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Les orgues de la région d'Altkirch
Altkirch, Notre-Dame de l'Assomption
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1915 degr > Dégâts
Orgue authentique.
Altkirch, le 14/08/2005.Altkirch, le 14/08/2005.

A Altkirch, l'église Notre-Dame abrite l'une des "figures" de l'orgue alsacien. C'est un instrument de Joseph Rinckenbach, harmoniste de génie, qui représente une sorte d'aboutissement de la Réforme alsacienne de l'orgue. Ce sont les idées de Cavaillé-Coll, transposées dans les années 1920, qui présidèrent à sa réalisation.

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L'orgue de facteur inconnu (1561)
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Historique

Un orgue est attesté à Altkirch en 1561 : on connaît le nom de plusieurs organistes du lieu après cette date. En 1561, c'est Gallus Wescher (organiste à Sts-Erhard-et-Nicolas ; il sera à partir de 1563 organiste à Rouffach). En 1603, Johann Jacob Biler est "Schulmeister, Cantor und Organist". [IHOA] [PMSAEA85] [Vogeleis]

Si l'instrument semble avoir passé la Guerre de Trente ans sans trop d'encombres, il a été abîmé en 1675. [IHOA] [PMSAEA85]

?A moins que ce ne soit Henri de l'Hermine qui ait simplement reporté en 1675 des dégâts antérieurs ?

Si l'instrument fut probablement réparé avant, on retrouve Joseph Waltrin travaillant à Altkirch en 1728. [IHOA] [PMSAEA85]

Ce ne fut qu'un entretien de routine. Waltrin, accompagné de Johann Georg Rohrer avec lequel il travaillait à l'époque, était dans la région pour l'orgue de Lucelle. C'est à l'occasion de ce séjour à Altkirch que Rohrer rencontra Véronique Varinot ; il l'épousa en 1731. [PMSAEA85]

En 1757, des instruments à cordes étaient utilisés. [PMSAEA85]

L'instrument a été déménagé en 1793 à St-Léger d'Eglingen. [IHOA] [PMSSUND1982]

C'est en 1858 que fut remplacé, là-bas, cet orgue du 16ème qui avait décidément "beaucoup vécu". C'est Antoine Berger qui l'a repris, mais on ne sait pas ce qu'il en fit.

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Historique

En 1793, on installa l'orgue Jean-André Silbermann, 1772, de Colmar, Catherinettes. [IHOA] [PMSAEA85] [ITOA]

On ne sait pas exactement si l'orgue avait été modifié avant ou à l'occasion de son déménagement (probablement pas). Voici la composition du Silbermann d'après le marché passé en 1771 :

Composition, 1771
Positif de dos, 51 n. (C-d''')
Grand-Orgue, 51 n. (C-d''')
(c'-d''')
C-d'
(dis'-d''')
Dessus d'écho, 27 n. (c'-d''')
sic 1', comme à Châtenois
Pédale, 13 n. (C-c)
Emprunt du grand-orgue
Emprunt du grand-orgue
Emprunt du grand-orgue
Emprunt du grand-orgue
[PMSAEA85]

En 1812, il y eut une réparation, par Joseph Henry. [IHOA] [PMSAEAHENRY]

En 1821, c'est l'un des Franz qui transforma l'instrument. [IHOA] [PMSAEA85]

Il décala le Bourdon 8' du grand-orgue en 16 pieds, remplaça la Tierce 1'3/5 du grand-orgue (ou le dessus de Trompette, déplacé à la pédale pour en faire un Clairon) en Flûte, et plaça une Voix humaine. Le Flageolet de l'écho fut aussi remplacé. Une Gambe, un Salicional et une Trompette de pédale (déjà appelée "Trombonne", dénomination qui aura pas mal de succès plus tard) ont probablement aussi été ajoutés à cette occasion, puisque ces jeux étaient présents en 1883. L'église, vétuste, finit par être interdite en 1843. Walheim voulut racheter l'orgue Silbermann, mais l'affaire ne se fit pas. [PMSAEA85] [HCetty] [JGUhlrich]

