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~ Les orgues de la région de Strasbourg ~

Strasbourg, Cathédrale Notre-Dame, Choeur
Joseph MERKLIN, 1878


Avant... MERKLIN Après...

Composition, 2003
Grand-Orgue
56 notes
Positif intérieur
56 notes
Récit expressif
56 notes
Pédale
30 notes
Bourdon 16' Principal 8' Flûte harmonique 8' Soubasse 16'
Montre 8' Flûte à cheminée 8' Flûte 4' Octavebasse 8'
Bourdon 8' Salicional 8' Trompette 8' Bombarde 16'
Prestant 4' Voix céleste 8' Clairon 4' I/P
Doublette 2' Prestant 4' Tremblant II/P
Fourniture Flûte à cheminée 4'   III/P
Cymbale Flageolet 2'    
Trompette 8' Carillon 2 rgs    
II/I Basson/Hautbois 8'    

     L'histoire des orgues "de choeur" de la Cathédrale est presque aussi riche que celle du Grand-orgue. Et le nouveau choeur de la cathédrale, rénové, restructuré et surtout plus ouvert sur la nef mérite que s'attarde sur l'instrument qui occupe, de façon plus discrète que son glorieux grand-frère, l'espace entre deux piliers, sur le côté nord. Qui pourrait s'imaginer, en voyant sa mine sévère, qu'il ait déchaîné tant de passion ?

L'orgue de choeur de la cathédrale, le 26/05/2006.
A gauche, la façade avant (côté choeur),
à droite la façade arrière (côté transept nord)

Le premier orgue de choeur.

Cet instrument est simplement cité par GASS et BÜHLER. Un orgue de choeur, dit "des trois rois" aurait été présent à la Cathédrale en 1352 (peut-être achevé seulement en 1354), et il serait resté au moins jusqu'en 1363, et fort probablement jusqu'en 1400.

L'orgue de 1402.

VOGLEIS indique que cet instrument aurait été posé entre 1400 et 1402. En 1399, il y avait un "petit orgue", parce qu'un souffleur reçut un salaire pour l'avoir alimenté pendant un trimestre. L'orgue de 1402 pourrait avoir été placé par Thierry D'ERFURT dans la chapelle du Saint-Sépulcre.

L'orgue Frédéric KREBS, 1478.

Frédéric KREBS (Krebser), d'Ansbach (Mittelfranken), plaça en 1491 l'orgue en nid d'hirondelle de la nef (instrument dont il reste le Buffet actuel). Mais il avait également posé en 1478 un orgue de choeur. L'instrument fut probablement détruit pendant la Réforme.

L'orgue TRETZSCHER (1660).

En 1660, Mathias TRETZSCHER (Troestler, Tretscher, Tretzscher), de Culmbach, construisit pour les Luthériens deux orgues : il reconstruisit l'orgue en nid d'hirondelle et réalisa aussi un petit orgue "de choeur" (en fait, placé sur un jubé). Il acheva son travail le 12/04/1660. L'orgue du jubé fut déménagé en 1681 (quand la Cathédrale revint aux Catholiques) au Temple-Neuf, où Friedrich RING le reprit vers 1702 au moment de poser son grand orgue qui se trouve aujourd'hui à Ribeauvillé.

L'orgue de la fin du 17 ème.

L'orgue de Tretzscher ayant été déménagé au Temple-neuf en 1681, c'est donc un autre instrument, de provenance inconnue, qui fut réparé en 1694 sur instruction de Sébastien de Brossard. De plus, en Octobre 1681, Louis XIV fut reçu au son de deux orgues. C'est Joseph WALTRIN qui reprit cet instrument, en 1712.

