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Les orgues de la région de Molsheim
Altorf, St-Cyriaque
Partie instrumentale classée Monument Historique, 17/05/1971.
Buffet classé Monument Historique, 06/12/1972.
Altorf, le 21/09/2003.Altorf, le 21/09/2003.

L'orgue d'Altorf était à l'origine un petit instrument construit par André Silbermann, destiné aux Franciscains de Sarrebourg : il y avait un clavier manuel, un dessus de Cornet d'Echo, et une pédale indépendante. Sa belle configuration actuelle est due à Martin Rinckenbach, et date de 1884.

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L'orgue de facteur inconnu (1692)
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Historique

Un orgue est attesté à Altorf dès 1692. [IHOA]

En 1730, il a été déménagé aux Franciscains de Bischoffsheim, auxquels a été offert par l'abbé d'Altdorf, Armand Zimmermann. [IHOA]

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Historique

En 1730, André Silbermann construisit un orgue neuf. [IHOA] [AMMS1973Altorf] [Altorf1999] [ITOA]

Il s'agit d'un instrument originellement destiné aux Franciscains (Cordeliers) de Sarrebourg. Après résiliation du contrat (suite à un retard de Silbermann et des difficultés financières des Franciscains), l'abbé Adamdus Zimmermann d'Altrof décida d'acquérir l'instrument. [AMMS1973Altorf] [IOLMO] [ITOA]

Les Cordeliers de Sarrebourg finirent tout de même par acquérir un orgue alsacien, construit par Franz Joseph Beyer, de Turckheim, en 1741. Le buffet de cet instrument se trouve toujours à Sarrebourg, St-Barthélémy. [IOLMO]

L'orgue d'Altorf avait la composition suivante. (Il semble qu'un premier projet ait inclus une Flûte 4' au manuel. Mais celle-ci n'a fort probablement jamais été construite) :

En 1849, la maison Stiehr de Seltz transforma l'instrument. [IHOA] [ITOA] [RDott]

L'évaluation de l'instrument par le curé Meyer

C'est le curé Louis Meyer (1807 - 1869) d'Ergersheim qui a agi en tant que conseiller pour le maire d'Altorf, auquel il remit son rapport le 19/10/1848. L'orgue était en très mauvais état : fuites aux sommiers, soufflets "pour ainsi dire éventrés", claviers "dans un état de mutilation horrible", accouplement trop bruyant. Et la tuyauterie dans un état préoccupant : "parmi ces jeux quelques-uns se trouvent dans un état si pitoyable, qu'une quantité de tuyaux, littéralement broyés, devront être remplacés par des tuyaux neufs ; les trompettes également exigent une réparation essentielle, puisque la plupart des languettes, étant pliées ou tordues, ne pourront plus être employées". [PMSSTIEHR]

Et le jugement du curé Meyer était tout aussi sévère au sujet de l'esthétique de l'instrument, indépendamment de son état : "cet instrument, essentiellement grêle et criard (puisqu'il est composé d'une foule de petits jeux de mixture) manquera toujours de cette gravité que demanderait le beau et vaste vaisseau de votre église". [PMSSTIEHR]

En 1848, il était donc permis de remarquer que les orgues Silbermann sont fortement déséquilibrés vers l'aigu. Essentiellement composés de Cornets (décomposés ou non), "couronnés" par des anches sonores ou des Mixtures, et renonçant à proposer plusieurs jeux à la même tessiture sur un même clavier, leurs compositions "partent" très vite dans le très aigu. Ce qui posait surtout un problème, en ce milieu de 19ème siècle, c'étaient les Tierces et les Cymbales :

