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Photo
~ Les orgues de la région de Munster ~

Wihr-au-Val, St Martin
MUTIN, 1918


Avant... MUTIN Après...

Composition, 2004
Grand-orgue
56 notes
Positif
56 notes
Récit expressif
56 notes
Pédale
30 notes
Bourdon 16' Cor de nuit 8' Flûte traversière 8' Flûte 16'
Montre 8' Salicional 8' Viole de gambe 8' Soubasse 16'
Bourdon 8' Flûte conique 8' Voix céleste 8' Quinte 10'2/3 (ext.)
Flûte harmonique 8' Flûte douce 4' Flûte octaviante 4' Basse 8' (ext.)
Violoncelle 8' Quinte 2'2/3 Octavin 2' Flûte 4' (ext.)
Principal 4' Flageolet 2' Plein-jeu 3 rgs I/P
Quinte 2'2/3 Tierce 1'3/5 Basson 16' II/P
Mixture 3 rgs Basson/Hautbois 8' (1) Trompette 8' III/P
II/I III/II Soprano harmonique 4' (2)  
III/I (16', 8', 4')      

     Voici l'un des instruments "magiques" de l'Alsace, à rapprocher de l'orgue de Guebwiller, Notre-Dame. Il s'agit donc d'un orgue d'esthétique symphonique, de 26 Jeux réels sur 3 claviers et Pédale... dans un village de 1300 habitants.
L'histoire qui amena (fort heureusement) cet orgue à Wihr-au-Val passe par les Landes et la Hollande.


Wihr-au-Val, le 01/09/2012

     Il s'agit de l'orgue construit par la maison Mutin, en 1918, pour la famille DUBOSCQ, dans les Landes.

En 1939, le compositeur hollandais Marius MONNIKENDAM le racheta.

Pendant la deuxième Guerre mondiale, Wihr-au-Val fut incendié, et l'ancien orgue (qui était tout-de-même le troisième du lieu, et avait quand même 3 claviers) disparut ce jour-là. Après la guerre, Wihr-au-Val reconstruisit son église et chercha un orgue.

     Le premier orgue de Wihr-au-Val a été installé en 1739 par Jodoc VON ESCH, de Nancy. Il s'agissait de l'orgue qu'Hans Jacob AEBI avait construit pour Munster, St-Léger en 1660.
Sa Composition était la suivante :

Après 1790, il semble que le petit orgue Aebi ait été placé à la chapelle de la Croix, au-dessus de Wihr-au-Val : il y a été réparé en 1900 par le facteur SATTLER de Colmar.

Le Buffet BERGÄNTZEL et l'orgue de 1832

     Le deuxième orgue de Wihr-au-Val a été construit par Martin et Joseph BERGÄNTZEL. Daté de 1790, il a été reçu par Joseph SCHILDER (Orbey), et sa Composition était la suivante :

Composition, 1790
Positif Grand-orgue Pédale
Bourdon 8' Montre 8' Flûte 16'
Prestant 4' Bourdon 8' Flûte ouverte 8'
Nasard 2'2/3 Prestant 4' Flûte ouverte 4'
Doublette 2' Flûte 4' Trompette 8'
Tierce 1'1/3 Nasard 2'2/3 (Clairon 4')
Fourniture 3 rgs Doublette 2'  
Cromorne 8' Tierce 1'3/5  
  Cornet 5 rgs  
  Fourniture 3 rgs  
  Cymbale 2 rgs  
  Trompette 8'  
  (Voix humaine 8')  
  (Clairon 4')  
C'est une Composition absolument classique, un vrai "cas d'école". Et Bergäntzel, un an après la livraison, compléta fort logiquement l'instrument avec une Voix humaine, un Clairon (pour le Grand-orgue) et un Clairon de Pédale. Ces trois jeux avaient probablement déjà leurs Chapes, et il ne manquait alors que les tuyaux.
L'ensemble fut reçu par messieurs EPPEL (Colmar) et Johannes STOFFEL (Munster).