En 1850, Valentin Rinkenbach remonta l'orgue dans l'église neuve. [IHOA]

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Historique

En 1884, Heinrich Koulen posa un orgue neuf dans le buffet Silbermann. L'accord fut signé le 21/01/1884. [HCetty]

Koulen était en concurrence avec Martin Rinckenbach, et son devis montre que l'instrument qu'il trouva n'avait plus grand chose à voir avec un Silbermann : deux démontages/remontages, des transformations, et surtout de fortes attaques du ver à bois ne rendaient possible que le ré-emploi d'une partie de la tuyauterie et de quelques sommiers. Voici la composition de l'orgue Koulen, qui devait être muni d'une console en chêne, face à la nef, selon le devis du 20/04/1883. [HCetty]

Composition, 1884
Grand-Orgue, 56 n. (C-g''')
C-H neuf, reste ancien
Ancienne
Ancien
C-h neuf
Ancienne ; freins
Ancien
Ancienne
Ancien
2'2/3 avec des tuyaux anciens
Neuf ; languettes en bronze au phosphore ; basses en sapin
Corps anciens ; noyaux et anches neufs
Positif, 56 n. (C-g''')
"à volonté" Gegenprincipal, C-H sapin, puis étain
C-H conduits dans le Bourdon ; étain
Ancien
C-H neuf (complément), puis ancien
Ancienne
Neuve
Récit expressif, 56 n. (C-g''')
C-fis sapin, puis étain
C-H bouché, puis harmonique
C-H neuf
Etain ; freins
C-fis de l'ancienne Flûte 4' GO
Du III de l'ancien orgue
C-h anciens (Trompette et Clairon Ped.)
Neuf
Neuf
Pédale, 27 n. (C-d')
Soubasse ancienne ouverte+Octavebasse
Neuve
Freins
intégrant des tuyaux de la Bombarde ancienne
intégrant des tuyaux de la Bombarde ancienne
Neuve
I/P
P/P
[HCetty]

De fait, pratiquement tout ce qui était récupérable de l'instrument précédent l'a été (y-compris la Gambe et le Salicional qui n'étaient bien-sûr pas de Silbermann). C'était donc un instrument plutôt important (III/P 34j) qui ne tenait que partiellement dans le buffet du 18ème : son positif était intérieur, et son récit complet bien plus encombrant qu'un dessus d'écho. Et la tribune était exigue. Aussi fallut-il placer un certain nombre de jeux dans le clocher. C'était peut-être intéressant du point de vue des effets acoustiques, mais très préjudiciable aux sommiers et tuyaux, en raison des conditions climatiques régnant dans le clocher. [HCetty]

Une fois de plus, malgré tout ce qu'on a pu lire et recopier, Koulen n'est pas responsable de la "destruction" de cet orgue Silbermann. La composition était assez originale, avec son récit sans Principal et son nombre d'anches plutôt conséquent.

La réception eut lieu le 22/11/1884, avec Marie-Joseph Erb (Sélestat, St-Georges), Albert Schwey (Strasbourg, cathédrale, natif de Scherwiller ; il reçut aussi plus tard le fameux orgue de Hundsbach), le frère Vincent Amann (directeur du cercle de musique catholique de Mulhouse), l'organiste Meyer (Altkirch), l'abbé Althoffer (professeur de musique au petit séminaire de Zillisheim ; on lui doit un "Cantatibus organis"), ainsi que les curés de Heidwiller et de Zimmersheim. L'inauguration eut lieu le lendemain, 23/11/1884. [HCetty]

L'orgue Koulen avait été apprécié lors de sa réception, et fonctionna durant 30 ans, c'est-à-dire jusqu'à ce que la guerre s'en mêle, à l'exception peut-être des jeux qui, logés dans le clocher, étaient soumis à des fortes variations de température. [HCetty]

L'instrument a été fortement endommagé en 1915. Puis, ce sont de nombreux tuyaux (pas seulement la façade) qui furent réquisitionnés pour en récupérer le métal. [IHOA] [PMSAEA85]

