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Les orgues de la région d'Obernai
Zellwiller, St-Martin
1917 degr > Dégâts
Zellwiller, l'orgue Martin et Joseph Rinckenbach.
Les photos sont de François Muller, 09/2006Zellwiller, l'orgue Martin et Joseph Rinckenbach.
Les photos sont de François Muller, 09/2006

On trouve à Zellwiller l'opus 64 de Martin et Joseph Rinckenbach, un instrument d'un grand intérêt historique, car situé exactement à l'articulation entre les styles symphoniques et post-symphoniques. Entre 1895 et 1905, en effet, la facture d'orgues connut de nombreuses évolutions, étroitement liées à l'intense bouillonnement culturel qui enrichissait la vie musicale de l'époque. Pas étonnant, dans ce contexte, de rencontrer à Zellwiller des membres de l'entourage d'Albert Schweitzer, comme Ernest Münch (le fondateur du chœur St-Guillaume). Mais l'histoire des orgues de Zellwiller remonte au 18ème siècle.

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L'orgue de facteur inconnu (1775)
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Historique

Un premier orgue est attesté dès1775. On en ignore l'origine et les caractéristiques. [IHOA]

Cet instrument, forcément à traction mécanique (comme tous ceux du 18ème), nécessita un nombre significatif de réparations : cela commença dès 1802, par un intervention de Franz Joseph Fischer. Si on peut supposer qu'il s'agissait de réparer des dégâts dûs à la Révolution, ce n'était que la première d'une longue série : [IHOA]

- En 1807 par Bergäntzel. [IHOA]

- En 1825 par Joseph Chaxel. [IHOA]

- En 1832 par Adam Blum. [IHOA]

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Historique

En 1899, Martin et Joseph Rinckenbach placèrent à Zellwiller leur opus 64. [IHOA] [ITOA]

La paroisse fut conseillée par l'évêché, et par Ernest Münch. La maison d'Ammerschwihr était en concurrence avec Franz Xaver Kriess. Le devis Rinckenbach est daté du 22/09/1897. [PMSDBO1977]

L'instrument est pratiquement contemporain et de même taille que celui de Mitzach (opus 65, 1901), qui est resté très authentique. Les compositions varient autour d'un "noyau" commun, en fonction des spécificités locales, souvent par les jeux du récit. Ici, c'est un récit sans anche (la Trompette, au grand-orgue, est la seule anche de l'instrument) qui a été retenu. L'instrument est donc issu d'une approche plutôt "germanique" de l'esthétique symphonique. Cela ne concerne d'ailleurs pas que la partie sonore, mais aussi l'ergonomie, la console étant dépourvue de "pédales-cuillers". La composition est une version étoffée de celle qu'on trouve à Chavannes-sur-l'Etang (1898). Les jeux supplémentaires (toujours révélateurs de l'esprit dans lequel étaient élaborées les compositions) sont :

- une Flauto dolce 8' pour le grand-orgue,

- un Geigenprincipal ou un Floetenprincipal 8' pour le récit,

- et bien sur, un Violoncelle de pédale, dont on souffre l'absence jusqu'à 14 jeux (on le trouve d'ailleurs dès 12, par exemple à Muttersholtz), mais difficilement au-delà. On trouvera sur la page consacrée aux compositions des orgues Martin et Joseph Rinckenbach de 1899 à 1917 plus de détails sur ces évolutions.

Les aides à la registration, rendues possibles grâce à l'adoption d'un tirage des jeux pneumatique, sont déjà là, sous la forme de combinaisons fixes. Par contre, les accouplements à l'octave, qui deviendront un "must" le l'époque post-symphonique, ne sont pas encore présents.