     L'orgue Bergäntzel fut entretenu en 1819 par un certain SCHERTZINGER. L'instrument fut modifié à l'occasion de l'agrandissement de l'ancienne église en 1831-32 : en 1833, il y eut en effet une intervention de la Maison CALLINET : probablement le remplacement de la Montre (la Montre d'origine était en plomb et non en étain), plus d'autres travaux aux Sommiers, et probablement la suppression de la Tierce 1'3/5 du Grand-orgue au profit d'une Flûte traversière de 4 pieds.

     En 1868, on construisit l'église actuelle (contemporaine du Temple de Munster), en style néo-gothique, à trois nefs, prenant modèle sur celle de Moosch. L'église neuve fut consacrée le 23/09/1873 par Mgr Raess et la vieille église fut démolie la même année.

On transféra donc Buffet de l'orgue Bergäntzel dans l'église neuve en 1873, mais la partie instrumentale fut à nouveau modifiée : un Salicional au Positif et un Bourdon 16 au Grand-orgue apparurent probablement à cette date.

     En 1900, le facteur Sattler plaça une Gambe au Grand-orgue et remplaça le Clairon de Pédale par un Violoncelle.

Composition, avant destruction
Positif Grand-orgue Pédale
Bourdon 8' Bourdon 16' Soubasse 16'
Salicional 8' Montre 8' Flûte 8'
Prestant 4' Gambe 8' Violoncelle 8'
Flûte traversière 4' Prestant 4' Flûte 4'
Nasard 2'2/3 Nasard 2'2/3 Trompette 8'
Doublette 2' Doublette 2'  
Cromorne 8' Cornet 5 rgs  
  Fourniture 3 rgs  
  Trompette 8'  
  Clairon 4'  
Cet orgue, qui "quoique vieux [était] en bon état" (d'après le curé BURTZ) ainsi que le Buffet de Bergäntzel disparurent dans l'incendie criminel provoqué par les Nazis, le 18/06/1940. La quasi totalité de Wihr-au-Val fut la proie des flammes.

Buffet Bergäntzel

Photo de l'ancien buffet de l'orgue Bergäntzel (3) avant l'incendie du 18/06/1940 déclenché par les troupes nazies, et qui a provoqué l'effondrement de la nef et du clocher.

L'orgue Mutin-Cavaillé-Coll

     Bien avant ce drame, en 1900, Charles MUTIN (1861-1931) avait prit la succession du plus illustre facteur parisien, et réussit, durant quelques années, à conserver le niveau d'excellence qu'avait atteint l'entreprise.

La Maison Mutin-Cavaillé-Coll construisit, entre 1917 et 1920 (on le date généralement de 1918), un orgue "de salon" pour Claude DUBOSCQ (1897-1938), compositeur de musique (et "humaniste" plutôt éclectique dans toutes sortes de domaines artistiques, dont le Théâtre).
L'instrument était destiné à sa résidence d'Onesse-et-Laharie, située dans les Landes. Antoine Duboscq, son père, décide en effet de lui faire ce cadeau à l'occasion de son retour de la guerre : en 1917, il prend contact avec Mutin, et lui explique qu'il veut un orgue pour son fils, et ajoute que "s'il est victime de la guerre, je donnerai l'orgue à une église". L'instrument fut inauguré le 21/01/1920. Placé dans un grand hall, il était accompagné de nombreux autres instruments de musique, dont deux pianos Pleyel, des cuivres, une harpe et des percussions.

Claude Duboscq à l'orgue

Portrait de Claude Duboscq à l'orgue, par le peintre Jules Joëts (1884-1959).
Photo transmise par l'Abbé Gilles Duboscq, 3ème fils du compositeur.

Il s'agissait d'un "Instrument de travail et de prière", qui fut le centre d'une intense activité musicale et de concerts. L'idéal musical de Claude Duboscq était incarné par Vincent d'Indy, Rameau, Fauré, Ravel, Debussy et Satie. Duboscq se consacra à partir de 1926 à l'art dramatique, mais alla jouer de nombreux orgues en Europe.

