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Les orgues de la région de Barr
Le Hohwald, Notre-Dame de la Nativité
1917 degr > Dégâts
après 1937 repa > Réparation
Partie sonore entièrement authentique.
L'orgue Rinckenbach du Hohwald, le 16/04/2016.L'orgue Rinckenbach du Hohwald, le 16/04/2016.

Au milieu du 19ème siècle, le chemin de fer arriva au Hohwald. Cela permit à cette localité forestière de devenir un station climatique de premier plan, fréquentée par des diplomates (les Karsakov, M. Schoop) et d'autres personnalités de renom : on pouvait aussi bien y croiser Sarah Bernhardt que le maréchal Joffre ou Konrad Adenauer. Son église catholique date justement de 1851, et a été réalisée sur des plans du renommé Eugène Petiti. Elle fut dotée de pièces de mobilier du 18ème (dont le maître-autel) provenant de l'abbaye de Neubourg.
Pour l'orgue aussi, on voulait ce qu'il y a de mieux (on dit que Marie Joseph Erb et Reynaldo Hahn fréquentaient le lieu !), et l'on s'adressa donc aux facteurs alsaciens les plus talentueux : Martin et Joseph Rinckenbach d'Ammerschwihr. Construit en 1905, leur opus 88 est contemporain de la parution de l'ouvrage d'Albert Schweitzer "J. S. Bach, le musicien-poète". Nous sommes alors au coeur de l'âge d'or de l'orgue alsacien.

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Historique

C'est en 1905 que Martin et Joseph Rinckenbach posèrent au Hohwald l'opus 88 de la maison d'Ammerschwihr. [IHOA] [ITOA] [Visite]

La paroisse du Hohwald était devenue indépendante en 1852 (dès l'achèvement de l'église), mais, en 1892, on se servait encore d'un harmonium. Le devis fut établi en 1904, et soumis à l'approbation de F.X. Mathias (Strasbourg, cathédrale) et d'Adolphe Gessner (Strasbourg, conservatoire). Le conseil de fabrique signa avec la maison Rinckenbach le 07/08/1904. L'orgue fut posé au cours de l'été 1905, mais la réception officielle ne semble avoir eu lieu que le 13/07/1906. (L'année de naissance d'Adélaïde Hautval.) [Barth]

L'instrument est visuellement très proche de l'orgue que la maison d'Ammerschwihr réalisera plus tard pour Ingersheim (1917-1919). Le mobilier 18ème déjà présent au Hohwald a probablement déterminé le style très néo-baroque des buffets.

Car il y en a deux. Depuis que la transmission pneumatique avait été maîtrisée (1899), la maison Rinckenbach pouvait proposer des instruments répartis sur deux corps, avec, comme ici, la console au milieu. On optait pour cette solution pour dégager une baie à l'arrière de la tribune, ou tout simplement pour mieux répartir l'instrument dans l'espace disponible. La solution avait donné satisfaction à Niederhaslach en 1903, puis à nouveau à Dauendorf en 1904 (il est vrai dans un buffet Koulen préexistant, déjà en deux corps). En 1920, une version plus grande - mais visuellement très proche - fut construite à Ingersheim. Entre temps, l'opus 98, à Waldighoffen (1905 mais postérieur au Hohwald) en constitua une déclinaison néo-gothique (avec plus de hauteur sous plafond et une rosace bien plus grande).

L'instrument n'ayant jamais été modifié, la composition actuelle est d'origine. Il n'y a que des jeux de fonds, ce qui a permis d'établir une palette d'une grande richesse dans ce domaine, malgré le nombre limité de jeux (10). Le choix assume clairement son héritage romantique allemand : il s'agit de doser finement l'intensité et la couleur, en mélangeant les 8'. On peut y voir l'influence d'Adolphe Gessner. Il n'y a donc pas d'anche, ni de détail, ni même une Trompette au grand-orgue : ce n'est finalement pas rare à l'époque pour cette esthétique. Dans cette logique, la Mixture est un "couronnement", que l'on ne sort que lorsqu'on a tiré tout le reste. La présence d'un registre "Echobass" est significative : permettant d'alimenter la Soubasse avec moins de vent pour disposer d'un 16' plus discret et donc l'adapter en intensité aux registrations des manuels, il répond à une préoccupation constante de l'orgue romantique allemand de contrôler les fondamentales, que l'on veut très fournies dans les Forte, mais discrètes dans les passages sur le récit seul. Tout aussi significatif est l'accouplement à l'octave du récit sur le grand orgue : on aurait pu l'imaginer "en 4'" (à l'octave aiguë), pour munir l'instrument d'au moins un 2', mais c'est bien "en 16'" (à l'octave grave) qu'il a été réalisé : même un instrument de 10 jeux doit pouvoir sonner "en 16'", comme les grands.

