L'orgue Link de Imbsheim était logé dans ce buffet plus ancien.L'opus 306 de la maison Gebrüder Link a été construit pour Imbsheim en 1899, et a été logé dans le buffet de l'orgue précédent (1871). Malheureusement, l'instrument a été gravement défiguré en 1942, et, en 2007, plutôt que de le restaurer, on a préféré construire un orgue neuf "simili-Stiehr", comme c'était la mode... à la fin du siècle dernier. Retour sur un épisode fort triste de l'orgue alsacien.
Historique
En 1871, les frères Stiehr, de Seltz, livrèrent à Imbsheim un premier instrument, dont le buffet a été conservé. [IHOA] [ITOA] [PMSSTIEHR]
L'instrument avait été commandé à Xavier et Ferdinand Stiehr avant le conflit. L'édifice a été doté d'une tour en 1889, et la nef reconstruite en 1889. [PMSSTIEHR] [Horning]
Historique
C'est en 1899, Imbsheim reçut son orgue Gebrüder Link, de 15 jeux. [IHOA] [PMSSTIEHR] [Mathias]
L'Alsace accueillait là son 7ème orgue Link. Ces instruments étaient très désirés et appréciés, car ils correspondaient parfaitement aux aspirations des organistes et du public alsaciens en cette fin de siècle. C'est sûrement en raison de la très grande qualité de l'enseignement musical fourni dans les Ecoles normales à partir de 1871. De plus, la maison Link adaptait ses instruments aux spécificités alsaciennes. Cet engouement passait bien sûr par le bouche-à-oreilles : en 1898, la localité voisine de Ingwiller avait eu son orgue Link (de 16 jeux). De 1898 date aussi le petit bijou de Gottesheim, mais aussi l'orgue d'Alteckendorf.
Bien entendu, une partie de la tuyauterie de l'instrument des frères Stiehr a servi à réaliser les nouveaux jeux, mais c'est complètement anecdotique, car ils ont été totalement ré-harmonisés. [ITOA]
On peut en juger grâce à ses contemporains bien conservés : cet instrument devait être prodigieux ! C'était un magnifique orgue de style "Spätromantik", et, si la composition restituée est juste, il était doté de très grandes possibilités musicales.
En avril 1936, Georges Schwenkedel alla voir l'instrument, probablement pour remplacer les tuyaux de façade réquisitionnés en 1917. Il nota que cette Montre était constituée du D-d' du Principal 8' et du D-d de l'Octave 4'. Il fallait aussi nettoyer l'instrument de 15 registres, et poser un moteur électrique. Mais contrairement à son habitude, il ne nota pas la composition. Les travaux n'ont probablement pas été réalisés. [SchwenkedelNB]
Une transformation calamiteuse
Malheureusement, en 1942, Ernest Muhleisen transforma l'instrument. [IHOA]
Il faut rappeler que ce n'est pas aux facteurs qu'il faut tenir rigueur de ces absurdes bricolages : ils étaient commandés par la délétère "pensée unique" qui sévissait à l'époque (fin 20ème), au cours de ce qui fut vraiment la "période noire" de la facture d'orgues.
Déjà, il y a la date qui laisse perplexe : en 1942, n'y avait-il rien à faire de plus important que d'altérer ("renouveler", disait-on) un orgue ? On peut comprendre que les "structures de contrôle" étaient à l'époque inexistantes, mais il est quand même difficile de comprendre ce qui a pu motiver les décideurs de l'époque d'engager ces travaux. Cette date incroyable est pourtant juste : Pie Meyer-Siat, dans son ouvrage consacré... aux orgues Stiehr (il ne donne aucun détail dans son article consacré aux orgues Link) note : "le conseil presbytéral [...], le 5. 11. 1942, entérina la restauration Muhleisen, faite, au nom de Bach et de Silbermann, du 12 au 22 juillet 1942." [PMSSTIEHR]
Ce "au nom de Bach et de Silbermann" est tout à fait symptomatique de l'ignorance et l'incompétence qui sévissait ces années-là. Vu qu'un orgue Silbemrann n'est en aucune façon plus adapté à l'œuvre de Bach qu'un orgue Link. Cette ignorance (réelle ou feinte) fait tristement contraste avec ce qu'on trouve dans les sources du début du 20ème siècle, où s'expriment des gens compétents, motivés, et connaissant leurs dossiers.