A la mort de Claude Duboscq, le 02/05/1938, et avec l'arrivée de la guerre, la maison d'Onesse fut vendue et démantelée. L'orgue fut finalement revendu au compositeur hollandais Marius MONNIKENDAM (1896-1977), qui le destinait au conservatoire de La Haye. L'affaire se fit probablement en Avril 1940. L'orgue Mutin n'arriva en Hollande qu'en 1942, et fut come prévu installé dans la Salle de concerts du conservatoire. Monnikendam était resté propriétaire de l'instrument, mais lorsqu'il tomba dans de grandes difficultés financières, en 1952, il songea (quoiqu'avec grand dépit) à vendre l'instrument.

     Parmi les contacts que Monnikendam prit pour vendre l'orge Mutin, il y eut la Maison ROETHINGER, en 1954. Roethinger savait que Wihr-au-Val cherchait à remplacer son orgue disparu, avec l'appui d'un conseiller (et voisin) de poids, en la personne d'Albert SCHWEITZER. Une annonce pour "Un important orgue Cavaillé-Mutin" parut aussi dans "Caecilia" en 1955.

Marius Monnikendam à La Haye

Marius Monnikendam à l'orgue au conservatoire de La Haye.
Archives privées de Marius Monnikendam, photos fournies par le Dr Ton van Eck, organiste titulaire de la cathédrale Saint-Bavon à Haarlem et expert d'orgues aux Pays-Bas.

L'affaire fut conclue pour 3 millions d'Ancien-Francs, plus les frais (transport, douane et montage).

     L'orgue Mutin arriva à Wihr-au-Val par le train, en Mai 1955. Monnikendam était en très bon rapports avec la paroisse, et désirait même participer à l'inauguration de l'instrument. Comme le curé Rohmer était visiblement fâché avec Roethinger, il demanda à Monnikendam de procéder au remontage. Ce dernier s'assura les services de trois artisans hollandais et de deux facteurs d'orgues parisiens : HERMANN et PERROUX. Perroux se chargea de la réharmonisation. Lors de l'un de ses retours d'Afrique, Albert Schweitzer assista au remontage. Le 15/06/1955 l'instrument était à nouveau en état de marche.

L'orgue fut inauguré le 28/08/1955 (sans Schweitzer, qui était à Francfort). Au claviers se succédèrent Monnikendam, Jean-Joseph ROSENBLATT (Colmar, St-Martin) et R. SEITER (Strasbourg, St-Pierre-le-Vieux).

     Le 18/09/1955, Albert Schweitzer donna à Wihr-au-Val le dernier concert de sa vie. Il partagea les claviers avec Edouard NIES-BERGER. Au programme : Bach, Mendelssohn, Widor et Franck.

Mais l'affaire n'était pas terminée : il y eut des "difficultés" . A Wihr-au-Val, on finit en effet par avoir vent de défauts de remontage, et on ne voulait plus payer. Et pendant ce temps, le Franc était en pleine dévaluation par rapport au Florin... L'instrument n'avait de fait pas été remonté dans les règles de l'art : on ne s'était pas dispensé des services de Roethinger sans conséquence.

Deux mois après l'inauguration arriva une caisse contenant un Jeu complet !

Schweitzer à Wihr-au-Val

Avec l'autorisation des Archives centrales Albert Schweitzer à Gunsbach, voici la photo d'Albert Schweitzer en compagnie d'Édouard Nies-Berger, organiste à New-York d'origine alsacienne et du jeune Alfred Kern lors du concert du 18/09/1955 à Wihr-au-Val.

Alfred KERN fut appelé au chevet de 'l'instrument, ainsi que l'abbé Jean RINGUE. La pression était visiblement trop forte (et du coup l'harmonisation à refaire) et il y avait des problèmes de mécanique. En Septembre 1955 des travaux furent donc menés par Alfred Kern : rectification des Tailles, réharmonisation sous 80 mm de colonne d'eau. Sur demande de Schweitzer, on ajouta une Flûte 16' à la Pédale et une Mixture 3 rangs au Grand-orgue. C'est probablement lors de ces travaux que le Basson/Hautbois du Positif a été échangé avec le Soprano harmonique (Hautbois 4') du Récit, et que la Boîte expressive du Positif a été supprimée. Il fallut de fait démonter tout l'instrument pour le dépoussiérer.

