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Les orgues de la région de Hirsingue
Pfetterhouse, St-Géréon
vers 1916 dest > Destruction
avant 1964 tran > Transformation
Tuyaux de façade de Joseph Callinet.
Pfetterhouse, photo Yannick Merlin (vers 2000).Pfetterhouse, photo Yannick Merlin (vers 2000).

Il ne reste guère en Alsace de Jules Besserer (1881-1938) que trois ou quatre orgues. Celui de Pfetterhouse, construit en 1924, fut probablement son premier orgue neuf. Malheureusement, il dut payer un lourd tribut à l'époque noire de la facture d'orgues en Alsace : au début des années 1960 il eut la visite d'un facteur qui le défigura en remplaçant au moins 4 jeux "façon néo-baroque", et... en gratta méticuleusement la plaque d'adresse de Besserer pour la rendre illisible. Heureusement, l'instrument fut confié plus tard à Michel Gaillard. Une restauration dans l'état de 1925 n'a toutefois pas été menée.

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L'orgue Joseph Callinet,
vers 1853
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Historique

C'est vers 1853 (avant 1857) qu'arriva le premier orgue de Pfetterhouse : il a été construit par Joseph Callinet et était probablement logé dans un "buffet-caisse". C'était un très petit instrument, qui n'avait qu'un seul manuel. [IHOA] [Barth] [PMSCALL]

En octobre 1888, Martin Rinckenbach remonta l'orgue dans l'église neuve. [IHOA] [Barth]

L'instrument fut détruit vers 1916. [IHOA]

Seuls quelques tuyaux ont pu être récupérés, dont la façade. Or, les façades Callinet sont devenues très rares, suite aux réquisitions de 1917 (qui n'affectèrent pas certaines localités du sud de l'Alsace). [SBraillon]

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L'orgue Jules Besserer,
vers 1925 (instrument actuel)
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Historique

C'est vers 1925 (1936 pour certaines sources) que Jules Besserer construisit l'orgue de Pfetterhouse. [ITOA] [IHOA]

C'était évidemment un instrument symphonique (post-romantique), de taille moyenne, avec 16 jeux romantiques sur deux manuels et pédale. Il est doté d'accouplements des claviers à l'octave, qui sont le prolongement naturel de ce type de compositions, permettant de parvenir à une excellente dynamique dans les crescendo, ainsi que des sonorités "néo-classiques" (aigües). La Trompette au récit en fait un orgue apparenté aux Romantiques français. La composition d'origine ne semble pas être connue, et c'est fort dommage.

Il y avait une autre (belle) histoire au sujet de l'orgue de Pfetterhouse : sûrement pour compenser un manque de moyens, on décida de faire réaliser le buffet par un artisan local. Aloyse Ricklin confectionna une façade de style néo-gothique, découpée dans une grande planche de chêne. Ce n'était donc pas un vrai buffet d'orgue sculpté, mais juste une façade dans un style en harmonie avec la partie instrumentale. Il arrive que ces traits dénotant une grande modestie (et une économie de moyens) fassent partie de l' "identité" de instrument. Aloyse Ricklin avait fait ce qu'il a pu, et un "vrai" buffet n'aurait pas rendu l'orgue meilleur sur le plan sonore.

C'est probablement un peu avant 1964 que cet instrument fut livré à un "facteur" resté anonyme, qui défigura la composition pour la rendre "néo-baroque" comme c'était à l'époque la mode. Il plaça dans cet orgue symphonique au moins quatre jeux totalement étrangers à son esthétique : Nasard, Tierce, Doublette, Cymbale. Et, non contant d'endommager cet instrument pour longtemps (remplacer de beaux jeux romantiques par des petits est une opération lucrative, si on revend les matériaux, réparer est très coûteux car il faut payer le métal nécessaire), il détruisit la plaque d'adresse de Besserer pour la rendre illisible ! Cela montre bien dans quel esprit étaient pratiquées les "néo-baroquisations", et le curieux sens de l'éthique de certains facteurs. [ITOA] [IHOA]

Voici la composition que releva l'inventaire de 1986 (heureusement, la transmission ne semble pas trop avoir été abîmée) :

Comme en de nombreux autres endroits, les changement de jeux ont du rendre les trois combinaisons fixes inutiles : en l'absence de "reprogrammation", elles donnent à peu près n'importe quoi.