Le curé Meyer suggère quelques changements de jeux : "En conséquence, je vous conseillai, si vos fonds le permettent, de faire face à votre orgue une réparation plus complète et mieux entendue, en faisant remplacer deux de ces jeux criards et contraires même à l'harmonie (Tierce et Cymbale) par deux autres jeux graves et harmonieux, c'est à dire par une gambe 8 pieds et par un Salicional 8 pieds, ensuite d'ajouter un Bourdon 16 pieds que je regarde comme indispensable dans votre église. Ces substitutions vous reviendront moins cher, puisqu'il faut décompter ce que coûterait la réparation de la Tierce et de la Cymbale que je vous ai conseillé de faire disparaître sans crainte d'être blâmé par un homme de l'art." [PMSSTIEHR]

Il y avait tout de même débat. L'architecte Morin, par exemple, n'était pas très favorable aux transformations d'orgues : (15/09/1848) "C'est un système fâcheux que j'ai déjà signalé de vouloir changer ou augmenter les jeux des orgues ; il convient de se borner à de simples travaux de réparations et employer le surplus à une restauration plus complète de l'extérieur de l'église." (Sauf que pour Morin, cela semble plutôt être une question de priorités financières qu'un choix esthétique.) [PMSSTIEHR]

L'autre argument pour ne pas faire de changement, en ce milieu du 19ème, est une manifestation de la croyance en un "âge d'or" révolu, incluant la certitude que les "anciens" avaient atteint un standard de qualité à présent inégalable. Le maire d'Altorf avait dû faire une observation en ce sens, puisque le curé Meyer lui répond sur ce point : "Vous me fîtes observer qu'ils vous paraissait étonnant que je trouvasse quelque chose à changer dans la composition de cet instrument qui avait été construit par les pères Bénédictins qui cependant faisaient largement ce qu'ils entreprenaient."

Autrement dit : "Il devait être parfait, puisqu'il datait de l'Ancien régime". (Et que les religieux étaient exigeants.) Mais ce cliché est souvent démenti. On trouve un exemple frappant non loin, à Bischoffsheim : dans les années 1780, on découvre un Sébastien Krämer, pourtant facteur "protégé" des Franciscains, qui n'était à l'évidence pas à la hauteur de la tâche. Il y a bien d'autres exemples, comme à Geispolsheim (l'orgue Georg Friederich Merckel), l'épopée de Johann Georg Rohrer à Haguenau, Hirtzfelden (l'orgue Joseph Rabiny, 1790), Munster (l'orgue Jodoc Von Esch, 1739), Westhoffen (l'orgue Johann Peter Toussaint, 1740), Wolxheim (autre orgue de Sébastien Krämer, 1780). Le mythe de l'orgue "forcément chef-d'œuvre puisqu'il est du 18ème" était en train de se forger. Mais à n'en point douter, ce biais était dû à l'impact catastrophique de la Révolution sur la compétence des facteurs d'orgue : dans les années 1840, la profession s'était à peine relevée du désastre, malgré un marché florissant.

L'analyse du curé Meyer est la suivante : "A l'époque où fut construit l'orgue d'Altorf, il pouvait passer pour une merveille dans la contrée où il était à peu près l'unique. Aujourd'hui il n'en est plus de même, puisque chaque église de village possède son jeu d'orgues. Le fond de votre instrument est excellent, et c'est pour cela que je vous engage d'autant plus vivement à y faire les changements que j'indique ; car il reprendra ainsi sur les orgues des environs le rang de primauté qui lui convient." [PMSSTIEHR]

...ce qui est finalement est très pertinent : la valeur des orgues ne réside pas seulement dans les qualités intrinsèques de l'instrument, mais aussi dans l' "écosystème", qui constitue une "proposition" culturelle. Chaque instrument a donc un rôle en fonction des autres. L'évaluation des orgues ne peut donc pas être "absolue", mais dépend du contexte de chaque époque.