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Historique

L'instrument posé en 1924 par Joseph Rinckenbach restera l'un des plus grands de la maison d'Ammerschwihr, dont c'est l'Opus 167. [IHOA] [ITOA] [HCetty]

A la sortie de la guerre

L'histoire commence en juin 1919, quand le curé Schmidlin demanda à Rinckenbach d'évaluer les dégâts subis par l'orgue durant la guerre. Le résultat n'étonna personne : entre ce qui avait été confisqué et ce qui avait souffert des intempéries, une remise en état de l'existant n'était pas envisageable. Par courrier du 23/06/1919, Joseph Rinckenbach confirma qu'il recommandait la construction d'un orgue entièrement neuf. Mais le curé Schmidlin ne vit jamais ce nouvel instrument, puisqu'il mourut en 1920. De fait, projet resta en sommeil jusqu'en 1922. [HCetty]

Premier projet

A l'époque, plutôt que de se demander combien ça coûte, puis décider ce que l'on veut, on commençait par s'autoriser à rêver un peu... Rinckenbach fournit un devis pour un orgue de 52 registres, envoyé le 25/06/1922. Bien sûr, c'était hors de portée de la paroisse, malgré l'argent provenant des Dommages de guerre. L'organiste, E. Scheubel, prit contact avec Georges Schmidlin (1861-1950 ; ne pas confondre avec Auguste, Zillisheim), son collègue de Colmar, St-Martin (où il avait été nommé en 1894). Le 13/07/1922, Georges Schmidlin proposa une composition réduite à 37 registres. Pour faire avancer les choses, E. Scheubel fit aussi faire une offre à la maison Cavaillé-Coll (alors tenue par Charles Mutin, juste avant qu'elle ne passe sous le contrôle de Convers). C'était bien sûr très cher... [HCetty]

L'éloboration du projet final

Le 01/10/1922, le conseil de fabrique donna officiellement mandat à E. Scheubel et Jean Studel pour mener le projet. Mais la première chose à faire était de s'occuper de la tribune, trop petite ; il fallait pour cela en appeler au Conseil municipal. Dans une lettre du 23/12/1922, le conseil de fabrique plaide pour une tribune plus vaste, permettant d'accueillir les choristes et tout l'orgue : on y apprend que l'instrument de Koulen avait des jeux dans le clocher, et que cela ne donnait pas satisfaction : [HCetty]

"Altkirch, le 23 Décembre 1922.
Au Conseil Municipal de la Ville d'Altkirch.
Vous n'ignorez pas que la tribune de l'église paroissiale est beaucoup trop petite pour les orgues et les membres du chant de l'église. La moitié des orgues détruites par les allemands se trouvait à l'intérieur de l'église, et l'autre moitié dans le clocher. Les tuyaux d'orgue se trouvant dans le clocher souffraient de l'humidité et du vent et, par le fait-même, ces registres-là ne pouvaient pas être joués.
Comme la fabrique de l'église est décidée à commander de nouvelles orgues; comme elle ne voudrait pas exposer ces orgues à l'intempérie et à l'humidité du clocher; comme elle désirerait commander des orgues qui devraient durer longtemps, elle a décidé, dans la séance du 1er Octobre 1922, de s'adresser à la bienveillance du Conseil municipal, par l'entremise de son président, Monsieur Guillaume Muller, et de prier le Conseil municipal de vouloir faire allonger la tribune.
La fabrique de l'église s'est adressée à l'architecte Monsieur Louis Schwartz pour lui demander un devis provisoire. Je me permets de joindre ce devis à cette lettre.
Veuillez avoir la bonté de prendre une décision dans votre prochaine réunion du conseil municipal, décision que nous espérons favorable.
Veuillez agréer, Messieurs, l'assurance de notre parfaite considération.
Pour le Conseil de Fabrique de l'église catholique: G. Muller."
[HCetty]

