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Les orgues de la région de Strasbourg
Strasbourg, Ste-Aurélie
1870 degr > Dégâts
Partie instrumentale classée Monument Historique, 13/09/2000.
Buffet classé Monument Historique, 23/07/1997.
Strasbourg, Ste-Aurélie. Le buffet de l'orgue de 1718.Photo de Victor Weller, 15/04/2015.Strasbourg, Ste-Aurélie. Le buffet de l'orgue de 1718.
Photo de Victor Weller, 15/04/2015.

C'est une des plus anciennes paroisses de Strasbourg (et aussi celle de Martin Bucer) ; l'édifice actuel date en majeure partie de sa reconstruction achevée en 1765. C'était le quartier des maraîchers, et Ste-Aurélie, entourée de champs de concombres, est parfois encore appelée "Gagomere Kerich".

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L'orgue de facteur inconnu (1604)
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Historique

Un orgue est attesté à Ste-Aurélie en 1604 par la présence d'un organiste, nommé Dietrich Wagner, et qui était aussi facteur d'orgues. Il a peut-être construit le sien (comme c'était souvent l'usage à l'époque), mais ce n'est pas établi. Il existe une liste d'organistes allant de 1604 à 1802. [IHOA] [Barth] [Vogeleis] [Lobstein]

Dietrich Wagner y fut organiste jusqu'en 1610 (il fut remplacé par Isaac Berger). On le retrouve après 1622 à Strasbourg. [Vogeleis] [Lobstein]

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L'orgue Hans Jacob Baldner,
1644
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Historique

En 1644, Hans Jacob Baldner posa un nouvel orgue. Cet instrument eut comme organiste (entre 1676 et 1678) Michael Buliowsky, qui fut compositeur de musique pour clavier et auteur d'un traité sur l'accord de l'orgue. [VWeller]

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Historique

C'est en mai 1718 qu'André Silbermann acheva son orgue, originellement placé dans l'ancienne église médiévale. Il dota son instrument de trois chapes vides, pour pouvoir ajouter des jeux par la suite. [ArchSilb] [IHOA] [ITOA] [RSA]

Composition, 1718
Positif de dos, 49 n. (C-c''')
Chape de Nasard 2'2/3
Chape de Tierce 1'3/5
Manuel, 49 n. (C-c''')
Pour moitié conique
Chape de Tierce 1'3/5
Pédale
Bouchée ; sans tirant
sans tirant
Permanente ; par double soupapes
[ArchSilb] [VWeller]

L'orgue était "au ton de Cornet" (La bémol 440Hz). [ArchSilb]

L'inauguration eut lieu le 22 mai 1718, par Georg Christoph Lautensack (1622-1692) (Temple Neuf, dès 1681) et par Spielmann. [VWeller] [RMuller]

Comme le confirma l'étude menée par la manufacture Blumenroeder en 2013-2014, c'était le plus "Saxon" des orgues d'André Silbermann. Il était harmonisé très fort (plein-vent) pour soutenir le chant d'une communauté qui devait être particulièrement "en voix". Non seulement l'harmonisation était spécifique, mais la géométrie des bouches semble avoir été conçue ainsi dès la construction des tuyaux. Cet orgue a été doté de caractéristiques qui le rapprochent des instruments de Gottfried (le frère d'André qui continua sa carrière en Saxe). Et, comme l'aspect extérieur se devait d'être en harmonie avec le style musical, les tourelles du buffet ont été dotées de plus de 5 tuyaux, les éloignant du "canon" classique français (Thierry). [SiteBlumenroeder]

Avec ses deux Fournitures, et sa Cymbale et ses fonds de pédale sans tirant (parlant en permanence, tout comme l'était la tirasse), c'était vraiment un orgue "luthérien" : il était destiné à soutenir le chant de la foule, et celle-ci chantait très fort !
Malgré cela, et assez paradoxalement, on ressentit plus tard le besoin de le doter d'un Cromorne. Ce jeu utilisé par des pièces destinées à "commenter" la liturgie (et n'intervenant pas dans le soutien du Choral) est traditionnellement plus "catholique".