L'orgue du Hohwald est clairement inscrit dans son temps, et constitue un jalon dans l'évolution qui la caractérise : dans l'ouvrage d'Albert Schweitzer "J. S. Bach, le musicien-poète" (paru en 1905), l'auteur regrette que "[...] l'oeuvre de Bach ne saurait guère profiter de la sonorité de l'orgue moderne. Les jeux de fond y ont pris trop d'importance par rapport aux mixtures; ils sont trop nombreux et ont, en même temps, trop de "volume"". De fait, ces orgues post-romantiques sont fidèles à une conception toute "orchestrale" de l'étagement des timbres. Evidemment, ce type d'instrument n'est pas pensé pour la musique de la première moitié du 18ème, mais constitue l'idéal pour les maîtres romantiques et post-romantiques allemands, de Mendelssohn à Reger, en passant par Rheinberger ou Karg-Elert.

Pour nuancer le propos tendant à faire croire qu'on a à faire à un instrument "spécialisé", il faut remarquer qu'il y a bien deux jeux de détail : le Dolce (orthographié "Dolcé" de façon très française à la console) et le couple Voix céleste / Salicional du récit. L'influence romantique française semble limitée à la Flûte harmonique du récit (et on ne s'est pas autorisé de Hautbois). Mais l'harmonisation est toute en douceur, pour respecter la poésie promise par cette composition.

Les dominos

Autre caractéristique indiquant l'intérêt porté à l'adaptation fine de la registration : l'usage de dominos pour appeler les jeux. La transmission pneumatique autorisait l'usage de tirants, qui ont été encore largement utilisés au début du 20ème siècle : Zellwiller (1899), Romanswiller (1902), et Urschenheim (1904), Kogenheim (1905). Il reviendront, même, à la toute fin des années 20 : Wattwiller (1929), Vieux-Thann (1929), La Broque (1930), et restent un "must" dans le "haut de gamme" : Mulhouse, Ste-Marie-Auxiliatrice (1912). Mais ici, on voulut la version à domino, qui sont plus rapides à manipuler. Les dominos du Hohwald ne ressemblent d'ailleurs pas aux autres dominos de Joseph Rinckenbach, bien que l'on retrouve les mêmes à Muttersholtz. Avec ce dernier et celui de Biltzheim (1904), l'orgue du Hohwald a été l'un des premiers Rinckenbach munis de dominos. On les retrouvera à Waldighoffen, puis sur de nombreux instrument d'après 1906.

Le reste de l'histoire est courte

Les tuyaux de façade (muets) ont été réquisitionnés par les autorités en mai 1917. [IHOA]

L'orgue a été réparé par Joseph Rinckenbach en 1925, mais la façade n'a pas été remplacée à cette occasion. [IHOA]

La soufflerie a été électrifiée par Edmond-Alexandre Roethinger en 1935. [Palissy]

L'inventaire historique situe après 1937, le remplacement des tuyaux de montre. Comme on voit mal la paroisse décider de l'électrification de la soufflerie avant le remplacement des tuyaux, la façade actuelle date sûrement de 1935. [IHOA] [Visite]

Le buffet

Le buffet, en chêne (pour la façade), est en deux corps, et de style néo-baroque. Chaque corps est constitué d'une tourelle centrale à entablement, plutôt large (7 tuyaux), occupant toute la hauteur disponible, et flanquée de deux plates-faces retombantes. L'ornementation est très élaborée, est respecte l'inspiration "première moitié du 18 ème" : amples jouées, rinceaux, claires-voies. Des motifs ronds ornent le bas des plates-faces, à l'endroit occupé par les "tampons de laye" d'un orgue classique. Les tourelles sont munies de culots ornés de feuilles d'acanthes. Les deux corps ont un peu moins de 3 de large, et l'espace les séparant est sensiblement de même dimension.