L'architecte Louis Schwartz dressa un premier projet de tribune, qui se trouvait abaissée par rapport à l'ancienne (pour que sa hauteur sous toit soit plus importante). Mais, pour des raisons esthétiques, et sous l'impulsion du curé, il fut finalement décidé de garder la hauteur précédente. Cette tribune fut construite en béton armé. [HCetty]

Une fois la question de la tribune réglée, le curé Gustave Dussère demanda encore un devis pour l'orgue, en avril 1923, cette fois à Charles Michel, Merklin et Kuhn (MMK, Lyon). A sa réception, il ne faisait plus de doute que Rinckenbach était le meilleur choix... Restait encore à décider quel type de transmission adopter pour le futur instrument. Or, E. Scheubel et Jean Studel avaient justement assisté à la réception de l'orgue de Thann (III/P 52 j, reçu le 03/05/1923). Ils firent un exposé au conseil de fabrique, qui approuva le 03/06/1923 la proposition de Joseph Rinckenbach datée du 15/05/1923. La transmission devait être purement pneumatique (comme à Thann), et l'orgue, payé en grande partie par les Dommages de guerre, devait être achevé pour Noël 1923. [HCetty]

Le buffet

En août 1923 commença le démontage de l'ancien instrument. Pour le buffet, on avait mis en concurrence les frères Boehm avec la maison Rudmann et Guthmann. Ces derniers se mirent au travail après que leur proposition fut adoptée, le 29/09/1923. En "hommage" à Silbermann, et comme la tourelle centrale du buffet ayant abrité à l'époque l'orgue Silbermann pouvait être conservée, on décida de l'intégrer au buffet neuf, et bien sûr de concevoir l'ensemble dans le style 18ème. [HCetty]

Facéties de la Fée électricité

Un moteur électrique destiné à la soufflerie fut livré le 14/12/1923 par la maison Meidinger de Bâle. Bien sûr, il était devenu impossible que l'orgue fut achevé à Noël. Et d'autres retards étaient encore à prévoir, car en février 1924, on décida de passer à la transmission électro-pneumatique. [HCetty]

Mai 1924 vit l'achèvement du montage du buffet. Une façade en étain "Banca" à 85% munie d'écussons rapportés fut posée. Le 15/05/1924, on put prendre la photo qui figura dans la plaquette d'inauguration. [HCetty]

La transmission électro-pneumatique était une innovation, maîtrisée en Europe par la seule maison Walcker, de Ludwigsburg (il y avait aussi des fournisseurs américains, mais avec un Dollar très fort, c'était hors de question). Sur ces orgues plutôt importants, l'électricité permettait de raccourcir les tubulures, égaliser leurs longueur, et se passer des "relais", tout en conservant les propriétés musicales des sommiers à membranes. Ces derniers présentent par exemple l'avantage de la "Registerkanzelle" (un canal alimente toutes les notes d'un jeu, au lieu de tous les tuyaux d'une même note, comme dans le cas d'un sommier à gravures ; les jeux "gourmands" ne volent pas le vent aux autres). C'est l'idée de la "double laye" chère à Cavaillé-coll, mais généralisée : autant de "layes" que de jeux. Rinckenbach s'adressa donc à Walcker, mais, sûrement en raison du succès de la solution, les composants électriques censés être livrés en 6 semaines accusaient plusieurs mois de retard... Le 16/06/1924, Rinckenbach écrivit : [HCetty]

"La Maison Walcker de Ludwigsburg me dit que les parties électriques de l'orgue d'Altkirch ne sont pas encore prêtes pour l'expédition; ce qui m'oblige à dire que votre orgue ne sera pas fini pour Pentecôte. Cet instrument serait certainement terminé maintenant, si j'avais voulu maintenir le système pneumatique tubulaire tel qu'il est prévu dans le devis; cependant je tiens à mieux faire; déjà pour l'orgue de Thann j'avais cherché à introduire le système électro-pneumatique, sans cependant avoir pu réussir à trouver les parties électriques en Allemagne; les commander en Amérique était impossible aussi longtemps que le dollar est au-dessus de 10 fr.
Quand votre orgue sera terminée, vous aurez toujours la satisfaction d'avoir un instrument moderne, le premier orgue électro-pneumatique en Alsace-Lorraine, comme Bourges aura aussi le premier orgue électro-pneumatique en France. [...]"
[HCetty]