En 1727, André Silbermann vint réparer son orgue. Il avait des problèmes avec les soufflets cunéiformes. Une autre réparation fut nécessaire en 1739. [ArchSilb]

En 1762, on demanda à Jean-André Silbermann de placer un Cromorne à la place de la Voix humaine. [ArchSilb]

L'instrument fut démonté par Johann Heinrich Silbermann, et installé dans le nouvel édifice fin 1765, par Jean-André Silbermann. [ArchSilb] [IHOA] [ITOA] [Barth]

Les travaux (alors inachevés) reprirent après Noël (donc en 1766), et durèrent jusqu'en mars. Jean-André Silbermann ajouta une Tierce pour le grand-orgue, et un Nazard et une Tierce pour le positif (sur les chapes laissées vides à la construction). Silbermann revint entretenir l'orgue en 1776. [RSA] [ITOA] [ArchSilb]

En 1788-90, l'orgue fut à nouveau complété par Conrad Sauer ("successeur" des Silbermann). Un nouveau couronnement central fut posé, typique de l'ornementation luthérienne "orthodoxe" encore en vigueur à Strasbourg à cette époque. [VWeller]

Ce couronnement est constitué d'un extrait du Psaume 98, "Lobet den Hernn mit Harfen und Psalmen", nimbé de nuages et de rayons.

C'est aussi en 1790 que l'orgue a été peint en blanc et dorures (la date figure au revers du fameux couronnement central). [VWeller] [RSA] [ITOA]

L'entretien passa ensuite à George Wegmann, de 1834 à 1856. Le diapason fut baissé à 415 Hz, et la composition mise au goût du jour, par ajout d'un Bourdon 16', un Salicional 8' et un Violoncelle 8'. [VWeller]

En 1865, l'orgue a été réparé par les frères Wetzel, qui en assuraient l'entretien depuis 1860 environ. Charles et Emile remplacèrent les 3 soufflets cunéiformes par un réservoir à lanterne en 1865. [VWeller] [IHOA] [ITOA] [RSA] [PMSRHW]

L'instrument a été endommagé pendant le siège de Strasbourg, en août 1870. [VWeller] [PMSRHW]

Fin 1870, les dégâts furent réparés par les frères Wetzel : 4 tuyaux de façade et un tuyau intérieur. En 1883, Charles Wetzel fit un devis pour une transformation d'envergure. [PMSRHW]

Mais en 1884, c'est Heinrich Koulen qui renouvela de l'orgue. L'instrument avait alors 23 jeux. Lors des délibérations portant sur ces entretiens, on rappelle que l'instrument est suffisant pour accompagner les chants, et que le concert n'est pas sa vocation. [IHOA] [RSA]

Ce Silbermann a été donc été confié aux organiers strasbourgeois selon le même schéma qu'à la Cathédrale : d'abord les Sauer, puis Wegmann, les Wetzel et Koulen. L'originalité dans l'historique apparaît ensuite, puisque ce n'est pas à Roethinger mais à Dalstein-Haerpfer que l'on confia la reconstruction de 1911. Il faut y voir, évidemment, l'influence d'Albert Schweitzer.

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Historique

L'instrument fut reconstruit en 1911 par Dalstein-Haerpfer. [IHOA] [RSA]

Une expertise menée par Albert Schweitzer en avril 1910, conclut qu'il fallait remplacer les deux claviers et les sommiers. Tant qu'à remplacer les sommiers, on décida de passer à 33 jeux. Et, évidemment, de placer une console neuve. [IHOA]

C'était un des orgues préférés d'Albert Schweitzer : il choisit cet instrument pour enregistrer en 1936 des oeuvres de Bach et les 3 chorals de Franck. [RSA]

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Historique

En 1952, à l'apogée de l'esthétique néo-classique, on demanda à Ernest Muhleisen de reconstruire l'instrument selon les standards de l'époque. C'est devenu une grande machine de 55 jeux sur trois manuels (dont 16 à la pédale !), conçue pour adresser la quasi intégralité du répertoire pour orgue. La transmission était mécanique, les accouplements étant assistés par machine Barker. Il restait quand même 7 jeux de Silbermann. [IHOA] [ITOA] [RSA]

La console Muhleisen.Photo d'Alexis Platz, vers 2000.La console Muhleisen.
Photo d'Alexis Platz, vers 2000.

