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Les orgues de la région de Munster
Munster, St-Léger
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Munster, St-Léger, le 15/09/2018.Munster, St-Léger, le 15/09/2018.

Il y a des orgues à Munster depuis le tout début du 17ème siècle : pas moins de six se sont succédés rien que dans l'église St-Léger. L'histoire musicale du lieu est marquée par un grand orgue post-symphonique alsacien, qu'Edmond-Alexandre Roethinger plaça en 1929, et qui a malheureusement été perdu en 1974. L'instrument actuel est "ein Kind seiner Zeit", c'est à dire une réalisation caractéristique et très typée d'une époque (1986) où l'orgue alsacien était à fond dans la mode néo-baroque, mélangeant du "nordique", avec des influences classiques françaises. (Ici, clairement, Jean-Esprit Isnard.)

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L'orgue Anton Meutting,
1602
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Historique

En 1602, Anton Meutting fournit un premier orgue "avec registres" pour Munster (ce n'était donc pas un "Blockwerk"). Son organiste était diacre et maître d'école, et s'appelait Samuel Israël. Il fut par la suite (1610) pasteur à Munster. Notons que l'église St-Léger était à l'époque protestante (depuis 1553, totalement après 1575 ; le chœur fut rendu au culte catholique après 1686 ; à partir de 1704, l'édifice entier passa sous le régime du "simultaneum", et fut donc utilisé par les deux confessions). [IHOA] [AMun1959]

L'instrument fut détruit, pas faits de guerre, en février 1652 : les trouves lorraines le démolirent et firent fondre le métal. [IHOA] [AMun1959]

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L'orgue Hans Jacob Aebi,
1661
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Historique

Pour le remplacer, Hans Jacob Aebi posa un petit orgue neuf en 1661. [IHOA] [AMun1959] [HOIE]

Hans Jacob Aebi était alors installé à Ensisheim (de 1657 à 1672 ; son fils Christophe fut, lui, plutôt actif dans la région de Westhoffen et Saverne de 1667 à 1674). L'accord fut conclu le 05/11/1660, et l'orgue reçu le 02/06/1661 par David Wielanden Rapp, de Wihr-au-val. [HOIE] [AMun1959]

L'instrument se trouvait à l'origine à côté du chœur, et fut déplacé en 1704 sur une tribune "face au chœur". [AMun1959]

Il y eut des réparations en 1717, 1721, 1730. On décida d'agrandir l'édifice (ce fut fait en 1738) et renouveler l'orgue ; l'instrument d'Aebi fut transféré à St-Martin de Wihr-au-Val par Jodoc Von Esch en 1739. [IHOA]

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L'orgue Jodoc Von Esch,
1739
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Historique

C'est Jodoc Von Esch qui posa un orgue neuf dans le nouvel édifice, en 1739. [IHOA]

C'était une "opportunité" : le prieur de l'abbaye, Dom Georges Frank, qui connaissait Von Esch, savait que ce dernier avait construit un orgue pour Ste-Croix-en-Plaine. Mais que le prix final de cet instrument - 3840 livres, vraisemblablement plus élevé que prévu - fit que Ste-Croix-en-Plaine renonça à l'acquérir. Soutenu par le prieur, Von Esch réussit à vendre son orgue à Munster pour... 4800 livres, et ajouta en plus un supplément de 700 pour ajouter une Quarte de Nasard, une Voix humaine et une Fourniture. L'instrument fut reçu à la Pentecôte 1739 par les organistes Brück et Kleinknecht. Ce dernier fit un curieux commentaire : il nota que la Voix humaine convenait bien au caractère de la vallée, à cause de l'élevage de veaux et de moutons. [AMun1959]

L'instrument fut évalué bien bas par Jean-André Silbermann, qui était à Munster en juillet 1739. Il affirme que la sonorité ressemblait à un horrible hurlement ("ein gräulich Geschrey"), et que des touches restaient coincées. Il raconte aussi que Brück (qui avait reçu l'orgue), avait confié à l'un des prêtres que l'instrument est fondamentalement mal construit, tout en affirmant à un autre qu'il s'agissait "d'un véritable chef d'œuvre". (Probablement, il ne voulait pas de complications...) Silbermann avait d'ailleurs noté que François Michel Von Esch (1707-1777, organiste à Marbach et neveu de Jean Jodoc) avait affirmé qu'il fallait tirer la Trompette quand on joue la Voix humaine (et donc ne jamais la jouer en solo). Cela explique probablement la comparaison avec les veaux et les moutons, qui devaient être du "second degré" à peine dissimulé. Tous les orgues du 18ème n'étaient pas des chef d'œuvres, même s'il était - déjà - d'usage de l'affirmer, pour être en bonne entente avec le "monde de l'orgue". [AMun1959] [ArchSilb]