C'était donc une des premières transmissions électro-pneumatiques, dite "Système Walcker" qui fut utilisée à Altkirch. Après son passage au pneumatique (1899), la maison d'Ammerschwihr fit surtout usage de sommiers à membranes du type mis au point par Friedrich Witzig. Ils marchaient plutôt bien (quand on savait les régler), mais l'électro-pneumatique faisait rêver tout le monde. Le seul vrai problème, c'était de disposer de courant continu ! La vieille querelle entre Tesla et Edison trouvait son écho en facture d'orgues... Pour alimenter les électro-aimants, il faut du courant continu. On disposait de courant "secteur", mais celui-ci était bien sûr alternatif, comme aujourd'hui, pour pouvoir être aisément transformé en tension. Mais on ne savait pas faire de redresseur. C'est donc une solution pragmatique qui a été trouvée : un moteur triphasé, alimenté par le courant "de ville" faisait tourner une dynamo qui délivrait le 15 V continu tant convoité. Celui-ci alimentait la traction, mais aussi un ensemble d'accumulateurs : en effet, il était hors de question de ne pouvoir se servir de l'orgue que lorsque le courant "de ville" était disponible ! (Rappelons que pour la soufflerie, on pouvait très bien pomper manuellement). Mais ces accumulateurs, ou plutôt leur circuit de charge, ne donnèrent pas satisfaction : quand on en avait besoin, ils étaient toujours vides ! [HCetty]

Contact !

Les composants électriques furent finalement livrés, et l'orgue achevé mi-octobre 1924. L'électricien altkirchois chargé du reste de l'installation semble avoir été pré-destiné à équiper des orgues, puisqu'il s'appelait Wetzel. [HCetty]

Le buffet représentait 14% du coût final, et la plus-value due à la transmission électro-pneumatique pas moins de 9%. Mais cela valait la peine d'attendre : Rinckenbach s'était surpassé. La réception eut lieu le jeudi 23/10/1924, et fut menée (à nouveau) par Marie-Joseph Erb (cette fois en tant que professeur au conservatoire de Strasbourg, où il était aussi organiste à St-Jean, sur l'opus 68 de Rinckenbach qu'il avait lui-même contribué à définir). Il était accompagné de Joseph Kuntz (1899-?, organiste et chef de choeur à Rosheim - où l'orgue sera électrifié en 1926). Le procès verbal fut élogieux : [HCetty]

"Cet important instrument de 43 jeux, 2496 tuyaux parlants, distribués sur 3 claviers et un pédalier, sorti des ateliers de la Manufacture de grandes orgues, J. Rinckenbach, Ammerschwihr, Haut-Rhin, a été soumis, le jeudi 23 octobre 1924, à une expertise minutieuse par le soussigné, assisté de son élève Monsieur J. Kuntz, organiste à Rosheim.
L'expertise débuta par l'examen auditif des registres du 1er clavier au nombre de 12, par ceux du positif expressif au nombre de 9, par les jeux du récit expressif et les 8 jeux de pédale. L'intonation et l'harmonisation de tous ces registres furent déclarées de premier ordre, leur judicieuse répartition sur les différents claviers obtint tous les éloges.
L'examen se porte ensuite sur les tirasses et accouplements, sur le crescendo général, les combinaisons fixes, les combinaisons libres, les boîtes expressives. Ces adjuvants de l'orgue moderne fonctionnèrent à la perfection.
La visite de l'intérieur de la table de jeu et de l'orgue fut particulièrement intéressante. Dans la construction de l'orgue d'Altkirch, Monsieur Rinckenbach a su remplacer avantageusement l'ancien système pneumatique-tubulaire, à la précision souvent douteuse pour les claviers, accouplements et relais, par le système électro-pneumatique offrant une plus grande précision. Les amateurs et organistes présents à l'expertise ont pu constater, avec les experts, que le toucher de l'orgue d'Altkirch possède des qualités de fonctionnement d'une précision surprenante.
Ce dernier travail, ainsi que les travaux cités plus haut, furent trouvés par les experts conformes aux données du devis.
La sonorité de l'orgue dans toute sa force est d'une rayonnante splendeur; les jeux doux, si nécessaires à l'accompagnement du chant liturgique de nos offices, sont nombreux et variés.
Pour l'exécution des pièces dans le style des anciens maîtres, l'orgue renferme de jeux de mutation exquis. Exquis et de toute beauté sont aussi les jeux de solo: Flûtes, Gambes, Voix céleste, Basson, Unda-maris, Haut-boix, Clarinettes, Voix humaines.
Le maître-facteur Rinckenbach a démontré une fois de plus, par l'édification du superbe orgue qu'il vient de poser dans la belle et sonore église d'Altkirch - qui peut être fière de posséder ce joyau - qu'il est un des facteurs les plus marquants de notre temps.
Nous saluons de tout coeur la renommée grandissante de la vieille et honnête maison Rinckenbach, dont les mérites artistiques commencent à s'établir, avec maîtrise, bien au-delà des limites de nos régions.
Signé: J. KUNTZ Signé: J.ERB, Professeur au Conservatoire de Strasbourg. Organiste à St-Jean."
[HCetty]