L'orgue Joseph WALTRIN, 1712

Cet instrument a été commandé par l'organiste Michel Joseph RAUCH, en poste depuis 1710. Cet orgue aurait eu 8 Registres, et a été reçu le 15/08/1712. Waltrin répara son orgue à plusieurs reprises : en 1716 et 1717 (il manquait des tuyaux), 1722 et 1723. L'orgue était soit de mauvaise qualité (hypothèse de Pie MEYER-SIAT), soit très intensément utilisé. L'entretien passa en 1727 à Georg Friedrich MERCKEL. C'est probablement à cette date que l'orgue fut déplacé du jubé vers le choeur proprement dit. L'instrument disparut lors de la Révolution.

La période sans orgue de choeur.
Le projet WETZEL et l'orgue de Walbourg.

Entre la Révolution et 1878, il semble ne pas y avoir eu d'orgue de choeur. Vers 1830, un projet vit le jour. On passa commande, auprès de Martin WETZEL, d'un orgue de choeur neuf, qu'il réalisa en 1832, conçu pour s'harmoniser avec l'intérieur de la Cathédrale, le Buffet, Néo-gothique, est le plus ancien de ce style en Alsace. Mais l'Oeuvre Notre-Dame annula sa commande. Le malheureux Wetzel, pris au dépourvu, ne parvint à placer son orgue à Walbourg qu'en 1835.

     Mais à quelque chose malheur est bon : à Walbourg, son orgue fut plutôt bien conservé (et vient d'être superbement restauré). C'est un témoin essentiel de la facture de ce grand nom de l'Orgue, qui ne serait à l'évidence plus là s'il avait effectivement été placé à la Cathédrale. Etre orgue de ville est un boulot risqué.

En 1819, commença l'ère de Joseph WACKENTHALER. Il fut organiste et maître de chapelle à la Cathédrale de 1833 à 1869 et s'était pratiquement installé une résidence secondaire dans la salle des soufflets du nid d'hirondelle (on dit qu'il y a 280 marches ; et il y avait au minimum deux offices par jour). Wackenthaler demanda un orgue de choeur, mais cela fut refusé. A sa mort, en 1869, son épouse prit sa suite jusqu'en 1871, puis ce fut Frantz STOCKHAUSEN, et l'on se remit à parler d'un orgue de choeur.
Stockhausen fut Maître de chapelle à partir de 1869, et la succession de Mme Wackenthaler a été assurée par Edouard BECKER, ancien organiste de la cathédrale de Chartres, originaire d'Alsace.

En 1872, l'architecte Gustave KLOTZ rendit un rapport au maire, dans le quel "il se pose la question de savoir s'il [le Grand-orgue] sera réparé et restitué au point de vue historique et archéologique, ou si on mettra à profit tous les progrès de l'art moderne".

L'orgue Joseph MERKLIN, 1878.

A Strasbourg, Joseph MERKLIN était un personnage en vue. Il jouissait du prestige lié à la construction de plusieurs instruments en Alsace, et surtout de la promotion opérée par des organistes prestigieux (et parisiens). Merklin, c'était, quelque part, l'instituteur-organiste qui laissait sa place aux Hommes de l'Art. La prise de contact entre Merklin et la Cathédrale datait déjà de 1868 ; le devis définitif est daté du 19/10/1874, et la commande du 07/02/1875. Les deux orgues de la Cathédrale et du Temple-Neuf étaient donc des projets parallèles, même si ce dernier fut achevé en premier (1877). Au moment de l'inauguration, le prestige de Merklin était à son comble, et le public déjà conquis.

D'une certaine façon, l'orgue de choeur sauva le Grand-orgue (ou au moins son Buffet). En effet, un projet de transformation du SILBERMANN avait été estimé à 60 000 Frs. Klotz choisit de laisser le nid d'hirondelle en l'état, et de mettre 35 000 Frs dans l'achat d'un orgue de choeur neuf, dont il avait déjà déterminé l'emplacement : à l'intersection du choeur et du transept nord, entre la colonne du milieu et le grand pilier de la nef.

L'orgue de Joseph MERKLIN fut toutefois reçu en deux fois (le 20/08/1878 et le 17/10/1878). Il était logé dans un Buffet à deux façades (une du côté choeur, et l'autre du côté nord) fourni par la Maison KLEM.