Composition, 1899
Grand-orgue, 56 n. (C-g''')
(F-g''')
F-h en bois, puis métal
C-A en bois, puis façade, puis c''-g''' sur le vent
Au devis : C-H conduits dans le Bourdon
C-H en bois, puis métal
C-H en façade
2-4 rgs au devis
Etain
Récit expressif, 56 n. (C-g''')
Geigenprincipal au devis
C-H en bois, puis métal
Au devis : C-H conduits dans le Bourdon
Toute en métal
Probable
Pédale, 27 n. (C-d')
Au devis : 8'
I/P
[PMSDBO1977]

Le devis original proposait à la pédale (en plus de la Soubasse) une Flûte 8' et, comme Gambe, un Violoncelle 8'. Le Vicaire général de l'évêché (sûrement sur avis d'un expert dont on ne connaît pas le nom), par lettre au curé Scheck, recommanda une Contrebasse 16 à la place de la Flûte 8'. Mais Rinckenbach préféra garder la Flûte 8' et passer la Gambe en 16'. La même lettre demande que le Flauto Dolce et le Salicional soient dotés de leurs octaves graves (au lieu de conduire les C-H dans les Bourdons), et de remplacer le Geigenprincipal par un jeu plus flûté (Floetenprincipal). Le contrat entre Martin Rinckenbach et le curé A. Scheck a été signé le 26/07/1899. Ernest Münch assura la réception le 15/12/1899. Notons que l'orgue Rinckenbach de Mittzach, 2 ans plus tard, recevra une pédale de la même composition : le résultat avait donc été apprécié.

On ne peut que souligner l'extrême importance de la Gambe de pédale (ainsi que celle du grand-orgue) dans cette esthétique. Ce Violoncelle 16' constituait un élément central de la contribution de Zellwiller à l'histoire de la facture d'orgues alsacienne : on l'avait certes déjà rencontré (Phalsbourg, St-Amarin, Ensisheim, Niedernai), mais dans des instruments significativement plus grands, et toujours associé à un Violoncelle 8'.

Tout ceci est cohérent avec la composition que Jean-Georges Koenig releva en 1964, avant que ne lui soit demandée la malheureuse transformation "néo-baroque". (Voir ci-après).

Car l'Histoire ne fut pas clémente avec l'orgue de Zellwiller. Il y eut d'abord la réquisition des tuyaux de façade par les autorités, en 1917. Ces tuyaux ont été remplacés en 1923 par la maison Roethinger. [IHOA] [ITOA]

En 1931 (année où fut posé le ventilateur électrique) et 1933, l'instrument a été entretenu par Franz Heinrich Kriess (le fils du fondateur de la maison Kriess de Molsheim, lequel avait proposé un devis en 1894). La maison Kriess entretint l'orgue jusqu'en 1953, année où Robert Kriess fit une réparation. [IHOA]

Dès 1954, l'entretien fut confié à la maison Roethinger. [IHOA]

En 1964, il y eut une intervention de Jean-Georges Koenig. [IHOA] [ITOA]

Il nota la composition : en 1964, à l'exception des tuyaux de façade, l'orgue Rinckenbach de Zellwiller était encore entièrement authentique...

L'affaire fut menée par l'abbé Ringue, et consista en une transformation "néo-baroque" : le récit fut transformé en une sorte écho constitué d'un Cornet décomposé, pour partie réalisé avec des tuyaux de la Mixture du grand-orgue. Cette dernière a été remplacée. La Gambe du grand-orgue a été remplacée par un rang de 2' de la Mixture d'origine. A la pédale, le Violoncelle 8' a été remplacé par un 4'. [ITOA] [PMSDBO1977]

En 1998, Yves Koenig mena des travaux constituant une première étape vers la restauration de l'instrument. Les membranes ont bien sûr été renouvelées. [Caecilia] [YKoenig]

La Mixture du grand-orgue (1964) a été remplacée, ainsi que la façade de 1923, par des tuyaux en étain réalisés sur le modèle de l'orgue Rinckenbach de St-Amarin (1897). Le buffet, qui avait lui aussi subi les errements de 1964 (il avait été peint en vert !) a été décapé, ce qui a constitué un travail considérable. [YKoenig]

L'orgue a été inauguré le 29/03/1998 par Marc Baumann, avec la participation du Madrigal de la cathédrale de Strasbourg (Dominique Debès, dir.).

Le buffet

Le dessin de ce buffet a été vu pour la première fois en 1883 à Buethwiller, et connut un grand succès. Le buffet "type Buethwiller" est constitué de trois tourelles plates, la centrale étant volontiers un peu plus petite que les autres (mais pas toujours), et de deux plates-faces doubles.