La composition était due à Jean Daniel Weber (et adoubée par Alexandre Cellier, André Marchal, Marcel Dupré et Norbert Dufourcq). La partie historique du buffet ne fut pas modifiée (bien que l'espace dévolu à l'orgue ait été considérablement élargi), mais on ajouta des jouées d'inspiration rocaille de part et d'autre de la boîte expressive, solution trouvée par l'architecte Jean Sorg. L'orgue a été inauguré en juillet 1952 par Jean Daniel Weber (Strasbourg, Ste-Aurélie) et Charles Muller (Strasbourg, conservatoire) (J.S. Bach, dont le prélude en Ré majeur, "Allein Gott in der Höh sei Ehr", et le Choral du Veilleur). Les commentaires sur la perfection du travail réalisé ont été confiés à Alexandre Cellier, qui, selon une habitude déjà ancienne, distingua quelques jeux par des louanges particulières. Il s'agissait de la Gambe et de la Voix céleste du récit, et de son Hautbois. [DNA19520708]

Composition, FournGO1950
Grand-orgue
Fourniture 3 rgs
C c c' c''
1' 2' 2'2/3 4'
2/3' 1'1/3 2' 2'2/3
1/2' 1' 1'1/3 2'

L'orgue a été réparé (mécanique de pédale) et relevé par la manufacture Muhleisen en 1987. [IHOA]

Voici la composition en 1991 :

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L'orgue Quentin Blumenroeder,
2015 (instrument actuel)
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Historique

L'orgue a été reconstruit en 2015 par la manufacture Quentin Blumenroeder [VWeller]

Cela correspond à une restauration dans l'état de 1768, avec le buffet dans l'état de 1790. Et en gardant la Voix humaine comme en 1718 (et pas un Cromorne).

La Fourniture du grand-orgue, qui avait été placée dans l'orgue Link de Berstett, a été rachetée par la paroisse Ste-Aurélie, ce qui a permis de lui faire réintégrer son instrument originel.
Comme l'orgue de 1718, et bien que l'expression date des années 1950-60, l'instrument a été harmonisé à "Plein-vent". En souvenir des voix enthousiastes des maraîchers. [VWeller]

L'inauguration eut lieu du 29 mai au 7 juin 2015. Dimanche de la Trinité 2015, François Menissier donna un récital. Ce fut la première partie d'un "Week-end en trois temps". La suite était une "Journée festive" (30 mai), puis le culte d'inauguration de l'église et des orgues (31 mai).

Le buffet

Par rapport aux autres buffets construis pour des orgues Silbermann, celui-ci est moins "classique français". Il est d'abord moins élancé, en raisons de contraintes en hauteur, à l'origine (place réduite sous le plafond). Les tourelles sont dotées de 9 (ou 7 au positif) tuyaux au lieu des 5 préférées par le style classique français. Il y a trois tourelles au grand corps, la plus grande au centre, et, pour équilibrer les courbes, deux au positif, qui encadrent une plate-face double. L'ornementation est de style rocaille (jouées, claires-voies, culots en feuilles d'acanthe) avec des rinceaux et des couronnements très développés. [Visite]

Caractéristiques instrumentales

Composition, 2015
Positif de dos, 49 n. (C-c''')
2015
2015
2015
2015
Grand orgue, 49 n. (C-c''')
Fortes tailles
C-cis' à cheminée, d'-d''' conique
Très principalisante
1718, de retour de Berstett
2015
2015
Tiroir, par déplacement du II
Pédale, 27 n. (C-d')
2015 ; bouchée ; sur le modèle d'Altorf
2015
2015
Soupapes doubles ; tirant
[SiteBlumenroeder] [VWeller] [Visite]
Console:

La console a été inspirée du modèle de Marmoutier. Le pupitre, formé d'un cadre chantourné, est en copie de ceux de Silbermann. Les claviers ont les mêmes dimensions qu'à Marmoutier, avec des placages en ébène et os. Pédalier en copie de celui de Marmoutier en chêne avec feintes à bec et faible course. Tirants de jeux avec pommeaux en poirier, étiquettes en parchemin. Banc en copie de Silbermann, s'appuyant sur la laye du positif. [VWeller]

Transmission:

Abrégé du grand-orgue avec des rouleaux en fer (en partie), mécanique du positif de dos foulante avec pilotes et balanciers qui s'ouvrent directement aux soupapes. Tirasse réalisée par des soupapes dans le sommier du grand-orgue (comme en 1718, mais dotée d'un tirant). Tirage des registres par rouleaux en chêne, bras et sabres en fer forgé. [VWeller]

Soufflerie:

Soufflerie dans le clocher, constituée de 3 grands soufflets cunéiformes de 2m60 sur 1m46, à un pli rentrant, en sapin avec poulies. Il y a 3 modes opératoires différents : manuel, ventilateur, ou "automate". Pression : 72 mm de colonne d'eau. [VWeller]

Tuyauterie:

Environ la moitié des tuyaux de l'orgue actuel sont des Silbermann, mais beaucoup de biseaux avaient été changés en 1952. Diapason : 460 Hz (correspondant au ton "de Cornet" de l'orgue de 1718). Pour le tempérament, ce n'est finalement pas celui découvert sur le "neuvième positif" (l'orgue qui se trouve actuellement dans le choeur gothique de Ste-Madeleine) qui a été utilisé. Datant de 1719 mais partitionné en 1730 pour les Tiercelines de Haguenau, il aurait représenté un anachronisme. C'est un tempérament plus "ancien", au 1/5ème de coma avec 8 quintes justes qui a été adopté. [SiteBlumenroeder] [VWeller] [Visite]

Pour la Soubasse, le modèle a été pris à Altorf. Pour les tuyaux graves de la Montre du grand-orgue (en bois) c'est celle de Rosheim qui a servi de modèle. La Montre est de forte taille, car bien que l'orgue sonne plus aigu que d'habitude, les diamètres "standards" ont été adoptés par André Silbermann. Du coup, le rapport hauteur/diamètre est plus généreux (les tuyaux sont plus larges), ce qui donne une personnalité toute particulière à la Montre de Ste-Aurélie. [Visite]

Cet orgue présente donc de nombreuses spécificités par rapport aux autres Silbermann, en faisant un exemplaire unique. Les travaux de 2014-2015 ont permis de les retrouver, et voir ces singularités "surgir du fond des siècles" est toujours quelque chose d'émouvant. Le seul vrai défaut des orgues Silbermann est sûrement... de se ressembler un peu trop. De fait, à part quelques détails (et même si ceux-ci ont noirci des tonnes de papier), ni André ni Jean-André n'ont brillé par leur imagination, surtout en ce qui concerne les compositions. Ils ont toujours été très fidèles à "leur" style, c'est-à-dire, schématiquement, un Thierry avec une pédale indépendante...

Or, certaines découvertes faites à Ste-Aurélie viennent éclairer différemment cette "fidélité aux traditions" : elle s'accompagnait de changements certes invisibles "sur le papier", mais d'une grande portée sonore. Une restauration réussie est décidément une opération qui doit non seulement rendre un orgue impeccable, restituant fidèlement ce qu'il a été à la date-cible choisie, mais aussi contribuer à la connaissance globale de la facture, et enthousiasmer le public pour qu'il soutienne les suivantes. Ce qui a été fait à Ste-Aurélie est exemplaire. Il faut absolument venir écouter et visiter ce Silbermann "différent" (quelques dates et sites ci-dessous).

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Références Sources et bibliographie :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F670482001P06
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