Il y eut d'ailleurs deux interventions (en 1942 et 1960) ; il est difficile de savoir ce qui a été altéré lors de la première ou de la seconde. Et il faut bien reconnaître que ce fut absolument calamiteux : en ce qui concerne les jeux, les deux opérations ne laissèrent d'origine que le Salicional, le Bourdon 8' et les jeux de la pédale ! Le reste a été - pour appeler un chat un chat - totalement ruiné : la magnifique Flûte 8' a été transformée en un vulgaire "Burdon 8'", la Mixture a été littéralement "explosée" pour en extraire des rangs destinés à "faire la blague" en tant qu'improbables Mutations/Plein-jeux ; les Principaux ont été ré-harmonisés. Et 5 jeux ont été éliminés : évidemment les plus beaux et les plus significatifs. Gambe 8', Voix céleste, Aeoline et flûte 4'. Tout ça pour les remplacer par des jeux "compatibles parisiens" : Quinte 2'2/3, Trompette 8', Tierce, Flageolet 2' et Octav 2'. Et pourtant, le résultat, mutilé, dénaturé, sans style, n'était toujours pas l'idéal pour jouer Couperin...
Ce fut une des plus effroyables "baroquisations" de l'histoire de l'orgue alsacien. Une véritable catastrophe patrimoniale.
Un bilan sans appel
La seconde partie de ces transformations eut lieu en 1960, à nouveau menée par Ernest Muhleisen. [IHOA]
S'était-on dit : "Tant qu'à faire, ne restons pas au milieu du gué... achevons la chose" ? Toujours est-il que cet orgue a pour le coup été proprement achevé...
Dans son ouvrage sur les travaux de la maison Link en Alsace, Pie Meyer-Siat ne consacre que quatre lignes à cet instrument. Assez pour placer : "Hier wurde gesündigt. Was Link 1899 für 4200 Mark der Stiehr-Orgel 1870 angedeihen liess, wurde ihm 1942 von Mühleisen zurückverloten." [PMSLINK]
Et en plus, il n'y eut aucun "retour en arrière", puisqu'après 1942, l'orgue n'était plus un Link, mais encore moins un Stiehr... Cette salade parisienne assaisonnée d'une Sesquialtera "nordique" n'a évidemment rien à voir avec un orgue alsacien... Attribuer l'orgue d'Imbsheim à Stiehr serait une totale aberration. Le pire du pire étant sûrement cette prétentieuse "Bombarde" en cuivre, marotte des années 50-60, aussi pertinente que de la moutarde sur une tarte flambée. L'inénarrable "Sesquialtera" arrive sûrement en second rang de ces calamiteuses absurdités, et la Cymbale de récit en troisième.
Le plus désolant ici est que ces irremplaçables sommiers à cônes et cette excellente (et tout aussi irremplaçable) pneumatique, idéale pour les harmonisations post-romantiques étaient encore là... Cet instrument avait, malgré ses mutilations, encore un potentiel remarquable.
En 1985, lors de l'inventaire technique des orgues d'Alsace, l'orgue été démonté en raison de travaux au plafond. [ITOA]
Caractéristiques instrumentales
Console indépendante face à la nef, de Link.
Pneumatique, de Link.
Sommiers à cônes, de Link.
Historique
L'orgue Link a été remplacé par un instrument "néo-quelque chose" (on parla de "restauration" !) en 2007 par Daniel Kern. [JNStrasser]
Sempiternels sommiers "à gravures", traction "mécanique" et console "en fenêtre" (idéale pour les organistes aimant jouer avec la tête coincée dans une armoire). Bref, on ne peut plus conventionnel et standard, à des années-lumières de la magie et de la prestance d'un orgue Link.
Caractéristiques instrumentales
Sources et bibliographie :
Voir sous "Bouxwiller".
Il n'y a que quatre lignes.
73. Imbsheim Link Gebr., 15 Jeux, 2 Clav. Péd., sommier pneu., traction pneu., soufflerie méc.
IMBSHEIM, Kt. Bouxwiller. - Prot. Ki. 1888: Neubau. 1899: Neue O. für 4.200 M. HORNING, GK 108.
Localisation :