L'esthétique sonore est très "romantique française" (batterie d'anches complète au récit, avec Trompette et Clairon harmoniques), car le "mentor" de Rinckenbach est clairement Cavaillé-Coll. Le positif et le récit, tous deux expressifs, sont en quelque sorte un gros récit coupé en deux. Le premier est doté de la Voix humaine, de la Clarinette et du Basson, mais aussi du second ondulant (Unda-maris). Fondé sur son propre 16' (un Bourdon et pas un Quintaton), il est même doté de sa Mixture (un Carillon progressif). Le récit est caractéristique de son époque, avec cette fameuse batterie d'anches, le Hautbois, et l'Octavin. Il reçoit les deux 4 pieds : la Fugara et une Flûte octaviante (la plupart des récits de Rinckenbach avaient donné lieu à un choix entre les deux, la version à Flûte étant devenue plus courante avec le temps). Plus néo-classique est la Mixture : un grand Plein-jeu de 5 rangs, sur 2'. Conformément à la disposition des Rinckenbach d'après-guerre, le grand-orgue est muni d'une Doublette et d'un Cornet. Il y a deux 16' ouverts et une Tuba majeure à la pédale, mais on est pas allé jusqu'au 32'.

Le fameux 8ème jeu de pédale, noté "Bourdon 16'" au devis, était certainement une "Echobass". Ce jeu n'a pas de tuyaux spécifiques : il consiste à alimenter les tuyaux de Soubasse différemment, pour obtenir un son plus doux. Les deux jeux ne peuvent donc pas servir en même temps. Le système correspondant a peut-être été retiré par la suite (il semble avoir été présent lors de la réception). Toujours est-il qu'il n'y a pas de "Bourdon 16'" physique, en plus de la Soubasse, à la pédale d'Altkirch. On retrouve ce système à Russ, sur l'orgue du Hohwald, ainsi que sur les anciens orgues Rinckenbach de Gildwiller ou St-Pierre-Bois (celui de 1907).

L'inauguration

L'orgue a été inauguré pour la fête de la Toussaint, le 01/11/1924, et le jeudi 20/11/1924 à 14h30 (!) eut lieu le grand concert inaugural, donné par Joseph Kuntz et un organiste de Saverne dénommé Gava. Voici le programme de ce concert :

1ère partie:

2ème partie:

[HCetty]

Un orgue resté quasiment authentique

Vers 1939, pour le compte de la maison Edmond-Alexandre Roethinger, Alfred Kern transforma le Carillon du positif pour en faire un second (dessus de) Cornet, en décalant le rang de 1' en 2' (et en renvoyant l'octave grave dans l'aigu en faisant une reprise, puisque les tuyaux n'ont pas été perdus). [ITOA] [JGUhlrich]

L'orgue a été restauré en 1996 dans son état de 1924 par Christian Guerrier. Le Carillon modifié vers 1939 a été restauré en son état originel (tuyaux d'origine, re-décalés). L'orgue est donc dans un état totalement authentique. [IHOA] [ITOA] [Caecilia] [JGUhlrich]

L'instrument relevé a été inauguré le 13/10/1996 par Maurice Moerlen. [Caecilia]

Le buffet

La partie "Silbermann" du buffet (avec certains
                ornements).La partie "Silbermann" du buffet (avec certains ornements).