Monnikendam envoya sa facture le 20/09/1956. L'affaire prit une tournure et une complexité inexplicable. Les Dommages de guerre furent plus difficiles à obtenir que prévu. (Le remontage avait été mal fait, certes, mais ce n'est pas Monnikendam qui avait écarté Roethinger. Entre temps, l'abbé Rohmer, qui avait pris cette décision, était décédé...) Si bien que le reliquat du prix de l'orgue ne fut payé qu'en 1959. Entre temps, les 3 millions d'Ancien Francs avaient perdu 20 % de leur valeur.

     L'instrument a été relevé par Richard DOTT en 1995 à l'initiative de l'Abbé Albert BECK.
La Composition d'origine a été restituée.
L'orgue a repris son service le 11/11/1995 avec, à la Console, Gérard WISSON, organiste à l'église catholique de Munster.

L'orgue a été inauguré le 03/12/1995 par Thierry MECHLER, avec la participation de l'ensemble vocal "La Saltarelle" de Mulhouse. En clôture fut interprétée la 8ème symphonie de Charles-Marie WIDOR.

En Août 2003, Pascal REBER (Strasbourg, cathédrale) a fait un enregistrement des oeuvres de Guilmant, Vierne et Boëly.

C'est un orgue absolument remarquable, dont l'harmonie est exceptionnelle.


Une vraie invitation à la musique.

Pression : 80 mm.
Mécanique : à Equerres (Console indépendante dirigée vers la nef). Sommiers à Gravures. Emprunts Pneumatiques.
Machine Barker pour les Accouplements sur le Grand-orgue.
Il y a des Appels pour la Pédale, le Grand-orgue, les Anches et Mutations du Positif et du Récit.
Tuyauterie (de très belle facture) à Entailles de timbre.
Les Jeux marques "(ext.)" dans la Composition sont en Extension. La Soubasse (qui n'est pas empruntée au Grand-orgue), fait 54 notes, et permet par extension la création des Registres en 16', 10'2/3, 8' et 4'. Elle est logée juste derrière la Machine Barker des Accouplements (donc dans le Soubassement) ; basses en bois, dessus métallique. La grande Flûte ouverte est située à l'arrière (et à l'extérieur) du Buffet ; son tirage est pneumatique.
La Mixture et la Flûte 16' de Kern sont très bien intégrées.
Le Positif a été expressif, mais il ne l'est plus (on voit d'ailleurs à la Console les traces de la seconde pédale d'expression).

Le Buffet était "blanc-gris ou blanc-argenté" à l'origine.


Wihr-au-Val, l'orgue Mutin.
Photos Samuel WERNAIN. On comparera la Plaque d'adresse à celle de Guebwiller, N.D.

(1) Le Basson/Hautbois est bien au Positif.
(2) Au Récit, il y a un "Soprano harmonique", une Anche de 4 pieds (un Hautbois) qui est d'ailleurs une vraie merveille.
(3) Extrait d'une brochure réalisée par l'Association du Foyer Saint Sébastien à l'occasion du 120ème anniversaire de l'église St-Martin de Wihr-au-Val.

Sources :

  • Samuel WERNAIN, Mémoire "Les orgues de Wihr-au-Val et l'orgue Mutin Cavaillé-Col", 2004
  • Archives Centrales Albert Schweitzer Gunsbach.
  • Remerciements à l'Abbé Gilles Duboscq.
  • Archives de Monnikendam ; Dr Ton VAN ECK, organiste et expert d'orgues en Hollande.
  • P. MEYER-SIAT, "Martin et Joseph Bergäntzel, facteurs d'orgues", AEA XLIII (1984)

Activités culturelles :

  • A paraître : CD de Pascal REBER (Strasbourg, cathédrale) ; oeuvres de Guilmant, Vierne et Boëly

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Dernière mise à jour : 04/02/2014 12:56:28

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