L'affaire continua par un procès, qui dura de 1740 à 1765. [AMun1959]

Dès 1740, l'instrument nécessita une réparation d'envergure (105 livres), puis un autre en 1759. De 1766 à 1778 l'orgue a été entretenu et réparé par un organiste, Jean-Georges Franck. Puis il y eut encore des réparations en 1784, 1819, 1827, 1840, 1873, 1877... [IHOA]

Les orgues du 18ème n'étaient donc pas aussi fiables que le prétendait la légende du 20ème siècle, qui affirmait que du moment que c'est mécanique, "c'est fait pour affronter les siècles"... En fait, tout cela relève plutôt du niveau de détail consigné par les archives. Si on s'intéresse à la moindre réparation de routine, il est normal de trouver une intervention tous les 5 ans. Une analyse simpliste fondée sur le nombre d'interventions connues (consignées) a malheureusement conduit à une exagération de la fiabilité des instruments anciens, et, de façon corollaire, à taxer de "fragiles" les modes de transmission plus récents. Pour les instruments à transmission pneumatique, la plupart des dates d'interventions ont été conservées, et il était aisé, pour un commentateur de mauvaise foi, d'insinuer son manque de fiabilité par une longue liste de réparations. Tout ce la pour "démontrer" la supériorité de la mécanique avec sommiers à gravures. En fait, cela ne repose sur pas grand chose : la fiabilité d'un orgue dépend bien plus de la façon dont il a été réalisé, du soin apporté à son entretien, et de son environnement (chauffage) que du type de transmission mis en œuvre.

En 1867, l'édifice a été ré-aménagé (car la l'église protestante était achevée), et à partir du 01/01/1874, fut entièrement consacré au culte catholique.

Durant le premier conflit mondial, la ville de Munster a été évacuée (à partir de 1915). Comme souvent dans ce cas, on ne connaît pas bien l'étendue des dégâts : pillages, réquisitions, intempéries liés au manque d'entretien de l'édifice... Il semblerait que l'orgue de Munster ait été démonté pour être mis à l'abri, et entreposé à Colmar. Mais on connaît les conséquences habituelles d'une "mise en caisse" : bien peu en ressort... [IHOA]

Il y eut une réparation (donc un remontage, au moins partiel) vers 1921, puis d'importants travaux à l'édifice. [IHOA]

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Historique

C'est en 1929 qu'Edmond-Alexandre Roethinger plaça à Munster un de ses plus grands instruments - 36 jeux sur 3 claviers et pédale -, dans un magnifique buffet dont les annales rappellent le succès populaire. [IHOA]

L'inauguration eut lieu le 14/07/1929. Le buffet était l'œuvre de la maison Driesbach, qui a également réalisé les buffets des orgues de Muhlbach-sur-Munster et Mittlach.

L'orgue Roethinger était presque contemporain de l'instrument exceptionnel que l'on trouve à Saint-Bernard, ou de celui - également logé dans l'un des derniers buffets néo-gothiques - de Sengern. Les deux sont restés authentiques, et l'écoute de celui de St-Bernard (opus 92, II/P 18j) permet d'imaginer comment devait sonner l'orgue de Munster, qui avait le double de jeux !

Les tirasses et accouplements sont exactement les mêmes qu'à Bischheim. On sait qu'ils étaient dotés d'une double commande : dominos + pédales.

C'est Albert Pfrimmer (que l'ont retrouve à Eglingen) qui fut chargé de la réception. Son rapport est daté du 24/12/1929 (!), et il note : "Cet instrument est très réussi, disposition et matériel sont conformes au devis, l'harmonisation des jeux est soignée, le mécanisme fonctionne avec précision et la soufflerie est suffisante. Parmi les jeux particulièrement réussis, je cite : Unda maris 8' qui est d'une belle sonorité et surtout la voix humaine qui est remarquable." [AMun1959]

L'inauguration, elle, avait déjà eu lieu : le 14/07/1929. On y entendit Victor Dusch (concepteur de l'orgue d'Erstein et Roethingerien convaincu), Aloyse Braun (1890-1947, Mulhouse), et le Dr. Goehlinger (collège de Zillisheim, que l'on retrouve à Luemschwiller inaugurant un orgue de Georges Schwenkedel). [AMun1959]

L'orgue Roethinger avait encore très bonne presse en 1959, puisqu'il était qualifié de "bel instrument", "harmonieux qui depuis trente ans retentit sous les voûtes de l'église Saint-Léger." [AMun1959]

D'un point de vue technique, 1927, pour la maison Roethinger, est l'année de production des premières transmissions électro-pneumatiques.