Le buffet, en chêne, est en 8 pieds (bien que l'orgue soit un vrai 16 pieds). Il est l'oeuvre de la maison Rudmann et Guthmann de Colmar, à dessein dans un style 18ème, pour pouvoir reprendre la tourelle centrale trilobée (utilisée comme tourelle intermédiaire d'un des côtés) et certains ornements (jouées) du buffet provenant de Colmar. Les culots sont ornés de feuilles d'acanthe, et les consoles de volutes.

Photo de Franck Lechêne, 24/08/2011.Sous la
                tourelle centrale, un cartouche (au tiers supérieur gauche de l'image) dit:
                organa a germanis deleta bello 1914.1918renovati A D. J. Rinckenbachex
                Ammerschwihrsub decano G. DussereLoci magistro P. Jourdainfabricae
                praesidente G. Mullersculpserunt Rudmann. Guthmannex ColmarA. D.
                1924Magistri cantus J. Studer. E. Scheubel.Photo de Franck Lechêne, 24/08/2011.
Sous la tourelle centrale, un cartouche (au tiers supérieur gauche de l'image) dit:
organa a germanis deleta bello 1914.1918
renovati A D. J. Rinckenbach
ex Ammerschwihr
sub decano G. Dussere
Loci magistro P. Jourdain
fabricae praesidente G. Muller
sculpserunt Rudmann. Guthmann
ex Colmar
A. D. 1924
Magistri cantus J. Studer. E. Scheubel.

Les panneaux sont décorés en relief, certains avec un motif floral. Pots-à-feu (à draperies) et anges musiciens (jouant de la trompette et de la flûte traversière) constituent le couronnement.

Caractéristiques instrumentales

Console:
La console. Photo de Franck Lechêne,
                    24/08/2011.La console. Photo de Franck Lechêne, 24/08/2011.

Console indépendante dos à la nef, fermée par un rideau coulissant. Dominos placés de part et d'autre des claviers, sur 3 niveaux (Rinckenbach dispose tous les dominos en ligne au-dessus des claviers jusqu'à 30-35 jeux.) Combinaison libre par picots à tirer, de couleur blanche pour le grand-orgue, rouge pour le positif expressif, verte pour le récit expressif, et noire pour la pédale. Crescendo à indicateur linéaire. Rappel des positions des 7 accouplements principaux au-dessus de l'octave grave du récit. Le "code de couleur" est le suivant : blanc pour le grand-orgue, rose pour le positif, vert pour le récit, et bleu pour la pédale. [JGUhlrich]

Les cuillers commandant les accouplements.
                    Photo de Franck Lechêne, 24/08/2011.Les cuillers commandant les accouplements. Photo de Franck Lechêne, 24/08/2011.

A droite des cuillers d'accouplements, on trouve les pédales basculantes du crescendo, l'expression du positif, puis celle du récit. Suivent trois cuillers : l'accouplement général, le trémolo du positif, puis celui du récit. Plaque d'adresse en position centrale, au-dessus du récit (et non à droite du grand-orgue comme c'est le cas pour la plupart des orgues Rinckenbach de l'époque).

Transmission: électro-pneumatique.
Sommiers: "système Walcker". Le récit a 68 notes au sommier pour fournir des octaves aigües "réelles".
Tuyauterie: Entièrement de Rinckenbach, d'origine. Entailles de timbre

Références Sources et bibliographie :

Carte Localisation :

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Immatriculation de l'orgue actuel : F680004001P04
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