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Les orgues de la région de Bischwiller
Offendorf, Ste-Brigitte et Sts-Pierre-et-Paul
1917 degr > Dégâts
Offendorf, le 02/04/2006.
Photo de Guillaume Muller, comme celle de la console ci-dessous.Offendorf, le 02/04/2006.
Photo de Guillaume Muller, comme celle de la console ci-dessous.

Entre 1889 et 1945, l'église d'Offendorf a abrité un orgue d'exception : un instrument symphonique de Martin Rinckenbach, l'opus 22 de la maison d'Ammerschwihr. Hélas, comme l'édifice et une bonne partie de la localité, il ne survécut pas aux terribles événements de janvier 1945. L'histoire des orgues d'Offendorf commence dès le milieu du 18ème siècle.

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Historique

Le premier orgue d'Offendorf était un petit instrument fourni en 1756 par Jean-André Silbermann. [IHOA] [Mathias] [MSchaeferSilb]

La pédale était fort probablement incomplète (15 à 20 notes), et la composition sans surprise :

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Historique

En 1810, Michel Stiehr posa un instrument à peine plus grand, toujours limité à un seul manuel, et avec une pédale incomplète : [IHOA]

Notons que le devis avait été rédigé en Allemand, et que pour le présenter à la préfecture, il fallut le faire traduire. Le traducteur retenu s'appelait Flaxland, et il ne faisait pas que traduire : il commente, dans le but de recommander l'approbation : "Je pense qu'on ne peut assez se hâter d'employer les fonds des communes à des objets durables, plutôt que de les laisser dormir et périr entre les mains des percepteurs !" [PMSSTIEHR]

Cette approche de la gestion de la dépense publique a connu plus tard le succès que l'on sait.

La pédale était effectivement prévue à 13 notes seulement : "Le clavier consistera en 51 touches depuis C bas jusqu'au D dessus contre, et les pétales comprendront une octave." [PMSSTIEHR]

(Ce qui nous rappelle que c'était une époque où les canons tiraient des poulets.) Clairement, ce pédalier n'était pas prévu pour être utilisé ; mais il était quand même indispensable. Et il "fallait" 3 jeux ! Peut-être parce que c'est la présence d'un pédalier qui définissait un orgue. (En le distinguant d'un piano à tuyaux.)

L'église a été reconstruite en 1849 : l'instrument a donc été démonté et remonté pour y être installé.

En 1889, l'instrument a été déménagé à St-Cyprien d'Eckbolsheim. [IHOA]

Il alla ensuite à Saulxures, où il devint - au moins visuellement - le seul cas connu d'orgue-accordéon.

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Historique

C'est en 1889 qu'arriva l'orgue Martin Rinckenbach d'Offendorf. [LR1907] [IHOA]

Reconstitution de l'orgue Martin Rinckenbach d'Offendorf.Reconstitution de l'orgue Martin Rinckenbach d'Offendorf.

Trois facteurs avaient été mis en concurrence : Charles Wetzel, Louis Mockers, et Martin Rinckenbach :

Le projet de Charles Wetzel

Wetzel avait proposé un instrument de 20 jeux (10+6+4), avec récit expressif et console indépendante, et il était le moins cher, en demandant 8000 Marks.

Le jeu désigné par Wetzel par "Flûte traversière 8'" au grand-orgue était probablement une "Flûte majeure", ouverte, en bois, et non harmonique. Il y a un Principal 4' au récit, qui est dépourvu du Flûte 4'.

Le projet de Louis Mockers

Louis Mockers était plus cher (10000 Marks) pour 21 jeux (11+5+5). L'original de ce devis est perdu, mais Louis Ginter l'avait recopié. Il n'y figure ni l'étendue des claviers ni les accouplements :

Le récit, limité à 5 jeux (face à un grand-orgue de 11), est fort curieux : il est dépourvu de Bourdon 8'. Il y a une Flûte harmonique 4' au récit, mais aussi une Flûte octaviante 4' (au grand-orgue ; c'est peut-être la Flûte majeure qui était censée tenir le rôle de la Flûte harmonique 8'). Mais le gros problème de Louis Mockers était qu'il n'avait pas grand-chose à montrer, en 1889, en matière de références. Il finira par construire un orgue analogue (un peu plus petit et sans plan sonore expressif) à Schweighouse-sur-Moder en 1894.