En 1984, l'orgue eut plus de chance, puisqu'il fut confié à Michel Gaillard. [SBraillon]

On peut supposer que la réparation des dégâts des années 60 aurait été trop coûteuse. Tant qu'à faire, pour rendre la composition cohérente, on remplaça la Tierce du grand-orgue (complètement inutile dans ce contexte) par un dessus de Cornet. On décida aussi de munir l'orgue d'un "vrai" buffet. [SBraillon]

Mais on était dans les années 80, donc avec la "sensibilité" de l'époque. C'est un dessin de type Roeschwoog" qui fut adopté (c'est à dire inspiré par les Stiehr ainsi désignés car le buffet de Roeschwoog fut le premier de la lignée). On sait aujourd'hui que ce style esthétique est plutôt en harmonie avec un orgue "de transition" (pré-romantique), et pas du tout avec un orgue symphonique.

Enfin, la Tierce récupérée au grand-orgue (et datant des années 60) fut malheureusement placée au récit (probablement pour aller avec le Nasard), et, pour faire de la place, c'est cette fois la Flûte d'amour 8' qui fut perdue !

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2005
Grand-orgue, 54 n. (C-f''')
Façade d'orgine de Callinet
Récit expressif, 54 n. (C-f''')
Pédale, 25 n. (C-d')
[SBraillon]
Console: indépendante face à la nef.
Transmission: pneumatique tubulaire.
Sommiers: à membranes, de Besserer.

Sites Jules Besserer (1881-1938)

Jules Besserer a appris la facture d'orgues chez Friedrich Goll à Lucerne (CH) et Joseph Rinckenbach à Ammerschwihr. Il s'installa à Leymen en 1924, année où il reconstruisit l'orgue de Village-Neuf, et transforma le Callinet d'Issenheim. Toujours en 1924, décidément l'une de ses années de plus forte activité, il modifia un autre orgue Callinet : celui de Soultzbach-les-Bains.

C'était à l'époque le lot des facteurs qui n'étaient pas parvenus sur le devant de la scène : des transformations d'orgues anciens qui ne donnaient plus satisfaction. Plus tard, on jugea très négativement ces travaux (qui ont enlevé leur authencité à des orgues historiques), ce qui n'arrangea pas la réputation de ces facteurs. Pourtant, ils faisaient avant tout ce qu'on leur demandait de faire.

De 1925 datent ses instruments de Pfetterhouse et Liebenswiller (ce dernier a été abîmé dans les années 80). Il reconstruit aussi la même année la transmision de l'orgue Valentin Rinkenbach, 1846, de Kappelen (qui ne s'en remit pas). En 1926, il transforma profondément l'orgue de Leymen, localité où il était installé. Son dernier orgue neuf en Alsace date de 1927, et se trouve à Goldbach-Altenbach. Il n'est pas non plus resté authentique, car les réparations des dégâts causés par la seconde Guerre mondiale ont été accompagnées de transformations (la Fourniture est sur 1').

Il ne reste rien de l'orgue situé à Eberbach, qu'il compléta en 1928 en lui ajoutant un récit. En 1930, on le vit travailler sur le Merklin de Ranspach. Médard Barth signale aussi un orgue neuf de Besserer à Holtzwihr en 1930. Il y a au moins posé une façade, en remplacement de celle réquisitionnée en 1917, sur (ce qui restait de) l'orgue Bergäntzel, 1789. Mais les modifications ont peut-être été plus profondes.

Besserer construisit aussi un instrument neuf (13 registres, 2 manuels) à Riedwihr entre 1924 et 1932, sur la base de ce qui restait (autant dire pas grand-chose) de l'orgue Christian Langes, 1780, du lieu. Besserer fit bien sûr aussi quelques réparations, et procéda au remplacement de façades réquisitionnées en 1917. Son travail à Stetten n'est sûrement qu'une légende. Son dernier travail d'importance semble avoir été la contestable rénovation, en 1933, de l'orgue Claude-Ignace Callinet, 1854 de Réguisheim. (Il n'y laissa que 26 jeux sur 31, et seuls 23 jeux Callinet survécurent ; cet orgue était bel et bien un 3 claviers en 1854 !)

Il semble avoir cessé son activité après 1933.

Références Sources et bibliographie :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F680257001P02
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