Ce buffet sera décliné plus tard (1917-1920) en plus grand à Ingersheim, avec des couronnements (mais sans jouées).

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2016
Grand-orgue, 56 n. (C-g''')
Intérieure ; facade muette
Récit expressif, 56 n. (C-g''')
Spotted ; Entailles de timbre
Entailles de timbre
Entailles de timbre
Conique
Pédale, 27 n. (C-d')
Bois ; bouches arquées
Tuyaux de la Soubasse alimentés différemment ; H.S. actuellement
I/P
Bourdon 8, Dolcé, Salicional ; Echobass ?
+Gambe, Flûte harmonique, Soubasse
Tutti sans voix céleste ; accouplements indépendants et ajustables
[ITOA] [Visite]
Console:
La console indépendante.Photo de Martin Foisset, 16/04/2016, comme celle de la plaque d'adresse.La console indépendante.
Photo de Martin Foisset, 16/04/2016, comme celle de la plaque d'adresse.

Console indépendante face à la nef, placée entre les deux corps du buffet, et fermée par un rideau coulissant. Tirage des jeux par dominos (grands et sans porcelaine centrale), situés au-dessus du second clavier. Claviers blancs. Commande des accouplements par dominos. Commande des combinaisons fixes par 4 pistons blancs, placés sous le premier clavier, et repérés par de petites porcelaines rondes et blanches à liséré doré, disposées entre des deux claviers : "PP", "MF.", "FF" et "0" (annulateur). Les combinaisons n'agissent pas sur les accouplements. Expression du récit par pédale basculante, légèrement décentrée à droite, et tournée vers le centre ; aucune autre commande à pied.

Plaque d'adresse à gauche, à hauteur de l'espace entre les dominos et le second clavier, constituée de lettres en laiton incrustées sur fond noir, et disant :

M.&J.Rinckenbach
Orgelbauer
Ammerschweier i/Els.
op.88.
Transmission: pneumatique tubulaire.
Sommiers:

A membranes. Le grand-orgue est logé dans le buffet de gauche. Le sommier est diatonique, en mitre (basses au centre). Il n'occupe pas tout l'espace, car l'escalier permettant d'accéder au clocher passe entre l'orgue et le mur du fond. Ordre des chapes depuis le fond jusqu'à la façade : Octave, Bourdon 8', Dolce, Gambe, Montre.

Le récit est logé dans le buffet de droite. Les jalousies sont placées directement derrière la façade (muette). Le sommier est diatonique, en M (basses aux extrémités). Ordre de chapes depuis le fond (accès) jusqu'aux jalousies : Voix céleste, Salicional, Flûte harmonique, Gemshorn.

La pédale est située contre le mur du fond, dans ce même buffet, dans l'espace symétrique à celui de l'escalier. Une rangée grave (C-c), en mitre, placée contre le mur du fond, est complétée par une rangée chromatique de 14 tuyaux (cis-d').

Soufflerie:

Il y a un réservoir à charge flottante à droite de l'orgue (donc probablement remplacé). Il y a aussi un réservoir "anti-secousses" dans la partie gauche (à plis), placé sous le sommier du grand-orgue.

Tuyauterie:

Entailles de timbre, bourdons à calottes mobiles. Les basses ont des bouches arquées. Toute la partie sonore est d'origine, et ne porte pas la moindre trace de modification.

La belle harmonisation est donc fort probablement d'origine. Puisqu'il n'y a que la façade qui soit postérieure à 1905, et que celle-ci est muette (l'arrière n'est même pas découpé), l'intégralité du matériel sonore est d'époque, et constitue un précieux témoin de la facture d'orgues telle qu'on la pratiquée avant le néo-classicisme.

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C'est un très bel instrument, exceptionnellement conservé, tout droit sorti de la Belle Epoque, dont le charme et la distinction sont toujours bien présents. Il est là pour rappeler le riche passé du Hohwald. Il est aujourd'hui (2015) malheureusement très empoussiéré, ce qui nuit à son accord et limite ses capacités musicales. Après un nettoyage, cet orgue de premier plan démontrerait avec brio que les belles choses, au Hohwald, appartiennent aussi au présent et à l'avenir.

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670210002P01
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