L'opus 22 de Martin Rinckenbach

La proposition de Martin Rinckenbach s'établissait aussi à 10000 Marks, mais pour 22 jeux. On sait que l'instrument était semblable au "Wunderwerk" d'Oberbronn, construit deux ans plus tard (1891). [CahierPerdu] [PMSRHW] [LR1907]

Rinckenbach était Haut-Rhinois (alors que Wetzel était installé à Strasbourg, et Mockers à Seltz). Mais quelles références ! En 1888 il avait achevé l'orgue de la collégiale de Thann. De 1887 date celui de Mulhouse, St-Joseph. Plus près, géographiquement, d'Offendorf, il y avait Hoenheim (1885), ou même Geispolsheim (1888). Il est clair que si les édiles d'Offendorf sont allés entendre l'un ou l'autre de ces instruments, le choix devenait évident. D'un point de vue musical, Rinckenbach était des années-lumière au-dessus de ses concurrents. Il fournissait les écoles normales (Colmar, 1888, Phalsbourg, 3 orgues).

La plaquette "1962 - 2012, Église Saints Pierre et Paul, Offendorf" montre une photo de l'orgue Rinckenbach. Le buffet est issu d'une lignée remontant à celui de Buethwiller (1883). Il ressemblait beaucoup à celui de Hoenheim (1885), qui l'a fort probablement inspiré. Mais aussi à la merveille de Werentzhouse (1889), dont il était pratiquement contemporain. Cela a permis l'essai de reconstitution visuelle ci-dessus.

Restitution de la composition

La composition ne semble jamais avoir été publiée. On sait que l'instrument réalisé était semblable à celui du couvent d'Oberbronn grâce à un témoignage d'Edouard Ignace Andlauer. Dans une lettre au recteur de Masevaux, datée du 11/10/1891, il écrit : "Au mois d'août dernier, Monsieur le Supérieur Simonis m'a prié d'examiner son orgue de la chapelle d'Oberbronn, construit cet été par M. Rinckenbach, d'en faire la réception. Je l'ai trouvé parfaitement réussi. C'est dommage que M. Sering ne le connaisse pas ; mais il connaît un orgue semblable, de M. Rinckenbach, à Offendorf." [Masevaux1963]

Mais "semblable" ne veut pas dire "jumeau". La liste de travaux Rinckenbach publiée en juin 1907 dans "Caecilia" par François-Xavier Mathias donne d'ailleurs 22 jeux à Offendorf (opus 22) et 20 au couvent d'Oberbronn (opus 31). Dans l'inventaire joint au compte rendu du congrès, paru en 1932, Mathias lui donne 23 jeux : "23 Jeux, 2 Clav. Péd., sommier à coulisses, traction à vergettes". Le plus probable est donc que, partant d'un devis de 22 jeux, c'est un instrument de 23 qui a été construit. Les compositions des orgues Martin Rinckenbach de 1874 à 1898 peuvent aider à la reconstitution. Mais Rinckenbach n'a jamais construit deux fois le même orgue, et chaque instrument possède au moins une "surprise", ou plus exactement une originalité, qu'il n'aurait pas été possible de prévoir par la seule analyse des autres compositions.

De plus, on le sait, l'orgue du couvent d'Oberbronn a été littéralement massacré en 1960. Là-bas, ce n'était pas un "fait de guerre", mais une des plus effroyables "baroquisations" de l'histoire de l'orgue alsacien. Un "expert" totalement irresponsable a demandé à Max Roethinger de chambouler complètement cet instrument magnifique pour lui donner une composition... qui est objectivement le triomphe du mauvais goût appliqué à l'orgue... Ce n'est donc pas (du tout) là-bas qu'il faut aller pour se faire une idée de ce qu'était l'orgue symphonique d'Offendorf.