Entre 1929 et 1973, l'orgue Roethinger n'a pas nécessité de réparation d'envergure. Il ne semble pas avoir coûté cher a entretenir... En tous cas, il n'a jamais été modifié, et en 1974, il était entièrement authentique. En 1973, dégradé par le chauffage à air pulsé, il cessa d'être utilisé, et, apparemment, aucune tentative ne fut faite pour le réparer.

En 1974, à l'occasion de travaux à l'édifice, il devint urgent de le démolir et de débarrasser de son magnifique buffet néo-gothique. La partie instrumentale a probablement été déclarée "irréparable", car, dans les années 80, le monde de l'orgue était totalement acquis à la cause "néo-baroque", et les instruments des années 1920 totalement méconnus.

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L'orgue Alfred Kern,
1975
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Historique

En 1975, Alfred Kern fournit un orgue provisoire, qui fut placé dans le transept gauche. [IHOA] [ITOA]

Composition, Kern_1975
Grand-orgue, 56 n. (C-g''')
Plus tard remplacée par une Fourniture 3 rgs
Positif, 56 n. (C-g''')
Entièrement bouché
Pédale, 30 n. (C-f')
I/P
[ITOA] [RLopes]

Il n'y a ni accouplement des claviers, ni tremblant.

En 1987, le petit orgue fut déménagé à Ste-Marguerite de Riedwihr. [IHOA]

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L'orgue Christian Guerrier,
1986 (instrument actuel)
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Historique

Le 05/10/1986, on inaugura un orgue néo-baroque de Christian Guerrier. [IHOA] [Caecilia]

L'instrument, originellement placé dans le chœur (devant les trois baies en ogive), a été inauguré par l'abbé Jean-Joseph Rosenblatt (Colmar, St-Martin) le 05/10/1986 ; la date coïncide avec la fête patronale et le 100ème anniversaire de la chorale de St-Léger, qui participa aux festivités sous la direction de Freddy Ansel, accompagnée par Gérard Wisson (Munster, St-Léger).

L'orgue dans le chœur (24/05/2003).L'orgue dans le chœur (24/05/2003).

C'est le troisième clavier qui fait l'originalité de l'instrument. Ce plan sonore, dit "de résonance" (orthographié "de raisonance" au 18 ème siècle) est une sorte de "réserve de jeux", que l'on peut utiliser de façon indépendante, mais aussi - et surtout - pour compléter autres plans sonores. Toutefois, comme on ne peut ici pas accoupler ce troisième clavier sur le Brustwerk, la logique du clavier de résonance ne s'applique qu'au grand-orgue et à la pédale.

L'instrument tourne résolument le dos à la tradition alsacienne, au point qu'on peut y discerner un parti-pris esthétique. La pédale, par exemple, est logée, "à la nordique" dans les tourelles latérales. Les (supposées) influences nordiques étaient fort à la mode dans les années 70-80, et se retrouvent également dans la disposition du deuxième clavier en Brustwerk, et dans la composition, que l'on retrouve ci-dessous. Il ne s'agit pas d'une erreur : le grand-orgue et le troisième manuel n'ont vraiment qu'un seul fond de 8' (respectivement la Montre et un Bourdon). Il n'y a aucune Flûte ouverte 8' dans tout l'instrument, qui est pourtant doté de 28 jeux. Il n'y a pas de Gambe de pédale.

L'instrument a été déplacé dans le transept nord en février 2015. [VWeller]

Le buffet

Le buffet doit assurément plus à l'équerre qu'à l'imagination... Il y a 7 plates-faces rectangulaires (caissons). Le "Werkprincip" (voulant que la façade doit correspondre à la structure interne) a été appliqué : il était lui aussi attribué au fameux style "nordique" alors à la mode.

Caractéristiques instrumentales

Console:

En fenêtre, frontale.