Il en profite aussi pour répondre (indirectement) à l'architecte Morin : "Aujourd'hui, M. le maire, vous me faites savoir que M. l'architecte d'arrondissement s'oppose par système à ce genre de réparations entreprises sur les anciens jeux d'orgue, et qu'il s'en tient aux seuls travaux de conservation. Sous un certain point de vue, je suis de l'avis de M. l'architecte, c'est à dire je ne conseillerai jamais de porter la main sur ce qu'il peut y avoir de monumental dans la construction extérieure d'un orgue, lorsqu'il se trouve être en harmonie avec l'ornementation intérieure d'un édifice religieux, mais évidemment M. l'architecte ne peut pas vouloir s'opposer aux changements à faire dans l'intérieur d'un instrument, quand ces changements sont conformes à l'art, et, de plus, nécessaires pour ainsi dire, comme c'est le cas à Altorf. Silbermann (le constructeur de votre orgue) a un mérite incontestable ; mais il n'en est pas moins vrai que depuis lui l'art a fait des progrès, et qu'il est impossible de comprendre pourquoi il faudrait garder ce qui est choquant et mauvais quand il est possible d'y substituer quelque chose de plus convenable et de plus harmonieux." [PMSSTIEHR]

Le 13/11/1848, l'architecte Morin avait reçu le message, car il déclare dans son rapport, de façon très pragmatique : "D'après les observations contenues dans la lettre du maire du 29/10/1848 et dans celle de M. le curé d'Ergersheim du 19., il résulte que les registres de Cimbale et tierce sont en mauvais état et coûteraient presque aussi cher à réparer qu'à être remplacés par des neufs. J'estime en conséquence que les devis et soumission des Srs Stiehr et Mockers peuvent être approuvés."

Notons - à nouveau - que c'est bien avant 1870 que cet orgue a été modifié. Ce qui invalide une fois de plus le mythe voulant que des altérations aux orgues d'Alsace du 18ème ont toutes été commandités lors de la période allemande. Les modifications effectuées après 1870 étaient souvent conséquence de projets déjà lancés bien avant, ou une deuxième phase de transformations, menée sur un instrument de toutes façons plus authentique.

Voici la composition laissée par la maison Stiehr :

En 1867, les frères Wetzel firent un relevage et des travaux à la soufflerie. Fin 1872, ils proposèrent de remplacer la soufflerie. Il est peu probable que ce fut fait, car le réservoir actuel est de Martin Rinckenbach. [PMSSTIEHR] [ITOA] [ITOA] [AMMS1973Altorf] [PMSRHW] [Altorf1999]

Les travaux de Martin Rinckenbach

En 1884, Martin Rinckenbach donna à l'instrument sa configuration actuelle en le dotant d'un récit expressif de 6 jeux. Les claviers ont été étendus à 54 notes. Rinckenbach plaça au grand-orgue la Flûte harmonique 8' actuelle, à la place du Salicional de Stiehr qui alla au récit, complétant 5 jeux neufs. Et la pédale a été dotée d'un (très alsacien) Violoncelle 8'. La composition laissée par Rinckenbach est l'actuelle. [IHOA] [ITOA] [AMMS1973Altorf] [Altorf1999] [RDott]

Tirant de Martin Rinckenbach (1884).
Les jeux du magnifique récit d'esthétique romantique,
aux noms écrits en Fraktur contribuent à la magie du lieu.
La belle et coûteuse Flûte harmonique
(les tuyaux sont deux fois plus longs que pour une Flûte classique),
c'est la quintessence de l'esthétique romantique !
C'est aussi clairement le plus beau jeu de l'orgue d'Altorf.Tirant de Martin Rinckenbach (1884).
Les jeux du magnifique récit d'esthétique romantique,
aux noms écrits en Fraktur contribuent à la magie du lieu.
La belle et coûteuse Flûte harmonique
(les tuyaux sont deux fois plus longs que pour une Flûte classique),
c'est la quintessence de l'esthétique romantique !
C'est aussi clairement le plus beau jeu de l'orgue d'Altorf.

Pour préserver les sommiers de grand-orgue, Rinckenbach a réalisé les notes supplémentaires par gravures et perces supplémentaires. [RDott]

A nouveau, on se rend compte à quel point une Flûte ouverte 8' peut métamorphoser un orgue, et lui offrir une dimension supplémentaire.

