point de vue instrumental, l'instrument n'avait qu'un pédalier limité, à 18 notes seulement. Il n'y avait pas de Bombarde 16' à la pédale. [HOIE] [ITOA]
L'orgue a été réparé en 1868 par Félix Mockers, qui ajouta aussi une Bombarde 16' (avec une chape supplémentaire). La Contrebasse 16' de pédale date sûrement aussi de 1868. [HOIE] [ITOA]
Victor Elbel
Hochfelden a hébergé le compositeur et organiste Victor Elbel (1817-1894). Un personnage haut en couleurs, à la vie "accidentée et mouvementée au possible", alternativement militaire et musicien. (Parfois les deux : à 18 ans, il était chef de la musique du 12ème Régiment de Dragons.) Natif de Strasbourg, il s'installa un moment à Lyon (où il tint l'orgue de l'église St-Polycarpe), puis à Berlin. On ne sait pas auprès de qui il a acquis sa formation musicale. Pendant les Journées de Juin à Paris (1848), il prit 3 balles sur une barricade. En 1852, il eut beaucoup de succès (musical), toujours à Paris... avec son orchestre berlinois.
Il revint en Alsace en 1855, et s'installa à Hochfelden, où, lors d'un incendie, son comportement héroïque lui vaudra une médaille d'honneur. Il acheta en 1862 une maison située rue Neuve (l'actuelle rue de l'Hôpital), et y resta jusqu'en 1875. On dit que c'est à Hochfelden qu'il composa son œuvre la plus célèbre, l'oratorio "Der Münsterbau". (Sur un livret de Louis Spach ; c'est un peu comme "Notre-Dame de Paris", mais en mieux, et accompagné par des musiciens.) Cet oratorio a été créé à Strasbourg en 1865 (par les Sociétés musicales de la ville, l'orchestre du théâtre, et la musique du 6ème d'artillerie-pontonnier...) puis monté par Théophile Stern au Temple Neuf. L'inspiration pour son autre oratorio célèbre, intitulé "Océan", ne vient peut-être pas d'Alsace. [BRCS70]
Victor Elbel se maria à Hochfelden avec une actrice anglaise. Et, dit-on, il y jouait régulièrement de l'orgue, en improvisant. C'était donc forcément sur l'orgue Stiehr de 1841, puisque l'église protestante n'a reçu un orgue qu'en 1896. Il a sûrement vu arriver la Bombarde de 1868 avec beaucoup d'enthousiasme.
En 1870, pendant le siège de Strasbourg, il n'était pas aux claviers, mais à la tête de la 1ère Compagnie du 3ème Bataillon de la Garde Mobile du Bas-Rhin. Fait prisonnier puis détenu à Mayence, il se précipita aussitôt libéré pour participer aux événements de la Commune. Il reçut la Légion d'Honneur le 05/05/1871. [BRCS70]
Comme tout bon personnage qu'on dirait sorti d'un roman, Elbel avait un ennemi juré : Pierre-Arthur-Maximilien de Schauenburg. Avec en trame de fond l'Affrontement Célèbre entre les Bonapartistes et les Républicains, on ne s'étonne pas que le conflit ait eu une origine politique. En 1875, il quitta l'Alsace, cette fois pour Quimper, puis Nice, où sa vie-aventure s'acheva, le 01/04/1894. [BRCS70]
Le "Journal d'Alsace" lui rend hommage le 01/04/1895 (pour le premier anniversaire de sa mort), par une biographie artistique... dans sa rubrique "Feuilleton" (évidemment). A la lumière de tout ça, on peut se demander si, aujourd'hui, on n'use pas un peu à la légère de l'expression "artiste engagé" ? [JournalDAlsace]
En raison de travaux à l'édifice, l'orgue a été démonté et remonté en 1890 par Louis Mockers. [HOIE] [ITOA]
Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés le 30/05/1917. [HOIE]
La maison Meyer
La façade a été retirée par le menuisier et accordeur d'orgues Aloïse Meyer, de Hochfelden. [HOIE]
Car il y avait un atelier de facture d'orgues à Hochfelden, entre 1870 et 1914 : son fondateur était Antoine Meyer (1823-1898), et son fils Aloïse (1858-1926) prit sa suite. Il y a même eu une troisième génération, mais on ne connaît pas de travaux des Meyer concernant les orgues après guerre. Aloïse semble avoir eu des contrats d'entretien, et c'est pourquoi il est désigné comme "accordeur d'orgues". Antoine et Aloïse Meyer ("Meyer, Vater und Sohn") ont par exemple travaillé en 1889 à Birkenwald. A priori, l'atelier Meyer de Hochfelden n'a jamais construit d'orgue neuf. [PMSCS70Meyer]
En 1920, Edmond-Alexandre Roethinger remplaça la façade. [HOIE]
En 1927, Edmond-Alexandre Roethinger effectua quelques modifications. [IHOA] [HOIE] [ITOA]
Il compléta la pédale de 18 à 30 notes. Les anches du grand-orgue et de la pédale (à l'exception de la Bombarde) ont été supprimées, ainsi que la Doublette du positif. [ITOA]
En 1967, l'orgue avait la composition suivante :
En 1980, c'est Jean-Georges Koenig qui procéda à un entretien. [IHOA] [HOIE] [ITOA]
Il remplaça (une seconde fois) les tuyaux de façade, replaça Trompettes et Clairons au grand-orgue et à la pédale, ainsi qu'une Doublette au positif. La pédale passa de 30 à 27 notes. (Ce qui implique un nouveau pédalier.) [ITOA]
En 2023, il y eut un relevage d'envergure, confié à la maison Muhleisen et réalisé par Hermès Vernet et Michaël Meyer. La Bombarde 16' a été partiellement reconstruite sur le modèle de celles de Stiehr, et il a fallu refaire une caisse d'isolation du moteur, ainsi que d'importants travaux d'étanchéification des porte-vents. L'orgue a été inauguré le 17/09 et le 07/10/2023 par Jean-Baptiste Robin, Nicolas Kilhoffer, Michaël Meyer et Hermès Vernet. [SiteNicolasKilhoffer]
Le buffet
Dès 1835 à Willgottheim et Dettwiller, Joseph Stiehr avait réalisé des buffets de style Empire, marqués d'influences "antiques". Il s'agit plus d'un style que d'un dessin, probablement inspiré par l'orgue Walcker, 1833, de l'église St-Paul de Francfort. Ici, tous les éléments (plates-faces, tourelles) sont plats, et, souvent, la notion de tourelle disparaît : le buffet est une succession de plates-faces.