En l'état actuel des indices que nous savons, le plus probable est que la composition initialement prévue (22 jeux) était identique à celle de l'orgue de Hoenheim (22 jeux, 11+6+5, 1885), et complétée à 23 comme à Husseren-les-Châteaux (11+7+5, 1890). C'est à dire par un 4' au récit, sûrement une Viola, une Fugara ou un Gemshorn. A la pédale, la Quinte 5'1/3 était sûrement la "surprise" de Husseren, et on trouvait donc probablement à Offendorf une plus conventionnelle Bombarde 16'. De plus, au grand-orgue, comme on était en 1889 et plus en 1885, on voit mieux un Dolce 8' qu'une Flûte majeure.

Un instrument très apprécié

Un article du "Volksfreund" (n°33, 1890, p.229) confirme que la paroisse s'est dotée en 1889 d'"eine in jeder Beziehung ausgezeichnete Orgel" ("un orgue en tous points parfait"). En 1892, la localité voisine de Dalhunden se fit à son tour construire un orgue Rinckenbach. Et cette bonne réputation dura longtemps : en 1912, Sessenheim choisit à nouveau la maison d'Ammerschwihr.

Les tuyaux de façade ont été réquisitionnés par les autorités le 22/06/1917. [IHOA]

C'est très certainement la maison Roethinger qui procéda à leur remplacement : cela correspondrait à la réparation notée par Mathias. [Mathias]

Un article du "Journal de Haguenau", paru le 21/04/1925 et daté du 14, indique que "Unsere Orgel wird demnächst einer durchgreifenden Reparatur unterzogen, wobei auch neue Prospektpfeifen eingesetzt werden sollen." ("Notre orgue sera prochainement réparé en profondeur, et de nouveaux tuyaux de façade doivent aussi être installés.") [JournalHaguenau]

Comme les trois quarts de la localité, l'église et l'orgue d'Offendorf ont été détruits par faits de guerre en janvier/février 1945. [IHOA]

La reconstruction prit pratiquement jusqu'aux années 1960. De l'église, il ne restait que quelques murs.

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Historique

Un édifice provisoire en bois a été construit en 1946, et a servi jusqu'en 1962. Aussi, vers 1956, Max et André Roethinger y posèrent un orgue provisoire de 8 jeux. [IHOA]

Fin 1961, Curt Schwenkedel est allé à Offendorf, sûrement dans le but de faire une proposition pour remplacer l'instrument. L'affaire ne se fait pas, mais il releva la composition de l'orgue Roethinger ainsi que des détails techniques : [SchwenkedelDO]

Composition, 1961
Grand orgue, 56 n. (C-g''')
Récit expressif, 56 n. (C-g''')
C c f''
2' 2'2/3 4'
1'1/3 2' 2'2/3
1' 1'1/3 2'
Pédale, 30 n. (C-f')
En extension
I/P
[SchwenkedelDO]

Les notes de Schwenkedel comportent aussi un schéma de la façade de l'orgue : deux tourelles encadrant une plate-face en mitre. [SchwenkedelDO]

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L'orgue Jean-Georges Koenig,
1963 (instrument actuel)
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Historique

En 1963, Jean-Georges Koenig construisit un orgue pour l'église neuve. L'instrument est totalement dépourvu de buffet. Sommiers et tuyaux sont logés dans une niche de l'édifice. [IHOA]

Caractéristiques instrumentales

Console:
La console de 1963.La console de 1963.

Console indépendante, placée au sol, fermée par un rideau coulissant. Tirage des jeux par dominos placés en ligne au-dessus du second clavier, groupés par plans sonores. Un quatrième groupe, à gauche, est destiné aux accouplements. Claviers blancs. Les aides à la registration sont commandées par 4 poussoirs, placés au centre sous le premier clavier. Commande de la combinaison libre par paillettes basculantes placées au-dessus de chaque domino. Les Accouplements et tirasses sont donc programmables.

Transmission:

Electrique.

Sommiers:

Sommiers à gravures pour les manuels, à cônes pour la pédale.

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670356001P05
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