Notons que la Flûte 4' du récit, bien que non harmonique, porte tout de même le nom "Flûte harmonique 4" à la console. C'est sûrement parce qu'elle constitue le "pendant" de la Flûte harmonique 8' du grand-orgue : à la console, ce n'est pas l'attribut technique qui compte, mais le rôle du jeu dans la registration. [ITOA]

En raison de travaux à l'édifice, Georges Schwenkedel a démonté et remonté l'orgue en 1934. [Barth] [Altorf1999]

L'orgue a été relevé en 1999 par Richard Dott. [IHOA]

La tuyauterie a été démontée, nettoyée et a bénéficié des réparations nécessaires. La console et la mécanique ont été relevés. Les sommiers ont été traités sur place : remplacement des peaux, et des boursettes du récit. Tremblant neuf pour le grand-orgue. Le buffet et la balustrade ont également fait l'objet de nombreux travaux, dont la restitution de sculptures disparues. [RDott]

Le buffet

Comme le buffet date d'avant 1732, il est probable qu'il ait été construit par Andreas Bender. (Voir l'attribution des buffets des orgues Silbermann.)

Une jouée.
Toutes les photos à la tribune sont de Maeva Maier, 04/11/2008.Une jouée.
Toutes les photos à la tribune sont de Maeva Maier, 04/11/2008.
Un culot de tourelle,
orné de feuilles d'acanthe.Un culot de tourelle,
orné de feuilles d'acanthe.

Caractéristiques instrumentales

Composition, 1999
Récit expressif, 54 n. (C-f''')
Rinckenbach, 1884; C-H en bois, ouvert, puis étain
Rinckenbach, 1884 ; C-H en bois, bouché
Stiehr (du g.o.) ; C-H en bois, bouché
(c-f''')
Rinckenbach, 1884
Rinckenbach, 1884 ; étain
Rinckenbach, 1884 ; un seul tirant
Grand-orgue, 54 n. (C-f''')
Stiehr
Rinckenbach, 1884 ; étain ; harmonique sur c''-f'''
Stiehr
Posté
C c c' c'' cis'''
1' 2' 4' 4' -
2/3' 1'1/3 2'2/3 4' 4'
1/2' 1' 2' 2'2/3 2'2/3
Pédale à accrocher
Pédale, 24 n. (CD-c')
Bois
Bois
Etain ; Rinckenbach, 1884
Stiehr
[Altorf1999] [RDott] [ITOA]
Console:
La console en fenêtre.
Les claviers sont de Rinckenbach.La console en fenêtre.
Les claviers sont de Rinckenbach.

Console en fenêtre frontale, de Martin Rinckenbach. Tirants de jeux de section carrée (car venant de la console précédente) à pommeaux tournés munis de (magnifiques) porcelaines. Elles sont à fond blanc, et le nom des jeux est écrit en caractères Fraktur, noirs pour le grand-orgue, rouge pour le récit, et bleu pour la pédale. Tirants de jeux disposés en deux fois deux colonnes de part et d'autre des claviers. Claviers blancs. Bloc-clavier noir.

Il y a deux pédales-cuillers à accrocher, en fer forgé, repérées par des porcelaines blanches rectangulaires aux coins arrondis : à gauche "accouplement" et à droite "Expression." (du récit).

Ordre des tirants à la console :

 
Montre
viola
8'
Bourdon
8'
Voix
céleste
8'

Violoncelle
8'
Bourdon
16'
Trompette
8'
Trompette
basse
Montre
8'
Cornet.
Nazard
2 2/3'
Flûte
harm.
8'
Gamba
8'
Trompette
dessus
Bourdon
16'
Prestant
4'
Bourdon
8'
Doublette
2'
Fourniture
 
Flûte
harmonique
8'
Salicional
8'
Haut
bois
8'


Flûte
8'
Clairon
4'
Tuyauterie:

Diapason : La=412,4 Hz à 15°C en octobre 99. Pression : 87 mm de colonne d'eau.

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670008001P02
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