Sites L'horloge astronomique

L'horloge astronomique Ungerer / André Voegtlé / Didier ChanutL'horloge astronomique Ungerer / André Voegtlé / Didier Chanut

En entrant dans ce lieu, qui bénéficie pourtant d'une longue et forte tradition organistique, l'amateur d'orgue est évidemment un peu déçu. Surtout quand on peut imaginer la merveille qui se trouvait ici entre 1929 et 1974. Toutefois, les amateurs de technique et de curiosités (c'est souvent les mêmes...) trouvent ici un centre d'intérêt enthousiasmant : il s'agit d'une horloge mécanique Ungerer, du début du 20ème siècle, qui a été complétée en 2008 pour en faire une horloge astronomique. Elle a été conçue par Didier Chanut sur une idée d'André Voegtlé dans la tradition des grandes réalisations d'horlogerie qui remontent à la Renaissance. Le mécanisme a été confié aux ateliers Voegelé de Strasbourg, et Didier Chanut a réalisé et décoré les cadrans supérieurs, sur le thème de la Création.

La partie basse est l'ancienne horloge de l'église, telle qu'on en trouvait dans de nombreux clochers lors de la première moitié du 20ème siècle. Certaines sont conservées, et parfois même exposées dans des vitrine, évidemment à l'arrêt. Mais ici, le mécanisme fonctionne : les poids sont remontés par un automate électrique.

Elle est surmontée de quatre cadrans, qu'elle pilote. Chacun a une fonction, un mécanisme et une symbolique propres.

- Il y a un cadran lunaire, montrant la phase en cours, sur fond étoilé (24 étoiles), et un extrait du Psaume 103 "Il a fait la lune pour marquer les temps" (probablement en référence à la liturgie des heures, qui organise en 28 jours le cycle des 150 Psaumes). Il y a aussi une fusée, dont l'aspect doit assurément plus au projet "Luna" de "Destination Lune" qu'à la NASA.

- Un autre cadran donne le jour dans la semaine, indiqué par une main à deux doigts déployés. Sur son périmètre, on peut lire "En six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent, mais le septième jour il se reposa". Le reste de la décoration fait appel aux symboles liés à la Création, et en particulier les étapes de la Genèse.

- Le troisième cadran, alternant les secteurs noirs et blancs en constituant un damier circulaire, indique le mois dans l'année, avec les signes du zodiaque. Sur son périmètre, on peut lire "Je suis l'Alpha et l'Oméga, celui qui est, qui était et qui vient, le maître de tout". Au centre se tient le Christ en trône, bénissant, et tenant les Ecritures, sur lesquelles on retrouve un Alpha et un Oméga. C'est son sceptre, dont l'extrémité est un soleil, qui sert d'aiguille.

- Le quatrième cadran donne - de façon conventionnelle - l'heure et les minutes. Il ramène les données "astronomiques" à l'environnement pragmatique de la région. Les 12 chiffres sont romains, et les "contrepoids" des aiguilles sont une cigogne et une vache. Le cadran est orné de représentations de bâtiments locaux, parmi lesquels ont peut reconnaître l'église St-Léger, les ruines de l'abbaye St-Grégoire, la porte de Munster à Turckheim, la fontaine au Lion et l'hôtel de ville. Sur le moyeu figure un soleil, et un extrait du Psaume 112 "Du lever au coucher du soleil, béni soit le Nom du Seigneur"

Le tout est surmonté, comme à la cathédrale de Strasbourg, d'un coq qui chante à midi, en battant des ailes. L'horloge de la Création a été inaugurée 07/09/2008.

Evidemment, cette réalisation exceptionnelle est un peu perdue sur le devant de la grande tribune, où on s'attend à trouver... un orgue. Du coup, elle est un peu distante, aussi. On ne peut que rêver de la trouver un jour dans le transept nord, plus proche du public, et voir en tribune un vrai orgue alsacien, reprenant les idées de Roethinger, de Joseph Rinckenbach ou de Georges Schwenkedel, et donc réellement inscrit dans la tradition de création locale. Munster, en 1929, avait été capable de faire construire un instrument d'exception. Bien sûr, tous ces efforts et ce talent ont réduits à néant par les années 70-80, mais un projet d'envergure créerait aujourd'hui une vraie dynamique, pour un résultat qui mettrait à nouveau cet édifice en phase avec son histoire et celle de Munster.

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F680226002P06
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