L'inspiration originelle paraît venir de l'architecte Théodore Kuhlmann, qui a dessiné dès 1832 le petit buffet de Gertwiller. La question était : comment décorer et rendre ces "buffets-caisse" plus attrayants ? Rapidement, une ornementation d'inspiration antique connut un grand succès : pilastres et chapiteaux corinthiens, sphinx en frise. L'époque connaissait un fort engouement pour l'Egypte et la Grèce antiques. (C'est en 1830 que Jean-François Champollion et Ippolito Rosellini étaient revenus d'Egypte, validant leur compréhension des hiéroglyphes. Le succès fut durable puisque la chapelle égyptienne de Spechbach-le-Bas date de 1928.)
Comme on disposait d'espaces plats suffisants sur les "buffets-caisses", on allait utiliser des "ornements d'architecture", fournis par des stucateurs. Ce sont donc des pièces moulées, rapportées, dans une matière appelée parfois "carton-pierre", ou "mastic" : craie, carton, et colle forte.
Hochfelden se distingue par le retour de "vraies" tourelles, dépassant le reste de la structure.
Hochfelden (1841)
La frise ornant le haut de la tourelle centrale se trouve dans le catalogue de moulures de Joseph Beunat (Sarrebourg), sous le numéro 408 : [JBeunat]
Moulure N°408 du catalogue de Joseph Beunat.D'autres buffets du même style se trouvent à Itterswiller (1836), Kaltenhouse (Weitbruch, St Gall, 1838), Surbourg (1840), Friesenheim (Flexbourg, 1840), Mothern (1841), Mattstall (1841), Rumersheim (1842), Littenheim (1843), Wingen (1845), Hoffen (1846), Dieffenbach-lès-Woerth (1847), Dangolsheim (1848), Mittelschaeffolsheim (1848)... et de très nombreux autres, puisqu'on en retrouve certains éléments jusqu'en en 1879 (Obenheim) : pilastres, chapiteaux d'ordres grecs, volontiers corinthiens, rosettes, palmettes.
Sur le dessin du projet de buffet, le positif de dos est muni d'une demi-rosace (comme on en voit une à Ernolsheim-Bruche), mais elle n'a pas été réalisée.
Caractéristiques instrumentales
| C | c | e' | c'' |
| 1' | 2' | 4' | 8' |
| 2/3' | 1'1/3 | 2'2/3 | 5'1/3 |
| 1/2' | 1' | 2' | 4' |
| 2/5' | 4/5' | 1'3/5 | 3'1/5 |
Les tirants sont munis de points blancs.Console en fenêtre. Tirants de jeux de section carrée à pommeaux noirs munis de points blancs centraux.
Mécanique suspendue.
Sommiers à gravures. Complément de pédale (de 18 à 27 notes) de Koenig, 1978.
Webographie :
Activités culturelles :
Sources et bibliographie :
Photos du 24/04/2004.
Photos du buffet du 12/08/2006.
130. HOCHFELDEN (église cath.) Stiehr, Roethinger, 1928, 25 Jeux, 2 Clav. Péd. sommier à coulisses, traction méc., soufflerie électr.
HOCHFELDEN, Kantonsort. - Nach J. SATTLER, Notizen für Hochfelden, Strassbg 1897, 57, kam die O. in der Revolutionszeit abhanden. - Liste von 1840 spricht von neuer O. im J. 1841. - Diese von Stiehr. Vgl. MATHIAS 42 (o. D.). - Roethinger 1928, 25 Reg. Ebenda. Kann sich nur um Rep. handeln. HOCHFELDEN, U.-E. - Der 1766 in H. geborene Chanoine Jean-Bapt. Bouffleur hatte als Vater Mathias B., Organist, Lehrer u. Sakristan in H. Demnach besass H. schon vor 1766 eine Orgel. Vgl. J. SATTLER, Notizen über Hochfelden, Strassbg 1897, 36 f.
pm67001025,im67013122
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