     Le plan a été "tracé par le savant architecte de la cathédrale [...] réagissant contre une tendance moderne en opposition flagrante avec les artistiques traditions du siècle passé, M Klotz a voulu que ce buffet fût, non pas une construction imitant la pierre, une maison en quelque sorte, mais bien un meuble servant de cadre à un instrument" (François SCHWAB).

Composition, 1878
Grand-Orgue
56 notes
Récit expressif
56 notes
Pédale 'séparée'
30 notes
Bourdon 16' Flûte à cheminée 8' Soubasse 16'
Montre 8' Flûte traversière 8' Octavebasse 8'
Principal 8' Dulciane 8' Basson 16' (*)
Bourdon 8' Unda maris 8' I/P
Salicional 8' Flûte d'écho 4' II/P
Gambe 8' Flageolet 2' (*)  
Prestant 4' Clarinette 8' (*)  
Flûte traversière 4' (*) Basson/Hautbois 8' (*)  
Quinte flûte 2'2/3 (*)    
Fourniture 4-5 rgs (*)    
Trompette 8' (*)    
Clairon 4' (*)    
II/I (16', 8')    
La Console était latérale à l'origine. La traction, mécanique, se faisait avec une Machine Barker (disposant d'un Annulateur). Et il y avait, bien-entendu, les Appels des Jeux de Combinaisons (Jeux marqués d'une étoile dans la Composition), destinés à enrichir les possibilités de l'instrument. L'expression était "à cuiller", c'est à dire à deux positions seulement (Boîte ouverte ou fermée).

L'instrument fut apprécié pour sa puissance et pour sa généreuse Soubasse, un modèle du genre, avec des Tailles exceptionnelles. François-Xavier MATTHIAS complimente la qualité des Jeux, mais regrette l'inadéquation de la Composition au répertoire, et surtout la faiblesse de la soufflerie.

Dans la réédition de l'ouvrage "Les orgues de la cathédrale de Strasbourg à travers les siècles" (1925), l'article sur l'orgue de choeur s'achève par :
"Le jugement des experts a été ratifié par l'opinion publique et l'orgue Mercklin est encore regardé de nos jours comme un instrument d'une sonorité remarquable".

La Maison ROETHINGER fit des travaux en 1909 (Edmond-Alexandre) et 1958 (Max). La seconde fois, les changements menés par Max Roethinger consistèrent surtout à ajouter des Mixtures, i.e. Fourniture et Cymbale au Grand-orgue, composées "selon Dom Bedos".

     Et il semble que cette modification ait été beaucoup plus importante que généralement soulignée : le Jeu de Tierce du "Récit" ne datait pas de 1976, et il y était donc avant...

De plus en plus de voix s'élevèrent contre la facture de Merklin : la tuyauterie était "trop fine", les Anches avaient tendance "à se plier". En fait, ce type de facture était complètement passée de mode.

     Pour preuve, les mots acides que Pie MEYER-SIAT déverse sur Merklin, pour lequel, à l'évidence, il n'a aucun respect : "il est sans doute inutile de recopier in extenso les cinq pages de verbiage destiné à "faire l'article" [...] ; le lecteur qui tiendrait à connaître les boniments prétentieux de Merklin, retrouvera ce devis aux archives" (il parle du devis de Wintzenheim, mais, dans tous ses articles, on retrouve le même parti-pris). Et, dans les années 1970, il n'était pas le seul.

Un projet de reconstruction plus marqué vit le jour dans les années 1970.

Passage à trois claviers.

L'opération fut confiée à Jean-Georges KOENIG, et réalisée en 1976. Il s'agissait de passer à trois manuels et de disposer la Console sur la face avant. Le troisième manuel est un Clavier dit "de Résonance" (Une idée somme toute pas récente).
Les Jeux suivants furent posés par Koenig en 1976 : le Dessus de Cornet et la Trompette de Grand-orgue, et le Cromorne du Récit. Mais surtout, l'harmonisation fut totalement revue dans un esprit nouveau. Les Mixtures (de 1958) furent recomposées.