Cette disposition présente l'intérêt de bien s'adapter aux tribunes de faible hauteur : Fouchy (1896), Bréchaumont (1897), Richwiller (1898), Zellwiller (1899).
A Meistratzheim (1894), comme à Buschwiller (1894), le dessin est pratiquement le même qu'à Buethwiller.
A Lauw (1893), la tourelle centrale est encore plus petite.
A Hoenheim (1885), Mussig (1894) et Houssen (1897) on trouve une version avec la tourelle centrale plus grande. Celle de Zellwiller est sensiblement de la même hauteur que les latérales, mais un peu plus large. Elle est surmontée d'un fronton interrompu. Le côté "néo-classique" de l'ébénisterie est accentué par le fait que le soubassement est un peu plus étroit que les superstructures.
A Werentzhouse (1889), Ettendorf (1908), Bourg-Bruche (1908), St-Louis-Bourgfelden (1899), Dessenheim (1901), on trouve une version où les tourelles sont munies de gâbles, et parfois les plates-face triples (les deux de 1908).

Caractéristiques instrumentales

Composition, 1998
Grand-orgue, 56 n. (C-g''')
? Flauto dolce décalé ?
Tuyaux extraits de la Mixture d'origine en 1964; chape de la Gambe, disparue
1964
Récit expressif, 56 n. (C-g''')
D'origine ?
Tuyaux extraits de la Mixture d'origine ; chape d'un jeu disparu
? ; chape d'un jeu disparu
Tuyaux extraits de la Mixture d'origine ; chape d'un jeu disparu
Tirant
Pédale, 27 n. (C-d')
1964, remplace le Violoncelle 16' (!)
I/P
[ITOA] [RLopes] [PMSDBO1977] [YKoenig]
Console:
La console indépendante.La console indépendante.

Console indépendante face à la nef, fermée par un rideau coulissant. Il s'agit de la plus ancienne console pneumatique de Rinckenbach aujourd'hui conservée (après la malheureuse disparition, en 1988, de celle de la chapelle catholique de la maison d'arrêt à Ensisheim). Tirants de jeux de section ronde, disposés en gradins de part et d'autre des claviers, munis de porcelaines orientées vers le haut à 45°. L'extrémité du triant, où se situe d'habitude le pommeau, est munie d'un point blanc. Il sont du même modèle qu'à Dauendorf (1904), Kogenheim ou Romanswiller (tous deux de 1905). Les porcelaines sont toutes à fond blanc, et c'est la couleur des caractères qui indique le plan sonore (noir pour le grand-orgue, bleu pour la pédale). Le mode d'identification des plans sonores (porcelaines) est encore celui de Martin Rinckenbach, et changera peu après. Claviers blancs. Frontons légèrement biseautés et galbés pour le second clavier. Joues moulurées. Les gradins sont munis d'un petit chanfrein concave. (Dans lequel peut se loger un crayon !)
La pédale a bascule de l'expression du récit (située tout à droite) est la seule commande à pied.
Commande des combinaisons fixes par 4 pistons noirs à front blanc, situés sous le premier clavier, au centre, et repérés par de petites porcelaines rondes placées en regard, entre les deux claviers: "P", "M.F.", "T", et "0" pour l'annulateur. Commande du trémolo du récit par un petit tirant blanc, placé au-dessus du Dis du second clavier.

Plaque d'adresse en position centrale, au-dessus du second clavier, constituée de lettres incrustées sur fond noir, et disant :

M & J. Rinckenbach
Orgelbauer in
Ammerschweier.
Ober-Elsass.
La plaque d'adresse (et les porcelaines de combinaisons fixes).La plaque d'adresse (et les porcelaines de combinaisons fixes).

Il n'y a pas de point après le "M". En 1899, cette plaque est encore du type "ondulant" (le mot "Ammerschweier" ondule entre deux lignes), qui est apparue vers 1889 (on la trouve à Werentzhouse), et dura jusqu'en 1904 (Stotzheim). Elle est dépourvue de numéro d'opus, qui ne sont apparus que vers 1904.

Transmission:

Pneumatique tubulaire.

Sommiers:

A membranes, d'origine.

Soufflerie:

Le réservoir, à plis, est logé dans le soubassement.

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670557001P02
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