Composition, 1976
Grand-Orgue
56 notes
Récit
56 notes
Résonance
56 notes
Pédale
30 notes
Bourdon 16' Principal 8' Bourdon 8' Soubasse 16'
Montre 8' Bourdon 8' Flûte 8' Octavebasse 8'
Prestant 4' Prestant 4' Trompette 8' Bombarde 16'
Doublette 2' Flûte 4' Clairon 4' I/P
Cornet 5 rgs (D) Nasard 2'2/3   II/P
Fourniture 4 rgs Flageolet 2'   III/P
Cymbale 3 rgs Tierce 1'3/5    
Trompette 8' Plein-jeu 5 rgs    
II/I Cromorne 8'    
III/I Tremblant doux    

     L'orgue Merklin était assurément "remarquable", comme le souligne l'Inventaire technique des orgues d'Alsace de 1986. Mais la nouvelle version l'était aussi. Et avec le revirement de tendance de la fin des années 1980, se posa probablement l'un des pires dilemmes de l'orgue alsacien que l'on ait encore en mémoire : revenir à Merklin en détruisant le travail de 1976, ou assumer les choix. C'est, peut-être, une voie médiane qui fut choisie.

Retour au Romantique.

Essentiellement, il fut décidé de réharmoniser complètement l'instrument. L'architecture à trois claviers fut maintenue (une Console latérale à 3 claviers n'est pas un problème simple, surtout dans un Buffet existant). Du point de vue de la Composition, on pourra comparer l'actuelle avec celle de 1878.

Le rayonnement du Grand-orgue, superbement réalisé en 1981 par Alfred KERN pesa évidemment beaucoup dans la décision.

Les travaux furent confiés à la Maison Daniel KERN, et achevés en 1989.

CaméraEcran
vidéo
PrincipalFl.Harm.
SoubasseGd.BourdonSalicionalFl.d'octave
OctavebasseMontreBd à cheminéeTrompette
BombardePrestantVoix célesteClairon
Tremb.RécitDoublettePrestant
FournitureFl. à chem
CymbaleFlageolet
TrompetteCarillon
BourdonBasson/Hautbois
TéléphoneIII : Récit expressifCommande moteur
II : Positif intérieur
I : Grand-orgue
RossignolI/P II/P III/P III/I II/IExpression

Photo et relevé de Console Alexis PLATZ.

Transmission : mécanique. Sommiers à Gravures (Merklin pour deux manuels et la Pédale).
L'expression se fait à présent par pédale basculante.
Il y a... un Rossignol. C'est l'un des quatre d'Alsace, avec Rosenwiller, St-Paul, transept, et Bourtzwiller.

Webographie :

Sources :

  • Yannick MERLIN, "Orgues et organistes parisiens en Alsace (1860-1908)", L'Orgue N°265, 2003-IV
  • Remerciements à Alexis PLATZ
  • "Les Orgues de la Cathédrale de Strasbourg à travers les siècles. Etude historique, ornée de gravures et de planches hors texte, à l'occasion de la bénédiction des Grandes Orgues Silbermann-Roethinger, le 7 juillet 1935". Cette plaquette a été rééditée par Librissimo, Phénix Editions, 2002.
  • M. VOGELEIS, "Quellen und Bausteine zu einer Geshichte der Musik und des Theaters im Elsass, 500-1800" F.C. LE ROUX, Strasbourg, 1911
  • Emile RUPP, "Die Entwicklungsgeschichte der Orgelbaukunst", 1929
  • Encyclopédie de l'Alsace, volII, p.1227
  • P. MEYER-SIAT, "Joseph Merklin, Facteur d'orgues", AEA XLVI (1987)

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Dernière mise à jour : 10/06/2013 08:30:18

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